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Les emplois industriels de l'Europe ne reviendront pas

l'euro sur un piédestal
Les Européens ont mis l'euro sur un piedestal (Photo CE)

Selon le Professeur Joseph Eugene Stiglitz (1), figure emblématique du nouveau keynésianisme, les emplois industriels des économies avancées ne reviendront pas malgré une hausse de la productivité. Cette dernière s'avère un coup d'épée dans l'eau car la demande est insuffisante. À l'entendre, la mondialisation rend plus problématique le "business model" d'une Europe fragmentée en États-nations, sans gouverne ni unité de vues. Elle aggrave la crise de la zone euro et la politique de la monnaie unique forte. L'euro, qui n'est jamais qu'une extension du Deutsche Mark, s'apparente à une devise étrangère pour les économies européennes périphériques.

Envolée des dettes publiques suite à la détérioration de l'économie
Les politiques de relance keynésienne de 2008 – elles ont fait s'envoler les dettes publiques au point de rendre leur remboursement hypothétique - ne sont pas les seules responsables de la crise de la dette. Elles n'ont pas engendré la détérioration de l'économie, bien au contraire. Malgré des taux d’intérêts quasiment nuls, La dette a davantage augmenté aux États-Unis qu’en Europe. Par contre, la zone euro a montré les défauts de sa cuirasse. L'absence de gouvernement économique est responsables de l’envolée des taux d’intérêts... et des dettes.

 L'euro se comporte comme une devise étrangère
Pour les pays en développement [2], emprunter en devises étrangères pose problème alors que les États-Unis empruntent en dollars et peuvent donc contrôler leur monnaie. L'Union européenne, en créant l’euro – devise étrangère de facto pour la plupart des pays de la zone euro – a mis ses pays membres les plus fragiles dans une situation identique à celles de pays en développement face au dollar. Pour ne citer qu’un exemple, l'Espagne, très affectée par l’éclatement de sa bulle immobilière et la crise, emprunte dans une devise contrôlée par Francfort et non par elle.
Ceci pose un problème fondamental aux économies du sud de l’Union qui ressemblent alors à des pays en transition. Les banques espagnoles et allemandes étant garanties par leurs gouvernements respectifs ; il est évident que les investisseurs préfèreront voir leur argent placé auprès d’institutions financières d’Outre-Rhin sous garantie d’État. Cette augmentation de flux de capitaux en direction de l’Allemagne aura pour conséquence un affaiblissement des établissements ibériques dont la capacité de prêts diminue. En conséquence, l’économie de ce pays se dégradera augmentant d’autant sa dette souveraine.

Comment sortir la zone euro de la crise
Afin de juguler la crise en zone euro, deux conditions sont indispensables, selon selon Joseph Eugene Stiglitz. Il faudrait d’abord procéder à une mutualisation de la dette qui pourrait prendre diverses formes : euro bonds, prêts de la BCE, etc. Il faudrait ensuite instaurer un système bancaire européen. Sans cela, l'argent s’échappera des pays pauvres vers les pays riches. Enfin, l'Europe doit disposer d'un cadre lui permettant de faire face à des chocs à court terme – le Mécanisme Européen de Stabilité (MES) - et d'assurer une véritable convergence à long terme très complexe qui va bien au-delà des critères actuels.

Grèce : mauvaise évaluation des risques par les créanciers
La dette hellénique est en réalité détenue par de petits épargnants - via des mécanismes de fonds de pension ou d'assurance-vie - qui seraient lésés si elle venait à être effacée et qu’il faudra alors renflouer.
Dans ce cas, on peut imputer la faute aux créanciers, - responsables de l'évaluation des risques - d’autant plus qu’ils ont trop prêté aux débiteurs, qui, eux, ont trop emprunté. Le système économique grec ne peut fonctionner que s'il bénéficie d'un nouveau départ : une restructuration de la dette, donc une faillite du secteur privé. C’est ce que l’Union vient de faire par un étalement du remboursement et par un effacement partiel de la dette privée due aux banques européennes.
Les fonds de pension ou d'assurance-vie auraient dû surveiller les cours et ne pas conserver ces actifs. Aucun État ne doit les renflouer car on ne passe pas du AAA à F du jour au lendemain. De plus, ce serait à l’Allemagne plutôt qu’à la Grèce de quitter la zone euro. Notre monnaie serait moins cher et l'Europe plus compétitive.

Mondialisation et "business model" des États-nations
La mondialisation a rendu plus difficile le "business model" de l'État-nation, consistant à prélever des impôts sur les opérations effectuées sur son territoire, et cela de deux façons. D'abord, il devient plus compliqué d'identifier le véritable lieu des réalisations d'une entreprise. Ensuite, il faut déterminer si ces agissements ont lieu pour des raisons économiques ou fiscales.
Aujourd'hui, on utilise le système de prix de transfert comme cadre à l'international. Les entreprises fabriquent des prix appelés prix de transfert afin de montrer des profits là où les impôts sont faibles et des pertes là où ils sont élevés. Ceci signifie que la valeur enregistrée n'a aucun lien avec la valeur ajoutée. Par exemple, certaines compagnies pharmaceutiques prétendent que la valeur ajoutée de leurs produits a lieu en Irlande à cause du faible taux d'imposition alors que leurs revenus se font aux États-Unis.
Afin de déterminer l'activité réalisée dans un pays, on observera la valeur des biens exportés et celle des biens importés, la différence étant la valeur ajoutée. Le problème, lorsqu'on a affaire à de grands groupes, c'est que les biens ne sont pas forcément vendus sur leur lieu de production. Par exemple, une étape de la production a lieu en Irlande, les biens sont ensuite expédiés aux États-Unis puis ailleurs, tout cela au sein d'une même entreprise.
Le cadre légal international empêchant ces deux sortes d'évasion fiscale est l’approche normée. Ainsi, si 80% des employés, des machines, des ventes et des profits ont lieu dans l'État de New York alors ce dernier estime que cette firme y est fiscalement domiciliée. Cet État a donc abandonné le système du prix de transfert et opté pour cette approche.

La part de l’emploi industriel au sein de l’économie globale baisseraDans la mondialisation, le secteur industriel des économies avancées souffre d'un fort déficit de compétitivité qui n’est plus rattrapable. Aussi les États occidentaux seront dans l’impossibilité de sauver leurs industries.
Globalement, la hausse de la productivité a été beaucoup plus forte que l'augmentation de la demande. Avec le maintien de taux d'intérêt élevés par rapport au reste du monde, les taux de change resteront hauts, accentuant le manque de compétitivité qui en dépend largement. Les emplois industriels ne reviendront pas, que l'on soit « plus compétitif » ou pas. Et donc ils baisseront irrémédiablement.Selon le ProfesseurStiglitz ceci n’est pas la panacée. Un pays peut avoir une économie de services dominante et se maintenir sans secteurs industriels et agricoles importants. On peut bénéficier d'une économie prospère avec une agriculture représentant seulement 2% de la main d'œuvre.

[1] Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel en 2001

[2] Dans la typologie la plus courante, les pays en développement (PVD) ou pays du Sud sont des pays moins développés économiquement que les pays du Nord ou pays développés. Cette expression remplace des dénominations antérieures, jugées inadéquates, obsolètes ou incorrectes tel que « les pays du tiers-monde » ou « les pays sous-développés ». Elle s'est substituée à l'expression « pays en voie de développement », mais les deux expressions sont synonymes. Les pays en développement sont les pays en transition des multiples modes de vie traditionnels vers le mode de vie moderne. Les pays les moins avancés (PMA) ne constituent pas une catégorie distincte : la plupart des PMA sont des pays en développement, donc engagés dans un processus de développement. Ils présentent néanmoins un développement économique inférieur à celui des autres pays en développement, ce qui justifie leur inclusion dans la liste des PMA.

 

Tous les commentaires

03/02/2013, 19:48 | Par Philippe LEGER

Billet très intéressant.

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