Sam.
11
Fév

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Fermer

Le débat sur la discrimination positive en France : Naviguer entre hypocrisie et leurres

L'élection d'Obama semble avoir eu aussi pour conséquence de relancer en France le débat sur la discrimination positive. Dans la foulée de cet évènement, il s'est produit trois faits significatifs : le représentant du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN), Patrick Lozès, a été reçu par le chef de cabinet du président Nicolas Sarkozy; un manifeste pour « l'égalité réelle des chances » en France circule et a reçu l'appui public de la Première dame de France, Carla Bruni-Sarkozy; et enfin, pour la première fois, un français, issu de l'immigration d'Afrique noire, M. Pierre N'Gahane, a été nommé Préfet des Alpes-de-Haute-Provence.


 

Ce débat qui est manifestement marqué par cette spécificité qu'est la conception française de l'idéal républicain présente deux défis majeurs : sortir de l'hypocrisie et éviter les leurres. Le premier est le préalable nécessaire pour pouvoir faire progresser la société française dans la prise en compte et la prise en charge de sa diversité ethnique. Le second est la condition sine qua non pour ne pas tomber pas dans la caricature et apporter de vraies solutions aux problèmes de fond.

 

Sortir de l'hypocrisie

 

Souvent on objecte aux revendications des minorités visibles en France le fait que les principes fondateurs de la République française ne peuvent s'accommoder de mesures ou de politiques visant nommément à différencier les français selon des critères ethniques. Ceux qui opposent cette objection se justifient par la crainte de dérives communautaires qui entraineraient l'effritement du socle républicain de la France. Si la préoccupation peut être sincère et la crainte fondée, on doit aussi convenir que l'idéal républicain ainsi conçu ne peut être aveugle aux réalités du tissu sociodémographique de la France d'aujourd'hui. Il ne peut non plus servir d'excuse ou de frein à la prise en compte de cette réalité et à la mise en place d'une vision et d'une action capables de consolider et de faire progresser le vivre ensemble de la société française. L'idéal républicain ne peut demeurer une promesse creuse, à force d'être lointaine. Pour qu'il prenne tout son sens, il faut le rendre vivant, attentif aux justes revendications de certains groupes de la société et surtout apte à favoriser le progrès social. Il ne doit pas servir à donner bonne conscience au statu quo.

 

Eviter les leurres

 

Beaucoup d'entre ceux qui sont à l'avant-garde du combat contre les discriminations dont sont victimes les minorités visibles en France se sont emparés de la victoire de Barack Obama aux USA. Ils y voient un exemple de l'extraordinaire progrès réalisé par la société américaine sur le plan de l'égalité entre les communautés ethniques aux Etats-Unis d'Amérique. Bien sûr, cette lecture là est juste. Personne ne peut objectivement nier les avancées qu'a permis l'Affirmative action aux USA. Toutefois, ce symbole fort que représente l'élection d'Obama ne doit pas cacher une réalité sociale américaine qui montre la persistance de disparités et de discriminations multiples au quotidien. Qu'il s'agisse du chômage, du traitement de la criminalité, de la carte de la pauvreté ou encore d'autres problèmes sociaux tels la grossesse chez les adolescentes, la prévalence du sida, l'éducation ou encore la drogue, ce sont autant de domaines où l'égalité des chances a encore un long chemin à parcourir.

 

L'égalité ou son apparence, jaugée au travers du miroir trompeur des positions sociales hautement symboliques risque finalement de produire des effets pervers. En effet, en focalisant sur cet aspect-là, on pourrait aboutir à une situation de mirage. Progrès apparents dans le combat contre les discriminations mesurés à partir de la présence des minorités visibles dans la politique, le cinéma ou la télévision et persistance d'inégalités criantes dans toute une série de domaines qui quoique moins visibles au premier abord n'en sont pas néanmoins ceux qui concernent la grande majorité de ces minorités-là.

 

Les chefs de file en France de la lutte contre les discriminations liées à l'origine ethnique doivent être conscients des dangers que représente une stratégie consistant à revendiquer principalement, sinon essentiellement, plus d'ouverture et d'accès en faveur des minorités visibles aux secteurs symboliques de la société. Le combat devrait être plus large et se centrer aussi sur des problématiques précises comme l'égalité des chances à l'école en général et à l'accès aux études supérieures en particulier, l'accès à l'emploi, au crédit, à l'entreprenariat ou au logement. Il me semble que c'est la cessation des discriminations dans ces domaines-là qui aura un véritable impact sur les conditions de vie de ces minorités.

Tous les commentaires

Cher Materneau Chrispin, "Le combat devrait être plus large et se centrer aussi sur des problématiques précises comme l'égalité des chances à l'école en général et à l'accès aux études supérieures en particulier, l'accès à l'emploi, au crédit, à l'entreprenariat ou au logement." Je souscris à votre conclusion, tout comme je souscris à votre deuxième partie (Eviter les leures). En revanche, je ne comprends pas ce que recouvrent, en France, les concepts de "diversité ethnique "réalités du tissu sociodémographique", "certains groupes de la société "... Voulez-vous dire que ces groupes sociaux existent en tant que tels, c'est-à-dire, que les personnes qui les forment ont conscience d'appartenir à ces groupes, d'avoir des intérêts communs avec les autres membres de ces groupes, qu'elles s'organisent collectivement et massivement pour défendre ces intérêts, que les unions y sont essentiellement endogames...? Je crois, pour ma part qu'il ne s'agit pas de groupes sociaux mais de catégories construitent par l'observateur. C'est un pur nominalisme. Ce n'est donc pas faux, puisque, ces catégories peuvent être circonscrites et la société analysée à travers ce prisme. Ca peut même devenir de plus en plus vrai car les concepts utilisés pour décrire une société ont cette particularité qu'ils peuvent finir par produire ce qu'ils prétendent décrire. (Systématiquement caractérisés comme appartenant aux minorités visibles, ces populations vont finir par se vivrent et se penser à travers cette identité). Néanmoins, je crois qu'en faisant ce choix, on escamote la question sociale, c'est-à-dire celle des milieux populaires auxquels appartiennent massivement les "minorités visibles". Très cordialement

Newsletter
Je m'identifie