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Qu’est ce le crowdfunding et pourquoi est-il révolutionnaire?

Le crowdfunding est le nouveau mot à la mode pour une activité qui est aussi vieille que le monde ; la collecte de fonds. C'est la version moderne et high-tech qui désigne des personnes qui se réunissent pour mettre leurs fonds en commun afin de soutenir une activité. Il existe sous plusieurs formes. Le plus souvent, l’expression se réfère à un financement basé sur le don. Mais il existe aussi un intérêt croissant pour le financement de capitaux propres où les gens achètent des actions ou des parts de l’entreprise.

Ce qui est complètement nouveau, c'est la façon dont Internet vous permet d'atteindre un nombre beaucoup plus important de personnes qui choisiront parmi une gamme infiniment plus large de projets de collecte de fonds à soutenir. Et c'est ce changement qui permet le passage du crowdfunding d'équité et de dons vers un troisième type que nous appelons crowdfunding communautaire.

Nous sommes généralement d’accord sur le fait que notre classe moyenne s'est affaissée de façon constante au cours des dernières décennies. De l'argent est fréquemment soustrait à nos communautés. Cet argent est destiné à un nombre de plus en plus petit de grandes sociétés qui ne sont pas locales. De plus, le capital de ces sociétés est souvent caché en offshore, et elles emploient de nombreux travailleurs temporaires dans des pays en développement non réglementés dans des conditions moins qu’idéales. Les dirigeants de ces sociétés continuent de gagner des sommes extraordinaires, des centaines de fois plus que ce que gagnent leurs travailleurs. Et pendant ce temps-là, de nombreuses personnes s'enfoncent de plus en plus profondément dans la dette qu’elles doivent à des banques qui ne feront jamais faillite.

Cet argent qui quitte nos communautés est l'oxygène du système corporatiste. Le système est un échec parce qu’il est en train d’épuiser sa propre source d'oxygène.

Le crowdfunding basé sur le don et le crowdfunding d'équité ne modifient pas les principes fondamentaux de tout cela. Même s'ils soutiennent un projet charitable, le système économique sous-jacent n'est aucunement touché.

Pour une communauté donnée, le fait de recevoir des dons est comme de prendre de l'argent d’une poche pour le remettre dans l'autre. Les dons échouent cependant aussi sur cet aspect-là, car une partie importante en est retirée avant même qu’ils n’arrivent dans l'autre poche. Ils se perdent sous forme de frais de Paypal ou de carte de crédit ou alors en frais de plateforme de crowdfunding. Après que l’argent ait été collecté, une grande partie s'évapore avant qu'il ne soit utilisé pour soutenir la mission de base du bénéficiaire.

Le crowdfunding communautaire va au-delà des dons et est la graine de quelque chose de vraiment révolutionnaire. Il a la capacité de défier certains des modèles de base de notre système corporatiste. Il a la capacité de changer les habitudes des consommateurs et de réorienter les flux d'argent. Il peut restaurer nos choix de consommation. Il peut même devenir une forme de vote ; le fait de voter pour garder notre argent à l'intérieur de nos communautés.

Il s’agit de transfert de richesse, et cela n'a rien à voir avec le fait de chanter l’Internationale ou d’intégrer des camps de rééducation. Cela n'a rien à voir non plus avec une politique de gauche ou de droite. Mais il a tout à voir avec la démocratie. Il nous donne un vote significatif, le plus fort qui soit, puisqu’il a à voir avec la façon dont nous dépensons notre argent.

Pour nous, les mots « local » et « communauté » veulent tout simplement dire un groupe de personnes qui se réunissent autour d’un intérêt commun. Il pourrait s’agir d’un programme pour les jeunes, d’une église, d’une synagogue, d’une mosquée, de familles, d’amis, de personnes ayant besoin de soins médicaux, d'un groupe d'école de ville ou de quartier. Il pourrait s’agir de journalistes indépendants qui disent leurs quatre vérités au pouvoir en place et qui pour ce faire utilisent des fonds sans les contraintes du contrôle financier corporatiste. Une communauté peut faire n'importe quelle taille et peut même être internationale. Lorsque l'argent reste dans cette communauté, il y a un effet multiplicateur dont tout le monde profite.

Ma propre entreprise, Bring It local, a voulu établir un modèle qui permet à l'argent de rester dans la communauté.

Nous acceptons les dons et nous avons un onglet pour cela. Il est facilement reconnaissable pour les gens qui l'utilisent au profit immédiat des bénéficiaires.

Mais ce qui a plus d’importance encore, c’est que nous proposons également à nos visiteurs d'acheter et de vendre des choses directement les uns aux autres. Nous fournissons un moyen d’impliquer les commerces en dur afin d'encourager l’échange local. Cependant, si les gens ne  trouvent pas ce qu'ils cherchent sur le site et qu'ils doivent absolument acheter dans les grandes surfaces, nous captons un pourcentage de ces achats qui ira à n'importe quel projet que l'utilisateur aura choisi de soutenir.

De plus, nous avons notre propre « fonds communautaire ». Les utilisateurs du site sont invités à contribuer et nous voterons ensemble pour décider de la façon d'utiliser les fonds qui iront à l'une des campagnes présentées sur notre site.

Et puis, au cœur de notre concept, il y a la propriété de notre société même. Et pour joindre l’acte à la parole, nous ouvrons la propriété de Bring It local aux personnes qui l'utilisent. C’est à ce moment-là que la boucle de l'argent utilisé est littéralement bouclée et que toutes les dépenses du site deviennent une forme de réinvestissement dans la communauté.

Ce sont les grandes lignes d'un des chemins possibles que nous avons choisi de suivre. De nombreuses personnes proposent des idées créatives pour faire face aux mêmes problèmes. Nous aimerions en savoir plus sur vos idées ou sur d’autres idées que vous pourriez connaître et que vous souhaitez partager. Ne réinventons pas la roue loin les uns des autres. Nous devons nous rassembler pour être plus que la somme de nos parties.

Tous les commentaires

20/06/2013, 17:10 | Par mauwa09

Idée séduisante, mais arnaque possible: la gestion de certaines ONG montre bien les dangers de cette collecte si elle n'est pas aseez encadrée.

25/06/2013, 01:02 | Par Mark White en réponse au commentaire de mauwa09 le 20/06/2013 à 17:10

Je pense que la question de fraude potentielle est toujours là mais elle n'est pas fondamentalement inhérente au crowdfunding, elle existe également dans d’autres formes plus traditionnelles de collectes de fonds. Dans tous les cas, la seule protection à laquelle un donateur ou un investisseur potentiel peut de se fier se résume à la diligence raisonnable (due diligence) qu'il exerce. La différence avec le crowdfunding est qu'il peut y avoir un certain degré de transparence - ce qui est nouveau - et qui peut  rendre la diligence raisonnable relativement facile pour la plupart des gens. Sur les sites de crowdfunding, ce sont les projets avec les informations les plus détaillées sur qui ils sont et sur ce qu'ils font qui réussissent le mieux. Les projets en collaboration marchent mieux que les projets en solo sans doute parce qu'il y a plus d’occasions de savoir qui est qui. C'est le bon côté de l'énorme perte de vie privée qui découle de l’utilisation des médias sociaux - il est très facile de se faire une idée de qui sont les gens derrière un projet. Encore une fois, rien d’infaillible... mais ce n’est pas un nouveau problème non plus.

20/06/2013, 18:20 | Par autre onu pour autre monde

 

Dans un précédent message à ce biller alors que celle la version anglaise était publiée, je me suis permis de faire une remarque qui n'a plus de raison d'être sur l'usage de l'Anglais. Mille excuses pour cette appréciation inopportune

'' C'est dommage que l'ami Mark White n'ait pas eu l'idée de traduire son texte. Il est vrai que les pouvoirs publics qui règne sur l'empire de la Francophonie sont les premiers à recommander aux étudiants et chercheurs français de se mettre illico à l'Anglais et de laisser le français aux étudiants africains 

Excellent rappel que ce mode qui peut ressembler à toutes les formes alternatives de financement solidaire à des fins humanitaires, des pratiques de nature caritative, mais également à des participations spontanées et volontaires au financement de projets d'intérêt général, économique, social, culturel ou cultuel, sportif, artistique ou autres. Ce qui est novateur dans le ''crowdfunding'' qui se répand aux USA, en Europe et ailleurs, c'est le recours à Internet pour démultiplier la démarche, pouvant lui assurer une dimension mondiale.

Certains producteurs et réalisateurs de films thématiques comme la société M2Rfilms ont eu déjà recours à ce système anonyme sous forme de souscriptions, d'appels à contribution pour la réalisation de films avec promesse de recevoir en retour un DVD de la réalisation, l'autorisation de sa projection en privé dans des cercles d'éducation populaire et de débats citoyens et une information conséquente sur le sort qui lui a été réservé.

Souscription pour le film ''Comment on nourrit les gens

 

Ce serait excellent aussi si quelqu'un d'averti pouvait nous pondre un billet ''objectif'' sur la finance islamique à laquelle les grandes banques occidentales s'intéressent pour ne pas perdre un juteux marché  qui risque de leur échapper pour aller engraisser leurs concurrents !

21/06/2013, 00:39 | Par Yves Gadet

Le collectif, la somme des initiatives particulières faisant sens, cohésion et cohérence prend évidemment plus de force que la simple addition quantifiée des contributions. Et ces initiatives sont évidemment mieux incitées lorsqu'elles prennent appui sur des convictions et des intérêts bien compris des acteurs qui scénarisent leur imaginaire et leur vie par leur implication militante.
Cependant, les bonnes intentions d'équité si elles peuvent satisfaire la morale sauvée des participants ne constituent pas à elles seules des garanties suffisantes de bonnes fins de l'utilisation des fonds collectés et des actions entreprises. Dans l'histoire des ONG, les escroqueries sont trop courantes. Chez nous, on se souvient par exemple des scandales de la Croix-Rouge française, des trafics liés à la collecte du sang et d'autres institutions d'apparence fort respectables. Et pour s'en tenir aux assemblées d'actionnaires, tout le monde sait bien qu'au-delà des rapports formels, les décisions se prennent dans le jeu des relations absconses pour les communs, de la direction avec ses partenaires banquiers et paire d'autres sociétés convoitées pour la carrière. J'ai bien peur que ce nouveau genre « crowdfunding » ne soit simplement qu'une extension du champ de tir aux pigeons que nous sommes tous trop souvent.
La collecte de fonds par internet ne répond pas aux questions de savoir comment sont prises les décisions, comment elles sont contrôlées et comment le collectif se reconnait et se consolide. Il ne faut pas acheter les illusions avec l'investissement personnel.
Par contre et en revanche, le court-circuit des banques est déjà en soi un argument assez fort pour emporter la palme révolutionnaire : cela devrait me suffire pour pouvoir donner ou placer quelques économies, y compris dans des projets privés, à condition d'y trouver un retour d'identification au travers de ma consommation choisie et privilégiée. Si je comprends bien l'article, en instaurant une réciprocité culturelle et identitaire donc, le « crowdfunding » aurait la capacité de fonder des noeuds communautaires ? Des fans de Donjon et Dragon par exemple ? Si ce discours permet de vendre plus largement des colifichets, on pourra s'en féliciter, mais pour d'autres raisons de se réjouir, pour ma part j'attends quelques preuves — avec impatience.

21/06/2013, 10:19 | Par Juliette BOUCHERY

J'ai trouvé ça très intéressant, je suis allée m'inscrire, ça a bloqué (an error occurred, etc, etc)... et vu les objectifs affichés, j'ai été très déçue de voir Amazon en "feature" du jour. Perso, je boycotte Amazon pour plusieurs raisons : c'est l'un des poids lourds de l'évasion fiscale, ils traitent leurs employés comme des chiens, et puis ils sont trop gros, tout simplement, c'est un rouleau compresseur qui n'a aucune réflexion sur sa place dans la géographie de l'édition et de la vente de livres. À part ça, j'achète des livres sur Internet, moi aussi (j'ai d'ailleurs dû changer de fournisseur parce que j'ai appris que le mien était une filiale d'Amazon), mais surtout des livres d'occase, en anglais : ce que je ne peux pas obtenir localement en soutenant ma librairie. Alors... Bring it Local veut soutenir qui, en fait ?

21/06/2013, 17:37 | Par Mark White en réponse au commentaire de Juliette BOUCHERY le 21/06/2013 à 10:19

Je partage tout à fait votre sentiment. Notre site ne recommande pas du tout que les gens utilisent Amazon. Au contraire, nous essayons de développer une forme de commerce entre les individus - quelque chose un peu dans l’esprit d’eBay à leurs débuts, avant qu'ils ne se fassent envahir par les entreprises. Ce que nous disons, c'est que si les gens décident néanmoins d’acheter quelque chose sur Amazon, nous pouvons en capturer une partie et le reverser à votre communauté. Soyons réalistes, Amazon est l’endroit où les gens vont et nous essayons simplement de récupérer un peu de l'argent qui est utilisé de cette façon. Rien ne nous ferait plus plaisir que d'éliminer cette partie du site éventuellement - mais essayer de promouvoir tout comportement différent, en particulier les habitudes d'achat, est une longue bataille
difficile. Un changement que nous prévoyons pour le nouveau site est de permettre aux gens de supprimer entièrement cette partie à partir de leur propre page de campagne de crowdfunding s’ils le désirent. Donc il n’apparaitra que si les gens le veulent... et certainement pas sur la page d'accueil, puisque qu’elle est sur le point d'être changée - vous avez sans doute remarqué l'annonce et l'explication de ce nouveau lancement si vous avez visité le site. Nous avons décidé de retravailler des parties importantes du site.

Je vous remercie beaucoup pour votre message. C'est un point très important.

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