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A l'Assemblée, la majorité se définit par soustraction

C'est presque ubuesque: le nouveau règlement de l'Assemblée, dont les députés débattent ces jours-ci, reconnaît pour la première fois l'existence de l'opposition, lui offre un statut juridique et des droits spécifiques, mais il «omet» au passage de définir la majorité.

Le terme est comme passé à la trappe. Bizarrement...

 

Auprès du Journal officiel, les groupes politiques pourront seulement se déclarer, s'ils le souhaitent, «d'opposition». Et le groupe majoritaire ne se définira plus qu'en creux: celui qui, parmi les non-opposants, comptera le plus gros effectif dans l'hémicycle. Un casse-tête?

 

«C'est hallucinant!, s'étouffe le constitutionnaliste Guy Carcassonne, partisan de la réforme des institutions et du règlement, tombé de sa chaise en découvrant cet élément. Désormais, c'est l'opposition qui fait exister la majorité; celle-ci se définit seulement par défaut! Ce système absurde est unique au monde».

 

Quant aux "petits" groupes secondaires qui refuseront de s'inscrire dans l'opposition au gouvernement, ils seront estampillés «minoritaires», et disposeront de droits propres.

 

En projetant la composition actuelle de l'Assemblée, le dispositif fonctionne sans encombre: les groupes PS et PC se réclameraient de l'opposition, l'UMP (317 sièges) deviendrait le «groupe majoritaire», tandis que le Nouveau centre (23 députés) ferait figure de «groupe minoritaire». Jusqu'ici, pas d'accroc.

 

«Mais cette répartition des sièges n'est pas immuable, peste Guy Carcassonne. En 1986, la majorité se constituait du RPR et de l'UDF [respectivement dotés de 155 et 131 sièges]. L'UDF était partie intégrante de la majorité et faisait quasiment jeu égal avec le RPR; il aurait été ridicule de qualifier l'UDF de groupe "minoritaire"! Encore plus de lui accorder, à ce titre, des droits spécifiques! L'UDF aurait cumulé les avantages de la majorité et ceux de la minorité...» Le constitutionnaliste n'a qu'un mot: «Délirant».

 

Et une explication: en écrivant le nouveau règlement, l'UMP n'aurait pas fait preuve de malice, mais «simplement commis l'erreur de réformer l'Assemblée à la lumière de la situation du jour, comme si l'UMP ou le PS ne devaient jamais exploser, jamais se déliter...» Un pari risqué.

 

Au PS, on pousse encore plus loin: «De toute façon, sur tout le règlement, ils ont travailé comme s'ils devaient conserver les clefs de la maison éternellement, s'agace le socialiste Jean-Jacques Urvoas. Pour les droits de l'opposition, c'est pareil. S'ils n'ont pas voulu aller plus loin, c'est parce que Jean-François Copé ne s'est pas imaginé à notre place une seconde.»

 

 

Tous les commentaires

Merdre de merdre de Cornegidouille ! Nom d'une chandelle verte ! Trop gros texte le nouveau règlement de l'assemblée ! Si je comprends bien, les non-opposants défendent la politique du gouvernement, et les minoritaires sont d'autres non-opposants qui ne veulent pas s'inscrire dans l'opposition, et qui ont droit à des droits propres...Reste l'opposition, mais là, ils ne veulent pas aller plus loin...c'est déjà trop.. Coppé a dit : « coupez » ! On sent bien là, toute la pâte de notre président, Nicolas Ubu, dit le Père Pov'con, capitaine de dragons, comte de Sandomir, docteur en pataphysique, grand prêtre du temple de la novlangue, et grand-maître de l'Ordre de la Gidouille.

Madame Mathieu, Ne pensez-vous pas que le nouveau règlement de l'Assemblée du Président Nouveau est moins nouveau que la trouille qui paralyse le PS ?

Donc le Nouveau centre (et le Parti Radical Valoisien ?) cumuleraient les avantages de la majorité et de l'opposition....? Fichtre, l'UMP avait-il prévu cela !

La majorité se définit au moment du vote sur la déclaration de politique générale en début de législature... par ailleurs, cette façon de compter en "négatif" est déjà celle qui prévaut pour le vote des motions de censure (seuls les partisans de la motion de censure participent au vote). Où est le problème?

Bonsoir Sylvain, Le rapport Balladur suggérait «que soit mis en place un système souple de déclaration d’appartenance à la majorité pour ceux des groupes parlementaires qui le souhaitent». Ca avait, me semble-t-il, le mérite de la clarté... Quel est le mérite du système choisi par l'UMP?

Si Copé à dit stop c'est que l'UMP à la meilleur place dans l'assemblée ? Alors pourquoi chercher à changer une si belle situation par rapport aux autres ? Pourquoi renégocier la gâteau avec la peur d'en perdre un bout après avoir fait le partage des miettes entres les autres partis ?

Si, en ce qui concerne l'opposition, Copé a dit « coupez! » (ce qui en langage de cinéaste signifie « silence, on tourne ! »), c'est tout simplement parce qu'il se prend pour le metteur en scène... Qu'on se le dise, le chef de la non-opposition, est le metteur en scène du nouveau règlement de l'assemblée... « Vous n'allez pas nous embêter avec l'opposition et ces amendements imbéciles...on ne la définit pas en négatif, elle devrait s'estimer heureuse ! Allez, circulez, il n'y a rien à voir ! ». Nous sommes bien en démocratie, puisque les « minoritaires » qui sont dans la non-opposition sans l'être vraiment, peuvent dirent ce qu'ils pensent... Bien...mais le hic, c'est qu'en ne se nommant pas « majorité » les membres de la non-opposition n'évoquent pas le processus d'où ils tirent la légitimité de leur pouvoir : l'élection et le fait majoritaire qui en résulte!... Vous ne sentez pas le danger ? S'ils ne tirent pas leur légitimité du fait majoritaire, ils peuvent le tirer de n'importe quoi, ça n'a pas d'importance...un coup de force, quelque chose comme ça...le glissement de sens est là...les mots ne sont pas anodins, nom d'une chandelle verte...quand un politique modifie les mots, il y a du sens derrière...comme dirait le père Ubu : « Merdre à la fin » !

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