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Avec Montaigne, pousser une porte avant de dire qu'elle est close !
Voilà que plusieurs éléments, en apparence fort éloignés, m'ont donné envie de retourner vers des pages de Montaigne ! Une sorte d'association toute personnelle !
Ce fut le billet de Patrice Beray Le chant des sirènes où se devinent la trace de certaines "expériences", au sens fort de traverse de l'être même par la poésie, de mise en "branle". Ce sont mes échanges (en cours) avec Vincent Verschoore à la suite de son billet Edwy Plenel ce matin sur France Inter à propos de l'agressivité et de la violence, qui me font me demander en quoi l'agressivité est l'expérience d'un "mouvement vers" (dans ce cas, celui du refus, du désaccord assumé, par exemple). Et puis cet après midi, l'écoute d'une excellente émission sur France Culture autour du fameux Montaigne, et la lecture formidable qu'en a faite M. Piccoli.
Je suis donc allée relire le chapitre De l'expérience, dernier chapitre du livre III des Essais
J'y ai retrouvé un fil, comme un sentier dans la colline. Le fil du mouvement inlassable, celui que sous-entend ce terme même des Essais.
Si mon âme pouvoit prendre pied, je ne m’essaierois pas, je me resoudrois
(Livre III, 2)
Soumis au « branle » universel, Montaigne a su en fixer le vertige jusqu’à lui imprimer la forme de notre humaine condition. C'est un hommage incessant au mouvement, c'est là que je mesure une de ses forces.
Alors je glane quelques lignes et les pose ici.
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Montaigne est en train d'évoquer le fait qu'une mutiplicité de textes de toute sorte tendent à produire "clôtures et barrières", et montre l'homme s'y perdant de "la maladie naturelle de son esprit. Il ne fait que fureter et quêter, et va sans cesse, tournoyant, bâtissant et s'empêtrant en sa besogne : comme nos vers à soie, et s'y étouffe...Il pense remarquer de loin, je ne sais quelle apparence de clarté et vérité imaginaire : mais pendant qu'il y court, tant de difficultés lui traversent la voie, d'empêchements et de nouvelles quêtes, qu'elles l'égarent et l'enivrent. Non guère autrement qu'il advint aux chiens d'Esope, lesquels découvrant quelque apparence de corps mort flotter en mer, et ne le pouvant approcher, entreprirent de boire cette eau, d'aéssécher le passage, et s'y étouffèrent. A quoi se rencontre, ce qu'un Crates disait des écrits de Heraclitus, qu'ils avaient besoin d'un lecteur bon nageur afin que la profondeur et poids de sa doctrine ne l'engloutît et suffoquât.
(...)
"Il n'y a point de fin à nos inquisitions (= enquêtes), notre fin est en l'autre monde. C'est signe de raccourciment d'esprit, quand il se contente : ou signe de lasseté. Nul esprit généreux ne s'arrête en soi. Il prétend toujours, et va outre ses forces. Il a des élans au-delà de ses effets (= au delà de ce qu'il peut réaliser). S'il ne s'avance, et ne se presse, et ne s'accule,et ne se choque et tournevire, il n'est vifqu'à demi. Ses poursuite sont sans terme, et sans forme. Son aliment c'est admiration (= étonnement), chasse, ambiguïté : ce que disait assez Apollo, parlant toujours à nous doublement, obscurément et obliquement : ne nous repaissant pas, mais nous amusant et embesognant. C'est un mouvement irrégulier, perpétuel, sans patron et sans but."
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Outre le goût de cette langue, c'est aussi cette leçon de mouvement que j'y ai trouvée, cette façon de "pousser une porte pour savoir qu'elle nous est close".
L'expérience par le mouvement, l'inlassable énergie du déséquilibre par la rencontre d'une réalité inédite qui vous fait revenir et mettre du branle là où tout commençait à "prendre", à se glacer et arrêter le flot.

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Les six Méditations Méditation Première : Des choses que l'on peut révoquer en doute - les préjugés de l'enfance Cette première méditation est ce qu'on a appelé la table rase. Il s'agit de rejeter tout ce qui est douteux. Descartes commence à remarquer que beaucoup de ses certitudes lui viennent de l'enfance. Or l'enfance est un âge où la raison est mal formée. Descartes veut une connaissance certaine, et non des idées vagues et des préjugés. - les arguments en faveur du doute Il en vient à rejeter toute chose conformément à trois arguments : arguments des sens trompeurs : mes sens me trompent parfois. Nous ne pouvons donc jamais être sûrs du moment où ils nous trompent et du moment où ils sont fiables. argument du rêve : lorsque je rêve, les choses me paraissent aussi réelles que lorsque je suis éveillé. Il se peut donc que quelque chose qui me paraisse réel soit en fait une illusion. argument du malin-génie : il est tout à fait concevable que mes certitudes les plus établies soient en fait un mauvais tour joué par un être tout puissant qui aurait décidé de me tromper. ordre de la vie et ordre de la connaissance Dans cette méditation, il fait également la distinction entre l'ordre de la vie et l'ordre de la connaissance. S'il s'agit de douter de tout, il ne s'agit pas de ne plus vivre. Tout ce qui est rejeté l'est dans le domaine de la connaissance. Descartes veut établir la certitude des connaissances, et non inscrire le doute dans son mode de vie. - Méditation Seconde : De la nature de l'esprit humain, et qu'il est plus aisé à connaître que le corps [modifier] la certitude de mon existence Cette méditation a pour but de trouver une première certitude qui nous permettrait de sortir du doute. Je peux me tromper sur toutes les choses auxquelles je pense. Je peux dormir en croyant être éveillé, je peux être trompé par un malin génie... Mais dans chacune de ces possibilités, il y a bien une chose qui soit impossible : c'est que moi, qui suis trompé sur toutes ces choses, n'existe pas. Je me retrouve donc avec une première certitude : « Je suis, j'existe ». la plus grande facilité de la connaissance des essences Dans toutes mes pensées, il y a quelque chose à quoi je pense, ce quelque chose qui peut être trompeur. Pourquoi les perceptions sensibles peuvent nous tromper? Descartes prend l'exemple du morceau de cire. "Lorsqu'il fond, je le juge toujours comme étant de la cire. La permanence n'est pas dans les impressions sensibles que j'ai reçues, elle est dans mon jugement. S'il y a tromperie, c'est de mon jugement que cela vient. Si je suis trompé, c'est par ce mot « cire » que j'ai décidé d'appliquer à mes perceptions : je peux mal juger." De tout cela, je retire que je peux facilement connaître l'existence de mon esprit, mais que je peux toujours être trompé quant à l'existence des corps, c'est-à-dire des choses extérieures. - Méditation Troisième : De Dieu; qu'il existe On arrive donc à cette méditation en étant sûr de notre existence, mais en devant rejeter toute forme de sensibilité. Pourtant, le but est de rejoindre le monde, de s'assurer de certitudes concernant le monde. Il faut donc trouver ce qui rend la connaissance de moi aussi certaine et tenter de l'appliquer à d'autres choses. - le critère de vérité Ce qui permet la certitude de mon existence, c'est le fait d'en avoir une idée claire et distincte. On peut donc considérer que si j'ai une idée claire et distincte d'une chose, elle est sûre. Les évidences mathématiques, comme le fait que 2 + 3 =5 sont de telles évidences claires et distinctes. Seulement, une idée ne peut être claire et distincte qu'au moment même où je la pense. Dès que j'arrête d'y penser, que je tente de la lier à d'autres choses, le malin génie peut intervenir. Il est donc indispensable de supprimer l'hypothèse du malin génie. - l'analyse des pensées Descartes va y parvenir en analysant les pensées. Il distingue trois types de pensées : les idées, les volontés et les jugements. Les volontés et les jugements sont des actes. Le malin génie peut donc les fausser. Les idées, elles, ne sont que des représentations. Descartes les distingue entre idées innées, idées adventices (venant de l'extérieur) et idées factices (créées par moi). Les idées adventices sont intéressantes, car elles ne dépendent pas de moi. Elles peuvent donc me permettre de faire un lien avec le monde. Le contenu de l'idée (la chose extérieure qu'elle représente) n'existe peut-être pas, mais il n'en reste pas moins que cette idée a une forme dans mon esprit. Cette forme, j'ai pu la produire moi-même, sans qu'elle ne soit liée à un contenu réel. Il s'agit donc de trouver une forme claire et distincte que je n'aurais pu construire moi-même. - la certitude de l'existence de Dieu Cette forme, c'est l'infinie perfection, c'est Dieu. J'aurai pu former toute autre idée en la composant depuis les diverses idées qui m'habitent, y compris les idées obscures et confuses. Mais l'idée d'infini est claire et distincte, et pourtant me dépasse. Il faut donc qu'elle ait une réalité objective. Le mensonge est une imperfection. Or Dieu a toutes les perfections. Il ne peut donc me tromper. L'hypothèse du malin génie est levée. - Méditation Quatrième : Du vrai et du faux Ayant prouvé hors de tout doute que Dieu existe, Descartes entame une quatrième méditation dans l’optique de décerner l’origine des erreurs. Or, il tient comme indubitable la bonté de Dieu ; pourquoi donc aurait-Il conçu l’homme de telle manière qu’il se trompe? - le but de Dieu Entendu que Descartes se place quelque part entre la divinité et le néant sur l’échelle de l’existence, il rejette la possibilité qu’il y ait quelque chose en lui d’une telle imperfection qu’il se fourbe involontairement, tout en admettant qu’il soit sujet à quelques manquements dans la connaissance. À savoir pourquoi Dieu ne l’a pas créé parfait en tous points, Descartes rétorquerait que cela constitue une question à laquelle notre entendement fini ne peut point répondre[1]. Nous reprochons à Dieu nos erreurs en pensant qu'il aurait dû nous faire parfaits, mais son but n'est pas de faire l'homme le plus parfait possible, c'est de faire le monde le plus parfait possible [2]. L'imperfection de l'humain est peut-être nécessaire à la perfection du monde. Nous avons tout de même en nous des traces de la perfection divine. - la perfection de la volonté Ainsi notre volonté, cette « puissance d’élire », étant, elle, infinie, relève de cette perfection. Aussi, le fait que nous puissions nier ou affirmer n’importe quelle chose nous confère une liberté de choix sans équivoque, tout en scellant nos origines divines. Nonobstant, Descartes voit en cette même amplitude de volonté la source même de l’erreur humaine, puisqu’elle se heurte inévitablement à notre entendement limité. En effet, ce que notre entendement perçoit est hors de tout doute vrai, puisque Dieu est bon ; notre volonté nous permet d’affirmer toute chose qui est vraie, mais aussi d’affirmer tout ce qui est faux. - la source des erreurs De ce fait, toute chose affirmée ou niée à l’intérieur du spectre des connaissances indubitables[3] est elle-même vraie. Or, notre imagination, tel que son nom l’indique, a la capacité de concevoir l’imaginaire, l’irréel, et ainsi passer outre les limites finies de notre entendement. À partir de ce moment, il est de l’avis de Descartes que l’on doit s’abstenir de tout jugement, c’est-à-dire de tout exercice de la volonté, puisqu’il n’y a aucune raison qui puisse nous persuader d’affirmer plutôt que de nier une proposition. Voilà donc un bon usage du libre arbitre; les mauvais usages, eux, sont plus nombreux. Par exemple, si l’on perçoit un arbre au loin, il est de l’issu de notre volonté d’affirmer qu’il y ait un arbre ou de croire que ce fût un rêve. Or, dans un cas comme dans l’autre, notre entendement ne se trompe jamais, puisqu’il est vrai qu’il perçoit un arbre ; il est également vrai que Dieu nous ait donné la puissance d’élire une possibilité ou l’autre ; il peut cependant s’avérer faux qu’il s’agisse bel et bien d’un arbre. En définitive, Descartes réitère sa croyance que Dieu est bon, puisqu’il a fait de l’homme un libre arbitre de la connaissance. Il lui est donc possible d’affirmer tout ce qui est vrai et d’infirmer tout ce qui est faux, quoiqu’en vérité il faille davantage qu’il s’abstienne de jugement, selon Descartes. - Méditation Cinquième : De l'essence des choses matérielles; et, derechef, de Dieu, qu'il existe [modifier] Désormais, nous sommes parés pour avoir des connaissances indubitables. Je possède un critère de vérité : le fait qu'une idée soit claire et distincte. Je suis assuré de la fiabilité et de la permanence de ce critère : Dieu existe et il est vérace. Il s'agit maintenant de produire des connaissances. Nous avions vu que les essences (ce qui se trouve dans l'esprit, i.e. les idées) sont plus faciles à connaître que les existences (ce qui se trouve dans le monde, dans la réalité, i.e. les corps). Il est temps de retrousser les manches et de s'intéresser à l'essence des choses matérielles, c'est-à-dire aux idées qui prétendent relever de quelque chose qui nous est extérieur. - l'essence des choses matérielles, c'est l'étendue La première idée claire et distincte concernant les choses matérielles est que ces choses sont de l'étendue. Elles occupent un certain espace. Elles sont donc mesurables. L'essence des choses matérielles est cette étendue. Cette étendue a plusieurs modes d'expressions : la profondeur, la durée, la figure, le mouvement. Ces diverses caractéristiques constituent la forme des idées matérielles, au sens de forme que nous avions vu dans la seconde méditation. Nous disposons donc d'éléments mesurables des essences des choses matérielles, ce qui nous permet d'exercer une science physique mathématique a priori (précédent l'expérience sensible de ces choses). Ce qui est intéressant, c'est de s'attacher aux idées innées de l'étendue. Si, partant de la définition : « un triangle est une figure à trois côtés », je me représente le triangle, j'en ai une idée claire et distincte sans que je ne l'ai moi-même créée (toute personne la possède) et sans qu'elle ne me vienne de l'extérieur. La physique va donc étudier ces idées nécessaires (qui ne peuvent pas ne pas être) concernant l'étendue. - la preuve ontologique Avec cette connaissance des idées innées, Descartes pose une nouvelle preuve de l'existence de Dieu. Il s'agit cette fois de démontrer que Dieu existe selon une perspective scientifique. Par cette originalité, c'est cette démonstration qui sera retenue, bien que celle de la troisième méditation reste la démonstration fondamentale pour Descartes. Dieu a toutes les perfections. Or l'une de ces perfections est l'existence. Il s'agit bien ici d'une idée innée : je n'ai jamais vu Dieu et je n'ai pu créer l'idée d'infini perfection. Il s'ensuit de cela que Dieu existe nécessairement. - Méditation Sixième : De l'existence des choses matérielles Maintenant que nous pouvons connaître l'essence des choses matérielles, il ne nous reste plus qu'à démontrer leur existence. - Distinction de l'âme et du corps Quand j'imagine des choses, cela peut être créateur ou reproductif. Lorsque c'est reproductif, ce n'est pas ma volonté qui produit la spatialité de l'idée. Il se peut donc qu'elle me vienne de l'extérieur. Il faut donc, pouvoir sortir du doute sur les choses extérieures, étudier la sensibilité. Descartes commence par distinguer l'âme du corps. Les idées et les choses matérielles sont des choses distinctes, or mon corps est une chose matérielle et mon esprit relève des pensées. - vérité des pensées et vérité des sens De la même manière que Dieu, puisqu'il est vérace, garantit que les choses claires et distinctes dans l'esprit sont vraies, il garantit que les sensations qui s'imposent fortement à moi sont vraies. Il y a donc deux formes de vérités : celle de l'esprit et celle du corps. Il convient néanmoins de ne pas les mélanger, car les vérités du corps sont obscures et confuses. Or, mélanger les deux, c'est justement ce qui fait que mes sens me trompent, ou plutôt : que je me trompe sur mes sens. Mes sens eux-mêmes ne mentent jamais ; c'est lorsque je les interprète que je tombe dans l'erreur. l'union de l'âme et du corps Dans les cinq méditations précédentes, il y a toujours deux substances différentes, qui n'entretiennent pas de véritable rapport : la substance pensante (l'âme) et la substance étendue (le corps). Jusqu'à la Ve méditation, un homme n'est rien de plus qu'une substance pensante. L'analyse de sentiments tels que la douleur nous permet de savoir qu'un homme ne se réduit pas à un pur sujet pensant : il possède aussi un corps, auquel il est intimement lié. Notre âme ne peut être indifférente au corps dans lequel elle s'incarne. Je suis comme un pilote en son navire, mais je ne suis pas seulement ça. C'est-à-dire qu'il y a bien un rapport de sujet à objet entre le corps et l'âme : le pilote à intérêt à ce que le navire ne prenne pas l'eau, de même je dois veiller à l'entretien et à la préservation de mon corps, mais lorsque mon corps est affecté, mon âme l'est aussi, l'âme et le corps font tous deux partie du sujet. La douleur est une façon de vivre son corps : je suis un corps qui souffre, je n'ai pas simplement un corps-objet que je possède, et dont les détériorations ne m'affectent pas. Il est impensable par le biais des idées claires et distinctes, par l'entendement, que de la pensée s'unisse à de l'étendue, mais par la voie du sentiment, nous faisons l'expérience de cette union. Il y a donc deux types de connaissances, la connaissance par la clarté et la distinction des idées, et la connaissance par sentiment. La cohérence de ces deux connaissances est incompréhensible pour l'homme, mais nous savons par contre que les deux sont vraies. - sortie définitive du doute Au final, tous les doutes de la première méditation ont été levé, à l'exception d'un seul : le rêve. Or, dans le rêve, mes idées sont ne sont jamais liées de façon méticuleuse, donc, chaque fois que je peux lier exactement mes idées entre elles, je sais que suis éveillé. Le monde autour de nous est une construction de notre pensée, c'est la liaison entre nos idées. Aucun monde ne s'est jamais donné à contempler, c'est le sujet qui le construit. Descartes achève les méditations sur la finitude et la faiblesse de notre connaissance. Le monde n'est jamais fini, il est toujours à construire, on peut parler de développement indéfini de nos connaissances du monde. -------------------------------------------------------------
Qu'est-ce qui fait que vous adoptez ce style , celui du collage, au lieu de dire ce que vous pensez vous même ?
Puisque vous pressentez la force et la beauté du mouvement, je vous propose une expérience chère Marielle: Essayez d'utiliser le plus possible les verbes, et d'abandonner le plus possible les substantifs. Construisez vos phrases, autant que possible en choisissant toujours des tournures où les verbes remplaceront les substantifs, sinon, seront placés dans une position "supérieure" quand les substantifs ne seront plus que des faire-valoir pour les verbes.
En deux mots: privilégier les verbes.
(en plus ça fait un bon exercice de vocabulaire car ça oblige à ressortir du placard toutes sortes de verbes descriptifs, puis on se prend au jeu et on affine de plus en plus, rien qu'avec les verbes si possible, en ajoutant le moins possible d'adverbes)
- Pourquoi cette expérience? Déjà c'est amusant, mais surtout, je crois qu'il y a du mouvement dans les verbes alors que les noms excellent à poser les concepts en les figeant. Aussi, le français étant une langue où on passe son temps à poser les substantifs figés les uns à côté des autres, presque comme s'il n'y avait pas de verbes entre eux, j'exagère à peine, il ne faut pas s'étonner alors, si les Français qui le parlent ont cette mentalité figée pour laquelle le mouvement a l'air d'une grande aventure exotique… :-)
Très juste Axel ! et que dire alors des adjectifs !!! Justement j'ai adoré cette façon de Montaigne "S'il ne s'avance, et ne se presse, et ne s'accule,et ne se choque et tournevire, il n'est vif qu'à demi." La langue peut s'infléchir par son emploi (d'où mon goût de la poésie), et en même temps elle existe et nous traverse par delà ce que nous voulons faire. Pauvre de nous ! Remarquez c'est une façon d'examiner comment on s'en accommode. Et lorsque les verbes manquent, on peut procéder comme Henri Michaux (Le grand combat) : "Il l'emparouille et l'endosque contre terre ; Il le rague et le roupète jusqu'à son drâle ; Il le pratèle et le libuque et lui baruffle les ouillais ; Il le tocarde et le marmine, Le manage rape à ri et ripe à ra. Enfin il l'écorcobalisse. L'autre hésite, s'espudrine, se défaisse, se torse et se ruine. C'en sera bientôt fini de lui ; (...)"
concernant montaigne, bien j'adore, la philosophie, le siècle des lumières tout ça, leibniz, l'illuminisme, descartes, diderot, la raison je ne pense pas grand chose à vrai dire de montaigne en particulier simplement que parler de philosophie, de montaigne et de l'hermétisme renvoit à la pensée philosophique dans son ensemble ce n'est pas une façon d'éviter tout débat, ou de ne pas m'exprimer, au contraire pour moi c'est une façon de m'exprimer qui peut certes paraitre un peu abrupte. un peu comme un moteur de recherche, comme si au sein de tout ces questionnements on appliquait un raisonnement déductif, une sorte de jeu logique une approche qui serait moins littéraire finalement mais davantage encore analytique. au sein de chaque intervention, manière d'amener un déabt, de poser des questionnements se retrouvent les mêmes quesyions, les mêmes sujets et les mêmes façon d'y répondre se pouvant de faire une sorte de bilan ou de table rase de l'état ou de la situation de nos connaissances par des cycles ou des façons d'aborder nos questionnements qui renvoient incessament au mêmes questions et à différentes façons de répondre. le fait de citer le discours de la méthode revient pour moi à une façon d'illustrer et de mettre en perspective la pensée dont traite montaigne, sur cette idée de mouvement, qui aurait put également s'illustrer par le mots de gandhi ou d'autres philosophes, mais en ce qui me concerne, le discours de la méthode me semble être la référence incontournable d'une construction de la raison et de la pensée contemporaine. " Descartes achève les méditations sur la finitude et la faiblesse de notre connaissance. Le monde n'est jamais fini, il est toujours à construire, on peut parler de développement indéfini de nos connaissances du monde. " j'espère que cela ne vous semble pas trop agressif comme intervention , la conclusion correspond à cette idée de mouvement, le fait de vouloir construire le monde. -------------------------------------------------- ce pourrait être également une façon un peu drole et burlesque de présenter le savoir et la connaissance, qui nous est parfois utile parfois relativement superflu j'aimerais que l'on puisse être absolument exhausitf pour les questions de philosohie notamment. ce pourrait être théatrale et amusant comme débat ou façon de dialoguer, __________________________________ le débat permet rarement cela : exemple : bonjour, jonathan est-ce que tu penses que le we quand il pleut on peut quand même s'amuser ? ................... je ( est un autre - freud ) ne sais pas ( socrate ), l'existence précède l'essence ( sartre ) , tout est relatif ( einstein ), être ou ne pas être ( shakespeare ) j'aimerais pouvoir répondre le plus exhaustivement à cette question thèse - anthithèse - synthèse : oui ( google map, météo france, parisbynight ) , s'amuser pourquoi ( pourquoi pourquoi ) non - l'être et le néant, la maladie de vivre, personne ne sortira d'ici vivant, la vie n'a aucun sens, synthèse oui et non encyclopédie universalis, google, l'ancien testament et le nouveau testament , la théorie de la relativité, la somme théologique de st thomas d'aquin, la phénoménologie - je ne sais pas mais il faut vivre ( tout ce que je sais c'est que je ne sais pas -socrate )
Rien d'agressif chez vous, Jlamo, mais je comprends qu'on n'a pas la même façon de procéder...votre proposition est un peu comme un jeu d'écriture (déplier chaque mot), ce que vous dites "burlesque", c'est presque l'inverse de ce que propose Axel ! A vrai dire je ne cherchais pas forcément à savoir ce que vous pensez de Montaigne mais du mouvement comme expérience, ce que cela signifie pour vous. Et notez que la manière-Montaigne n'a pas vraiment à voir avec "thèse, antithèse, synthèse, puisque ce sont justement des "essais". Enfin, je le dis comme ça ...Pourquoi dire par exemple : "je (est un autre) bats le beurre", si ce n'est pas pour expérimenter, examiner que ce je-là est un mouvement en lui même. Et sur le beurre, que dire ! PS : et bien sûr ce que vous dites est très juste "nos questionnements qui renvoient incessamment au mêmes questions et à différentes façons de répondre".
Beau titre ! "S'il ne s'avance, et ne se presse, et ne s'accule,et ne se choque et tournevire, il n'est vif qu'à demi." Ce mouvement que décrit si bien Montaigne dans la phrase que vous avez relevée, Marielle, ça me fait penser au mouvement de l'enfant, celui qui peut explorer "son monde". Le monde qu'il devrait, pour pouvoir s'y déplacer plus tard de façon inventive, pouvoir explorer par ses chemins à lui. Il s'entête dans la voie (le jeu) qu'il vient d'essayer, jusqu'à se prouver qu'elle est close, qu'elle lui résiste vraiment*. Alors, il se tourne. Vers autre chose, si tout va bien pour lui. S'il n'est pas vif qu'à demi. Montaigne, un grand penseur de l'éducation - par essais et erreurs - qui en remplacerait avantageusement beaucoup !
(*Je revois un petit garçon qui fonçait en tricycle dans les murs...)
Oui Fantie, et en lien avec vos mots, cette triste façon qu'on a vouloir trop "encadrer" les expériences enfantines, cette peur, cet aspect timoré de l'éducation trop souvent (attention, je ne prône pas les Scouts d'Europe !)
Chère Marielle Billy, Laissez-moi vous dire tout le plaisir à vous lire ce matin. Vous pensez, commencer sa journée avec Montaigne, quand même, je ne l'attendais pas. Il est de ces auteurs qui vous dynamisent toujours, parce qu'ils vous installent dans quelque chose qui devient de plus en plus difficile, non pas à rencontrer, c'est partout, mais à découvrir, parce qu'on l'occulte si facilement, je parle de la vérité. Il vous installe dans votre vérité, à travers la sienne. C'est ainsi des pensées fécondes, elles vous sèment du bonheur. Et vous le récolterez toujours, dès lors que vous en acceptez l'enseignement. Montaigne, c'est bien le feu appris, à celui qui n'aura plus jamais froid. Qu'on se souvienne, ce feu c'est celui de cette citation rappelée de mémoire, maladroitement, accordez-moi un peu d'indulgence, "enseigner un enfant, c'est allumer un feu, et non remplir un vase." Non, c'était Rabelais? Oui, c'est bien Montaigne. Qu'importe, ils sont parents du même sang. Celui qui a conduit à penser librement. Tout est dit de la plus sacrée des missions, celle de donner le moyen, ou la possibilité aux générations qui suivent, de faire mieux que nous, à leur façon. Chère Marielle Billy, cet appel aux classiques m'a interpellé aussi pour d'autres raisons. Mediapart est trop porteur d'un combat pour les lumières, telles que nous les imaginons, celles de l'esprit, et celles du cœur, pour ne pas s'étonner et s'interroger sur le mouvement de rappel des classiques qu'on commence à sentir. C'est que comme vous le souligniez si justement, tout bouge. Et penser que cela bouge plus vite, ou plus fort qu'avant, c'est bien sûr se tromper. Tout a toujours bougé. Seulement ce rythme de vibration n'a jamais dérangé autant de gens, et aussi fort que maintenant. D'où vient-il que nous ayons alors cette sensation? C'est que nous sommes nous même trop peu ancrés dans nos corps, dans nos esprits, pour ne pas être emportés par le mouvement dont nous ne sommes plus assez capables de nous abstraire, pour en retirer l'attitude qui lui corresponde. Tout le monde estime le plus souvent la réforme juste, dès lors qu'on a compris l'importance des changements. Pourtant, avons -nous, nous même l'esprit assez mûri par l'évolution des choses, pour ne pas penser cette réforme à contre-courant. Nous sommes aujourd'hui des hommes, et des femmes, emportés dans la tempête, qui cherchent à affronter le vent, et les lames de fond, en appliquant des solutions adaptées, mais aux problèmes de construction du bateau dans l'arsenal. A l'évidence, nous sommes perdus. Donc, ce n'est pas étonnant que nous jetions une ancre, faite de l'esprit de nos grands anciens. Comme l'avaient fait avant nous les penseurs, et les acteurs de tant d'époques troublées, qui sont allés chercher les fondations de leur nouveau monde, dans l'esprit et les lois des conceptions antiques. L'idée révolutionnaire de république était née depuis des millénaires. Pourquoi eux, pourquoi aller chercher si loin des solutions à un monde qu'ils ne pouvaient peut-être même pas imaginer? Parce que ce dont nous avons besoin, ce n'est pas de formules magiques, ni de solutions toute faites. C'est retrouver dans leur expérience, cette force dont ils étaient détenteurs, qui les faisaient les maîtres de leur destin, parfois jusque dans la mort, mais à coup sûr dans leur vie. Aujourd'hui c'est Montaigne, hier, c'était Montesquieu. Avant-hier, on parlait de Marx. Je pense que beaucoup évoquent en ce moment Camus, et sont en étroite communion avec les valeurs du Conseil National de la Résistance, qui puisent elles-même leurs racines dans un patrimoine de pensée, et d'épreuve que nous pouvons revendiquer en héritage.. Nous cherchons la maîtrise, la capacité de rester soi-même, et de se sentir à la hauteur de n'importe quel combat, dès lors que nous serions enfin au contact de cet esprit qui ne rejette rien, et surtout pas la confrontation. Parce qu'il est confiant en son savoir, en son intelligence, et en sa légitime aspiration à vivre, et laisser vivre, dans la construction d'un espace qui soit justement viable. Il n'est pas étrange qu'en ces temps où l'éthique, et le sens commun sont le plus nécessaires, et où les forces de l''ambition, et du pouvoir personnel ou particulier, sont sans frein, on ne reconnaisse un mouvement de masse, auquel vous participez, chère Marielle Billy, avec votre référence à Montaigne. Ce mouvement s'est engagé dans une œuvre honorable entre toutes, celle de la redécouverte des racines de sa pensée, des fondations du monde qu'il veut pour ses descendants, quand il voit les murs se lézarder autour de lui. Il est normal, et habile de se tourner vers ceux qui savaient être debout, et qui avaient les clés de l'art de vivre, par celui de penser. Ce sont celles qui nous permettront de les léguer, nous aussi, à nos enfants, en même temps qu'un monde acceptable. Bien à vous, et merci.
C'est donc un plaisir partagé, cher Pfsim, c'est déjà ça. Chaque jour examiner ce qui a fait l'épaisseur et le prix de tel ou tel moment, anodin en apparence. Merci du temps passé à écrire ces lignes. Vous mettez l'accent sur ce nécessaire regard vers l'héritage pour aborder le présent et tâtonner vers le demain, une façon de "se soucier" du monde et de soi. Toujours faire passer le fil en arrière pour ancrer le point en avant (comme une couture, un tissage). De la même façon, j'ai trouvé dans d'autres fils de billets cette ressource réactivée : le dernier billet de Oliv92 http://www.mediapart.fr/club/blog/oliv92/140509/le-crepuscule-de-promethee-de-francois-flahault celui de Serge Koulberg http://www.mediapart.fr/club/edition/construction-de-savoirs-collectifs/article/080509/nourrir-le-sentiment-d-exister-ou-en- et le billet de Grain de sel, http://www.mediapart.fr/club/edition/pole-emploi-mon-amour/article/120509/appeler-un-chat-un-chat Personnellement j'ai l'impression de me battre, avec une certaine agressivité (!) pour sauver la lenteur, un peu tous les jours.
Chère Marielle Billy, Merci pour ces liens. Le premier m'interpelle particulièrement. Pas sur son sujet, mais les réflexions qu'il induit. Prométhée, d'abord, c'est la transgression, et surtout, c'est la sanction. On ne le pense jamais trop. Si l'on continue sur cette voie, on aboutit très vite au sacrifice. Enfin, de là, on rejoint le héros type, ce qui me parle. Ensuite les approches" psycho-économiques" me laissent un peu de côté. Vous parlez d'agressivité, j'aurais pensé plutôt combativité. Mais votre idée de sauver la lenteur, un peu tous les jours, est extraordinaire. Ici, il s'agit de retrouver le sens du temps. En fait, il faudrait dire, de s'insérer dans le temps qui est le sien. On dira plus simplement trouver son rythme. Quand vous accordez votre rythme à la situation, vous êtes en harmonie. C'est pour cela que rien ne sert de se presser, mais sans se presser, on peut être très rapide. Alors qu'en se pressant, au lieu de gagner en vitesse, on ne fera que se bousculer, et s'agiter. Si vous avez rencontré la lenteur, vous avez une idée de l'harmonie. Et c'est ici qu'il faut se débarrasser de l'agressivité. Parce que l'agressivité suppose un effort qui va contre, avec une idée de destruction, de violence, et il y a là toujours là de la peur, et donc de la haine. La combativité, c'est le sens de la lutte, de la confrontation. On grandit en rapport de la résistance, ou de l'effort d'engagement qu'on se sent d'exprimer. Il peut y avoir de la peur. Mais c'est dans le goût de ne pas lâcher, qui peut s'exprimer dans la forme. Cette peur ne vient pas du fond qui est sûr de lui. Donc pas de haine, au contraire, une possibilité de comprendre donc de s'adapter, et de gagner d'autant plus, même si à ce niveau, la victoire est ailleurs, dans le retour au calme, ou à faire de l'agitation et du conflit une autre expression du calme, en accouchant le présent. L'agressivité, elle monte d'en bas, et c'est en bas que se trouve la peur, une paille dans l'acier qu'il nous faut parfois être. Bon, là je me suis lâché, mais c'est bien agréable. Bien à vous.
" Non, le billet n'est bien sûr pas en question. En fait il est parfaitement illusoire de penser qu'il est possible de produire par l'échange en temps réel sur un forum comme celui-ci, une quelconque forme de production collective qui puisse prétendre au statut de projection cohérente. Ce n'est ni l'objet du site, ni corollairement la motivation partagée de ses abonnés. " - c'est l'objet de tout lieu de débat et de réfléxion politique, d'échanges. tout espace de dialogue et de rencontre peut être le moyen d'une construction collective émanant d'une même volonté collective. je ne comprend pas votre soucis de devoir poser officiellement les raisons ou la finalité d'un débat, qu'il sagisse de médiapart ou de tout autre média, dès lors que nous débattons ensemble de diverses questions il est possible que cela donne lieu a une volonté d'action, ce qui se traduit dans le cadre d'un forum par la prise de parole, et pourrait au delà des discours se concrêtiser par des actes. je comprend toutefois qu'il soit difficile de demander de s'impliquer dès lors que la question n'est pas posée clairement, ou que cette volonté n'est pas explicite. c'est un des enjeux de l'action politique, et de l'exercice de la démocratie. - " J'ai visité un site qui s'essaye à ça (il doit y en avoir plein d'autres), voici le lien"Politique Autrement". En fait ce pourrait être l'objet d'une équipe qui prendrait en charge une mission d'analyse, de consolidation et de classification rationnelle de l'ensemble des contributions. Style recherche universitaire de type sociologique, je pense d'ailleurs que ça viendra tôt ou tard si ce n'est déjà en route. Enfin, personnellement si j'étais en situation c'est une hypothèse de travail qui m'intéresserait. Ce pourrait être également fort intéressant pour Edwy Plenel et son équipe, à plus d'un titre. Mais avec un risque non négligeable de dérive vers une exploitation en "marketing éditorial" (nous écrivons ce que vous voulez lire) qui discréditerait totalement le discours fondateur. Donc, et pour en revenir à notre échange, je suis quasiment certain qu'une telle étude mettrait en évidence des cohérences d'ensembles et des productions collectives potentielles, ou larvées. Avec une répartition sur une gamme assez large de tendances, compte tenu de la variété des sensibilités et des nuances qui s'expriment. Ce serait passionnant j'en suis sûr, avec en plus la possibilité d'introduire une analyse de variabilité au fil du temps et de l'actualité. En fait à y bien réfléchir ce pourrait être l'objet d'un complément du site, d'une troisième section. A côté du "journal" et du "club", "la production Médiapart". Voilà Jlamo, on a trouvé ! Ça vous plaît pas ? " - bien pourquoi pas, cela reviendrait à considérer que médiapart sponsorise différentes inititatives, cela serait sans doute trés constructif et éminament politique et concrêt pour soutenir des initiatives qui correspondent à l'ambition idéologique de médiapart. cela n'est cependant pas à moi d'en décider, tout au mieux tel que je le fais d'essayer de convaincre individuellement et collectivement de définir cet engagement.
Cher Jlamo, pour moi votre démarche est touchante mais laissez-moi vous dire mon sentiment : je ne crois pas que ce que vous attendez se produise. Il me semble que l'espace MDP est déjà très occupé ; maintenant rien ne vous empêche de créer une édition sur ce qui vous occupe, mais laissez-moi vous dire en toute cordialité que si vous faites de si longs commentaires, la dimension "dialogue" se meurt, surtout si vous mettez en avant des citations plutôt que d'avancer votre synthèse personnelle. Je vous assure que vous gagneriez en lisibilité.
Jlamo, je partage le sentiment de Marielle. D'autant que je venais de voir votre même commentaire sur le billet de POL - où vous ne donniez pas plus votre avis sur la fonte des glaciers ! Je vois bien la cohérence de ce que vous dites un peu partout : sur Mediapart, on ne discuterait que du projet que Mediapart pourrait soutenir politiquement ; Mediapart devenant alors une sorte de parti politique. Mais, contrairement à vous, plutôt que de discuter sur la motivation des gens à s'engager pour un projet général (de changement ?) : je me dis que c'est peut-être en s'engageant sur des sujets particuliers, au moins dans nos paroles , que nous pouvons espérer nous rencontrer pour agir.
En tout cas c'est la condition du dialogue, comme le dit Marielle. Et c'est finalement ce que j'ai trouvé de plus intéressant sur le Club de Mediapart : une possibilité de dialogue avec des personnes, très différentes entre elles, mais qui me semblent "soutenir" leur parole. Je suis personnellement assez inapte à la synthèse que nous propose Marielle! Mais je peux au moins dire mes sentiments sur un sujet, et écrire des éléments de réflexions qui me viennent à l'esprit, ou proposer quelques liens vers d'autres billets (allez, en voilà z'un !)
Que faites vous de vos sentiments et affects, Jlamo ? c'est une curiosité que j'ai - et qui peut très bien supporter la non-réponse. *Parfois votre style m'évoque quelques anciens délires avec Vincent Verschoore et Armel Le Bail (entre autres ) sur un autre fil de Marielle (et sur Coups Bas ?) - au sujet de l'anonymat : Et si nous étions tous des robots ? Autre hypothèse, autre question que je me permets : *Est-ce que nous vous servons de test, Jlamo ? testez-vous nos réactions à vos citations ? *Variante, est-ce une posture "interpellante" à la JPYLG ? Pour, fil après fil, nous mettre en face d'un certain (aveuglement ?) de notre part ? *Ou bien, avez vous réellement le projet que Mediapart devienne une sorte de parti , autour d'un projet commun?
Cher Jlamo, pour moi votre démarche est touchante mais laissez-moi vous dire mon sentiment : je ne crois pas que ce que vous attendez se produise. Il me semble que l'espace MDP est déjà très occupé ; maintenant rien ne vous empêche de créer une édition sur ce qui vous occupe, mais laissez-moi vous dire en toute cordialité que si vous faites de si longs commentaires, la dimension "dialogue" se meurt, surtout si vous mettez en avant des citations plutôt que d'avancer votre synthèse personnelle. Je vous assure que vous gagneriez en lisibilité. Chère Marielle, merci pour votre réponse ainsi que vos interventions via médiapart, disons que je tente de participer au débat à ma façon pour jauger de l'approche de chacun sur diverses réfléxions, de parler de politique, de philo, de sciences permet d'échanger et d'exposer ma vision des choses et de mieux connaitre celle des autres, afin de percevoir quels sont leurs préoccupations, leurs attentes ce serait peut-être plus constructif en effet de faire tout simplement une présentation ou exposé de ma démarche.
Pfsim, je suis ravie que ce fil vous donne l'occasion de vous "lâcher". Je me savais un peu provocatrice en employant le mot "agressivité (accompagné de !), j'ai "joué" en écho à ce que j'ai écrit chez Vincent Verschoore. Et puis parfois ça fait du bien d'utiliser les mots dans leur sens étymologique (ad-gressere = aller vers, ce qui signale l'énergie, non la violence) Le tout c'est d'oeuvrer, si peu que ce soit, à un brin de sérénité, un peu de sens ....et de favoriser l'énergie à vivre. Au passage, appréciez ces premières lignes du chapitre II du livre I des Essais : ** De la tristesse " Je suis des plus exempts de cette passion, et ne l'aime ni ne l'estime : quoique le monde ait entrepris, comme à prix fait (= sans l'avoir examiné), de l'honorer de faveur particulière. Ils en habillent la sagesse, la vertu, la conscience. Sot et vilain ornement...." C'est formidable, ne trouvez-vous pas ? et quelle leçon pour nous aujourd'hui qui nous complaisons si aisément dans le pathos !!! Excellent remède. Trois pastilles tous les matins.
Chère Marielle, Mediapart est trop touffu, et la vie aussi, en ce moment. Tant mieux. Et tan pis, puisque j'ai manqué votre commentaire. Se complaire dans le pathos, énergie...Tout cela nous interpelle. Pour moi, je ne peux m'empêcher de penser que ces états qui nous saisissent, et qui se rendent maîtres, un temps, de notre humeur, vont et viennent comme une respiration. Ainsi, dans une phase d'inspiration, ou d'agrégation, on se mettrait à digérer, forger, à couver, un état semblable à une gestation, sans nous en donner la plénitude, mais plutôt qui nous mettrait un peu à l'écart de nous même, nous inclinant alors à la tristesse, et peut-être jusqu'à la démoralisation. Une espèce de reflux qui nous retire loin de nous même, pour rebattre, certainement, les cartes du jeu que nous jouons habituellement, pour changer la figure que nous nous croyions.. Quand à l'expiration, ce serait l'action, dans la détente, le mouvement ample et vers dehors, celle de se sentir plein, d'être heureux, la joie, de nous sentir participer à une nouvelle donne, une nouvelle confrontation, dont l'éphémère ne nous effraie pas, mais nous ouvre à plus de bonheur, celui de se sentir riche de tout ce qui peut arriver. Pour cela, il faut nourrir la confiance. Mais elle est difficile, et délicate à table. Le choix des aliments, et la cuisine exigés nous font une vie. Joie et tristesse, poivre et sel, huile ou citron, il va falloir gérer les ingrédients... Sagesse, vertu, conscience, sont le corps du bonheur. Et vos pastilles bonnes médecines. Bien à vous.
Tout à fait d'accord, Marielle, avec ce que vous dites sur le billet de V.Verschhore : je parlais d'agressivité volontairement car ce mot est souvent dévoyé ; il signifie d'abord "aller vers" (ad-gressere), il est le signe d'un vouloir vivre, une "bonne" force ; un peu d'agressivité fait cheminer un désir. Cette agressivité (qui n'est pas forcément dans le ton) signifie à l'autre qu'on n'a pas peur, qu'on avance... En revanche, violence signifie abus de force (et éventuellement elle peut être recours à la force par faiblesse réelle) J'irai même plus loin car, à mon sens, agressivité et violence sont loin d'être synonymes. L'agressivité est une réaction de défense (comme la fuite) face à une menace (réelle ou supposée) venue du monde extérieur. Elle s'adresse donc à quelqu'un, un autre réel ou imaginaire. La violence, par contre, touche à la transgression, au forçage, au viol et fracasse l'ordre symbolique. Dans la violence, les mots manquent et obligent au passage à l'acte. L'autre est nié.
En écho à Marielle et Pointvirgule, quelques essais... -Dépourvus de notre agressivité, nous ne serions que des animaux domestiqués. -Qu'est-ce qui pousse l'enfant à explorer le monde, sinon un désir de le maîtriser. - Explorer c'est pénétrer ailleurs, pousser la porte c'est tenter de pénétrer : agressif !
Dépourvus... Merci pour nous, cela nous interpelle, quelque part en tous cas. Qu'est-ce qui... Non. La pulsion exploratoire est innée chez tous les jeunes mammifères. L'idée du désir de maîtriser est une formation secondaire, voire réactionnelle. Explorer c'est... Je ne crois pas. Ne "rationalisez"-vous pas quelque chose, là ? Pénétration, hum hum ? (dis-je d'un air pénétré).
Merci pour ce rappel, Marielle Billy. Je tiens Montaigne pour l'un des plus grands philosophes, étrangement, rarement abordé en classe de philosophie, mais au lycée, en cours de « français », comme l'un des grands auteurs de la littérature...Sans doute faut-il y voir un hommage à la langue, à l'écriture, au style... Montaigne nous fait partager le plaisir de l'insolence devant le tragique de la vie et la bêtise du monde. Il nous invite à ce parti pris de considérer la beauté et le charme infini de la vie, tout en sachant qu'il ne s'agit que d'un instant éphémère dans le cours infini d'une nuit éternelle... Votre billet me donne envie d'y revenir Me reviennent quelques aphorismes d'importances : « Si la vie n'est qu'un passage, sur ce passage au moins semons des fleurs » « Sur le plus beau trône du monde, on n'est jamais assis que sur son cul ! » « Éduquer, ce n'est pas remplir des vases mais allumer des feux. » « Il nous suffit de bien faire l'homme »
Rappeler cela : " Sur le plus beau trône du monde, on n'est jamais assis que sur son cul ! ", c'est d'abord, cher Renarblanc, s'assurer de son fondement. Fondamental. Excellents aphorismes. Une pastille chaque matin, avant que le jour nous avale.
Une réflexion entre deux billets : "Ne faites-vous pas un rapprochement entre notre état actuel d'aliénation et le fanatisme du plus vite/plus loin/ plus facile (le progrès technologique visant cela ; certes la machine a été présentée comme un soulagement vis à vis des tâches harassantes mais ...)" 17/05/2009 08:46Par Marielle Billy, billet de Grain de sel, appeler un chat un chat)
Cette question m'a fait faire un rapprochement avec l'idée du "mouvement" évoquée ici : L'enfant qui explore, se heurte à une porte fermée, repart chercher un autre but. Et si ce mouvement, si intéressant chez Montaigne, s'était mis lui-même à s'accélérer "diablement" ? Grâce aux inventions techniques qui désormais le permettent. -Autrefois l'enfant - du peuple paysan - fabriquait lui-même ses jouets - lenteur... -Pendant les tâches répétitives, pourvu qu'elles ne soient pas complètement harassantes, parfois on peut penser. (Fantie B. chez Grain)
Le temps de la pensée : Montaigne le trouve, le suppose, dans le mouvement qu'il décrit. L'époque d'aujourd'hui aurait réussi à atteindre (via les techniques), une vitesse dans la "pensée" qui exclurait le processus de celle-ci ?
C'est bien de processus dont il s'agit, en tant que développement temporel d'un acte. La vitesse est aujourd'hui une sorte de "norme", et on le voit avec ce qu'on fait des "réformes" : est priviligié le but que l'on présente comme devant s'atteindre au plus vite (avec le discours afférent de culpabilité - vous n'avez pas honte de laisser de telles dettes à vos enfants ...) ; est donc gommé, comme dénié (= privé d'être élaboré, pensé) le processus lui même. D'où je pars, où je compte aller, comment ...quelles sont mes ressources ... Du coup il y a comme un effet de collapsus (ce terme médical évoque bien une sorte "d'effondrement" d'un organe comme le coeur à la suite d'un choc dû à la chute brutale de la pression sanguine) : on veut à tout prix nous faire passer à un état x sans prendre le temps d'analyser. Le temps nous est ôté et cela produit comme une étouffement par choc, un effondrement, les gens ne pouvant plus élaborer ce qui leur arrive réagissent par la dépression ou le passage à l'acte (ce qui peut leur arriver de mieux en de telles circonstances car c'est la preuve de leur "agressivité", de leur désir de vivre). On voit bien ce processus analysé dans le livre de Naomie Klein : "La stratégie du choc" Montaigne nous montre ce temps nécessaire, celui de "l'essai" ...
L'époque d'aujourd'hui aurait réussi à atteindre (via les techniques), une vitesse dans la "pensée" qui exclurait le processus de celle-ci ? Exactement, Fantie. C'est par exemple cette fameuse notion de "temps réel" dont les médias se gargarisent. Sauf qu'à être ainsi le témoin en temps réel d'un événement auquel aucune parole n'est venue donner du sens en permettant un certain recul, on ne peut rien en penser : tout juste le vivre comme une espèce de traumatisme qui fige tout.
À propos du mouvement perverti en "vitesse", Liliane Bourdin aussi le pressentait très justement parmi les causes, peut-être la cause principale, du "comment en sommes-nous arrivés à ce point de non-pensée qui nous asservit et nous fige"?
- J'ai une autre image de mouvement, une autre perversion dans la même veine, qui me revient à l'esprit: Celle de ces grimpeurs alignés par deux ou quatre au bas d'une paroi, dont le but est d'atteindre le sommet le plus vite possible, en quelques secondes, là où les fondateurs de l'alpinisme moderne, les Patrick Berhault, Patrick Edlinger et autres, faisaient toute une philosophie de leurs mouvements décomposés et explorés, et de leur approche (qui pourtant n'excluait ni la vitesse ni la discipline de l'entraînement) la plus naturelle possible, en harmonie, tout était là, et non en opposition avec une paroi qu'une école russe par exemple considèrerait carrément comme une "ennemie" à vaincre.
Ce qui vient paralyser le processus de pensée, ce n'est pas le mouvement, c'est le culte illusoire de l'immédiateté... Quelque chose lié au désir de toute puissance, entre ubiquité et éternité, qui voudrait « tout », « tout de suite » « partout » et « pour toujours »...illusion que la technologie vient entretenir... C'est ce désir de toute-puissance qui fait « collapsus » en se confrontant au réel, à l'interdit, à l'impossible, aux limites, que la technologie ne peut supprimer ... Le mouvement pour le mouvement, placé sous le culte de l'immédiateté et de la rentabilité, sorte d'hyperactivité vertigineuse, vise à l'étourdissement de soi et des autres, empêchant la pensée pour entretenir l'illusion... Certes il faut prendre le temps de se poser, de comprendre, d'analyser, tout en sachant que la vie n'est que mouvement, évolution, transformation...la pensée qui ne peut se passer de son processus donc du temps pour s'élaborer, est elle-même en mouvement...et ce qui fait le plaisir de penser est lié à ce mouvement exploratoire de la confrontation aux limites, quête de l'inaccessible étoile rythmée par un mouvement infini d'illusions et de désillusions (Winnicott), dans un monde où tout se modifie sans cesse. Cela nous ramène à l'aphorisme du fondement pour contenir ce désir de toute-puissance : "Sur le plus beau trône du monde, on n'est jamais assis que sur son cul"
Oui, c'est un peu ce que j'ai voulu dire mais peut être n'ai-je pas été claire : le temps est nié, l'illusion est devenu tyrannique (celle de l'efficacité ...) L'expérience du mouvement (au sens fort) c'est comme la réappropriation de la finitude, du temps pris pour peu de chose, avec la conscience que c'est déjà ça. Je me souviens d'une page de Colette racontant que sa mère, Sido, refusa de quitter sa maison pour un voyage d'agrément car elle voulait assister à la floraison rare d'une plante de son jardin.
Non, non chère Marielle, vous avez été claire... Il est simplement bon de répéter les choses avec ses propres mots...c'est une manière de s'approprier un point de vue sous un autre angle, en se situant à un autre point... Le souvenir de Colette parlant de sa mère Sido, me fait penser au poème de Lamartine : Ô temps! Suspends ton vol, et vous, heures propices! Suspendez votre cours : Laissez-nous savourer les rapides délices Des plus beaux de nos jours! Assez de malheureux ici-bas vous implorent, Coulez, coulez pour eux; Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent, Oubliez les heureux. Mais je demande en vain quelques moments encore, Le temps m’échappe et fuit; Je dis à cette nuit : Sois plus lente; et l’aurore Va dissiper la nuit. Aimons donc, aimons donc! De l’heure fugitive, Hâtons-nous, jouissons! L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive; Il coule, et nous passons
En effet, rien de tel que de reformuler. En relisant Lamartine, je me disais que c'est fou le nombre de textes sur le temps qu'on a pu nous faire lire, expliquer...sans jamais nous faire sentir cette affaire de l'éphémère et du soin qu'il demande à être senti, savouré (hyper-résistance des professeurs qui fait que la poésie n'arrive pas jusqu'aux personnes !)
Il y a Héraclite : "On ne se baigne jamais deux fois dans la même eau du fleuve"
Yesss ! et vous avez vu que notre Montaigne le cite dans le texte que j'ai copié ...
" A vrai dire je ne cherchais pas forcément à savoir ce que vous pensez de Montaigne mais du mouvement comme expérience, ce que cela signifie pour vous. " - au commencement était le verbe, car je suis l'éternel votre dieu qui vous a sorti de la maison de servitude - le mouvement ? vous savez moi je n'y crois pas trop , c'est un peu une illusion dans un repère newtonien, le mouvement c'est dans un espace-temps différents objets qui se déplacent, - l'esprit est différent de cette illusion, l'esprit est immobile et son mouvement se situe indépendamment de cette illusion l'espace-temps est une illusion de l'esprit, une tromperie dont l'homme doit remonter la cause, - " qu'est-ce que le temps? «Si personne ne me pose la question, je sais; si quelqu’un pose la question et que je veuille expliquer, je ne sais plus.» (saint Augustin, Confessions XI, 14, 17). " - le temps réel, l'êre de la lumière, c'est un peu les anneaux de moebius, les recherches d'einstein, nous existons dans une dimension donnée qui est notre repère en tant qu'observateur créatrice de nos illusions, du monde des phénomènes, qui ne sont qu'une partie de la réalité, le temps et le mouvement existent de façons différentes au sein de l'univers. - au niveau atomique il y a un temps qui s'écoule d'aprés certains repêres, ce qui n'est absolument plus vrai au niveau quantique, le mouvement existe encore, mais peut remonter le temps, et ce mouvement ce temps n'existent plus se résument à de l'énergie, c'est la vitesse de la lumière qui définit cette énergie, d'ou la dualité ondes particules - pour les particules nous connaissons encore des repêres qui définissent un temps, cela n'est plus vrai au niveau des ondes, tout ceci se remet en question au niveau corpusculaire. - les frontières de notre science moderne sont à cette étape de notre compréhension du fonctionnement des mécanismes physiques qui organisent notre monde des phénomènes, et dont nous sommes placés par le hasard de la création à un certain niveau d'existence et de perception, dont notre métabolisme au sein de ce mécanisme se définit et se construit. - donc en conclusion, le mouvement je n'y crois pas trop seulement dans un espace relatif, l'esprit se mettra en mouvement à l'aube de l'êre de la lumière dès lors que nous aurons franchit le cap de la vitesse de la lumière entre chaque conscience, nous permettant de renverser l'espace-temps classique et newtonien, pour construire une conscience de l'esprit qui se répand au sein d'un monde du temps réel, de l'instantanéïté qui dépasse le temps imposé de l'ordre des choses. - c'est le sens de notre progrès moderne, réduire le temps, reduire l'espace, l'ubiquité de la conscience humaine pour être partout, au départ et à l'arrivée, pour atteindre l'immanence de notre conscience collective au delà de la matière-espace-temps, permettre non plus de vouloir atteindre par le mouvement ce que l'on recherche mais d'attirer à nous et d'être par une forme d'immobilisme subconscient ce que nous donne l'illusion d'être par notre agitation. - l'illusion de l'immobilité n'est qu'un mouvement trés rapide que l'on ne perçoit pas.
Ce que j'aime (énormément!) chez Montaigne, c'est sa modernité: on croit lire un contemporain, confronté à nos doutes, angoisses, incertitudes et aux mêmes émerveillements simples. Je suis toujours admiratif de voir combien il semblait disposer de son temps avec délectation, gourmandise, sérénité, avec un certain sens de l'éternité; il semblait "avoir tout son temps", alors même qu'il ne disposait naturellement pas du centième des pseudo-facilités qui sont censées nous aider à mieux remplir notre temps et qui ne fonr que le raccourcir jusqu'à l'absurdité! Sacré Michel pour qui le temps semblait infini, permettant d'envisager voyages, écriture, découverte, retour chez soi, lectures, méditation... Je l'envie!
En toute amitié, permettez-moi de suggérer que le temps c'est aussi ce que nous en faisons, même aujourd'hui, non ? Ainsi j'ai parfois beaucoup travaillé à certaines époques de ma vie afin de me permettre à d'autres époques de gagner du temps "vide". Et puis ne sommes-nous pas aussi responsables lorsqu'on se rend compte que beaucoup ne peuvent pas vivre sans "projets"...
"Ainsi j'ai parfois beaucoup travaillé à certaines époques de ma vie afin de me permettre à d'autres époques de gagner du temps "vide"." Sauf que ça ne marche jamais comme ça, enfin, pour moi. Le temps, soit on court après, on en manque, soit on en a d'un seul coup trop, il s'étire, se traîne et nous nous retrouvons, découragés, ne sachant plus qu'en faire ni même comment l'aborder... Jusqu'à la prochaine fois, quand la course à l'échalote reprendra, et qu'on se retrouvera a courir de tous côtés pour trouver le temps de respirer.
Tu sais Grain, il n'y a pas de fatalité, les choses peuvent changer. C'est vrai que cela dépend aussi beaucoup du type de vie professionnelle qu'on a. Moi, parfois je sens qu'au fond de moi ça dit "non", alors j'essaie au plus vite de trouver du creux, du temps pour rien, j'aime ça (même si parfois ça peut un peu me faire peur, car ouvrir du vide sans rien n'y mettre à l'avance, sans "projets", ça effare un peu parfois mais, en même temps, ouvre tellement de possibles) "Le droit à la paresse", qui n'est pas du tout un éloge de la paresse mais un démontage de la valeur travail pour une sorte de ré-appropriation du temps.
Le remplissage et la vitesse peuvent-être des drogues dures, dans un monde où le "ne rien faire" est stigmatisé. Remplacez "ne rien faire" par "méditer" et la pression sociale s'en trouvera amoindrie. Si "ne rien faire" est du à une période de chômage, "méditer" peut aider à s'éloigner d'un sentiment de panique. Mais bien sur, la méditation peut être difficile à Paris, quand le square de Choisy est plein, que les sirénes hurlent de tous côtés, et le bruit des moteurs... Je ne connaissais guére que ce parc, dont j'ai oublié le nom, du côté de la Cité Universitaire, où, au matin on pouvait trouver un peu de calme... C'est là, en tout cas, que m'est apparue de plus en plus nettement la nécessité de quitter Paris. ("J'aime plus Paris"). Mais pardon, Marielle, j'enfonçe une porte ouverte...
Le Parc Montsouris. Mais Paris change, et il y a aujourd'hui beaucoup de nouveaux espaces propres à la méditation, qui effectivement disparaissaient les uns après les autres pendant les Trente Glorieuses et surtout pendant la première partie du 20è siècle.
Ah, et il y a autre chose que je partage avec lui: le besoin de bouger, marcher quand je réfléchis: "Mes pensées s'endorment si je les assoies".
Et " Il se savait mortel par le dormir ".
Blaise Pascal : « Toute la suite des hommes, pendant le cours des siècles, doit être considérée comme un même homme qui subsiste toujours et apprend continuellement. »
Merci monsieur Pascal.
le mouvement c'est bien entendu également l'art cinétique, le mouvement perpétuel, la thermodynamique Yaacov Agam David Ascalon Martha Boto Pol Bury Alexander Calder Ivan Contreras-Brunet Carlos Cruz-Diez Hugo Demarco Malachi Farrel Horacio Garcia Rossi Théo Jansen Gilles Larrain Julio Le Parc Hugo Demarco Youri Messen-Jaschin Antoliano Nieto George Rickey Bridget Riley Nicolas Schöffer Francisco Sobrino Jesús-Rafael Soto Joël Stein Takis Jack Vanarsky Marcel Van Thienen Grégorio Vardanega Victor Vasarely Yvaral Juvenal Ravelo Deverne
Là je meurs Jlamo. Tant pis pour vous, vous aurez ça sur la conscience, qui pèsera lourd, lourd, toute votre mini-éternité.
il ne sagit pas d'une approche intéressante que de l'approche du mouvement au sein de la recherche artistique ? de la notion de perspective, et de présence du temps dans la peinture métaphysique de chirico, le futurisme, la peinture de kandinsky ou de soulage, la déconstruction inconsciente freudienne de dali la sérigraphie de warhol, l'art de tinguely, ou de vasarely leurs façons de mettre en scène le temps et le mouvement souhaitent ouvrir cette porte close dont parle montaigne qui représente l'hermétisme, et la connaissance que les scientifiques et créateurs tentent d'ouvrir vers une connaissance sans cesse plus omnisciente et objective.
Mais si, mais si, mais pas comme ça, pas sous forme de listes car alors on peut quasiment parler de tout dans tout et ça fait un méli-mélo. J'aime ce dont vous parlez mais en prenant les choses une à une, en faisant un rapprochement, en l'examinant, puis en allant vers un autre ...Oui le temps irrigue tout mais c'est pas une raison ! Vous, vous prenez tout, vous me mettez tout là, et alors, qu'est-ce que vous pensez que je peux en faire !
je comprend, en effet, c'était pour illustrer la façon dont je perçois le mouvement à l'aune des différents mouvements artistiques récents. et soumettre l'idée de la recherche liée au mouvement perpétuel auquel me font penser les différents travaux des artistes de cette période. une façon pour moi d'illustrer notre définition et recherche de la vision d'un mouvement lié au monde moderne et à l'industrialisation.
Chère Marielle, sage et profonde, vous indiquez certainement la juste voie pour se réapproprier le temps, avec lequel j'ai toujours un rapport sinon difficile, du moins qui nécessite toujours de ma part un effort. Ceci dit, trouver rassemblés, sur une même page de blog, Montaigne, Pascal (cet "effrayant génie" selon le mot de Chateaubriand") et Dali, à travers ses montres molles(toujours le temps!), me touche particulièrement, ces trois "artistes" figurant en tête de mon "panthéon" ( et non pantalon comme aurait dit Groucho Marx!)personnel.
C'est vrai cher Paul que ce qui fait du bien sur MDP, c'est aussi cette liberté-là de pouvoir aborder des sujets hors de l'air du temps, c'est précieux. Mêler politique, fantaisie, audace, poésie ...et encore je trouve qu'on parle trop peu d'art (pour moi, ce serait la peinture), ça fait du bien, et c'est un peu comme un fin réseau de petits feux-follets qui voltigent entre nos têtes.
Je recopie (en fait j'insiste) ici quelques lignes placées plus haut car j'aimerais connaître quelques réactions ... premières lignes du chapitre II du livre I des Essais : ** De la tristesse " Je suis des plus exempts de cette passion, et ne l'aime ni ne l'estime : quoique le monde ait entrepris, comme à prix fait (= sans l'avoir examiné), de l'honorer de faveur particulière. Ils en habillent la sagesse, la vertu, la conscience. Sot et vilain ornement...." C'est formidable, ne trouvez-vous pas ? et quelle leçon pour nous aujourd'hui qui nous complaisons si aisément dans le pathos !!!
Vive la joie, Marielle, même par temps de brouillard, ou d'obscurité.
Oui ! tiens, je vous embrasse. Et je repense à ce que me disait un chercheur, un jour : le chagrin est un péché. Sur le coup je n'ai pas compris, mais ....
Ce que j'aime dans la tristesse, c'est qu'elle me garde du désespoir.
Est-ce une formule, Axel ?
Une formule? Une formule magique, alors! Oui, si vous voulez, ou plutôt c'est une constatation, ou encore ça peut être une bouée de sauvetage...
La tristesse n'empêche pas la joie. Les deux existent ensemble et cohabitent dans une vie harmonieuse et remplie. On connaît l'une si on a connu l'autre.
Le désespoir c'est autre-chose. L'espoir est un autre visage du désespoir, un peu comme le complexe de supériorité est un autre complexe d'infériorité. Mais comme je n'ai rien lu de ma vie, ma vie est peut-être encore trop courte pour que je m'avance ainsi, inspiré par vous autres philosophes de l'Internet?
Cher Axel, L'intérêt de philosopher, ainsi sur internet, en dehors des cercles bien compris ou admis, c'est qu'on va en retirer ce qu'on y met, et certainement pas des fleurs, encore moins des lauriers, puisqu'on n'y sème surtout que nos doutes du moment. Mais il suffit bien d'obtenir ce passage, évanescent, à une nouvelle conscience, qui se trouvera plus tard d'autres mots . Quand on songe à la tristesse, rempart du désespoir, ou sentinelle avancée qui le garde à distance, quand on imagine que pour avoir de la joie, il faut avoir connu la tristesse, on entre dans cette dimension, ou la confrontation demande un équilibre. C'est ainsi, il nous faut trouver un ordre, une organisation, une cohérence satisfaisante, agréable par son être, de nature, si elle n'est pas plaisante dans la forme. Parce qu'il faut de tout pour nous faire un monde, et que trop de l'un ou de l'autre, dans le mouvement perpétuel, annonce l'excès ou le manque à venir, sans cesse renouvelés, jusqu'à ce qu'ils se reconnaissent.. Mais cela ne suffit pas. Il ne suffit pas de voir se dérouler le spectacle du monde, pour magnifique qu'il soit, ou saisissant d'une autre façon. Encore faut-il lui trouver du sens. C'est alors qu'on s'avise d'avoir compris souvent, que ce qui nous abîme la vie, nous la fait questionner, et, à terme, nous la fait embellir. Mais comment pouvoir enfin admettre, que toutes choses étant égales d'une certaine façon, de la joie au malheur, de la retenue au bonheur, il nous faut détacher la peau de la chair, la chair des os, et des os la moelle, et distendre tendons, liquides et humeurs, et tout démonter, jusqu'à ce qu'enfin, au moment du plus grand épuisement, du renoncement, et de la fin de l'espoir, à l'instant de l'éparpillement de notre être, un sens se révèle de lui-même, qui vous dit c'est ici, ici, ce point de vide, autour duquel tout va se mettre désormais en rangs. C'est ainsi que finit la tristesse, parce que le choix de vivre, et de faire, se prend maintenant seul, dans une évidence. On en oublie même pour nous, la possibilité qui se montre partout, de fuir et de mourir vivant. Alors triste? Pourquoi pas, et même souvent, si cette tristesse nourrit les joies futures, et fait le chemin de la vérité, qui elle n'est rien d'autre qu'elle même.
Bonjour Marielle Billy ou Mrs Rolling Stone ! Vigoureux votre billet ! Je n'ai pas réussi à lire tous les commentaires mais point de regret, depuis mon abonnement à Médiapart j'ai appris à me situer dans un flottement perpétuel, butinant de commentaire en commentaire tel un papillon vole de corolle en corolle. Toute dans le mouvement de la pensée ou l’émotion de l’autre choquant la mienne soit généreusement, soit âprement, entre accolade, découverte et parfois rebuffade, mais ce qui a compté c’était l’énergie et les éclairs dégagés. Immédiatement après lecture de votre billet j’ai pensé à cet évènement majeur récent qui m‘éblouit et me bouleverse : le lancement des deux missiles spatiaux Herschel et Planck qui vont filer pour des années au devant de la naissance de l’univers ! Une vitesse hallucinante pour flirter avec le point originel. Nous aurions dû faire une fête mondiale pour commémorer cet antique désir collectif de savoir « d’où » nous venons ! Et célébrer notre intelligence collective... Qu’en aurait donc pensé notre Montaigne, lui qui, pendant des heures, aimait se tenir droit sur son cheval tout en admirant la fuite du paysage autour de lui ?
Bonjour MG2, dans l'info. que vous donnez on trouve la trace de cette soif de travailler à connaître, et j'espère de l'étonnement modeste et profond devant l'inaccessible. "célébrer notre intelligence collective" : ah ! si on savait mieux le faire ! Et puis, prendre le temps même si on sait que ce temps est compté...
La tristesse est un sentiment polyphorme qu'on ne peut enfermer dans un seul jugement. Ce qu'il faut éviter, c'est la tristesse triste. Dans l'Homme qui aimait les femmes, François Truffaut explique joliment à une petite fille, tristement assise sur une marche d'escalier, qu'une certaine forme de tristesse est agréable, sensuelle à l'esprit, peur rendre heureux en l'éprouvant. Qu'en pensez-vous, jolie Marielle, dont la lecture éloigne de la tristesse?
Axel et Paul, certes la tristesse a son charme, sa sensualité même. Mais ces lignes de M., je les ai relevées car elles me paraissent répondre à une sorte de travers de l'époque qui consiste à montrer sa tristesse pour quémander de la "compréhension", une sorte de romantisme désuet, quasi pleurnichard, mâtinée d'illusion de compréhension, très souvent illusoire de mon point de vue (toute une littérature à la petite semaine, auto-fiction par exemple, en fait ses choux gras). Bien sûr que pour soi, la tristesse est inévitable, même le désespoir par moment. Et bien sûr aussi que le soutien pour l'autre existe aussi. Mais là je me suis placée dans l'air du temps et non sur un plan personnel (qui n'importe à personne).
Y a t'il un pathos de droite et un pathos de gauche ?
Alors là Bérangère ...vous soulevez une question majeure (je rigole, c'est le type de question à poser à Pénéloppe, elle adorerait, mais je viens de beaucoup la taquiner chez Thierrry Thernisien, ça frise le mauvais goût) Sérieusement ...(enfin ce soir j'ai du mal) on pourrait en revenir au romantisme, et il y e na bien un de "droite", disons, de la "réaction" Mais aujourd'hui, je me hasarderais à dire comme ça, au débotté, y'a un pathos de la "consommation" du sentiment.
Il y a des os de la patte droite et des os de la patte gauche. Nous autres ongulidés sommes très au fait de ces questions. Vous, les onguiculés, semblez plus z'hésitants.
Aïe moi qui étais si confiant, me lançant gaiement dans la tristesse afin de provoquer moult renversements de situations à l'avantage de la joie?
Au secours, ah, du bon du vrai du concret, voici: La joie d'un enfant! Chers médiamis!
Rien de plus beau, au monde, que le rire d'un enfant.
Ah et non, ce n'est pas une formule..:-)
C'est vrai: le braiment d'un ânon met le coeur en fête.
Axel, tant que vous "travaillez" à la joie, on ne peut pas vous en vouloir !
Je plaisante toujours un peu, même si ça ne se voit pas. Il y a un abonné de Médiapart, Eric Fassin, qui a écrit sur "la politique des émotions", dans la revue outre-scène, mais je n'ai pas encore lu, sauf des extraits.
Bien compris votre humour, pas de souci. L'esprit de sérieux est bien triste. Une des choses que j'ai appréciées dans la théorie freudienne et lacanienne (pour dire vite !), dans la poésie aussi (pas toute ...) c'est ce détachement vis à vis des émotions conscientes, ce travail en de ça. Je suis assez rétive à tout ce bazar de "l'empathie", de l'observation du "moi", que je pense assez illusoire (bien que ce soit humain et que cela me gagne aussi ...), ce qui n'empêche pas de développer le plaisir de la sociabilité, du jeu social, de l'accueil ... (mais il me semble que les "impressions" de surface n'ont pas grand chose à voir avec les passions qui traversent l'être ..) Oh je suis devenue sentencieuse, il me semble ... Oui, j'ai vu quelques pages de ce que Fassin écrit ...