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L'art du gué, ou de la promenade : Bram et Geer Van Velde

L'été vous a trouvé, parfois en promenade, parfois en arrêt devant un tableau, parfois lisant et relisant la même page.

Et par un hasard bienfaisant, des ponts se sont jetés ici ou là, inédits, construits pour vous seul à l'instant où vous passiez. Vous n'en revenez pas de ces rencontres, furtives, fulgurantes.

La route vers le sud vous a conduit à Lyon, un appel, un écho : l'exposition des frères Bram et Geer Van Velde. Premier coup de lumière, de couleur, de lignes toniques, reçu sur le chemin des vacances : vacance ! donc vide ! et avec un peu de chance - ouvert - mais là, vous le savez, c'est à guetter, ce petit ouvert se ferme si vite. Alors les grands murs du Musée des Beaux Arts de Lyon vous ont comme baptisé : Bram et Geer, un couple, deux frères, force de l'union et de la division, deux profils - impossible de ne pas aimer ces deux têtes d'aigles du nord, ces deux corps.

 

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Chacun va cheminer, tantôt très proche de l'autre, tantôt plus loin.

L'un toujours plus jeté vers la trace épaisse et tonitruante, ce Bram parti de sa proximité avec ses maîtres de la générations précédente (Van Gogh, Munch, Nolde), c'est Bram, le sombre, né à la couleur pendant son séjour en Allemagne (1922 - 1924).

 

Village, 1923, Bram

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"La peinture est une chose toute bête, toute simple. Je peins pour me sortir du trou. Je peins ma misère." Bram Van Velde

 

L'autre, Geer, tout comme son frère, s'attarde aux scènes populaires mais les traduit avec une certaine naïveté, où l'on retrouve la patte d'un Chagall, même si rien ne prouve que Geer le connaissait. :

 

Vue du village, 1925, Geer

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Plus tard, à la lumière du sud, Corse et Majorque (1930 - 1936), Bram trace son chemin, s'éloignant de la figuration.

 

Nature morte,1930, Bram

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Peu à peu le débridement de l'espace se met en place - élans du pinceau, demi-tours,aplats colorés, hachures, grandes lignes -

 

Sans titre, 1946, Bram

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"On ne peut rien maîtriser du tout. Ce qu'il faut, c'est se laisser dominer." - Bram Van Velde

 

La recherche de Geer prend d'autres chemins, tâtonne dans de nouvelles écritures : il dépouille, allège la touche, et s'adonne à une forme d'architrecture de plus en plus aérienne.

 

Apparition, 1929, Geer

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Méditerranée, 1941, Geer

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Et parfois quelque chose vient se répondre entre Bram et Geer, une foudre du trait, une sauvagerie.

 

Sans titre, Geer, vers 1930

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Sans titre, Bram, 1939

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"Quand je vais vers la toile, je vais vers le silence." - Bram Van Velde

 

Et vous avez suivi ces frères jusqu'au bout du musée : couleurs et lignes comme des ailes de ciel pour Geer.

 

Composition, années 1950 - 1955, Geer

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Composition, 1958, Geer

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Et chez Bram, circuits du pinceau, veinures qui font venir définitivement une palette qui va du rouge au violet, voilements, coulures, rondes gaies ou macabres.

 

Sans titre, 1978, Bram

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Composition, 1975, Bram

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"Quand je peins, je ne sais pas ce que je fais, où je vais. Il me faut chercher une issue. Je travaille jusqu'à ce que je n'aie plus à intervenir". (Rencontres avec Bram Van Velde, de Charles Juliet, Fata Morgana, 1978)

 

Les vacances avaient donc joué leur rôle : du vide qui vous avait ouvert un peu, qui avait suffisamment déhanché le cours des choses pour que s'immisce autre chose.

Ce fut plus tard un autre pont, dans les terres de Haute Provence, entre Céreste et Forcalquier : votre découverte hasardeuse d'un peintre, si peu connu en France, influencé lui même par sa rencontre avec Bram Van Velde - Pierre Humbert - Mais aucune image sur internet de ce peintre de la trace, des lignes de crête, des cols, des creux, du sol blanchi.

Juste une ligne d'un ami qui écrit sur Humbert : "C'est une tâche ardue que de chercher l'évidence dans l'infirme". (Humbert, l'autre face du monde, par Pierre Lieutaghi, éditions Propos/2)

Et depuis vous cherchez d'autres gués (et pourquoi ne pas les nommer "guets" ?), d'autres cailloux où poser vos pas.

 

Tous les commentaires

15/08/2010, 20:01 | Par Vincent Verschoore

Superbe, je ne connaissais pas. Faut dire qu'en art, j'y connais que dalle...

16/08/2010, 06:12 | Par Marielle Billy en réponse au commentaire de Vincent Verschoore le 15/08/2010 à 20:01

Vincent, chacun son petit jardin ! et si je vous dis qu'en mathénatiques et physique, je n'y vois goutte, vous me croyez n'est-ce-pas ?

L'intérêt des blogs se niche peut être là : croiser ce qu'on croise peu dans sa vie quotidienne. Merci de votre passage, il me fait plaisir.

15/08/2010, 21:20 | Par JoHa

Merci pour cette promenade découverte, Marielle.

Etonnant parcours de vie - je viens de lire leurs biographies sur le net-, que celui des frères Van Velde.

16/08/2010, 06:21 | Par Marielle Billy en réponse au commentaire de JoHa le 15/08/2010 à 21:20

J'ai aimé cet été et toutes ses rencontres.

Ne trouvez-vous pas qu'on retrouve dans chaque mouvement intempestif de la création, ce dont M. Réja parle ; pour les autres visiteurs, voir le billet de Joha dans l'édition - les contes de la folie ordinaire

http://www.mediapart.fr/club/edition/contes-de-la-folie-ordinaire/article/060810/vous-ne-trouverez-pas-marcel-reja-sur-wikip :

"nécessité subjective qui les met au pied d'un mur"

 

16/08/2010, 22:21 | Par JoHa en réponse au commentaire de Marielle Billy le 16/08/2010 à 06:21

Oui, Marielle, c'est à cela que j'ai pensé en lisant la passion que ces deux hommes ont mise dans la peinture.

15/08/2010, 22:35 | Par hêtre

Marielle Billy,

Que dire (émotion) ?

D'abord, c'est un beau travail, un vrai travail, tout l'intérêt d'un blog, un vrai blog, cette promenade que vous nous proposez, en votre compagnie — tout le long, c'est à vos côtés que je chemine —, dans le(s) monde(s) des deux frères.

Quand je lis Bram van Velde, il m'est impossible de ne pas penser à Samuel Beckett. Au merveilleux livre de Jean Frémon : "Samuel Beckett dans ses petits souliers" (L'Echoppe, 2009).

Oui, "Quand je peins, je ne sais pas ce que je fais, où je vais. Il me faut chercher une issue. Je travaille jusqu'à ce que je n'aie plus à intervenir."

Emotion, donc.

16/08/2010, 06:41 | Par Marielle Billy en réponse au commentaire de hêtre le 15/08/2010 à 22:35

Votre passage me touche : c'est vrai que je vis l'expérience des blogs comme de petites propositions de promenade avec celui qui veut bien.

16/08/2010, 22:10 | Par Christine Marcandier en réponse au commentaire de Marielle Billy le 16/08/2010 à 06:41

Superbe. Et comme d'autres, je n'en connaissais qu'un, et mal qui plus est. Merci pour cette découverte.

16/08/2010, 00:03 | Par ventdemer

 

Je connaissais Bram, j'aime ses tableaux, ils me sont nécessaires.

Merci Marielle, grâce à vous, je découvre Geer : il me manquait.

 

16/08/2010, 06:34 | Par Marielle Billy en réponse au commentaire de ventdemer le 16/08/2010 à 00:03

Merci Vigile (je vois aussi qu'avec un tel pseudo, vous êtes du côté du "guet") : c'est bien l'intérêt de cette exposition - ranimer l'oeuvre de Geer, qui est comme cachée derrière celle de Bram -

Voici un autre rapprochement qui montre bien les chemins divergents :

Geer, 1946 Bram, 1946

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16/08/2010, 00:28 | Par Dominique Conil

Trop fatiguée ce soir pour commenter: pas pour regarder et lire..

16/08/2010, 06:44 | Par Marielle Billy en réponse au commentaire de Dominique Conil le 16/08/2010 à 00:28

Dominique, vous savez bien que le commentaire vient de surcroît mais que l'important est d'ouvrir ses yeux.

16/08/2010, 05:42 | Par sofisafia

"Car il sufit que je réfléchisse à tous les plaisirs que me donnaient, à tous les plaisirs que me donnent, les tableaux d'A. van Velde, et à tous les plaisirs que me donnaient, à tous les plaisirs que me donnent, les tableaux de G. van Velde, pour que je les sente m'échapper, dans un éboulement innombrable."

Samuel Beckett, Le monde et le pantalon.

16/08/2010, 06:39 | Par Marielle Billy en réponse au commentaire de sofisafia le 16/08/2010 à 05:42

"un éboulement" : c'est peut être la parenté d'expérience entre ces obstinés.

Merci Sofisafia d'introduire cette parenté.

Et le lecteur, le spectateur qui passent, sentent bien que cela va vers l'ouverture - mais combien c'est une difficile expérience - Alors merci à eux.

16/08/2010, 07:38 | Par françois périgny

Bram van Velde... Souvenir d'une révélation... Une maniére d'être.

"Je travaille jusqu'à ce que je n'aie plus à intervenir".

Merci de les rappeler à notre souvenir, et de renouveler la connaissance de ce frére , Geer, que je ne connaissais pas.

16/08/2010, 13:21 | Par Bernard Colin

Magnifique, Marielle. Ravi de vous retrouver. Je glisse aussi celui-ci dans mes favoris. Je les relis souvent, et c'est toujours un moment qui compte.

16/08/2010, 15:05 | Par Anne Guérin-Castell

Cela commence par des ponts et finit par des gués, cette invitation à te suivre dans tes chemins traversiers, Marielle. Comme d'autres l'ont déjà écrit, je ne connaissais que Bram, directement ou par l'intermédiaire de Beckett ou Juliet. Découverte… les œuvres de Geer me touchent infiniment plus que celles de son grand frère…

16/08/2010, 22:08 | Par Marielle Billy en réponse au commentaire de Anne Guérin-Castell le 16/08/2010 à 15:05

En regardant les deux côte à côte, je me suis vraiment demandé vers lequel allait mon penchant ... Geer a quelque chose de plus en plus diaphane au fil du temps, et de plus graphique aussi, c'est presque la beauté de l'air ; mais Bram m'entraîne davantage dans une sorte de corps à corps - on sent tellement le geste qui tourne et retourne au tableau comme un assoiffé, que j'en suis davantage "cognée".

Ce serait presque comme les deux morceaux d'un symbole (tu sais, ces 2 moitiés complémentaires d'un objet que 2 familles grecques se répartissaient, comme des signes de reconnaissance) : alors on dire l'un pour l'air et l'eau, l'autre pour la terre et le feu., l'un et l'autre finalement.

17/08/2010, 00:06 | Par Dominique Conil en réponse au commentaire de Marielle Billy le 16/08/2010 à 22:08

Eh bien ( même si nous ne sommes justement pas sommées de choisir, et qu'il est plus intéressant de suivre les passages de l'un, à l'autre): il y a un drôle de croisement, la peinture de Bram, initiale, me parle plus que celle de Geer, puis avec le temps, il y a une sorte d'inversion, celle de Geer plus que celle de Bram dont la force devient résumé.

Mais comme j'étais frappée par le voisinage avec Chagall dans les années 20 ( peu connu alors) , je me suis promenée et voici, lorsque Bram Van de Velde creuse seul, même si quelque chose se ferme , Geer est traversé, d'influences, même s'il s'y perd.

Matisse ?

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17/08/2010, 00:06 | Par Dominique Conil en réponse au commentaire de Dominique Conil le 17/08/2010 à 00:06

Kandinsky ?

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17/08/2010, 08:24 | Par Marielle Billy en réponse au commentaire de Dominique Conil le 17/08/2010 à 00:06

Vous mettez en évidence ce que j'ai perçu à plusieurs reprises : cette affaire des influences et de ce qu'en fait un créateur, c' est est comme un point de butée qui se fendille plus ou moins selon l'artiste. Parfois, comme un miracle, il arrive à persévérer au delà.

17/08/2010, 08:56 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Marielle Billy le 17/08/2010 à 08:24

Ce sont les coulures (sic) de Bram, ces couleurs que l'on laisse vivre une vie soumise à la loi de la gravitation, ces toiles que l'on oublie à peine peintes, pour sans doute passer à une autre, ou autre chose (la peinture comme la vie de Bram sont pleines de réflexion), ces toiles abandonnées, en quelque sorte, dés que "finies", pas même séches, ces coulures qui m'ont révélé quelque chose du geste d'un artiste dont l'art et la vie ne font qu'un. Une quête, où d'autres font une enquête. "Picasso trouve, moi je cherche".

Ces coulures de Bram van Velde sont à jamais liées, pour moi, à la phrase de Musil, sur ces statues anciennes auxquelles il ne faut pas mettre un nouveau nez, mais laisser dans l'abandon au temps, comme quelque chose qui nous échappe.

Le geste de Bram -ou plutôt, son absence de geste- de laisser couler la couleur a quelque chose de "sauvage", de libre, de détaché, qui, je ne sais pourquoi, me fait croire qu'il "annonce" Basquiat, par exemple. Mouvements souterrains, éclatant en pleine lumiére, quand ils apparaissent.

17/08/2010, 09:06 | Par Marielle Billy en réponse au commentaire de françois périgny le 17/08/2010 à 08:56

J'aime beaucoup tes mots autour de la coulure.

Paradoxe merveilleux à l'oeuvre : laisser filer et tauréer sans trêve.

17/08/2010, 23:32 | Par hêtre en réponse au commentaire de françois périgny le 17/08/2010 à 08:56

Pierre,

Ce texte, votre texte, c'est une des plus belles choses que j'ai lues sur ce site. Je serais éditeur, je prendrais contact avec vous.

Bien que je ne sois pas éditeur, vous êtes l'un de mes contacts. Quelle chance j'ai !

18/08/2010, 00:09 | Par Dominique Conil en réponse au commentaire de hêtre le 17/08/2010 à 23:32

Oups, Marielle ci-dessus: ça se fendille ou ça se souterraine, c'est obscur et lointain, et secret, ou bien ça se laisse voir, ça habite, les influences...

Et aussi, en regardant la photo tout là-haut: il y a des gens qui transvasent leur oeuvre, tout de go, travers d'eux-mêmes, il y en a d'autres qui doivent la laisser transvaser longtemps, infuser, se fabriquer, exigences voisines mais qui ne se rencontrent que parfois, même chez des frères.

Et donc, pour rejoindre ce qui est écrit ci-dessus: on ne peut rajouter de nez aux statues, on peut aimer le temps..

18/08/2010, 06:20 | Par Marielle Billy en réponse au commentaire de Dominique Conil le 18/08/2010 à 00:09

"aimer le temps", ne pas avoir peur, il y a sans doute un seuil variable de la peur, là est une différence. J'aime la persévérance, moi qui en suis assez dépourvue. Les "grands" peintres pour moi ont quelque chose d'épique sans jamais vouloir être héroïques, ils sont épiques sans le chercher.

 

18/08/2010, 06:21 | Par Marielle Billy en réponse au commentaire de hêtre le 17/08/2010 à 23:32

Vraiment oui.

26/08/2010, 09:58 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Dominique Conil le 17/08/2010 à 00:06

Bram, le grand frére, qui s'avance devant, dans les fourrés, ne craint ni les ronces, ni les serpents, défriche, ouvre le chemin. Geer, derriére lui, plus rêveur, peut-être, plus sensible, le petit frére, qui parfois se laisse distraire par un autre aperçu. Mais la couleur, toujours, fascination pour la Méditerrannée. Comme Vincent ?

26/08/2010, 19:35 | Par Anne Guérin-Castell en réponse au commentaire de françois périgny le 26/08/2010 à 09:58

Pierre,

S'il me touche à ce point (le petit frère), c'est surtout qu'il saisit le moment qui porécède juste la disparition. Comme parfois Bruno Schulz dans ses nouvelles.

Dominique,

Influence ? Je n'aime pas ce terme. Il crée une sorte de hiérarchie, entre celui qui serait le premier et les autres. Or le premier ne l'est jamais vraiment. Il y a des généalogies, que les artistes se fabriquent, au fur et à mesure des questions qu'ils abordent dans leur art.

Pourquoi ne pas parler plutôt de dialogue, un dialogue qui va souvent au-delà de la mort ?

27/08/2010, 06:02 | Par Marielle Billy en réponse au commentaire de Anne Guérin-Castell le 26/08/2010 à 19:35

J'aime que tu questionnes cette notion de "hiérarchie", Anne.

Ce qui nous saisit le coeur, c'est peut être ce qui sourd de la peinture : la trace de la violence-acharnement-humilité ... de dialogue avec les "influences", avec la matière et avec soi.

27/08/2010, 21:57 | Par Dominique Conil en réponse au commentaire de Marielle Billy le 27/08/2010 à 06:02

Chère Anne, le sens et le poids qu'on donne aux mots varie... Car l'influence est , pas seulement étymologiquement, un flux, non ? On n'est pas obligé de s'y noyer, de passer en dessous: ça peut porter, traverser... ( Je crois d'ailleurs avoir écrit à peu près la même chose dans un commentaire plus haut, mais du coup, je ne le vois plus).

Il peut y avoir dialogue, mais c'est différent: cela suppose un échange, le dialogue, et des fois, c'est à sens unique, l'influence: on la reçoit ( et on se l'approprie, on se la transforme). Dès lors, ce n'est pas une prise de pouvoir sur l'artiste, c'est de la nourriture!

La hiérarchie, c'est peut-être parce que si on identifie rapidement l'influence d'un maître, ou d'une culture , restent dans l'ombre des tas d'influences diffuses, multiples, mais peut-être aussi constitutives..

16/08/2010, 15:41 | Par Luce Caggini

Geer 1958

Une échappée vers lepetit matin des musiciens de Picasso .Même si le temps est un momentsans voix , le tableau de Geer est un moment de vie musicale dans unregistre en mode coloratura .

16/08/2010, 22:15 | Par Marielle Billy en réponse au commentaire de Luce Caggini le 16/08/2010 à 15:41

De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l’Impair
Plus vague et plus soluble dans l’air
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

(...) Verlaine

17/08/2010, 00:30 | Par Luce Caggini

Marielle à quand la prochaine rencontre ?

17/08/2010, 08:32 | Par Marielle Billy en réponse au commentaire de Luce Caggini le 17/08/2010 à 00:30

Dites-moi, venez-vous à Paris de temps à autres ? auriez-vous une exposition en prévision ? Je pourrais aussi faire un grand tour vers vos terres, en fonction de mon temps libre.

18/08/2010, 00:47 | Par Luce Caggini en réponse au commentaire de Marielle Billy le 17/08/2010 à 08:32

exposition permanente , surtout pour les nomades, Marielle

quand tu pourras, quand tu voudras

amitié

 

18/08/2010, 07:21 | Par Bernard Colin

Quel vertige de se promrner avec vous, le matin, vers 7h, en sirotant un café bien fort. Une journée qui part à merveille.

27/08/2010, 06:07 | Par Marielle Billy en réponse au commentaire de Bernard Colin le 18/08/2010 à 07:21

Voici une journée de plus en compagnie de l'inexplicable (et en se levant tôt !)

Belle journée à vous et à chacun.

26/08/2010, 18:50 | Par fiesole

Sur la pointe des pieds je suis venue regarder ces toiles.

Moi qui reste attachée à Rembrandt et Van Gogh (pour ne citer que 2 "monstres" sacrés) et qui n'ai guère apprécié Picasso (sauf le tout début) je trouve un certain "plaisir" à regarder ces tableaux.

Alors peut-être faudrait-il se rendre à l'exposition mais faire 85 km pour aller voir du moderne c'est quand même beaucoup !

27/08/2010, 06:09 | Par Marielle Billy en réponse au commentaire de fiesole le 26/08/2010 à 18:50

Fiesole, l'expo. est terminée !

je ne sais si vous me lirez mais je vous dirai : ce dont je me suis rendu compte, c'est que, plus je regardais les oeuvres ("modernes" comme vous dites) plus j'apprenais à aimer : c'est comme un apprivoisement de la connaissance. Comme dans la rencontre d'une personne, c'est avec le temps qu'on sent ses multiples nuances.

Hasard : hier je suis allée flâner au Louvre - grand calme dans les salles des peintresdu nord - etje suis restée un moment devant l'auto-portrait de Rembrandt (1660)

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Et un extrait de l'ouvrage de J. Genet (Le secret de Rembrandt) :

" Sans espoir de voir un jour le bonheur réapparaître, avec un effort terrible, il va essayer, puisque seule la peinture demeure, de détruire dans son oeuvre et en lui-même tous les signes de l’ancienne vanité, signes aussi de son bonheur et de ses rêves. À la fois, il veut, puisque c’est le but de la peinture, représenter le monde, et à la fois le rendre méconnaissable. "

Ce regard, arrondi, presque vide de pensée, témoignage d'une recherche qui découvre peu à peu qu'elle est infinie ...

 

 

27/08/2010, 06:38 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Marielle Billy le 27/08/2010 à 06:09

*

27/08/2010, 15:44 | Par fiesole en réponse au commentaire de Marielle Billy le 27/08/2010 à 06:09

Je suis très touchée par votre réponse surtout en ce qui concerne ce magnifique portrait de ce génial Rembrandt.

Et pour ce cadeau merci infiniment.

Malheureusement pour moi je n'irai plus au Louvre car il est à Paris .

Oui si je pouvais surpasser ce rejet de Paris j'irais à nouveau au Louvre (et à Vincennes pour voir les trotteurs, je les aime tellement !) mais non ce n'est pas possible pas plus que de voir Jésusalem qui est malheureusement en israël (voir israël depuis la Jordanie au bord de la mer morte a déjà été une telle épreuve morale et même physique -ne riez pas- !).

Je suis trop "entière" malgré les ans et trop sensible malgré mes études en sciences dites dures (maths et physique) et cette formation m'empêche certainement de trouver les belles phrases pour expliquer ce que je ressens vraiment !

Enfin sachez que tout ce qui est "moderne" n'est pas forcément à rejeter (même pour moi!) à preuve mon intérêt pour la danse même moderne qui en 2010 m'a conduite à un fiasco car ma ville -CHAMBERY- (qui par ailleurs fait des efforts méritoires au niveau culture) a un nombre limité de places à proposer .

Pour finir (pour l'instant car échanger avec des personnes sensibles est un bonheur ) je dois vous dire que pour moi le sommet du sommet de l'art est et restera la musique classique qui est ma respiration ma raison de vivre mon bonheur quotidien (excusez mon vocabulaire restreint mais les mots ne sont-à mon sens- guère utiles pour vanter : Beethoven Mozart Schubert Wagner Verdi Puccini Malher und so weiter et là mêmes les "modernes" je leur trouve parfois un grand plaisir/interêt !! mais c'est parce que je pratique la musique quotidiennement !

PS : En peinture j'aurais pu vous parler des italiens (je suis allée si souvent là-bas en Toscane surtout - oh ce pays de rêve malgré Berlusconi!-).

27/08/2010, 16:55 | Par Marielle Billy en réponse au commentaire de fiesole le 27/08/2010 à 15:44

Comme c'est gentil d'avoir pris ce temps pour laisser vos lignes ici.

Je comprends ce que vous dites. Quant à la musique, je l'aime infiniment mais je pense que ce n'est pas de l'ordre de la passion comme pour vous.

Et je connais très mal Wagner (comme beaucoup de français ?) ; je rajouterais à votre liste quelques baroques, n'est-ce pas ?

L'Italie : OUI,et lorsque j'y suis, c'est un plaisir immense qui ne se tarit jamais.

30/08/2010, 19:46 | Par fiesole en réponse au commentaire de Marielle Billy le 27/08/2010 à 16:55

Chère Marielle Billy

D'une façon générale sur votre blog je constate que tous aiment beaucoup (à mon avis un peu trop !) jouer sur les mots il ne faut quand même pas perdre de vue que l'on doit toujours trouver un vrai sens à ce qui est dit.

Cette notion d'infini par exemple ! : un endroit où les droites parallèles se rencontrent !! mais enfin ça peut rester assez virtuel et bien sûr on a le droit d' y mettre de la "poésie" !

Pour moi la vraie poésie est pleine de sens par exemple : la mort du loup d'Alfred de Vigny que je connais encore par coeur malgré les années et qui a une charge symbolique énorme énorme !

Maintenant j'en reviens à mon dada la musique.

Oui pour la musique baroque (Haendel Monteverdi Vivadi ...) mais non pour Bach (pardon je sais que je suis iconoclaste mais excepté qq concerti il me fait ..... car entre autres il renvoie trop à la religion qui fait tant de mal en ce bas monde -je suis une athée absolue-.

Mais pour combler les lacunes je m'en veux beaucoup d'avoir oublié Tschaïkowsky et même Korsakov car la musique russe talonne parfois la musique allemande/autrichienne.

Et puis il y a même du bon en France avec Bizet (oh Carmen là encore tout un symbole mais c'est sublime) etc... et pour moi aussi Fauré qui avec son requiem serein et aussi pour des raisons un peu plus perso (trop longues à expliquer) est un muscien à retenir Fauré et Annecy où il a failli mourir mais au miracle il a pu rentrer juste à temps à Paris (sauvé!!).

Pardon pour tous les autres et surtout Chopin qui m'a "accompagnée" dans mes années de piano mais que j'avais pris en grippe et que j'ai retrouvé avec bonheur il y a peu et surtout dans les interprétations de Samson François (cela date je sais !).

D'ailleurs voila le point crucial de la musique dite classique (mais aussi baroque romantique etc..) c'est que les interprètes sont aussi fondamentaux que la musique donc Samson François au piano pour Chopin et aussi par exemple Furtwängler pour la direction (par exemple dans Don Giovanni même si cela date et même si celui-ci a été injustement dénigré! c'était un génie ).

La musique c'est un compositeur et un interprète (le théatre aussi je suppose mais je suis bp plus circonspecte)

et par contre la peinture se suffit à elle-même comme l'archéologie ( mon regret !).

En fait même si je ne sais pas "jouer" avec les mots (je préfère l'humour) j'aime vraiment la peinture (aussi) car au lycée (complétée par moultes choses) j'ai eu une trés trés bonne formation (je faisais un cahier perso avec compléments divers , c'est dingue quand j'y pense mais il en reste quelque chose même si les "modernes ..."!

J'arrête de vous inonder de considérations hors sujet.

Vale.

PS : Je pense soudain à Dürer dont j'ai 3 reproductions (un lièvre une tête d'enfant et les mains -ce sont des aquarelles je suppose- mais j'aime !)

Encore une chose concernant Wagner (vous en faites ce que vous voulez) mais moi j'ai un faible pour Lohengrin et Parsifal.

30/08/2010, 20:12 | Par Marielle Billy en réponse au commentaire de fiesole le 30/08/2010 à 19:46

Vraiment touchant de vous voir prendre ce temps de venir deviser ici, j'aime ce temps plus lent des échanges, en fait j'aime la lenteur, lenteur qui plus d'une fois m'a permis un peu mieux d'accéder aux sens des oeuvres - je mets le terme au pluriel car, de mon point de vue, ils sont très nombreux, surtout lorsqu'il s'agit d'une grandre oeuvre, c'est un peu comme un mille feuilles, et parfois on parvient à accéder à telle ou telle couche plus subtile (comme on le dit d'une poudre, très fine, aérienne), et c'est une rencontre, là c'est une joie profonde.

Vous trouvez qu'on joue sur les mots sur ce blog, sans doute, mais peut être est-ce souvent le petit plaisir de jouer avec les mots, ou une façon de tâtonner tout en jouant ; c'est aussi parfois des références implicites à des discussions antérieures, à des "dadas" (treme gentiment ironique)ce qui sans doute exclut alors celui qui n'a pas la référence !

Mais j'avoue que ce que vous dites (jouer sur le mots), si ça insiste trop, si c'est un tic, devient un défaut "littéraire" ! alors, il ne faut pas hésiter à le dire, on y gagne tous.

Pour la musique j'ai découvert cet été le requiem de Fauré : sublime.

C'est très juste que la musique sans interprète n'est plus rien, personne ne l'entendrait ! c'est aussi le cas du théâtre, même si on peut le lire, mais là c'est encore un débat ....

Pour la peinture, je crois que tout est question de temps de découverte ; mais sans doute aussi ne sommes-nous pas tous également sensibles à la matière, au geste - la peinture c'est aussi très physique ; ce que j'aime dans cet art, c'est la rencontre d'un réel savoir-faire (un métier) avec la puissance intérieure de l'artiste.

Au plaisir de vous croiser à nouveau.

27/08/2010, 06:37 | Par françois périgny en réponse au commentaire de fiesole le 26/08/2010 à 18:50

Fiesole,

"faire 85 km pour aller voir du moderne c'est quand même beaucoup !" Ne le voyez-vous pas sur place, tout autour de vous ? Vous êtes dans le tableau. Le "moderne", -je pense que vous faites allusion aux peintres-, ne fait qu'ouvrir une fenêtre. (Souvenir d'une immense toile de Pollock, au musée des Augustins, à Toulouse, dans la chapelle. Une fenêtre ouverte sur l'infini. Une échappée belle.)

06/09/2010, 14:19 | Par fiesole en réponse au commentaire de françois périgny le 27/08/2010 à 06:37

!

27/08/2010, 06:39 | Par françois périgny

*

"Infini", n'est-ce pas le mot qu'il cherche ? Que nous cherchons tous ?

(Et dans l'infini, le "non-défini", sans limites, cette liberté sidérale).

 

27/08/2010, 06:42 | Par Marielle Billy en réponse au commentaire de françois périgny le 27/08/2010 à 06:39

le "non-défini" : compliqué, insupportable, grand risque de solitude.

 

27/08/2010, 06:57 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Marielle Billy le 27/08/2010 à 06:42

Compliqué ou complexe.

"Grand risque de solitude". Friedrich : "Tu cherchais la plus grande difficulté, c'est alors que tu t'es trouvé toi-même". Mais il soupirait aprés une certaine légéreté.

Mais une fois qu'on a ouvert la fenêtre, il est difficile de reprendre goût à vivre enfermé. (Ou bien n'est-ce qu'une question de focale ?)

27/08/2010, 07:07 | Par Marielle Billy en réponse au commentaire de françois périgny le 27/08/2010 à 06:57

Compliqué, complexe, les deux mon capitaine. Enfin, pour moi.

Oui pour ta dernière phrase, mais ça se referme tout seul, sans qu'on y prenne garde ... Du coup, nécessité de trouver sans cesse dans sa mallette un pauvre outil qui fasse levier, ou dehors, un autrev(et là, vive l'art entre autre), un peu dans la même expérience.

 

27/08/2010, 10:45 | Par françois périgny

Enléve le pauvre, il reste l'outil.

"avoir été peut-être utile

C'est un rêve modeste et fou

vous me mettrez avec en terre..."

En revenant à ce "compliqué" : peut-être, au contraire, est-ce extrêmement simple, quand on contemple l'absence et le trou.

27/08/2010, 13:52 | Par Luce Caggini

@Marielle Billy

" Nous sommes les pierres vivantes de tous les murs que nousconstruisons en nous -mêmes , au plus inconnu de notre mémoire ,

les détruire est aussi le travail de notre engagement de peintre"

©Luce Caggini

27/08/2010, 14:51 | Par christian paultre

Merci de nous rappeler quel très grand peintre est ce Bram Van Velde.

Je ne cnnaissais pas Geer le frère qui n'a pas cette puissance solaire, celle de Van Gogh

27/08/2010, 17:29 | Par Grain de Sel HV

@Marielle:

J'avais lu cet été, et recommandé, mais l'informatique en bas débit ne m'avait pas laissé la possibilité de laisser un message. Ni d'ailleurs de voir toutes les images. Mal réparé. Merci !!!!!

Bram ? Geer ? Choisir ? Je crois que finalement.... je prends les deux !

27/08/2010, 20:03 | Par Marielle Billy en réponse au commentaire de Grain de Sel HV le 27/08/2010 à 17:29

Je te donne pour ta fête

un chapeau couleur noisette ...

Et pour le plaisir du partage, ces frères, et leur dialogue.

06/09/2010, 14:29 | Par fiesole

Je viens voir régulièrement "mon" Rembrandt et c'est toujours le même bonheur.

PS : il faudrait que j'en parle à L.B peut-être pourrait-elle faire quelque chose pour moi ?!

06/09/2010, 22:50 | Par Marielle Billy en réponse au commentaire de fiesole le 06/09/2010 à 14:29

Curieux hasard : je trouve votre commentaire alors que je viens de revoir le merveilleux film de Corneau, Tous les matins du monde, d'après Quignard et je trouve qu'il y a quelque chose de commun entre :

ce regard présent-absent de Rembrandt, cette douceur flottante, cette légère sensation de décallage,

et le personnage de Sainte Colombe, dans le traitement qu'en font Quignard et Corneau.

Une beauté profonde, loin de tout tapage, qui va à l'âme.

04/11/2011, 20:30 | Par vieille dame

en 79 ou 80 à peu près, j'ai vu une exposition Chagall au Louvre. Je me souviens d'un violoniste sur un toit. Mais c'est peut-être un thème courant ? je suis très inculte.

je croyais ne pas aimer Chagall, n'ayant vu que des reproductions jusque là, mais quel bonheur et quel vibration de l'air !

05/11/2011, 05:43 | Par Marielle Billy en réponse au commentaire de vieille dame le 04/11/2011 à 20:30

Comme c'est touchant de voir quelqu'un, vous, qui va chercher au delà du "tracker" !

Je partage vraiment cette affaire de "vibration de l'air" devant certaines peintures, parfois au contraire ce sont des ondes plus épaisses, plus lourdes, celles de la terre, de la chair.

Chagallest en affet du côté de l'air pour moi aussi.

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