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Le temps de la politique n’est pas celui de la recherche
Madame Valérie Pécresse vient d'accepter de quitter le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche pour un ministère plus prestigieux, celui du budget. Quelle déception ! En effet, Madame la ministre avait l'habitude de dire, tout comme le Président de la République, que la loi LRU sur la réforme des universités était une réussite, et que le grand emprunt allait leur redonner, ainsi qu'à la recherche française, une image compétitive, d'innovation et de développement. La ministre expliquait régulièrement aux enseignants-chercheurs et aux chercheurs la marche à suivre pour dynamiser leur recherche, en particulier grâce à la création d'agences (AERES et ANR).
Peut-être la ministre souhaitait-elle quitter ce ministère avant que le bilan de ses actions ne soit établi. Il faudra en effet un certain temps avant de savoir si la loi sur l'autonomie des universités est un franc succès, si nos universités, souvent malades, ont été guéries de certains maux qui les minaient. Il faudra sans doute moins de temps pour se rendre compte que la multiplication des couches administratives, comme ces agences et autres nouvelles strates, a encore plus divisé les chercheurs, fait croître l'injustice et surtout n'a pas offert la vision de prospective nécessaire à toute recherche comme à tout développement.
Je suis déçu, Madame la ministre, vous qui parliez récemment de votre attachement à la famille*, que vous ayez ainsi lâché le bébé à peine né. La recherche est le fruit d'un travail de longue haleine sur lequel il faut souvent « remettre son ouvrage ».
L'excellence, mot que vous avez utilisé souvent de façon abusive a, nous l'avons remarqué récemment, provoqué chez certains Présidents d'université, des réactions à pleurer, car dignes d'une école maternelle lors d'une distribution de bons points, à l'annonce des résultats des labex, idex ...et autres kleenex. Une stigmatisation allant à l'encontre de la solidarité, de la coopération nécessaire à toute réussite en recherche. L'excellence eût été de montrer que la ministre restait passionnée par son travail, comme le sont les chercheurs, et que le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche n'est pas simplement un tremplin pour une autre carrière, mais devrait être enfin reconnu comme de toute première importance au même titre que les grands ministères d'Etat, afin que notre pays puisse continuer à être présent par ses découvertes et ses innovations dans le contexte international.
Déjà au XIXème siècle, le dialogue était difficile, voir impossible entre savants et politiciens**. Hélas, cela n'a pas vraiment changé, et le temps de la recherche et celui de la politique semblent véritablement incompatibles.
* Controverses. Axel Kahn et Valérie Pécresse, Ed Nil, 2011
** L'Héritage de Paul. William Rostène et Julien Freu, Ed Alvik, 2007
Ecrit par William ROSTENE, Directeur de recherche de classe exceptionnelle


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Billet nécessaire et qui, de surcroît, émane d'un nom qui m'est cher. Je ne pouvais pas le rater.
http://blogs.mediapart.fr/edition/je-me-souviens/article/270211/la-juva-4-marisol
Un peu de respect: Madame la ministre fait partie de cette gente que l'on retrouve dans la plupart des grandes entreprises privées. Elle arrive, déstabilise, réorganise, redynamise puis forte de cette "réussite" autoproclamée passe à autre chose dans une autre entreprise, ici dans un autre ministère. Et la gestion? Elle ne va tout de même pas se salir les mains à ce genre de besogne, d'ailleurs elle n'a pas le temps....et en plus comme vous le suggérez, c'est dangereux on risque de se prendre un retour de baton! Et les hommes et les femmes concernés? De toute façon, ils ne savent que gémir....
Merci pour ce mot très juste.
La ministre-ex devenue ex-ministre, quoi de plus naturel? Pourvu que mon laboratoire, faute d'avoir décroché le labex, ne devienne pas ex-lab!