La Turquie transformée en un vaste camp de concentration
Chaque semaine, des dizaines de kurdes et d’opposants se font arrêter par la police, dont au moins 92 en trois jours au cours des opérations visant des étudiants, élus et intellectuels kurdes.

La procédure est simple ; le gouvernement ordonne, la police arrête et la justice enferme. Pas de preuve, pas de crime ! Tout le monde est coupable jusqu'à preuve du contraire ! Au moins 92 personnes ont été arrêtées entre le 10 et le 12 janvier dans dix villes, dont 32 à Diyarbakir, 21 à Silopi, 19 à Ankara et 6 à Hakkari.
Deux autres maires arrêtés
Parmi les personnes arrêtées le 12 janvier à Hakkari figurent le maire de Esendere Hursit Altekin et Ruken Yetiskin, la première femme à briguer la mairie de Yüksekova avec 93 % des voix mais destituée de ses fonctions par les autorités. Ils sont tous deux maires BDP, principal parti kurde. Les prisons turques comptaient déjà 18 maires et six députés BDP, ainsi que des centaines d’autres élus locaux, ce qui fait la Turquie la plus grande prison du monde pour les élus.
Un écrivain arrêté pour avoir enseigné le kurde
A Istanbul, la police a arrêté le 11 janvier l’écrivain kurde Sami Tan pour avoir enseigné le kurde dans l’académie politique du BDP. Cet ancien président de l’Institut Kurde d’Istanbul est l’auteur de plusieurs livres dont la grammaire kurde et chroniqueur au seul quotidien en langue kurde Azadiya Welat. Douze journalistes dont quatre anciens rédacteurs en chef et un directeur de publication de ce journal se trouvent parmi les 96 journalistes incarcérés en Turquie.
Les étudiants dans la ligne de mire
Les autres cibles du gouvernement sont des étudiants. Le 11 janvier, cinq autres étudiants ont été arrêtés à Antalya, pour avoir crié des slogans « interdits » lors d’une manifestation organisée à l’occasion de la fête des travailleurs, le 1e mai 2011. Selon les organisations des droits de l’homme, près de 500 étudiants sont actuellement en prison, voici un autre record du monde.
Quand Erdogan félicite la police…
Ces arrestations interviennent après que le premier ministre Erdogan a félicité la police qui sème la terreur contre les opposants et l’armée qui a massacré 35 civils kurdes dans les bombardements du 28 décembre contre un village de la région de Sirnak. « Nous poursuivons la lutte main dans la main, en coopération avec les forces armées, les gendarmes et les forces de l’ordre sur ce sujet (l’affaire KCK). C’est pourquoi, je les félicite » avait-il déclaré le 10 janvier.
Le KCK est accusé par les autorités d’être la branche politique du PKK qui, selon le premier ministre turc Recep Tayyi Erdogan, œuvre pour un État « parallèle », mais il s’agit d’un « coup politique » pour réduire au silence tous ceux qui critiquent le gouvernement, selon le principal parti kurde BDP et les opposants. Dans le cadre de cette affaire, lancée en avril 2009 quelques semaines après le grand succès du parti kurde aux élections municipales, plus de neuf milles personnes ont été arrêtées et plus de cinq milles d’entre elles sont actuellement en prison, selon des sources BDP, sans compter des milliers d’autres arrêtées pour des liens avec le PKK.
Au moins 6 800 personnes ont été arrêtés lors de manifestations au cours des onze premiers mois de l’année 2011, parmi lesquelles 3 800 placées en détention, selon l’association des droits de l’homme (IHD). Chaque semaine, des dizaines d’autres s’ajutent à cette liste. Aujourd’hui, les prisons turques comptaient plus de 122 500 personnes en 2011, contre 53 000 en 2002, l’année où le parti AKP du premier ministre Recep Tayyip Erdogan est arrivé au pouvoir. (Avec ActuKurde)

