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Tunisie : ni militaire, ni islamiste, ni apparatchik !

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Karim, jeune tunisien résidant à Paris, accepte que je publie sur Mediapart son analyse de la situation, optimiste "réaliste" avant les élections présidentielles de son pays.

"L'énorme victoire sur la tyrannie reste fragile et inachevée. La prochaine échéance électorale sera déterminante pour transformer la Révolte de SidiBouzid en vraie Révolution du jasmin. Comme tous les tunisiens je suis optimiste... Je me laisse rêver et je vois un printemps démocratique et du bonheur dans notre pays... Mais ne pouvant pas m'empêcher d'être réaliste, je perçois des dangers qui peuvent tout plomber...

Les prochaines élections concerneront les présidentielles et une dissolution de l'assemblée dans ce contexte semble improbable. Le choix de l'homme ou la femme qui achèvera la révolution en assurant le premier mandat véritablement démocratique sera naturellement déterminant. Pour l'instant, aucun candidat ne se démarque clairement. Les tunisiens ne connaissent qu'une poignée de figures politiques, et encore, nous les connaissons mal ! En attendant que des candidats se déclarent et que des programmes nous soient proposés, on peut d'ores et déjà dire que trois types de profils seraient indésirables: le militaire, l'islamiste et l'apparatchik.

  • Alors que nous vivons une vraie histoire d'amour avec l'armée nationale, désormais seule capable de garantir la sécurité du pays, il serait clairement mal venu qu'un militaire succède au Général Ben Ali. L'armée sera le dernier rempart, le garant de la stabilité du pays mais n'a aucune place dans le processus démocratique
  • Evidemment Musulman, le prochain président se doit de respecter la religion. Le peuple Tunisien reste largement conservateur et une grande partie de nos concitoyens n'utiliserons que ce prisme pour juger la valeur morale des candidats. Ceci étant dit, un candidat Islamiste déclaré est clairement indésirable. R. Ghuannouchi est largement à côté de la plaque... Exactement comme Ben Ali, il est resté coincé dans une ancienne conception du monde et de la politique Tunisienne. Tous les deux n'ont pas compris qu'on n'est plus en 1989 !...

Mais au-delà de cette personnalité du passé qui se croit encore influente, aucun islam politique n'est admissible. Nous sommes tous musulmans.

Enfin l'émergence d'un parti conservateur, mais résolument démocraque, reste en revanche une chose saine pour représenter les aspirations des gens. Ces conservateurs ne peuvent et doivent pas se construire sur les ruines d'Ennahdha, mais avec une approche plus moderne.

  • Le RCD (qui ne fera pas long feu en tant que parti) reste un réservoir de cadres et personnalités d'envergure. Tant de technocrates et de compétences l'ont rejoint par simple opportunisme ou sous la contrainte. Qu'un candidat émerge de là n'est pas choquant, dés lors qu'il se démarque clairement de l'appareil. Pour que le changement soit perceptible, il faudrait éviter les Apparatchiks qui ont trempé trop longtemps dans le système.

L'ouverture dans le gouvernement d'union nationale nous donnera déjà des indications, mais nous attendons les candidatures avec impatience pour que tout le monde s'engage dans le processus. Le peuple a fait son travail : descendre dans la rue et déloger le pouvoir. Maintenant c'est à l'élite de donner du sens à ce qui se passe et de proposer les alternatives"

En réponse à deux internautes, Karim conclut :

"Il s'agit de définir le terrain de jeu démocratique viable et non pas d'imposer des choses, tout est dans le post mais je développe:

  • pour le militaire, c'est évident qu'on sortirait d'un cadre démocratique ordinaire, quoique certaines expériences très rares ont pu réussir comme De Gaulle et Eisenhawer.
  • pour l'islamiste, Ennahdha a déjà annoncé ne pas présenter un candidat car ils ont compris (eux) le danger de le faire... pour l'ensemble du pays... comme je suggère dans le post, ils participeront aux législatives. Il est préférable qu'ils transforment leur parti mais c'est leur problème.
  • pour l'apparatchik, ce que je dis c'est ce que demande la rue : pas de personnes trop marqués par l'ancien régime

En conclusion, les trois scénarios que je cite seraient un danger pour le processus démocratique et non pas une restauration de la dictature. Les éviter c'est consolider la transition.

Tous les commentaires

25/01/2011, 14:10 | Par kaispuccino

Merci à vous AGORA et merci à Karim pour cette analyse que je partage totalement.

Etant tunisien moi même, j'ai vécu de l'intérieur cette révolution en étant partie prenante .

Pour moi, le principal danger sont les " apparatchik" de L'UGTT, qui en essayant de se placer fragilisent la transition démocratique.

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