La police turque rédige les articles pour les médias
Nouvelle révélation sur la situation de la presse en Turquie! La police a rédigé trois articles pour la UNE des journaux turcs, après l'arrestation de 47 avocats du chef du PKK au cours des opérations menées le 22 novembre.
Les grands médias turcs ont toujours été proches des gouvernements mais jamais aussi engagés à la ligne officielle au point de devenir « journal de police ».
Selon l'agence de presse kurde Firat, dont l'accès est interdite en Turquie, la police a rédigé trois articles et les a envoyés directeurs de grands médias, notamment à Zaman (journal de la Confrérie Gulen), Yeni Şafak, Bugün, Taraf, Sabah, Milliyet, Hürriyet, Haber Türk, Akşam et à Vatan, afin de publier dans leurs éditions de jeudi 24 novembre.
Douze journaux ont publié les articles écris par la police
Ces articles révélés le soir de 23 novembre par l'agence kurde dont l'ActiKurde a également eu connaissance ont été publiés jeudi sur la UNE et les premières pages d'au moins douze grands journaux. « Zaman, Yeni Şafak, Bugün, Şok, Taraf, Milliyet, Hürriyet, Star, Haber Türk, Akşam, Vatan et Cumhuriyet »
Les medias ont l'habitude de citer « selon des sources de police » dans les articles mensongers et manipulatoires concernant le problème kurde. On assiste pour la première fois à une telle situation où les policiers sont devenus les rédacteurs en chef.
L'agence Firat a publié les trois articles soutenus avec des photos de soldats tués pour justifier l'isolation totale du leader kurde Abdullah Ocalan, emprisonné sur l'Ile d'Imrali depuis 1999, qui n'est pas autorisé à rencontrer ses avocats depuis le 27 juillet.
Le leader kurde Ocalan est accusé d'avoir donné des ordres de violences au principal parti légal kurde BDP et à l'organisation armée PKK par le biais de ces avocats, dans les articles écris par la police turque, alors que le gouvernement lui-même menait secrètement des pourparlers avec Abdullah Ocalan et le PKK, jusqu'en septembre dernier. L'émissaire du premier ministre, Hakan Fidan, le chef des services de renseignement, figurait parmi les personnes entrées en contact direct avec le PKK.
Le 22 octobre, la police turque a procédé des perquisitions dans 52 cabines d'avocats au cours des opérations simultanées dans 16 villes, notamment à Istanbul et à Diyarbakir, arrêtant 47 avocats d'Ocalan, dans le cadre de l'affaire KCK, lancée en 2009 quelques semaines après le grand succès du parti kurde aux élections municipales. Le gouvernement AKP du premier ministre Recep Tayyip Erdogan utilise cette affaire, considérée par le BDP comme un complot politique, pour réduire au silence toute opposition.
Plus de 8000 personnes dont 18 maires et six députés BDP , des centaines d'élus, des dizaines de journalistes, intellectuels, étudiants, enseignants, syndicalistes et des défenseurs des droits de l'homme ont été arrêtés dans le cadre de l'affaire KCK.
La liberté de la presse menacée plus que jamais
La liberté d'expression et de la presse est menacée plus que jamais dans la Turque d'Erdogan où plus de 70 journalistes sont en prison. Le premier ministre a récemment convoqué les patrons de médias pour les appeler à l'ordre.
Erdogan avait incité les journalistes à faire preuve de recul dans leur couverture du conflit, à ne pas relayer la propagande du PKK, et à prendre en compte les conséquences de leur travail, lors d'une rencontre avec les propriétaires et directeurs de la publication de plusieurs médias nationaux, le 21 octobre.
Cinq des principales agences de presse turques (Agence Anatolie AA, AHT, ANKA, CIHAN et IHA) avaient même annoncé, dans un communiqué publié le 24 octobre, qu'elles s'engageaient à observer la ligne officielle.
« On espérait que l'époque où les autorités donnaient aux médias des directives pour la couverture des sujets les plus sensibles était révolue en Turquie. L'engagement des principales agences de presse à observer la ligne officielle, dans une formulation extrêmement vague, fait aujourd'hui peser de sérieuses menaces sur la liberté de l'information », avait alors déclaré Reporters sans frontières.

