Le bilan dictatorial et les aveux du régime Erdogan
Alors que la vague d'arrestations visant le principal parti kurde BDP, les journalistes et tous ceux qui s'intéressent au sort du peuple kurde se poursuit sans relâche sous les yeux des pays européens, les déclarations des responsables du gouvernement turc montrent clairement que ces arrestations sont bel et bien politiques et non juridiques.

Le vice premier ministre turc Besir Atalay a affirmé le 18 décembre sur une chaine privée que les opérations à l'intérieur du territoire et transfrontalières (au Kurdistan irakien) contre le Parti des travailleurs du Kurdistan se poursuivront.
Des aveux du gouvernement
Il a avoué que l'arrestation de milliers de personnes dans le cadre de l'affaire KCK a été planifiée par le gouvernement dans un but politique. « Des opérations transfrontalières aux opérations KCK, tout est discuté, décidé, planifié et mené en coordination. »
« Les opérations KCK ne sont pas menées sur ordre du gouvernement » disait fin novembre le premier ministre Recep Tayyip Erdogan, avant de pointer du doigt le principal parti kurde BDP, utilisant un double langage.
«Les dernières opérations visant le KCK. Personne ne doit s'attendre à ce qu'elles se terminent » avait déclaré le 7 novembre le premier ministre dans sa ville natale de Rize, menaçant de poursuites judiciaires pour les médias et les milieux démocratiques turcs qui dénoncent la répression contre les kurdes. « Que ce soit dans la presse ou autre part, il faut faire attention à ce que l'on dit sur le KCK, cela revient à soutenir le terrorisme. »
Le 5 mars, furieux face aux critiques contre les arrestations, le premier ministre affirmait que personne ne devait tenir le gouvernement comme responsable à la place du pouvoir judiciaire.
Plus grande prison du monde pour la liberté d'expression
Le gouvernement AKP, parti islamo-conservateur, et son allié, la confrérie Gulen, détiennent aujourd'hui les leviers de l'armée, de la police, du pouvoir judiciaire, des services secrets et contrôlent les grands médias. Conséquence : la Turquie est devenue champion des violations des droits de l'homme et la plus grande prison du monde pour la liberté d'expression.
L'union des communautés de Kurdistan (KCK) est considérée par les autorités comme la branche politique du PKK qui, selon le premier ministre turc Recep Tayyi Erdogan, œuvre pour un État « parallèle », alors qu'il s'agit d'un système confédéral et son chef du conseil est Murat Karayilan.
Depuis le début de la campagne d'arrestations dans le cadre de l'affaire KCK, lancée en avril 2009 quelques semaines après le grand succès du parti kurde aux élections municipales, plus de huit milles personnes ont été arrêtées et environ 4 milles d'entre elles sont actuellement en prison, selon des sources BDP, sans compter des milliers d'autres arrêtées pour des liens avec le PKK.
Aujourd'hui, parmi les personnes qui se trouvent derrière les barreaux de type F, quartier d'isolement sous haute surveillance, pour l'affaire KCK figurent au moins 36 avocats du chef du PKK Abdullah Ocalan, 18 maires et six députés BDP, près de 40 syndicalistes, ainsi que des centaines d'autres élus BDP, des journalistes, des étudiants et des défenseurs des droits de l'homme.
Rafle contre les journalistes kurdes : 43 arrestations
La dernière rafle a été menée le 20 décembre contre tous les médias kurdes en dehors de l'idéologie officielle, visant notamment deux agences de presse kurdes DIHA et Firat et le journal Özgür Gündem. 42 journalistes et collaborateurs des médias ont été arrêtés, selon un dernier bilan. Le 21 décembre, le directeur de publication du journal Azadiya Welat, seul quotidien en langue kurde, a également été arrêté par la police à Diyarbakir, ce qui porte à 43 le nombre des journalistes et collaborateurs des médias arrêtés en deux jours.
Un pareil coup de filet contre les journalistes ou l'arrestation d'une quarantaine d'avocats le 22 novembre, jamais vue dans l'histoire, n'a même pas été un sujet à aborder par les medias turcs et internationaux.
Bilan de la démocratie ou du fascisme ?
Selon l'association des droits de l'homme (IHD), 6 800 personnes ont été arrêtés lors de manifestations au cours des onze premiers mois de l'année 2011, parmi lesquelles 3 800 placées en détention. Durant cette période, l'association a recensé 812 cas de torture et de mauvais traitement, affirmant que six personnes ont été tuées et 271 autres blessées dans les interventions de la police contre les manifestants. Le rapport de l'IHD souligne que 330 personnes ont trouvé la mort dans les affrontements entre le PKK et les forces de l'ordre, ainsi que 19 autres ont été victimes d'exécutions extrajudiciaires ou de meurtres non-élucidés (faili mechul en turc).
71 journalistes et 15 défenseurs des droits de l'homme emprisonnés
« Des milliers de responsables et membres des partis politiques, notamment ceux du BDP (parti pour la paix et la démocratie), ESP (le parti socialiste des opprimés) et SDP (le Parti de la démocratie socialiste), ont été arrêtés et envoyés en prison » dit l'IHD. L'association affirme que le nombre des journalistes en prison est 71.
IHD cite aussi les noms de 15 défenseurs des droits de l'homme en prison, tous responsables d'IHD. Parmi eux se trouvent Ragip Zarakolu, éditeur et membre d'honneur du comité exécutif de l'association et Muharrem Erbey, vice-président de l'association.
Situation dans les prisons pire que celle du période de junte militaire
Tous ceux qui critiquent le gouvernement Erdogan et la confrérie deviennent des cibles directes dans cette « démocratie » tant vantée. Il s'agit de « démocratie avancée » pour Erdogan, « modèle de la démocratie » pour l'Occident. Mais, les défenseurs des droits de l'homme parlent d'un État de police ou des pratiques fascisantes.
Prisonniers politiques en grève de la faim
Les huit milles prisonnier politiques, tous membres du PKK, qui suivent une grève de la faim illimitée depuis le 1e décembre, dénoncent la situation d'incarcération pire que celle de la période de junte militaire de 1980.(Egalement publié sur ActuKurde)

