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"Vas faire le manteau !" : un enfant de 11 ans se pend... tentative de suicide ?

Un enfant de 11 ans en classe de CM2 de l'école Benoît-Franck d'Arles (Bouches du Rhône) se pend au porte manteau du couloir par le col de son tee-schirt. Un instant plus tôt l'institutrice le punit pour sa "turbulence" en lui intimant de sortir et d'aller "faire le manteau".

Le geste semble être la réponse au discours du représentant de l'autorité ici la maîtresse pris "au pied de la lettre". J'écris ce billet parce que je suis indignée ! les mots peuvent "tu es" (tuer)...

Je me suis heurtée en tant qu'évaluatrice d'étudiants en soins infirmiers en stage en hôpital de jour psy à une activité mémoire celle du "jeu du pendu" auprés de personnes souffrant de solitude avec des antécédents dépressifs.

J'avais argumenté le retrait de cette activité ludique au demeurant car choquée par ce qui allait se dessiner au tableau : la potence, la corde et le bonhomme. Seulement l'image qui se construit grâce aux bonnes réponses apportéers aux questions par certains participants pouvaient apparaître pour d'autres en spectateurs comme une fin en soi.

Le contexte de la situation qui nous intéresse ici manque pour l'instant d'éléments matériels mais ce qui est grave à mes yeux, c'est que l'on puisse tenter de se suicider à l'école de la république.

Nous pourrions évoquer également le suicide des patients à l'hôpital psy qui représente pour moi une faute professionnelle car on ne vient pas à l'hôpital pour se suicider.

A l'instant où j'écris ces lignes, l'enfant est en réanimation et son pronostic vital est engagé.

http://provence-alpes.france3.fr/info/un-ecolier-se-pend-dans-son-ecole-68943898.html

http://www.lexpress.fr/actualites/1/actualite/arles-un-enfant-de-11-ans-retrouve-pendu-dans-son-ecole-dans-le-coma_996795.html

http://www.rmc.fr/editorial/163425/enfant-retrouve-pendu-dans-son-ecole-temoignages/

Tous les commentaires

26/05/2011, 20:25 | Par utopart

"Vas faire le manteau !"Ce que vous écrivez est-ce une information avérée pour le cas dramatique d'Arles ou une extrapolation de votre expérience professionnelle?

27/05/2011, 00:48 | Par Mariethé FERRISI en réponse au commentaire de utopart le 26/05/2011 à 20:25

Cher Utopart,

je ne sais pas s'il faut dire dans mon cas "déformation professionnelle" en tout cas ce qui touche à l'éducation dans le milieu scolaire m'interpelle au plus haut point en terme de prévention d'un mauvais départ et de l'échec tout court.

L'information rapporte les faits : où, quand, comment mais pas pourquoi (jeu ou tentative de suicide)

Plus loin, dans le commentaire de Silenceontourne, une approche du monde dans lequel nous vivons (pas toujours ensemble) pourrait apporter un éclairage à ce pourquoi..

Bien à vous,

26/05/2011, 20:40 | Par pol

Si c'est une information, il faut mettre cela à la une, et poser les questions. Ce serait encore plus horrible que cela ne paraît. Pourquoi les enseignants en France ne cherchent-ils pas à valoriser les élèves plutôt qu'à les humilier?

 

26/05/2011, 21:13 | Par alain Gillis en réponse au commentaire de pol le 26/05/2011 à 20:40

C'est une info... La mère d'un élève a rapporté ces paroles de l'instit.

Elle n'avait surement pas prévu que cet enfant essaierait de voir, au pied de la lettre, comment ça pouvait faire, de "faire le manteau".

26/05/2011, 21:51 | Par utopart en réponse au commentaire de alain Gillis le 26/05/2011 à 21:13

@ alain Gillis

Je suppose que cette mère a dit ce que lui a rapporté son fils.

Dont acte.

J'attends la réponse de l'auteur du billet pour avoir un autre point de vue.

En attendant, je compatis et espère que cet enfant s'en sortira.

 

27/05/2011, 09:56 | Par Chris43 en réponse au commentaire de pol le 26/05/2011 à 20:40

Pol,

Pourquoi vous limiter aux enseignants?

Quand je regarde autour de moi, je vois trop de parents faire la même chose "pour ton bien"!

 

26/05/2011, 21:07 | Par grain de sel

Pendu par le col de son tee-shirt au porte-manteau du couloir à ce qui a été dit au JT de France2 ce soir....

26/05/2011, 21:48 | Par Mariethé FERRISI

@ Pol

Pourquoi les enseignants en France ne cherchent-ils pas à valoriser les élèves plutôt qu'à les humilier?

Nous sommes sur une question de fond : l'éducation en ce qu'elle renvoie de la question de l'autorité et de son rapport au savoir me semble-t-il. La personnalité de l'enseignant y ait pour beaucoup.

Quant au comment ou les outils qui permettent de poser un cadre pédagogique dans un espace/temps, il peut être difficile à gérer en cas d'élèves en surnombre par exemple.

26/05/2011, 22:18 | Par utopart en réponse au commentaire de Mariethé FERRISI le 26/05/2011 à 21:48

@ MARIE THERESE FERRISI

Je suis étonné que, passant ici et répondant à un autre abonné, vous n'ayez pas donné suite à mon commentaire.

J'espère vous lire bientôt.

26/05/2011, 23:03 | Par Mariethé FERRISI en réponse au commentaire de utopart le 26/05/2011 à 22:18

@Utopart

Maladresse regrettable, j'ai rédigé dans un élan ce qui me semblait une conversation. "vas faire le manteau" sont les paroles rapportées par une élève.

Cordialement

26/05/2011, 22:19 | Par silenceontourne

Pas bonsoir, et B. de M. de N. de D.!

Arrêtons les litotes, les euphémismes, les débats onfrayo-roudinestkistes. Des évènements défrayant avec ferveur la chronique mondialo-mondaine aux "faits divers" qui n'ont rien de divers mais beaucoup de répétitif, nous bavons avec déléctation dans l'indignation bien-pensante, vous comme moi.

 

Si un gamin violente une fille, si un fort brime, humilie, tue un faible, si un puissant nanti écrase de sa morgue et de son pognon un pauvre, si n'importe qui, à l'instar de ce que nous proposent les medias comme modèles excitatoires, peut trucider le premier pékin venu,

est-ce une histoire de gènes? Oui-da! Mais aussi de démission évidente devant l'emprise de la pulsion, qui est à la civilisation ce que la jouissance est à l'éthique.

J'aurais bien envie de professer que la civilisation est devenue l'ennemie jurée de ce que de nos jours on appelle développement: un processus de valorisation à outrance de la puissance, qu'elle soit sexuelle, financière, physique ou idéologique.

En ce sens, la disparition inéluctable du ministère de l'éducation nationale, et par effet de rebond la disparition d'une politique de l'éducation ne se limitant pas aux apprentissages des choses potentiellement rentables sur le modèle du "meilleur des mondes", me paraît une catastrophe, un, comme on dit joliment de nos jours, "drame humanitaire".

L'éducation, c'est d'abord apprendre les cadres, les contours et les contraintes d'une loi du "pouvoir vivre ensemble", lequel implique l'intériorisation des règles communes (et appliquées par tous, messieurs qu'on nomme grands!), l'avènement du sens des actes, l'acquisition des techniques et du désir d'apprendre, et les rudiments d'une "philosophie de l'éthique".

L'arbitraire essentiel de l'autorité est battu en brêche, la notion de respect de la vie, la sienne et celle des autres, a perdu de son sens premier, et la parole même est devenue le plus petit dénominateur commun accessible au plus vite et au plus court des échanges interhumains.

LC, ministre sinistre de son état, est sûrement un crétin, mais il n'est que la figure visible d'une société où éduquer est devenu ringard, ou développer la productivité des robots humains est l'essentiel; quitte à compter les dégâts ainsi obtenus, et s'en servir pour renforcer les mesures d'asservissement du populo à qui, avec quelques propos sur le risque zéro, on fera avaler encore d'autres mesures aliénantes propres à susciter la réaction en chaîne d'autres contre-réactions bestiales et pulsionnelles.

Merci, Marie Thérèse, de nous ranimer la flamme.

JCD

26/05/2011, 22:33 | Par Art Monica

Au cours d'un journal régional, quelques enfants et leurs mères ont été interviewés devant l'école. L'enfant turbulent a été envoyé "faire le manteau". La maitresse est allée le voir quelques minutes plus tard, l'a trouvé pendu, a cherché de l'aide. En attendant les secours, les instituteurs ont fait un message cardiaque à l'enfant. "Faire le manteau" devait être comme "d'aller au coin" ou " au piquet". Il faudrait se garder de faire de la maitresse un bourreau...J'imagine ce qu'elle doit ressentir... L'enfant a traité l'énoncé (dont il devait connaitre le sens métaphorique) à la lettre, sans peut-être penser qu'il pouvait en mourir.

26/05/2011, 23:15 | Par Mariethé FERRISI en réponse au commentaire de Art Monica le 26/05/2011 à 22:33

@Art Monica

Il faudrait se garder de faire de la maîtresse un bourreau..

J'imagine aussi qu'elle doit se sentir coupable et avoir besoin du soutien de ses pairs. Cela reste néanmoins un évènement grave qui pourrait faire symptôme (se répéter) si les intéressés et les pouvoirs publics n'y réfléchissent pas.

Cordialement

27/05/2011, 08:20 | Par Art Monica en réponse au commentaire de Mariethé FERRISI le 26/05/2011 à 23:15

Marie-Thérèse Il faut bien sûr y réfléchir. Mais pour éviter que l'événement ne se répète, prenons garde aux effets délétères du buzz et de la médiatisation, qui sont des caisses de résonance et de déraisonnance. L'enfant victime d'une maitresse trop sévère, d'une école malade, d'un ministre sarkozyste, etc. s'offrent comme figures simplificatrices. D'autant plus tragiques qu'il y a (peut-être) mort d'enfant. D'autant plus fortes que, comme le dit silence on tourne, la défaillance, le refus, de l'arbitraire de l'autorité sont ici en cause. Et qu'ils risquent d'être renforcés. Cordialement

27/05/2011, 10:19 | Par Chris43 en réponse au commentaire de Mariethé FERRISI le 26/05/2011 à 23:15

Il faudrait se garder de faire de la maîtresse un bourreau

D'autant plus qu'on oublie le rôle (?) des parents dans le fait que cet enfant-ci ait choisi de prendre l'expression (qui n'est qu'une image, il ne faut quand même pas exagérer) au pied de la lettre.

Toujours cette confusion (facile pour les parents) entre enseignants et éducateurs, qui fait de l'EN la responsable de la démission des parents.

27/05/2011, 06:01 | Par pol

Je me garde de faire de la maîtresse un bourreau, mais là, il y a de quoi s'interroger sur les rapports entre la parole des maîtres et le résultat. C'est une histoire horrible dont je ne me délecte pas. Cela me renvoie à ma douleur d'enfant mal mené par des professeurs malades, et à mon inquiétude de père à laisser mes enfants. Il faudrait penser cela, que tous professeurs et parents s'interrogent cela fait du monde! Quand au Ministre ! Rions-en!

27/05/2011, 07:28 | Par F Denizot en réponse au commentaire de pol le 27/05/2011 à 06:01

Oui, pol.

27/05/2011, 09:14 | Par utopart

J'ai toujours des difficultés à rester objectif sur tout ce qui touche à l'Education Nationale.

Il y a tellement de gens qui tirent prétexte de tous ses dysfonctionnements (qui existent et sont nombreux) pour la mettre en pièce que, étant très attaché à la notion de service public, j'ai toujours le réflexe de la défendre et de prendre fait et cause pour ceux qui la font vivre.

Dans cette triste affaire, il y a sûrement un lien de cause à effet entre ce qu'à dit la maîtresse et ce que s'est passé, puisqu'il apparaît que l'enfant a exécuté au pied de la lettre ce qui lui a été ordonné.

Sans préjuger de l'enquête policière qui dira si l'enfant a pu le faire tout seul ou s'il a été "suspendu" par quelqu'un d'autre, il y a eu je pense soit une provocation de la part de l'élève qui a pris au mot cet ordre "imagé" comme un défi, défi qui aurait mal tourné, soit un déclic qui l'aurait poussé a effectivement se pendre parce que s'estimant injustement puni et peut-être de façon répétitive, il serait passé à l'acte.

Ce ne sont que des supputations.

Il serait fort improbable que cette maîtresse ait utilisé cette expression pour la première fois, on peut même penser que c'était une de ses façons très personnelle de mettre les élèves indisciplinés à la porte de sa classe.

Là aussi simples suppositions.

Il me paraît dans tous les cas assez vain d'étendre la responsabilité morale à tout le système et de ne pas non plus charger a priori la seule maîtresse de tout le poids de cette tragédie.

 

Je ne sais si c'est en rapport, mais j'ai été très choqué que dans le collège où j'ai été médiateur de réussite scolaire pendant 18 mois, les adultes ont pris au pied de la lettre les propos d'un élève qui disait "je vais te tuer M'sieur" à un surveillant, le chef d'établissement ayant demandé l'exclusion en conseil de discipline et proposé de porter plainte pour menace de mort. Dans ce collège, le règlement intérieur était émaillé d'extraits d'articles du code pénal.

A prendre au pied de la lettre, bien sûr.

 

27/05/2011, 11:27 | Par Mariethé FERRISI en réponse au commentaire de utopart le 27/05/2011 à 09:14

"je ne sais pas si c'est en rapport..."

"La violence des mots" peut signifier à un premier degré l'expression d'un sentiment de colère envers le représentant de l'institution une limite tolérable du socialement parlant. Une médiation par le dialogue adulte/ado/tiers s'avère nécessaire avant la menace du conseil de discipline. La communication non-violente devrait s'établir avant toute sanction.

D'autres comportements sont inquiétants comme donner un coup de poing au mur de la classe et partir en claquant la porte (expérience de ma fille prof en LEP) "viens, lui dit-elle en le prenant par les épaules (la tension retombe) tu as un problème on peut en parler" . Lors d'échanges sur cette pratique avec ses collègues des désaccords se sont élevés "tu t'es exposée" etc..

Un règlement intérieur émaillé d'articles du CP ... cela me donne froid dans le dos.

27/05/2011, 12:03 | Par Axel J

(Pol)

"Pourquoi les enseignants en France ne cherchent-ils pas à valoriser les élèves plutôt qu'à les humilier?"

 

Parce que c'est le système éducatif français lui-même qui est entièrement basé sur deux choses: la sélection des élites et l'élimination de tout le reste. Et ça passe par quelques moyens faciles à démonter, dont notamment l'humiliation.

Dans quel but?

Là aussi c'est clair: Perpétuer le système féodal, qui depuis 1789 se camoufle sous un vernis de "démocratie" mais qui en fait est toujours un système de castes, et même perfectionné.

On en parle depuis longtemps, notamment sur le blog d'Etoile66.

 

27/05/2011, 12:07 | Par Mariethé FERRISI

Merci Axel J, je vais y faire un tour.

27/05/2011, 12:14 | Par ibn-nanard

http://www.monde-diplomatique.fr/2010/10/HIRTT/19756

Dans le Diplo d'oct 2010, un article de Noco Hirtt sur l'éducation : "Pour la Commission Européenne, un objectif : préparer un vivier de main-d'oeuvre flexible pour répondre aux besoins des entreprises en travailleurs peu qualifiés".

28/05/2011, 13:40 | Par Mariethé FERRISI en réponse au commentaire de ibn-nanard le 27/05/2011 à 12:14

"main d'oeuvre flexible.." Cela me rappelle juste avant 68 les orientations scolaires arbitraires vers la 3ième technologie et l'économie domestique (si les parents ne s'en mêlaient pas)

29/05/2011, 09:57 | Par alain Gillis

Je n'ai pas le temps, ni le courage de faire un billet, mais je me raccroche lâchement à ce fil pour rappeler, avant oubli, qu'un enfant de 9 ans a été hospitalisé en psy adulte, à Marseilles, avant hier.

Je rapproche ces deux situations dramatiques, qui devraient, en tant que manifestations symptomatiques de la situation de la pédopsychiatrie en france, montrer l'absence quasi totale de prise en compte sérieuse des troubles psychiques des enfants, troubles qui n'ont rien à voir avec les "entreprises de rattrapages scolaires" qui prospèrent ici et là, rien à voir non plus avec les centres psychologiques aèrés que sont les IME ou les hopitaux de jour, rien à voir non plus aves la politique-d'intégration-scolaire...

29/05/2011, 10:53 | Par Mariethé FERRISI en réponse au commentaire de alain Gillis le 29/05/2011 à 09:57

Trés juste votre commentaire en tant qu'il pointe la nécessité d'un plan de prévention précoce en santé mentale avec par département suffisamment de structures pédopsychiatriques qui permettent aux enfants de poursuivre leur scolarité en milieu ouvert.

Hors, la psychiatrie adulte prend des allures carcérales compte tenu du projet de réforme en cours concernant les soins sous contrainte.

La globalisation prend le pas sur le projet individualisé à la personne en souffrance psychique.

Il est plus important de nos jours de dépister dés la maternelle le futur délinquant, de colmater avec des rustines l'échec scolaire : "les entreprises de rattrapages scolaires" Autant de stigmatisation qui plonge un peu plus dans la norme la photo en négatif du profil type d'une norme et de son handicap.

Je déplore "le politiquement correct" de ces deux informations plus qu'inquiétantes, qui demeurent classer dans beaucoup d'articles de presse comme des faits divers !

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