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Soleil pluie soleil

Il fait soleil, le temps est calme ; par la fenêtre, les grands pins me montrent le ciel.

C'est sans doute aussi pour cela que je pense à la pluie et de fil en aiguille, fil de pluie, aiguille liquide, à ce texte de Paul Claudel qui est d'une beauté d'eau étale et glissante.

 

 

LA PLUIE 1897
Par les deux fenêtres qui sont en face de moi, les deux fenêtres qui sont à ma gauche et les deux fenêtres qui sont à ma droite, je vois, j’entends d’une oreille et de l’autre tomber immensément la pluie. Je pense qu’il est un quart d’heure après midi : autour de moi, tout est lumière et eau. Je porte ma plume à l’encrier, et, jouissant de la sécurité de mon emprisonnement, intérieur, aquatique, tel qu’un insecte dans le milieu d’une bulle d’eau, j’écris ce poème.
Ce n’est point de la bruine qui tombe, ce n’est point une pluie languissante et douteuse. La nue attrape de près la terre et descend sur elle serrée et bourrue, d’une attaque puissante et profonde. Qu’il fait frais, grenouilles, à oublier, dans l’épaisseur de l’herbe mouillée, la mare ! il n’est point à craindre que la pluie cesse ; cela est copieux, cela est satisfaisant. Altéré, mes frères, à qui cette très merveilleuse rasade ne suffirait pas. La terre a disparu, la maison baigne, les arbres submergés ruissellent, le fleuve lui-même qui termine mon horizon comme une mer paraît noyé. Le temps ne me dure pas, et, tendant l’ouïe, non pas au déclenchement d’aucune heure, je médite le son innombrable et neutre du psaume.
Cependant la pluie vers la fin du jour s’interrompt, et tandis que la nue accumulée prépare un plus sombre assaut, tel qu’Iris du sommet du ciel fondait tout droit au cœur des batailles, une noire araignée s’arrête, la tête en bas et suspendue par le derrière au milieu de la fenêtre que j’ai ouverte sur les feuillages et le Nord couleur de brou. Il ne fait plus clair, voici qu’il faut allumer. Je fais aux tempêtes la libation de cette goutte d’encre.

.

A toi, promeneur lecteur, je fais la libation d'un bout de rêve qui flotte.

 

Tous les commentaires

24/04/2009, 16:25 | Par kairos

kairos Merveilleuse météo... Soleil qui mord, pluie qui cingle, on navigue, encore et encore...

24/04/2009, 16:33 | Par Unidentified

Claudel superstitieux? Araignée du soir, espoir?
C'est toi, Marielle, qui allumes l'espoir de plantes nouvelles qui surgiront de cette pluie bourrue. Merci.

24/04/2009, 17:12 | Par Marielle Billy

Bonjour Tony ! laisse toi oindre de pluie en signe de bienvenue ; pas la peine de mettre un genou en terre, ici on oint démocratiquement, camarade. La pluie et le soleil nous appartiennent, ou alors on leur appartient, tiens, je ne sais plus ...

25/04/2009, 17:01 | Par françois périgny

Eh ben ça y est! T'as gagné! "Il pleure dans mon coeur comme il pleut sur la ville"... et "la pluie fait des claquettes, sur le trottoir, à minuit..."

25/04/2009, 19:22 | Par Marielle Billy

Pas grand monde chez Claudel ...un peu de pluie et ces lignes encore, prises dans "Point", 1903 ( in Connaissance de l'est.) .(...) Seul debout parmi le peuple enterré et mes pieds entre les noms proférés par l’herbe, je guette cette ouverture de la Terre où le vent doux, comme un chien sans voix, continue depuis deux jours d’entrer l’énorme nuage qu’il a détaché derrière moi des Eaux. C’est fini ; le jour est bien fini ; il n’y a plus qu’à se retourner et à remesurer le chemin qui me rattache à la maison. À cette halte où s’arrêtent les porteurs de bières et de baquets, je regarde longuement derrière moi la route jaune qui va des vivants chez les morts et que termine, comme un feu qui brûle mal, un point rouge dans le ciel bouché. . pluie.jpg

25/04/2009, 23:39 | Par françois périgny

C'est que, vois-tu, Claudel sent un peu le souffre, derriére sa colonne, à côté du bénitier. Il sent le souffre dans ce monde qui se croit athée. J'ai acheté récemment sa traduction des "Psaumes" parue chez Gallimard. J'en poserai un peu, une nuit, pour faire ma provoc', moi aussi. "Claudel en plein débat politique gauche/libéraux, mais vous êtes fous vous deux". O sectateuse...

25/04/2009, 23:40 | Par françois périgny

Tiens! J'ai envie d'organiser un va et vient entre Claudel et Pasolini, pour voir. Un peu comme entre Bataille et Blanchot. Pour voir comment ça fonctionne...

26/04/2009, 07:48 | Par Marielle Billy en réponse au commentaire de françois périgny le 25/04/2009 à 23:40

C'est intéressant, provoc ; peut être est-il intéressant d'aller voir comment cet élan mystique agit ici et là ... Poussons plus loin, comment l'élan se nourrit de chute (en lien avec un de tes billets , non ?)

26/04/2009, 19:09 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Marielle Billy le 26/04/2009 à 07:48

"Si tu veux voir les étoiles, descend au fond du puits", proverbe arabe. "Et léve la tête", ajoutait ma grand'mére, qui était un peu arabe.

26/04/2009, 19:34 | Par Marielle Billy en réponse au commentaire de françois périgny le 26/04/2009 à 19:09

Tu sais que tomber vient d'un radical tumb- qui signifie autant chuter que sauter, faire des culbutes en l'air ...(comme un acrobate) C'est beau ces mots qui dans leur histoire recoupent des sentiments d'expérience !

26/04/2009, 19:45 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Marielle Billy le 26/04/2009 à 19:34

Le tombeur serait un trouveur? Un trouvére, un troubadour? Le jongleur est acrobate, aussi. Voilà qui rafraichit. Et fait rebondir. Allez, hop!

26/04/2009, 19:53 | Par Marielle Billy en réponse au commentaire de françois périgny le 26/04/2009 à 19:45

D'une certaine façon, ou plutôt, jongleur de foire, il paraît que ce radical vient d'une onomatopée (tumb ! tumb !) comme on marquerait des sauts (je vois presque un marsupilami)

25/04/2009, 23:43 | Par Fantie B.

Je me suis rafraichie chez vous, claudeliens. Mais comme la pluie a cessé, me voilà arrêtée à "il n’y a plus qu’à se retourner et à remesurer le chemin qui me rattache à la maison.".

25/04/2009, 23:49 | Par Vancouver

Peut-être que l'ange gardien du soulier de satin s'est enrhumé ? Il lit sans commenter. Rajoutons Fernand à Georges et Maurice, Pierre ?

25/04/2009, 23:53 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Vancouver le 25/04/2009 à 23:49

Je séche, aprés la pluie, Vancouver... Je ne vois pas : Fernand?

25/04/2009, 23:57 | Par Patrice Beray

"La séparation a eu lieu, et l'exil où il est entré le suit." (Sans lien avec les commentaires précédents.)

26/04/2009, 00:13 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Patrice Beray le 25/04/2009 à 23:57

Sans lien aucun? Pas même Claudel? En tout cas cela me parle, cela meut quelque chose en moi : "l'exil où il est entré le suit". Avez-vous remarqué à quel point cette notion d'exil suit partout une certaine sorte d'êtres? Quelque part, quelqu'un a évoqué "L'exil et le royaume". Et ce peuple d'exilés qui s'accroche au livre, comme à une arche. "Je suis un étranger, un nomade." "Ma fatigue épure mon visage dans un sourire étrange"... Nous sommes en mai, et il flotte ici comme un parfum de départ...

26/04/2009, 07:39 | Par Marielle Billy en réponse au commentaire de Patrice Beray le 25/04/2009 à 23:57

Patrice, cette phrase est si perçante ; cette affaire de faille, de brisure, comme dit Pierre, suit les êtres ; certains s'en sont rendu compte, un peu ou beaucoup.

26/04/2009, 00:25 | Par Patrice Beray

C'est une citation de Claudel (de Connaissance de l'Est). Une phrase qui me suit depuis longtemps. Remémorée, ici.

26/04/2009, 00:57 | Par Vancouver

La version, à ma connaissance, jamais montée, celle de - 1949 - de Tête d'or..commence comme ça : Un stalag en Allemagne - les crinches, qu'est ce que c'est ? - T'as jamais ramassé un de ces nids qu'est tombé par terre ?

26/04/2009, 07:41 | Par Marielle Billy

C'est tellement bon que vous soyez passés, chacun, déposer un grain à la suite de Claudel ... un caillou blanc ou noir, une écharde.

26/04/2009, 19:13 | Par françois périgny

Je viens de regarder le calendrier : c'est aujourd'hui le jour du souvenir des déportés. Souvenir de Charlotte Delbo, Primo Levi, et... de ceux dont ils se souvenaient.

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