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31
Aoû

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Qui passera l’épreuve syrienne ?!

La révolution syrienne est bénie, qu’on se le dise. Par une configuration unique, où s’entrechoquent des considérations diverses et variées, chacun est soumis à une épreuve de vérité : face à un régime aussi vicieux que cynique, qui a toujours su jouer sur certaines cordes sensibles pour gagner le soutien d’un public particulier, comment est il encore possible de justifier l’horreur que subissent les syriens ?

La crise syrienne a révélé le véritable visage de certains acteurs politiques comme le Hezbollah et a confirmé l’hypocrisie flagrante des autres, notamment les Etats-Unis. La crise syrienne a montré que pour beaucoup, leur conviction personnelle qu’ils ont élevée au rang de dogme restera toujours plus importante que tout, les empêchant de ce fait d’apporter leur soutien à un peuple opprimé, parce que le pouvoir qui les opprime se dit laïc, anti-impérialiste, et autres postures mensongères. Notre propos est de dire que quand bien même ces postures ne seraient pas fausses, elles ne peuvent en aucun cas justifier le soutien, explicite ou implicite, aux Assad. Enfin, en ayant bâti sa répression sur un mensonge grossier, Bachar Al-Assad a forcé ses soutiens à mentir, et donc, à terme, à perdre le capital confiance qu’ils avaient pu constitué, ou à croire la thèse du régime, et donc, à terme, perdre toute crédibilité sur les compétences de ses soutiens à distinguer le vrai du faux.

Dites moi au nom de quoi on se tait sur les crimes avérés du régime syrien, et je vous dirais les principes trahis.

« L’or véritable est vérifié par le test du feu, et les principes par celui des épreuves »

Un an que les révoltes syriennes ont débuté. Les syriens qui ont eu, d’une façon ou d’une autre, à subir les méfaits du régime syrien et qui ont pensé que le monde se rallierait à leur combat légitime. Quelle ne fut pas leur surprise de constater un soutien important au régime syrien, de la part de personnalités, d’organisations et d’individus qui ont, comme nous allons le voir, trahi  les discours qu’ils tenaient ! De fait, la crise syrienne s’impose comme un test qui n’a pas d’équivalent pour une raison simple : les liens que le régime syrien impose à des problématiques a priori indépendantes les unes des autres.

Si cette politique n’est en rien propre au régime des Assad et fait partie des techniques des géo-stratèges,  le pouvoir damascène en fait une utilisation poussée à l’extrême. Notamment, il a toujours lié, de façon obsessionnelle, les questions nationales aux questions internationales afin de rendre le peuple otage de la géostratégie régionale. Combien de fois aura-t-on entendu : certes la dictature en Syrie est terrible, oui elle torture, mais…

Toute demande émanant de l’opposition et du peuple est refusée au nom des conditions difficiles qui touchent la région et les opposants sont emprisonnés – et torturés – sous des prétextes fallacieux, comme, par exemple, l’affaiblissement du sentiment d’appartenance national, là où les demandes des opposants réclamaient la fin de l’état d’urgence, le respect de la constitution pour mettre fin à la torture en prison, une liberté d’opinion, et autres demandes tout à fait légitimes.

Toute demande émanant de l’opposition et du peuple est refusée au nom des conditions difficiles qui touchent la région et les opposants sont emprisonnés – et torturés – sous des prétextes fallacieux, comme, par exemple, l’affaiblissement du sentiment d’appartenance national, là où les demandes des opposants réclamaient la fin de l’état d’urgence, le respect de la constitution pour mettre fin à la torture en prison, une liberté d’opinion, et autres demandes tout à fait légitimes. 

Depuis, le régime syrien met le monde à rude épreuve et les masques tombent.Au-delà de la complexité de la crise syrienne – au Moyen Orient, c’est forcément compliqué –, une réalité aussi simple que cruelle et alarmante : Les forces du régime syrien commettent des massacres, bombardent des quartiers civils, enlèvent et torturent hommes, femmes et enfants. Les témoignages et les vidéos sont trop nombreux et concordants pour trouver le moindre doute sur cette réalité crue.(voir, par exemple, le dernier rapport d’Amnesty International)

Cette réalité appelle une condamnation claire des Assad, condamnation qui va à l’encontre d’intérêts et de motivations  de certains, ce que le pouvoir de Damas ne cesse de rappeler. De ces contradictions, les masques des uns tombent, tandis que la réalité des principes revendiqués par les autres se trouve confirmée. 

« Les larmes qui coulent sont amères mais plus amères encore sont celles qui ne coulent pas. »

Au nom de la supposée « résistance » du régime des Assad à Israël et à l’hégémonie américaine, on ne craint pas de défendre un pouvoir qui a tué bien plus que les israéliens à Gaza ! Est-il possible d’accepter un pouvoir qui pratique régulièrement la torture, les massacres et les meurtres, au nom de la Résistance ? L’injustice des Assad est-elle acceptable tant qu’elle œuvrerait contre l’injustice israélienne ? Mais surtout,  qui de ceux qui ont aujourd’hui cette position faussement courageuse, loin de tout danger, pourrait prétendre à cette sagesse en Syrie ? En d’autres termes, s’imagine-t-on dire aux syriens : accepter vos morts, accepter l’humiliation, accepter la torture et le vol de vos biens, car vos bourreaux ne sont pas avares en mots durs contre l’ennemi israélien ?!!

Quand on s’affirme résistant, on résiste contre tout pouvoir qui opprime. Il y a une indécence inacceptable à entendre des « résistants » comme Alain Soral, défendre une dictature des plus dures au nom de l’anti-impérialisme, après s’être plaint de l’absence de promotion de son dernier livre, et avant de nous expliquer les risques incroyables qu’il prend pour nous dire sa vérité !

Après des semaines de silence sur son voisin, et tout en félicitant les révoltes arabes tunisiennes et égyptiennes pour s’être débarrassé des tyrans, le Hezbollah a finalement, sur ordre de Damas, apporté un soutien indéfectible aux Assad, car, sans eux, il n’y aurait pas de résistance palestinienne (sic). Cela lui a coûté sa popularité auprès des arabes, y compris les sunnites, popularité qu’il avait acquise aux fil des années et qu’il n’est pas prêt de reconquérir. Loin de ses discours où Nasrallah affirmait être du côté des pauvres et des opprimés, il montre qu’il travaille surtout pour ses intérêts propres, intérêts qui s’accommodent largement du sang syrien sous prétexte de vouloir préserver le sang palestinien… On verse une larme hypocrite ici, pour justifier l’absence de larmes là-bas !

Pauvres palestiniens, dont la cause est si souvent instrumentalisée pour des fins qui n’ont rien à voir avec eux ! Iran, Parti Anti Sioniste, ou une partie de l’extrême droite … les exemples ne manquent pas.

Pourtant, beaucoup de pro-palestiniens sont sincères. Faut-il leur rappeler que nous défendons les palestiniens pour les crimes que commettent les colons à leur encontre? C’est ce même esprit de justice qui nous anime pour dénoncer aujourd’hui les crimes d’un système dictatorial contre son peuple. On ne peut pas être solidaire de la cause palestinienne sans être solidaire de la cause syrienne ! Question de principe, question de cohérence.

Le Hamas a fini par apporter son soutien à la révolution syrienne, après un long silence qu’on comprendra aisément en se rappelant que les Palestiniens ont déjà eu à payer pour leur mauvais choix, comme lorsqu’ils ont pris le parti de Saddam Hussein lors de la guerre du Golfe. Au moins n’a-t-il pas trahi ses discours en refusant d’apporter son soutien au pouvoir de Damas.

Abdelbari Atwan, intellectuel palestinien très écouté dans le monde arabe, résume clairement la position qu’il faut tenir face à ce faux dilemme que pose Al-Assad (traduction reprise de lien) : 

« La solidarité avec la résistance libanaise (le Hezbollah), l’accueil des secrétaires généraux des organisations palestiniennes (notamment le Hamas) alors que toutes les capitales arabes leur avaient fermé la porte au nez, sont des positions respectables pour lesquelles nous sommes gré au régime syrien et pour lequel il a payé un prix élevé. Mais nous ne voyons aucune contradiction entre ces positions et la satisfaction des demandes du peuple syrien et, s’il existe une contradiction, nous préférons que le régime suspende son soutien au peuple palestinien et à sa cause et qu’il réponde aux demandes de son peuple d’étendre les libertés et de combattre la corruption (…) Car les peuples opprimés ne sont pas capables de libérer les territoires occupés et les armées des dictatures ne sont pas capables de mener une guerre victorieuse. »

«La vertu consiste dans le milieu.»

Bachar Al-Assad est dans son droit ! Il doit défendre le pays ! Il est le garant de la protection des minorités parce qu’il est laïc. “
Il est amusant de constater que les mêmes qui réussissent la prouesse d’excuser la torture syrienne en vantant sa laïcité sont ceux qui saluent le soutien de l’Iran à Damas ; l’Iran dont la laïcité est plus 
qu’exemplaire, on s’en convaincra… Amusant de voir et d’écouter ces extrémistes de la laïcité : en son nom, on peut tout justifier, un an d’horreurs extrêmes, après trente années d’horreurs habituelles. En fait, derrière ces “laïcards” sanguinaires se cachent des hommes qui détestent l’Islam et les musulmans par-dessus tout, et qui craignent de voir la Syrie dirigée par des islamistes.

Comme la laïcité n’est qu’un écran pour cacher une islamophobie fantasmée au possible, il est inutile de rappeler ici les principes de la laïcité. Tout au plus est-il utile de faire remarquer que le régime syrien est autant laïc qu’il est républicain… une république où le fils hérite du père, à l’unanimité !

Aucun extrémisme n’est justifiable, et donc, a fortiori, aucun extrémisme ne peut en justifier un autre. Il est inadmissible d’accepter les pratiques quotidiennes et la dictature en affirmant protéger les minorités. Nous contestons par ailleurs cette lecture des événements, et nous y reviendrons dans un prochain article.

« Quand le sage désigne la lune, l’idiot regarde le doigt »

Dès les premiers jours de la contestation, les syriens ont pointé du doigt un régime clanique, avec ses moukhabarates tout puissants, une justice inexistante, des instances qu’on a vidé de ses fonctions politiques, et une famille présidentielle qui s’accapare de toutes les richesses du pays.
Et de quoi nous parlent les idiots ? De la légitimité de l’action militaire pour « protéger le pays », de la « raison d’état » qui justifie les enlèvements et autres injustices, de la nécessité de non-ingérence pour 
excuser l’opacité du régime et l’absence de journalistes libres pour rendre compte de la situation sur place, etc…

Ces idiots qui regardent les institutions de la République syrienne là où les syriens désignent le clan mafieux qui les a piratés pour son propre compte en y plaçant ses hommes les plus fidèles aux postes clés.
De quel patriotisme nous parle-t-on dans un pays où le clan Assad se confond volontiers à l’Etat ?

Nécessité fait loi.”

D’autres, des anti-impérialistes de gauche notamment, comme Rony Braumann,  tout en condamnant la répression brutale du régime, sont face à un terrible dilemme : il semblerait que le seul recours pour empêcher un régime sourd à toute demande d’arrêt des violences soit celui de la force, une intervention étrangère donc. Or, au nom de la non-ingérence (quelle qu’elle soit : arabe, turque, armement de l’ASL, et pas nécessairement une intervention de l’OTAN), ils continuent à aller dans le sens des Assad. C’est la position défendue par la Chine et la Russie : pas d’ingérence, quoi qu’il arrive. Ou quand un principe censé empêcher l’effusion de sang sert précisément à tuer et massacrer.

Car c’est exactement le jeu du régime que de réprimer violemment la population tout en criant aux conséquences néfastes d’une intervention extérieure. « Laissez moi faire ce que je veux chez moi », nous dit Bachar Al-Assad ! Les abus passés du principe d’ingérence, où les Etats Unis et l’OTAN, sous prétexte de venir en aide aux populations qu’ils ont attaquées, pour des raisons réelles qui relevaient plus d’intérêts économiques, ont fini par sacraliser le principe de non-ingérence chez beaucoup d’intellectuels et politiques. Ces derniers sont aujourd’hui aveugles à une autre forme d’abus : celle du principe de non-ingérence faite par le régime syrien pour ne surtout pas avoir de compte à régler !

Nous reviendrons plus en détails sur cette question dans un prochain article, mais il nous semble évident que beaucoup ont failli  à leurs principes humanistes à cause de cette obstination à refuser l’idée d’une aide à l’opposition, tout en avouant leur incapacité à donner d’autres alternatives pour stopper la folie du régime. La non-ingérence est inacceptable si elle aboutit à la paralysie.

« Offrir l’amitié à qui veut l’amour, c’est donner du pain à qui meurt de soif »

Car c’est bien là tout le souci. Alors que le régime reçoit de l’aide d’Iran et de Russie, les contestataires syriens doivent se contenter de beaux discours qui ne trouvent aucune réalité dans les faits. Pour ceux qui en douteraient encore, la crise syrienne est la preuve absolue de la supercherie des discours occidentaux sur les droits de l’homme et la liberté des peuples. Des notions toujours utilisées pour mener des guerres où les objectifs principaux concernent des enjeux stratégiques et/ou économiques. Au veto russe, il convient d’ajouter le véto israélien.
Les États n’ont que faire des grands principes qu’ils disent défendre, ce n’est pas une nouveauté.

Mais qu’en est-il des peuples ?


Beaucoup, en restant silencieux, montrent qu’ils ne portent pas réellement les valeurs dont ils se réclament.
Les musulmans en particulier, dont la notion de fraternité est un pilier de leur religion, et qui est censé être le ciment de leur communauté. Beaucoup de la communauté musulmane pensent que le véritable combat est de défendre un régime ennemi aux Etats Unis, quitte à accepter les conséquences que l’on voit tous les jours. 
Ou quand l’anti-américanisme est plus important que la religion à laquelle ils appartiennent… ceci alors que leur religion leur enseigne le combat de l’injustice et la sacralité de la vie.
Les syriens n’attendent pas de grands discours, de belles valeurs humanistes, mais une solution réelle à leur problème réel.

« Suivre comme un mouton de Panurge »

Le régime syrien, en choisissant de couvrir sa répression par une série de mensonges (« gangs armés infiltrés de l’étranger », « le peuple est derrière Bachar », « il n’y a pas de manifestations anti-régime », « il n’y a pas de répression !! », etc…) a contraint ses défenseurs à relayer ses mensonges et à perdre toute crédibilité :
Il y a tout d’abord ceux qui mentent en connaissance de cause. Le plus célèbre d’entre eux est sans aucun doute Thierry Meyssan et son 
Réseau Voltaire. On ne s’étonnera guère de le voir colporter des informations complètement fausses, toujours dans le but de blanchir le régime. Pourquoi Thierry Meyssan manque t il subitement d’inspiration pour critiquer la version officielle du régime syrien ?  N’est ce pas là le travail d’un journaliste indépendant, et d’un complotiste expérimenté ? Pourquoi n’a-t-il pas vu les nombreuses incohérences, relevées par toute personne qui réfléchit un minimum sur la thèse des gangs armés ? Pourquoi ne nous a-t-il pas éclairé sur les mensonges grossiers  proférés par les médias syriens sur les attentats de Damas ? Un complotiste est quelqu’un qui remet en cause la version officielle, et non pas quelqu’un qui la valide !

Il y a ensuite ceux qui croient sincèrement la thèse syrienne et dont un des arguments principaux est de prendre le contre pied des grands médias. Véritables “contrariens” de la pensée dominante, du moins c’est ce qu’ils pensent, les événements en Syrie ne les intéressent pas vraiment ; leur but est plutôt de critiquer les grands médias pour montrer à quel point ils sont indépendants. En réalité, ils continuent de penser par procuration : si ceux qui croient les grands médias sont des moutons blancs, alors ceux qui prennent systématiquement le contre pied de ces médias sont… des moutons noirs !

Puisque nous avons ponctué notre article de citations, nous finirons par une citation que nous devons à Pierre Reverdy : « Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour ». Les syriens, aujourd’hui plus qu’hier, ont besoin d’aide concrète, d’un humanisme appliqué, qu’aucun combat ne soit élevé au dessus de celui de la vie et de la dignité de l’homme. Rien n’excuse la torture, et à plus forte raison sur les enfants. Rien.
Ils ne veulent pas de soutien théorique, tout de suite relativisé par un « c’est compliqué là-bas », pas de larmes sans les moyens de les cesser, pas de pitié sans de quoi les aider.
Les syriens ne veulent plus être otage de la situation géopolitique dans laquelle les a enfermés cette dictature de plus de 40 ans, pour protéger ses intérêts. Ils ne veulent pas de faux soutiens quand en réalité on fait le jeu du régime.
C’est une question de principe. Il y a évidemment des enjeux politiques, et il est évident que les grandes puissances régionales et mondiales ne resteront pas spectatrices, mais cela a toujours été le cas, et cela le sera toujours. Seulement, l’un ne justifie pas l’autre. Un ami syrien a magnifiquement résumé cela :

« Si on est manipulé pour les intérêts d’untel, alors le régime assadien a fait 99% du travail en créant une convergence d’intérêt entre notre liberté et les intérêts d’untel, les deux passant par la chute du régime. Un musulman a-t-il le droit de voler son frère en lui demandant de ne jamais dénoncer son acte, ce qui porterait atteinte à l’image de l’Islam ?»

 

Syrieux et maryam al shamiya


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26/05/2012, 10:27 | Par LEON et PAULETTE

Merci pour ce billet ! (comment j'ai pu le louper avant ?!)

Paulette

NB : j'ai l'impression qu'avec vous, je ne vais plus avoir besoin de lire le Monde Diplo Sourire ...

26/05/2012, 21:07 | Par maryam al shamiya en réponse au commentaire de LEON et PAULETTE le 26/05/2012 à 10:27

Merci à vous Paulette !

Je viens de relancer tous les billets sur la Syrie, suite à une rermarque "malveillante", de la part d'une personne qui se donne l'illusion de soutenir le Peuple Palestinien ! Cette personne ignore tout du mouvement associatif, de ses dirigeants et de toutes les personnalités palestiniennes qui soutiennent sans aucune réserve le Peuple Syrien ! 

Bien à vous.

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