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« Ceci n'est pas une pipe »

Une polémique chasse l'autre. La dernière en date tient à l'amalgame douteux pratiqué entre tabagie et sexualité dans la campagne de communication (à l'usage des jeunes) de l'association « Droit des non-fumeurs ». Trois « visuels » réalisés par les petits génies arrogants et cyniques de l'agence de pub BDDP sous le slogan : « Fumer, c'est être l'esclave du tabac ». Trois images de petits « d'jeunes » assez angéliques, la cigarette à la bouche dans une position à connotation explicitement sexuelle : les yeux levés et agenouillés devant un adulte (un vieux dégueulasse, forcément ) qui leur tient la tête des deux mains... Autrement dit, « I love you Phillip Morris », pour reprendre le titre d'un film récent avec Jim Carrey qui n'a rien à voir avec ça. La cigarette étant assimilée ici à la fellation censée symboliser contrainte et soumission.

Association d'idées d'un goût exquis qui ne pouvait germer, n'est-il pas vrai, que dans le cerveau de publicitaires en surchauffe. S'ils voulaient choquer, l'effet est réussi. Réactions et commentaires innombrables n'ont pas tardé. Blogueurs ironiques et salaces : « Avaler ou ne pas avaler, that is the question ! ». Responsables d'associations émus ou indignés par l'ambiguïté du message : « A ma connaissance, déclare Antoinette Fouque, fondatrice du MLF, pratiquer une fellation ne provoque pas de cancer. » Pour la déléguée générale de Familles de France : « Mélanger l'addiction au tabac et le sexe est un raccourci ridicule et scandaleux. » Pour le président d'Enfance et partage : « C'est cruel et déplacé. A-t-on pensé à la réaction d'une victime de sévices sexuels face à cette affiche ? » Et pour la chef de file des Chiennes de garde : « Cette image d'un adulte dominateur posant la main sur la tête d'adolescents est proprement insupportable... »

Un célèbre tableau de Magritte représentant une pipe est intitulé : « Ceci n'est pas une pipe », le peintre surréaliste jouant du trompe-l'œil et d'un détournement de sens. Les artistes trash de chez BDDP, eux, nous suggèrent au contraire bel et bien par leur visuel manipulateur que... « ceci est une pipe ». Comme l'était la petite gâterie bucco-génitale de Monica Lewinski qui faillit coûter son job à Billou Clinton, en 98. Job et blowjob.

Dans un plaisant petit livre paru en 2007, « De la fellation comme idéal dans le rapport amoureux » (la Musardine éd.), Gérard Lenne remarque très pince sans rire : « Encore passible de prison dans des contrées reculées, tels certains Etats américains, la fellation est aujourd'hui une pratique courante chez les peuples civilisés. On constate toutefois une contradiction entre cette banalisation et les réticences qu'elle continue de soulever. »

La sexualité est affaire bien trop sérieuse pour être laissée aux gougnafiers de la pub !

Chronique parue dans la « Charente Libre » le 27 février.

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Excellent !

C'est sérieux, la sexualité ?...

Je relaie volontiers cette remarque de Moël Jartin

C'est en tous cas suffisamment sérieux, la sexualité, pour ne pas la laisser à ceux qu'obsède le tabac des pubs.

 

je trouve que jusqu'au plus haut (avec talonnettes seulement) sommet de l'Etat, il y a un sérieux problème avec la sexualité.

Alors ces publicistes doivent être de gros frustrés... de la fellation et du reste.

Par ailleurs, depuis que notre hyper président se muscle le périnée, il a paraît-il engrossé Marianne.Je trouve cela curieux car j'avais plutôt qu'avec le gouvernement actuel et toute sa politique anti-sociale, les Français et Marianne avaient pu goûter ainsi à la sodomie.

Ultra-libéralisme et libération sexuelle, voilà qui mériterait d'être étudié.

Je relaie volontiers ce complément de Moël Jartin

J'ai entendu naguère, lors d'un dîner en ville, un célèbre critique d'art demander à sa voisine de table :"Vous trouvez ça beau, Magritte ?"

WOoops !;-)

Je relaie volontiers ce commentaire de Pierre Ferron

Vous n'avez pas compris, Moël, le célébre critique d'art voulait dire :"Vous trouvezça bon, la frite?"

La question de Moël Jartin me rappelle l'appétit inattendu qu'eut un jour Magritte, déjeunant chez Buffalo Bill...

Il y a quelque chose de rassurant dans le fait qu'on puisse être être "dérangé", si ce n'est choqué, par une affiche pareille.

Comme quoi le sexe, cela reste toujours quelque chose de positif, et surtout, d'intime, peut-être même de sacré, pour la moyenne des gens...

Parce que j'imagine que c'est moins l'argument qui choquerait, la fellation, que le fait qu'il soit offert à la vue de tous, et qu'il implique un rapport vénal, d'exploitation, et de plus nocif, la cigarette provoquant des maladies, dans un savant mélange de santé physique et morale..

Quant à l'idée des publicitaires, en principe, elle va leur valoir de l'avancement, vitesse grand V, mettre en éveil la sensibilité avec autant d'acuité, et de succès, c'est la réussite totale.

Oui, c'est rassurant, ce succès du contre-emploi, quelque part.

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