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Takashi Miike

 

Takashi Miike semble n'avoir donné aucun signe de vie depuis le séisme du 11 mars au Japon, il est en tout cas répertorié parmi les disparus de la catastrophe naturelle sur le site Missing.net. Espérons qu'il donne de ses nouvelles pour ces prochains jours, ou ces prochaines semaines. Découvert sur le tard, je suis aujourd'hui émerveillé par ses films.

 

Takashi Miike

 

 

Né le 24 aout 1960, Takashi Miike passe sa jeunesse dans le quartier coréen (Yao) d’Osaka au japon, il baigne dans un environnement multiculturel et il est témoin du nationalisme mais aussi de la violence des japonais envers les minorités. Ses films peuvent être vus comme des exutoires vis-à-vis de cette réalité choquante toujours d’actualité. Cultivant le personnage d’un étudiant dilettante, Miike sortira diplômé de la prestigieuse université de cinéma Yokohama Hoso Eiga Senmon Gakko dont le doyen n’est autre que Shohei Imamura. Après une expérience à la télévision où il se fera remarquer pour ses idées en matière de production, Miike sera repêché par Imamura qui fera de lui son assistant réalisateur sur Zegen, Le Seigneur des Bordels et Pluie Noire. C’est à ses côtés, plus qu’a la faculté, qu’il apprendra le cinéma.

 

Ses premiers films se font directement en vidéo grâce au système v-cinéma, une façon pour les studios japonais de permettre aux jeunes cinéastes de montrer leur savoir faire sans user de gros budgets. Il est reconnu par ses pairs avec Les Affranchis de Shijuku, son style y est déjà énergique. Cinéaste acharné, il continue à perfectionner son art en multipliant les tournages et en explorant de nouveaux genres. Takashi Miike aura réalisé pas loin de 60 films entre la fin des années 90 et 2010. On le voit pervertir autant le Yakusa Eiga (Film de mafieux), que la comédie burlesque (Yatterman) en passant par le drame intimiste (Visitor Q), le western (Zukiyaki Western : Django), le cinéma horrifique (La Mort en Ligne) ou l’adaptation de manga (Crows Zero 1 et 2, Ichi The Killer) et le Tokusatsu, c'est à dire les films de super-héros à la japonaise (Zebraman) et le film d’action (Dead or Alive 1, 2, 3).

 

A première vu difficile pour un cinéphile occidental, attaché à la théorie des auteurs de détacher une ligne directrice. Très vite, on peut tout de même lui reconnaitre une volonté d’exprimer par le cinéma les tendances « do it yourself » de la culture punk. Il y a chez Miike une pulsion incontrôlable d’envoyer balader les idées toutes faites et de tendre à la société japonaise un miroir à peine déformant d’un monde particulièrement violent qui n’offre à personne la possibilité d’un avenir radieux : No Future.

 

On le rapproche de Seijun Suzuki (La Jeunesse de la Bête), mais c’est d’avantage vers Paul Verhoeven (Robocop) ou son ami Shinya Tsukamoto (Tetsuo, Gemini)qu’il faut se tourner. Qu’il se tourne vers les films pour enfants ou vers le cinéma gore, on remarque une même envie de salir ses personnages avec des fluides corporels ou en situant l’action dans des décharges publiques. Cinéma de la mixité, il y a également dans ses films un refus clair de la pureté cinématographique. Utilisant tous les supports, pellicules ou numériques, il aime travailler l’image et le son pour les distordre. De la même façon, il assume fréquemment les erreurs imputables à la rapidité de ses tournages (10 long-métrages pour la seule année 2000) pour renforcer cette thématique. Le cinéma c'est de l'artifice.

 

De film en film c’est un cinéma baigné par une vision mélancolique mais humaniste de la vie qui se détache. Bird People In China en est l’exemple le plus flagrant: les personnages sont poussés, l’un par son entreprise, l’autre par son clan, en dehors d’une société japonaise sombre et violente pour se retrouver au milieu de la nature chinoise où ils rencontreront des personnages à la poésie loufoque. Pour tout public, ce film donne cependant une image réductrice du cinéma de Miike et il faut se tourner vers Gozu, son film manifeste pour avoir une vision plus globale de son art. Une histoire de Yakuza paranoïaque sous influence de l’écriture automatique et du cut-up de Burroughs et du Festin Nu façon David Cronenberg. Takashi Miike montre une réelle jouissance à compiler ses thèmes de prédilection tout en construisant une architecture cinématographique unique. Après avoir été salué par Quentin Tarantino, Audition eu les honneurs eu les honneurs de la critique occidentale. Eli Roth utilisera le physique incroyable de Miike pour une apparition-citation marquante dans son film, Hostel.

 

 

Tous les commentaires

Mon préféré, The Hapiness of the Katakuris (Katakuri-ke no kōfuku), traduit en français La mélodie du malheur en référence au film de Robert Wise qu'il pastiche allègrement, est une comédie musicale qui tient à la fois de Buñuel, du film d'horreur et du slapstick. Remake du coréen The Quiet Family de Kim Jee-woon, La mélodie du malheur rappelle aussi L'auberge rouge de Claude Autant-Lara, version nippone !

@martinga(e)l

J'aime beaucoup Audition que j'avais vu en salle à sa sortie, avec son côté drame sentimental et mièvre pendant 1h avant de basculer brutalement dans l'horreur. Mais Visitor Q est en revanche un film assez répugnant qui surfe sur le même thème que Théorème de Pasolini (film que je trouve déjà assez détestable) mais avec des images bien plus violentes.

Il y aussi chez Miike un rapport malsain à la violence, comme chez Tarantino ou Stone, où une dose d'humour cynique prétend créer de la distance par rapport à la violence des images (mais la cautionne entièrement en réalité). Mais s'il partage les travers de Tarantino, Miike n'a pas forcément son talent de mise en scène. Dans le genre, Ichi the Killer est juste un très mauvais film.

En résumé Miike est un réalisateur capable du meilleur mais souvent du pire...

Fausse rumeur concernant sa disparition :

http://sxsw.com/node/6971

Jean-Jacques, je n'ai pas encore vue La mélodie du malheur, mais je vous comprend. J'ai une préférence pour Ichi the killer, et les Dead Or Alive (et pour l'actrice d'Audition). Merci en tout cas de me rassurer sur la santé de Miike!

 

J-F: Miike est moins facile d'acces que Tarantino, et leur travail de mise en scène n'ont rien à voir. Difficile de les comparer, même si ils s'admirent mutuellement. Tarantino peut évoquer Ichi dans Kill Bill, peut être. Et l'idée de Tarantino selon laquelle le sang est une couleur, marche alors aussi bien sur Ichi. Visitor Q est effectivement proche de Theoreme, deux films qui ne sont pas aimable, ce qui est finalement une qualité. Libre a vous d'avoir ce genre de sentiment, de répulsion vis à vis du cinéma de Miike.

 

 

De Takashi Miike, je n'ai hélas vu que Ichi The Killer, film que j'ai trouvé absolument hallucinant !

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