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"donner forme au désordre" Nicolas de Staël.
Associations : billet de Bernard Lefort (le libraire et le poète) - billet de Pierre Ferron et son extrait des Psaumes du Claudel furax («Eclaire-moi, que je n'aille pas comme ces dort-debout à ma perte! Et que mes bons amis ne disent pas en se frottant les mains: on l'a eu!»).
fureur, envol, respiration hachée de qui aime et meurt - Nicolas de Staël - souffle large, noir-charbon, plage coupée au couteau
et par la fenêtre, l'oiseau tombe vole tombe - du bleu, qu'on nous le donne, au bord du noir.
La cathédrale, 1955

Et Manet, dont Nicolas de Staël étudia la peinture, l'année 1954 précédant celle de sa mort et sans doute la réalisation de cette Cathédrale - année 1955 - Gamme chromatique des bleus, rencontrée, travaillée.
Bouquet de violettes, Manet, 1872

Gamme des bleus charbonnés, des noirs colorés.
Bleu des fumées, le blanc, innocent ou incongru ? et le noir de l'Exécution de Maximilien, Manet, 1868.

Picasso à son tour, travaillant le noir, le gris, couleur papier-journal, qui dit l'encre qui dit la mort : Guernica, 1937

De Staël, en cette même période étudia aussi Vélasquez.
L'infante Marguerite-Thérèse en bleu, 1659

Un détour, de bleu en bleu, de bleu en gris : Pisasso, l'une de ses toiles qui repeint, reprend, ouvre : Les ménines, 1957. Voici deux ans que De Staël est mort.

Vélasquez est là. De Staël fit face à son enfant royal - Le prince Balthazar-Carlos - 1635, sa cavalcade dans le bleu.

Il vit aussi ce même enfant à la chasse, 1636.

Ciels, horizons, bleus BLEU
Peu après la bataille, le bleu nuit.
Reddition de Breda, dit Les lances, Velasquez, 1634

Voyez au centre, la fenêtre bleutée, celle de la remise des clés de Breda :

Puis une étape au soir, lorsque le gris le dispute au bleu, au vert, aux ocres discrets : Rencontre au Jardin de la villa Médicis à Rome, Vélasquez, 1630

Puisque le bleu et le noir sont bons guides, une clarté heureuse, désordre, espagnole, un ciel de paradis humain ; une escapade-Goya, Le carrosse, 1778

On pourrait poursuivre les ciels de Goya, jusqu'au-dessus du Pantin, 1791.

Passer du bleu au jaune, un seul pas, puisque tout est affaire de ciel.
Petit pan de mur jaune, obsession de Bergotte, et le souvenir de Vermeer - Vue de Delft, 1661

Itinéraire peu à peu laissé au hasard, j'ai suivi la promenade triste du peintre lumineux, Nicolas de Staël, oiseau, les yeux dans la couleur.
En 1951, il fait la rencontre de René Char, alors qu'il s'installe dans le Midi, ces deux-là s'emportent mutuellement dans la création, va naître un beau livre : Le poème pulvérisé, illustré de gravures du peintres.
Extrait de Seuil, (dans : Le poème pulvérisé)
...J'ai couru jusqu'à l'issue de cette nuit diluvienne. Planté dans le flageolant petit jour, ma ceinture pleine de saisons, je vous attends, ô mes amis qui allez venir...
Nicolas De Staël écrit à ce moment-là à René Char :
...Ceci dit, je ne le dirai jamais assez ce que cela m'a donné de travailler pour toi. Tu m'as fait retrouver d'emblée la passion que j'avais enfant pour les grands ciels, les feuilles en automne et toute la nostalgie d'un langage direct, sans précédent, que cela entraîne.
Nicolas de Staël, en suivant ton noir-bleu, Fiesole, 1953.


Vue d'Agrigente, 1953
Ne pas lâcher la lumière, quitte à mourir.
Vue d'Agrigente, 1954

Avant dernier tableau de l'oiseau, Nu bleu, 1955

On l'écoutera partir :
"Je n'ai pas la force de parachever mes tableaux. Merci pour tout ce que vous avez fait pour moi. De tout coeur."
Ultime tableau inachevé, Le concert, 1955 (350 cm x 600cm)


Tous les commentaires
... et donc, maintenant que les commentaires sont ouverts, remerciements pour cette magnifique déclinaison, association: en descendant le long du billet, j'ai pensé "Goya", et le tableau est apparu une seconde plus tard...
Un GRAND bonheur....encore, encore et merci
Merci à vous de passer par là.
Bonheur de la lumière même quand elle vire au noir.
De Staël, l'oiseau fougueux-fragile.
Merci Marielle, il nous restera toujours cela, la peinture, la couleur.
...et notre regard rendu possible par ces hommes-là.
"Nu bleu" ou horizon pyrénéen ?
"Le concert" - C'est le passage qui achève l'œuvre, dans un souffle.
Une très belle porte, Marielle.
"Nu bleu" : mont du corps devant la mer. De Staël est à Antibes, là où il va mourir après ce "passage".
Merci pour le voyage, Marielle ! J'avais aussi attendu le moment de la rencontre avec Goya... Beau dimanche matin en couleurs et en souffle !
Le Sabbat des sorcières © Goya
et danser sous le ciel, même noir.
Beau voyage que celui que tu nous proposes, Marielle.
Merci.
Oui, une bien belle promenade, merci à vous.
J'en suis tout esbaudi ! Merci.
Ne pas omettre de dire que la couleur aimée de N. De Staël était le vermillon, celle qu'on voit triompher au-dessus du Nu bleu.
Et Char le savait, lui qui s'adressa ainsi, à mots couverts, à son ami peintre aimant et douloureux :
Vermillon (réponse à un peintre)
Qu'elle vienne, maîtresse, à ta marche inclinée,
Ou qu'elle appelle de la brume du bois ;
Qu'en sa chambre elle soit prévenue et suivie,
Epouse à son carreau, fusée inaperçue;
Sa main, fendant la mer et caresant tes doigts,
Déplace de l'été la borne invariable.
.
La tempête et la nuit font chanter, je l'entends,
Dans le fer de tes murs le galet d'Agrigente.
.
Fontainier, quel dépit de ne pouvoir tirer de son caveau mesquin
La source, notre endroit !
Le tableau comme "espace organisé", reherche de profondeur.
Du coup, ce vis-à-vis :
Vuillard, L'élégante, 1890 De Staël, Composition, 1950
"Tout est, tout n'a jamais été que lumière." Camille Claudel
Gros gros merci pour cette longue glisse sur mon écran.
Encore
Tellement peu de temps en ce moment que j'en oublie que j'avais déjà mis votre billet dans mes favoris, Marielle.
Ces tableaux, que vous avez choisis, sont comme des fenêtres dans l'écran de mon ordinateur...
Itinéraire comme entrée, comme guide... mais quel beau travail pour refaire ce parcours. Je connais mal Nicolas de Staël, je garde l'impression de quelqu'un qui a vu avant d'autre les impasses de notre aujourd'hui. A travers de toutes personnelles fenêtres de couleurs. Merci Marielle pour l'invitation à re-voir que représente ce montage.
C'est une joie de voir revenir ce billet, chers passants.
Ne jamais oublier ce que nous donnent ces "lucioles", ne jamais cesser de leur rendre grâce.
De Staël : fenêtres de lumière, mort qui rôde, bataille jusqu'au bout, bataille d'être et de vivre.
Obstination de la bataille, même quand les forces s'en vont.
* Très valeureux, plus que généreux, j'aime beaucoup votre billet Marielle Billy !
Merci MG2.
Ce que j'aime chez certains artistes, c'est que la bataille s'incarne dans une matière et n'est jamais un enfermement. Sans doute parce que mes propres batailles en restent souvent à un chantier.
Juste : peut-être comme un bon cultivateur ou un bon vigneron avec la conscience de l'ampleur à apporter à la régularuté du travail et une lente et renouvelée appréciation des qualités du terrain (leurs propres aptitudes ) et aussi, pour connaitre qqs artistes, le sentiment que "sans cela" Il/Elle serait en perdition.
Que de là arrive le plus authentique , le plus fort de leur existence ?
+ Mais eux/elles comme nous (les afficionados...) avons un besoin absolu de l'un et de l'autre ! J'en mettrais ma main sur la flamme...
Vous dites les mots.
Oui, sans cela ...