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Comment la Guyane ferme ses portes aux Haïtiens

En exigeant d'eux qu'ils apportent une double preuve de leur état civil, la préfecture de Cayenne limite l'attribution de cartes de séjour aux ressortissants haïtiens. Quitte à user de méthodes quelque peu discriminatoires.
Quinze à l'oral. Douze à l'écrit. Si les notes qu'elle a obtenues à l'examen de français du baccalauréat pourraient rendre jaloux bon nombre de lycéens, Charlotte*, elle, refuse de se laisser griser. Aujourd'hui en classe de terminale STG à Kourou, elle met son futur entre parenthèses, "pour ne pas tomber de haut, pour ne pas voir (ses) derniers rêves s'envoler". Des rêves qui sont ceux d'une jeune fille de 19 ans, arrivée en Guyane en provenance d'Haïti il y a 7 ans, dans l'espoir d'un avenir qui lui sourirait enfin. Des rêves qui sont ceux d'une jeune fille prise en charge depuis plusieurs années par l'Aide Sociale à l'Enfance (ASE) et qui se bat pour obtenir un titre de séjour. "J'ai mis des mois pour réunir tous les documents exigés, et sur les trois dossiers que j'ai déposés à la préfecture, les deux premiers ont été -soi-disant- perdus et aucun récépissé ne m'a été délivré pour le troisième. J'ai donc déposé un recours au tribunal administratif pour, au moins, avoir une réponse à ma demande, confie-t-elle, non sans dissimuler la peur qui l'habite d'être expulsée. Je ne sais pas encore combien de temps tout cela va durer mais j'espère que, cette fois, ça va marcher". L'histoire de Charlotte n'est malheureusement pas un cas isolé dans ce département français d'Amérique du Sud, qui refuse de tendre la main à la population haïtienne.
Faisant fi du grand désarroi qui touche les habitants de cette ancienne colonie française, la préfecture de Guyane use en effet de pratiques pour le moins surprenantes envers les ressortissants haïtiens souhaitant être régularisés. De façon abusive, elle leur demande de fournir un acte de naissance délivré par les archives nationales d'Haïti ainsi que l'extrait d'archives correspondant à cet acte... un document bien difficile à obtenir depuis le séisme du 12 janvier dernier. Mais le plus grave, c'est que les Haïtiens sont les seuls ressortissants étrangers à devoir apporter ces extraits d'archives sous peine de voir leur dossier automatiquement rejeté (voir fichiers attachés). Interrogée, la préfecture de Guyane par la voix de Didier Cahu, directeur-adjoint en charge de la règlementation, de la citoyenneté et de l'immigration confirme "le traitement de faveur" réservé aux seuls ressortissants haïtiens : "On leur demande l'extrait d'archives car ils s'appellent tous de la même manière, ils ont souvent le même nom. C'est pour mieux lutter contre l'homonymie".
Par le biais de fonctionnaires zélés, la préfecture de Guyane endurcit une loi déjà très restrictive, quitte à être régulièrement attaquée pour excès de pouvoir devant le tribunal administratif. Et fréquemment condamnée. "Nous aimerions nous battre pour faire avancer les lois qui régissent la régularisation des étrangers, explique Marc Grossouvre, correspondant à Cayenne pour le Réseau éducation sans frontières (RESF) qui a déposé 27 dossiers -25 ont été acceptés- devant le tribunal administratif. Mais pour l'instant, nous nous battons juste pour que la préfecture de Guyane applique les lois Sarkozy-Besson-Hortefeux!"
*Son prénom a été modifié pour préserver son anonymat


Tous les commentaires
La Guyane n'est malheureusement pas différente du reste de la France, pour ce qui est de l'attitude vis-à-vis des immigrés. En fait, la situation y est même exacerbée, du fait de la forte présence étrangère, de la porosité des frontières, qui ne font qu'attiser le fantasme d'invasion, et les discours démagogiques. La France elle-même ayant depuis longtemps nourri une grande méfiance à l'encontre de l'immigration haïtienne, il ne serait pas surprenant que les préfets des Antilles-Guyane aient reçu en douce des instructions particulières concernant cette population.
Voici un article des plus intéressants sur l'immigration en Guyane :
http://www.reseau-terra.eu/article742.html
Il semblerait en effet que cette population soit dans le collimateur des autorités de la préfecture. D'autant plus qu'un onglet "spécial Haïtien" est mentionné noir sur blanc sur le dossier des demandeurs de titres de séjour... (voir doc attaché n°2)
Il est malheureusement vrai que les Haïtiens sont particulièrement mal traités par les autorités que ce soit en Guyane, comme le révèle l'article ou en Guadeloupe - hélas- je suis Gpéen , et je dois à la vérité de dire,qu'il y a chez noius un fort sentiment xénophobe envers les Haîtiens - où nombre de Gpéens , se gargarisant,pourtant, de leurs racines, ont oublié notre origine commune avec ce peuple .
Triste Tropiques!
Ne nous étonnons pas de la montée des "extrêmes" causée par l'angélisme des "bien-pensants".
Nos comptes (Etat et sécurité sociale...) sont dans le rouge vif et on nous demande de laisser entrer :
- des Comoriens à Mayotte,
- des Haïtiens et des ressortissants de l'Amérique du sud en Guyane,
- des Africains en France métropolitaine...etc
Qui va payer ? Notre petit salaire de smicard ? Il faut arrêter ce désastre futur qui nous emmène droit dans le mur !
Pour prendre un exemple plus concret : sait-on que la maternité qui enregistre le plus de naissance en France est celle de Mayotte car les futures mères comoriennes et de l'est de l'Afrique savent que leur bébé sera automatiquement Français et ils bénéficieront de toutes nos allocations si généreuses (les meilleures au monde).
Ces personnes qui cherchent leur salut en France ou ailleurs ne sont pas des mendiants: il apportent leur intelligence et leur force de travail qu'ils investissent dans les secteurs d'activité auxquels ils contibuent (produits exotiques, coiffure de tresses, agences de voyage...), dans ceux dont ne veulent pas les français dits de souche (égoûts, toilette des morts, soins aux séniles...) ou ceux qui ont un déficit (informatique, pédiatrie...).
De plus ils maintiennent la courbe démographique chancelante de la France à un niveau soutenable.
Les pays développés ont besoin de l'immigration sous toutes ses formes!
(ah j'oubliais: il y a 1,5 million de français qui, eux, vivent à l'étranger)
Et alors, accueillir ceux parmi les plus démunis, rêvant de lendemains qui chantent et qui nourrissent des ventres bien vides, devrait être notre plus grande fierté en tant qu'Hommes. Un peu plus de solidarité, indépendamment du cours du brut ou de la hausse du PIB, n'était-ce pas ce qui fait notre humanité ...?
+ 1
Merci pour cet article qui ne concerne en effet pas seulement la régularisation des nombreux Haïtiens qui vivent en Guyane. Les mêmes exigences bloquent par exemple systématiquement les demandes de visa auprès du consulat de France en Haïti.
Selon l'Unicef, en 2003, 48 millions des naissances soir 36% du total n'ont pas été enregistrées. En imposant la production d'un acte de naissance original, l'administration dispose d'une arme efficace contre la régularisation ou l'entrée en France des ressortissants de plusieurs pays dont Haïti où cet acte a de bonnes chances de n'avoir jamais existé.
Le site www.migrantsoutremer.org du réseau associatif "Migrants outremer" consacre une rubrique à l'état civil haïtien (http://www.migrantsoutremer.org/-Etat-civil-et-nationalite-) et une autre consacrée aux migrants haïtiens apès le séisme (http://www.migrantsoutremer.org/-Haiti,146-).