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Du mal ! (suite) Le Bien : enseignement des Meidosems.

J'étais encore à me demander si le bien existait, je perdais des heures à sonder le noir du ciel et je criais : "Le Bien existe-t-il ?".

Car pour le Mal, cela semblait réglé. "Le Mal est l'ordinaire, je suis dedans et je ne peux me le représenter, guère plus que je ne me représente l'air que je respire !". Voilà ce qui me restait de mon dernier passage à l'état de veille : tout fait mal, tout est rapport de force, tout menace d'éclater, tout se tend jusqu'à se rompre et se rompt souvent. Voilà pourtant qui ne me plongeait pas dans l'affliction ni le désepoir. C'était presque le contraire : je savais maintenant que si je cherchais, cela se ferait sans m'apesantir.

Ainsi par moment, un infime équilibre se trouve ! un instant de hasard, beau comme l'aube, où les forces trouvent le repos, où les tensions s'annulent et nous font croire à notre infinie bonté. Les amoureux planent un moment, logés dans une barque douce, avant de reprendre la lutte. La mère et la fille sont saisies de compassion alors qu'elles croyaient la trève à jamais impossible : elles auront connu la paix, la rapide, la belle paix. Les soubresauts du combat se suspendent par éclair et nous devenons des êtres de coton et d'amour. Le Bien est un suspens et un miracle simple.

"Voilà ce qu'il en est, me souffla mon voisin ermite, habituellement silencieux comme mon sommeil, le Bien est une ligne blanche qui zèbre le noir afin que tu saches le noir. C'est infime, léger, et son vol est rapide ; il déteste l'immobilité, celle des principes comme celle des statues ; il aime l'insaisissable reproduction de son pas de messager. Il danse."

Et le voisin me mit un texte entre les mains ; "Regarde, c'est un peu toi ! ou un autre. Tu es ainsi, petite tricoteuse de sentiments fugaces, toute en attente." Il voulait me parler de l'engeance des Meidosems*.

"Ces centaines de fils parcourus de tremblements électriques, spasmodiques, c'est avec cet incertain treillis pour face que le Meidosem angoissé essaie de considérer avec calme le monde massif qui l'environne.

C'est avec quoi il va répondre au monde, comme une grelottante sonnerir répond.

Tandis que secoué d'appels, frappé, et encore frappé, appelé, et encore appelé, il aspire à un dimanche, un dimanche vrai, jamais arivé encore."

Et lorsqu'il s'agit des femelles, les Meidosemmes : " Elles montent dans les arbres. Pas par les branches, mais par la sève. (...)

Ascension ivre, douce comme savon entrant dans la crasse. Vite dans l'herbette, lentement dans les vieux trembles. Suavement dans les fleurs. Sous l'infime mais forte aspiration des trompes de papillons, elles ne bougent plus. (...)

Joie, joie qui envahit comme envahit la panique, joie comme sous une couverture."

.

* Extrait de Portrait des Meidosems, dans La vie dans les plis. Henri Michaux 1949

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Tous les commentaires

kairos Que le mal nous fasse du bien et que le bien ne nous fasse pas de mal?

Certes Kairos, et surtout que le bien ne nous fasse pas de mal !

Et y a pas de mal à se faire du bien, Lola! Mais je crois que Michaux s'est fait du mal, en soignant son mal être en usant de substances... illicites, et aux effets secondaires... nocifs. Mais ce n'est pas pierre qui lui jettera la premiére boulette...

Ca veut dire quoi "Lola" ? Je ne sais pas si Michaux s'est soigné quelque chose ! Tu ne crois pas qu'il a plutôt poursuivi sous une autre forme à partir de la fin des années 50, l'exploration géographique entreprise. Michaux est un voyageur, un arpenteur.

"Lola", c'est pour "lol" ("lough out laughin", je trouve ça plus pratique que : -;) ou assimilé.) Michaux s'est soigné la maladie humaine, non? Quant à l'exploration... oui : "un déréglement de tous les sens"... Je connais ces substances, sauf l'héroïne, j'ai toujours eu horreur des piqures. Mais je suis de cette génération, Marielle! "Drop out, turn on, tune in!", Thimothy Leary, "Electric acid test", etc.... Mais ce commentaire ne voulait pas aller plus loin que lui-même...

Lough out laughin'? Wow, ça doit être les substances? Intéressante interprétation, car c'est du Monstre du Loch Ness que vous parlez, bien entendu? Qui surgit dans un éclat de rire? Sympa d'imaginer que c'est un jeune, qui s'éclate dans l'eau comme aux vacances à la mer...
lough noun Anglo-Irish spelling of loch. ORIGIN Middle English: from Irish loch. The spelling lough survived in Ireland, but the pronunciation was replaced by that of the Irish word. (New Oxford American Dictionary)

C'est bien ça. Et ce même Loch Ness Mounster, un cousin lointain de Elliott, surgissant de la nuit du lac en riant aux éclats, bondit dans une automobile de compétition (formule 1 ou prototype "Le Mans", cela reste à déterminer) des années 60 du nom de Lola*, court vers l'aventure au galop. Son nom? Il le signe à la pointe de l'épée d'un Z, qui veut rien dire du tout... Seules substances autorisées aujourd'hui : tabac, café, thé, pain, chocolat, nouilles, artichaud-vinaigrette, pâté "grand-mére", yaourts, purée, saucisse de Toulouse, jus d'orange, croissant et l'addition, svp. * la grande époque des Lotus, B.R.M., Brabham... Jim Clark et Graham Hill...

Le monstre Eliot étant interdit de séjour au pays du scotch, cela expliquerait le masque noir, la cape et les excès de vitesse? (sinon félicitations pour le régime pâté grand-mère..)

Non, non, non, non! Pas d'excès de vitesse pour Elliot Ness, de par son statut d'incorruptible! Par contre, les excès de pâté...

Je vois qu'on s'amuse, les minous (pour pas dire, les matous) ! Z'avez raison !

Bonjour Marielle, Merci de votrte appréciation bienveillante à propos de ma réaction concernant le papier de Jérôme Guedj. Votre blog est très intéressant, surprenant et même un peu déroutant! Parlez moi de vous, cela m'intéresse (si vous le voulez bien!). Bien à vous

Paul ! vous parler de moi ? Humanoïde, apte à la marche, le nez en l'air .... Tiens, je pense à ça : "parlez-moi d'moi, y'a k'ça qui m'intéresse" dit la chanson. Au plaisir, caro Paulus.

Ces zébrures chère Marielle, évoquent pour moi plutôt l'"état de grâce". Mais il est vrai qu'on peut considérer ces instants de grâce, comme des constatations, des regards, sur le Bien qui donc existerait vraiment, comme le Mal par ailleurs?

Je pense (en toute prétention-modestie !) que c'est le mal qui existe si on peut appeler ainsi cette fâcheuse tendance à la destruction (inhérente à la vie !), que c'est notre pâte, que ce n'est pas dramatique, juste tragique. Et ce "bien" par éclair, oui, il existe aussi, et c'est une vraie création, c'est comme une oeuvre (même si c'est pas celle d'un artiste, mais juste celle d'un humain qui voit au bon moment ce qu'il y a à voir et y répond). Il n'existe peut être pas en soi, mais comme une éventualité : réfléchissons, la mort n'est la mort que parce qu'il y a la vie ! Ouah ! ké banalité ! scuse me, darling. Je suis écoeurée (pour rester dans un mode d'expression excessif que j'aime parfois, vous l'avez vu !!!) par la douceâtre tendance à se placer dans la bien-veillance, même si par moment il existe une véritable bienveillance. Mais ça, c'est plus rare qu'on ne croit.

“Fâcheuse tendance à la destruction (inhérente à la vie!), […] pas dramatique, juste tragique.”
Donc "si on peut appeler ainsi" l'expansion et le refroidissement de l'univers, et la tendance au chaos? Construction vs. destruction?
“Et ce "bien" par éclair, oui, il existe aussi, et c'est une vraie création, c'est comme une oeuvre […].”
L'ordre de l'univers (au sens bouddhiste)? La complexification inexorable qui débouche sur la vie et la conscience? Cycle infini de l'alternance compression-expansion?
“La mort n'est la mort que parce qu'il y a la vie”
La mort n'est qu'un aspect, une partie de la vie. Si la mort est "mal", alors le Mal est partie du Bien. De la vie, quoi.

"La mort n'est qu'un aspect, une partie de la vie. Si la mort est "mal", alors le Mal est partie du Bien. De la vie, quoi." Oui je crois Axel. Mais bon, on peut ne pas l'appeler le "mal" pour les âmes sensibles. Et j'aime ne pas faire une cloison rigide entre bien et mal (sauf si je suis juriste, ou législateur bien sûr)

kairos C'est drôle, en occident, on oppose la vie à la mort... A l'orient, le contraire de la mort, c'est la naissance... Ce qui laisse la vie elle-même libre, en dehors de ce mauvais coup?

Bonne idée Kairos que cette idée orientale, et si juste ! Je mettrai donc de l'orient dans mes affaires, comme Michaux veut mettre du dromadaire à Honfleur pour se désennuyer. Et vous, que vous mettriez-vous ?

kairos Dans mes affaires ou à Honfleur? Et, puisque vous évoquez Michaux, pourquoi pas relire "Un barbare en Asie"?

Et si vous mettez vos affaires à Honfleur, tout se simplifie ! Je feuilletais ce matin ce Barbare en Asie !

kairos N'est-ce pas à Honfleur qu'Alphonse Allais était pharmacien? L'idée du dromadaire l'aurait séduit, je suppose, surtout avec quelques palmiers autour du port de plaisance... Car la ville est plutôt grise par temps normand ordinaire... Et dès qu'il fait beau, elle est envahi par les touristes parisiens... Connaissez-vous Criqueboeuf?

Oh moi, vous savez je suis une sudiste déportée par le vent jusqu'en forêt de Fontainebleau, alors Criqueboeuf !!! Pourtant je suis passée à Honfleur. Joli port de mer, n'est-ce pas ! j'aime cette expression. Et puis, port de tête, pas mal non ? Mais ce Criqueboeuf, qu'en dites-vous ? J'aime beaucoup cette idée d'intervenir sur un lieu : demain je mettrai un brin de Patagonie à mon boulot, histoire de "les" voir errer dans la lande, le cheveu en bataille.

kairos Criqueboeuf, c'est un nom parfaitement Flaubertien, vous ne croyez pas? Un nom de fiction qui dépasse la réalité... Et c'est pourtant une plage, la seule à vrai dire, oubliée entre Honfleur et Trouville, où nul ne s'arrête, à cause du grotesque du nom peut-être et du prestige des sites balnéaires qui l'encadrent, que ne fréquente que quelques autochtones, et l'océan, avec dans la brume du lointain les raffineries du Havre...

@ Kairos, Flaubert, qui disait dans son dico des idées reçues : Voir Yvetot et mourir. Idem pour Naples.

Ah oui très flaubertien, on voit presque sa place et son petit monde. Un jour j'irai à Criqueboeuf !

Coucou Marielle, Le sujet du Fil, ce sont donc les voyages ? Je débarque, moi, et je prends la Normandie en route ! Il faudra aller à Criqueboeuf, si Kairos le conseille: il est de très bon conseil pour les voyages, surtout flaubertiens ;-)

Salut Art ! Et non, cé pas le sujet, mais parfois dans les fils qui suivent mes billets, ça divague, et j'avoue que je laisse faire, et même honte à moi, j'encourage. J'aime ça. Mais si une bonne âme me remet dans le sujet (quoique ici c'est un peu, beaucoup allusif), je redémarre con molto piaccere.

Mais non Marielle, divaguer fait du bien... et c'est le sujet du Fil, le bien, non ? Donc, c'est en plein dans le mille ! Vaguons et divaguons, sur les flots normands ... et méditerranéens. J'avoue avoir un petit faible pour la méditerranée, mais hors saison. La Normandie et la Bretagne sont belles mais elles me donnent du vague à l'âme...à mon "âme" du Sud, sans doute ;-)

A question idiote, réponse intelligente!! C'est drôle que vous m'appeliez Paulus, par hasard, c'est un surnom que seules de très intimes utilisent. Bon, je vais me plonger plus avant dans votre blog pour mieux vous cerner....

Si vous plongez, sachez que c'est en eau trouble, pas très profonde, au milieu des poissons-clowns et des phrases sibyllines.

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