Oublis et limites du projet de Déclaration de principes du PS
La commission présidée par Alain Bergounioux, secrétaire national aux études du Parti socialiste, a accouché d'une nouvelle déclaration de principes qui remplacera celle de 1990. Six mois avant le congrès de novembre, un groupe de travail, où toutes les écuries présidentielles étaient représentées, avait pour mission de jeter les bases idéologiques de la rénovation du PS.
C'est la cinquième fois, en un peu plus d'un siècle, que les socialistes se livrent à l'exercice : 1905, 1946, 1969, 1990, 2008...
Principe de précaution ou maîtrise sociale des technosciences?
L'aggiornamento est réel et profond sur les questions de protection de l'environnement et la redéfinition de la notion même de progrès. Avec l'affirmation du principe de précaution.
On regrettera la disparition d'un membre de phrase qui figurait dans la Déclaration de principes de 1990 : "Alors que les sciences et les techniques ouvrent de nouveaux espaces de liberté et de créativité".
Et surtout qu'il ne soit pas fait mention de notions comme la "maîtrise sociale" des sciences et des technologies.
Les rédacteurs de la Déclaration 2008 auraient pu s'inspirer de la Déclaration de principes de l'Internationale socialiste.
Adoptée en 1989, elle consacrait de longs développements au "contrôle social" du développement technologique.
50. La technologie n’est pas seulement une question de science pure ou de machines inanimées. Elle est toujours guidée par des intérêts spécifiques et modelée sur des valeurs humaines, qu’elles soient implicites ou explicites. Elle doit être ramenée sous contrôle social afin d’utiliser les possibilités positives offertes par les nouvelles technologies à l’humanité, de minimiser les risques et les dangers de développements incontrôlés et d’empêcher les technologies socialement inacceptables.
Deux oublis malheureux : la société de la connaissance et les nouveaux biens communs
L'aggiornamento s'avère malheureusement incomplet dans la prise en compte d'un aspect essentiel de la modernité : l'essor des technologies numériques
- les possibilité que ces technologies ouvrent en matière d'accès à la culture et de circulation des savoirs
- les capacités que ces technologies confèrent aux collectifs et aux personnes pour agir sur leur vie et sur la société
La Déclaration de principes 2008 passe à côté de la nouveauté radicale que constitue l'émergence de biens communs informationnels : la production coopérative de connaissances, de logiciels et de biens culturels fondée sur la libre collaboration, la production par les pairs et le partage peut s'avérer aussi efficace que les modèles de production marchand (entreprises) ou publics (services publics).
La Déclaration de principe reste enfermée dans une dialectique marché vs secteur public (rebaptisé Etat social). Les projets coopératifs de type Wikipedia, les logiciels libres, les publications scientifiques ouvertes échappent pourtant à cette dialectique marché vs service public.
La déclaration de principes précise, il est vrai, que " le Parti socialiste met la culture au centre de ses valeurs. Celle-ci permet, à la fois, de rassembler et de libérer. Face au danger d'une civilisation par trop uniformisée et marchandisée, la culture, avec l'apport irremplaçable des artistes, contribue à construire un monde fondé sur la diversité, le dialogue, l’ouverture. L’accès à la culture pour tous et la démocratisation des pratiques culturelles sont notre objectif. "
On ne peut que souscrire....Ces principes en matière culturelle n'en sont pas moins étrangement datés. Ils ont un petit parfum Années 50.

