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Le lancement de satellite par l'Iran et la conjoncture interne iranienne

Le lancement par l'Iran de son premier satellite dans l'espace, baptisé Omid (Espoir), s'est fait sur fond d'une mise en scène médiatique remarquée du régime de Mahmoud Ahmadinejad. Le timing et l'orchestration médiatique de ce lancement par le régime iranien sont loin d'être le fruit du hasard. Il pourrait avoir été programmé en fonction des enjeux politiques de la conjoncture interne actuelle de l'Iran.

 

 

L'année 2009 est une année électorale. Les élections présidentielles doivent avoir lieu en juin et feront suite aux élections législatives pour le renouvellement du parlement de mars 2008. Ces élections ont permis aux conservateurs de se maintenir au pouvoir. Toutefois, elles n'ont pas donné lieu à une consolidation du régime d'Ahmadinejad qui appartient pourtant à cette aile politique. Le nouveau parlement montre une certaine propension à se distancer du président iranien. Il n'entend pas avaliser tous les choix et stratégies politiques d'Ahmadinejad. En même temps, le régime de ce dernier ne peut compter sur l'appui de l'ensemble de l'appareil étatique et de sa famille politique. Les divergences de vues et d'options politiques existent bel et bien au sein du régime.

 

L'une des figures politiques en embuscade est Mehdi Karrubi, candidat à la présidence lors des prochaines élections. De plus, l'ex-président Mohammad Khatami, qui lors de son passage à la tête du pays avait amorcé des réformes, demeure une force politique importante en Iran. Réputé être un modéré qui a tenté d'initier un dialogue avec les Etats-Unis durant sa présidence, ce dernier et un nombre croissant de secteurs de l'élite politique à Téhéran, quoique toujours méfiants par rapport aux intentions occidentales en ce qui concerne l'Iran, sont plutôt critiques vis-à-vis d'Ahmadinejad. Ils perçoivent ses dérives comme nuisibles aux intérêts fondamentaux de l'Iran, notamment sur la scène internationale. Les diverses provocations de l'actuel président iranien sont jugées inutiles, contre-productives et voire même dangereuses pour le pays, en l'entrainant toujours plus loin dans une logique de confrontation avec les occidentaux.

 

Les rivalités politiques internes se déroulent sur fond de critiques du bilan du régime. En effet, la panorama économique en Iran s'est dégradé ces dernières années. Malgré la flambée des prix du pétrole avant la crise économique mondiale, l'économie iranienne est confrontée à de sérieux problèmes qui affectent les conditions de vie de la population iranienne: taux d'inflation à 20%(1), croissance économique qui peine et chômage frappant un nombre croissant de jeunes Iraniens. Les politiques économiques menées par Mahmoud Ahmadinejad sont tenues pour être en grande partie responsables de cette situation(2). Et les remises en question de ces politiques émanent aussi des milieux conservateurs.

 

Dans un tel contexte de difficultés et de contestations au niveau interne, le régime en place n'a jamais hésité à recourir à des postures et des stratégies susceptibles de conforter sa base politique et lui permettre de se maintenir au pouvoir. Et l'un des ressorts de cette politique a toujours été de jouer sur la fibre nationaliste. Ainsi en a-t-il été de la question nucléaire, qui a toujours été présentée à la population comme étant un grand motif de fierté en tant qu'elle reflète les progrès scientifiques de l'Iran et sa maitrise des technologies de pointe. Cette dimension symbolique est utilisée à fond par le régime donc pour construire son capital politique et consolider son pouvoir. Même si les contestations du régime existent, la question nucléaire a toujours représenté un motif de ralliement de la grande majorité de la population iranienne. De plus, ce symbolisme qui est particulièrement efficace au niveau des couches populaires permet donc au régime d'Ahmadinejad d'asseoir sa popularité au sein de ces secteurs-là, se ménageant ainsi un contrepoids aux oppositions dont il est l'objet au niveau des couches urbaines éduquées.

 

Le lancement du satellite peut être analysé dans la même logique. C'est donc un moyen pour le régime d'atteindre plusieurs objectifs au niveau interne. D'abord, dissimuler les échecs et les difficultés économiques auxquelles le régime n'a su faire face. Celui-ci cherche à montrer à la population qu'il est parvenu à obtenir des résultats de prestige importants pour le pays dans les domaines scientifique et technologique. C'est une façon donc d'embellir le bilan du régime. Ensuite, ce lancement pourrait être tout au moins un moyen de détourner l'attention de la population des problèmes économiques quotidiens qui ne feront que s'aggraver avec l'affaissement des prix du pétrole sur le marché international. C'est donc un mirage et un miroir valorisant offerts au peuple iranien par le régime d'Ahmadinejad pour éviter d'être l'objet d'une sanction dans les urnes lors des prochaines élections présidentielles du mois de juin 2009.

 

 

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1. Voir rapport du Fonds monétaire international (FMI), « Islamic Republic of Iran : Selected Issues », IMF Country Report No. 08/285, août 2008, p.5. Disponible en ligne à: http://www.imf.org/external/pubs/ft/scr/2008/cr08285.pdf.

2. Voir Thierry Coville, «Les dynamiques intérieures en Iran : L'économie iranienne sous Ahmadinejad : des promesses à la réalité », Revue internationale et stratégique, N° 70 2008/2, pp. 87-96.

 


Tous les commentaires

Je répète ici ce que j'ai déjà écrit sur un autre site consacré à l'Iran. J'aimerai que l'on me contredise, ou que l'on m'approuve, car je n'ai aucune prétention à la sagesse politique internationale. Cela fait des années; depuis la prise d'otages des américains dans leur ambassade, que nous sommes soumis à une forte et constante propagande anti-iranienne essentiellement menée par les USA et relayée par les occidentaux. Je constate que l'Iran n'a jamais joué un rôle plus important dans le Moyen-Orient que depuis l'invasion de l'Irak. Les USA ont-ils pensé, lorsqu'ils ont décidé d'attaquer l'Irak, qu'ils éliminaient ainsi le principal ennemi de l'Iran ? Ont-ils oublié les huit années de guerre qui les ont opposés ? Ou bien l'odeur du pétrole irakien a complètement lessivé le cerveau des politiques américains. Et depuis, les occidentaux, menés par les USA, et Israël comme bras armé, menacent l'Iran de toutes sortes de sanctions, surtout économiques, et les appliquent. Lorsque Bush affirme " toutes les options sont sur la table " et qu'Israël bombarde un centre nucléaire en Syrie, quelles doivent être les pensées des dirigeants iraniens ? Ils se disent : " Serons-nous les prochaines victimes des raids israéliens ? Nous n'oublions pas qu'Israël s'est doté de la bombe atomique. Quel usage en fera t'il ? " Quel est le principal devoir d'un Etat ? Assurer les sécurités intérieures ( c'est le rôle de la police ) et extérieures ( c'est le rôle de l'armée ) du pays, quel que soit son régime, qu'il soit laïque, religieux, dictatorial ou démocratique . C'est pour cette raison que la France, la Grande-Bretagne, la Chine et l'Inde, se sont armés de la bombe nucléaire Face à toutes ces menaces, l'Iran, sans l'avouer, dans la crainte de subir le feu nucléaire d'Israël, compte instaurer, au Moyen-Orient, un équilibre de la terreur nucléaire, comme celui qui existait et existe toujours entre les USA et ce que fût l'URSS et aujourd'hui la Russie. Je me souviens du rapport Baker qui préconisait des rencontres sans préalables. Qu'est-il devenu ? Obama compte t'il l'appliquer ?

Je connais peu la situation en Iran, mais j'ai relevé une affirmation (pas forcément information) à la télévision. L'affirmation était que le lancement du satellite iranien servait principalement de dopage au prix de son pétrole. ... Autre argumentaire trouvé dans un mail qui m'est arrivé par le net : l'ire des USA contre l'iran n'est pas due à son programme nucléaire, mais surtout au fait que l'Iran ne se réfère pas au dollard pour le paiement de son pétrole. ... Info ou intox ? Je ne saurais répondre. Si quelqu'un a un avis...

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