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La vraie nature des «nationaux»
C'est une lettre à en-tête de la Chambre des députés, elle date du 6 janvier 1938 ! Je la découvre dans un tas de vieux papiers oubliés dans un grenier. Le député de la Charente Jacques Poitou-Duplessy (1885-1967) envoie ses vœux pour la nouvelle année à ses électeurs et électrices. « Je ne veux pas laisser commencer cette année, leur écrit-il, sans vous adresser mes vifs remerciements pour la fidélité que vous n'avez cessé de me témoigner à la défense PAR L'UNION DE TOUS LES NATIONAUX, DES IDEES QUI NOUS SONT CHERES. » Il précise plus loin sa pensée : « J'ose espérer que vous voudrez bien m'autoriser à faire appel à votre concours amical pour la lutte contre le marxisme... »
Au-delà du Rhin – nous sommes en 1938 – les bruits de bottes résonnent sur le pavé des villes. Le Führer plastronne et pérore sur les estrades, revendiquant le droit à l'espace vital pour le peuple allemand. Tout cela devrait glacer le sang du député « national ». Pas un mot sous sa plume à propos de ce danger mortel. L'ennemi, le seul, c'est en effet le marxisme et ses propagandistes au couteau entre les dents. Hitler, tout débraillé qu'il soit aux yeux du hobereau charentais, reste un allié de choix dans la croisade contre les Rouges. Plus tard, du reste, le Duplessy des Charentes votera, comme il se doit, les pleins pouvoirs au maréchal Pétain.
Le choix du vocable « national » a toujours recouvert les pires saloperies. C'est mieux élevé que « fasciste », mais ça revient à peu près au même. Franco la Muerte se disait national, lui aussi, dans sa lutte à mort contre la République espagnole. L'historien Henri Guillemin a écrit il y a une trentaine d'années un livre définitif sur la question, « Nationalistes et nationaux (1870-1940) ». Ce qu'il y démontre assez lumineusement, c'est que les classes dirigeantes, pacifistes à la fin du 19ème siècle, chauvines ensuite, sont redevenues à partir de 1936 férues de paix à outrance, face à Hitler.
Tour à tour capitulards et patriotes, cette engeance aux mains sales et aux portefeuilles bien garnis ne connaît que la morale du profit et des biens mal acquis. C'est l'affreux Maurras, l'un de leurs porte-paroles, apôtre du nationalisme intégral, qui évoquera, phrase abjecte, « la divine surprise » de la victoire allemande de 1940. Pour lui, c'est la racaille ouvrière qu'il faut terroriser, pas les panzer divisions. Avant lui, le petit Thiers, fusilleur de la Commune en 1871, avait adopté la même attitude, se sentant plus d'affinités avec les Prussiens qu'avec les prolétaires parisiens. Les « nationaux » sont cohérents, toujours prêts à céder à la force, à condition d'y trouver leur profit. Leur patriotisme est un mensonge. Leur revendication de l' « identité nationale », une escroquerie, hier comme aujourd'hui. Les trompe-l'œil ont la vie dure.
Chronique parue dans la Charente Libre du 13 février 2010.


Tous les commentaires
Magnifique illustration de la "forte maxime": Plutôt Hitler que le Front Populaire...
Pourriez vous nous éclairer sur ce qu'ont fait les hommes de votre famille pendant la guerre ?
Résistance, engagement dans l'armée d'Afrique ou dans les forces françaises libres ?
Je vous rappelle que les plein pouvoirs ont été votés à Pétain par les
parlementaires socialistes et libéraux à la majorité absolue moins 2 voix.
Tout ça pour dire qu'il s'est agit d'une tragédie nationale justement et que personne ne peut se revendiquer blanc-bleu ; surtout pas ceux qui n'étaient pas là ou trop jeunes à l'époque.
Ne recommençons pas à opposer les français entre eux, ce qui fait le bonheur de la clique au pouvoir.
Profondément choquée par ce commentaire d'Arquius. Depuis quand demande-t-on à quelqu'un des comptes sur sa famille? Depuis quand ne peut-on parler d'une époque si on était trop jeune pour l'avoir vécue? Négation absolue de l'Histoire que je ne pensais pas trouver sur ce site.
Quand à l'argument qui consiste à évoquer une tragédie nationale inéluctable pour refuser de voir les responsabilités bien établies de certains dans la capitulation de juin 40, il est pour le moins tendancieux.
à Marie Lanvin,
Se payer une minute de gloire médiatique sur ce sujet est d'une grande facilité et n'apporte pas grand chose à la progression collective des idées.
D'où ma question, car pour s'autoriser ce petit moment d'onanisme intellectuel, et s'autoriser à donner des leçons, il faut être titré, si non ça n'a aucun sens.
Dans ma famille par exemple, mon père et mon oncle ont tous les deux débarqués en Provence et participé à la libération du pays au péril de leurs vies et finalement à la découverte et à la libération de camps de concentration en allemagne et en autriche.
Pourtant, je ne me sens pas autorisé à donner des leçons à priori ou à manipuler des lieux communs de la pensée unique, sauf en défense comme ici.
Je ne dénie pas l'histoire, c'est même strictement l'inverse, voir mon commentaire à Velveth.
Simplement je rétablis certaines vérités historiques, qui dans la réduction ultime de tout au slogan ou à la pensée unique ne peuvent même plus être dites.
Sous l'effet de la passion et/ ou d'une certaine mécanisation intellectuelle, vous avez du mal me lire.
Je précise une histoire qui est tronquée, et qui fait que plus rien ne peut être dit.
Oui, la nation est une forme d'organisation qui perdurera, partout dans le monde.
Je mesure parfaitement que la position que je tiens m'expose aux critiques d'une certaine bienpensance.
Néanmoins, malgré la difficulté, et l'adversité, je la maintiens, car justement l'histoire doit être complète et non pas tronquée.
Pour compléter le débat et puisque vous m'y poussez, je m'interroge toujours sur le magistère moral que s'arrogent les juifs d'Afrique du nord dont rares sont ceux qui ont pris les armes ni trouvé quoi que ce soit à dire pendant cette guerre et qui nous assomment maintenant de fustigations et de stigmatisation.
Eux aussi, où trouvent-ils leurs titres, tandisque les musulmans sénégalais, marocains, ceux d'algérie et de tunisie ont massivement pris les armes pour rejoindre les troupes qui ont débarqué en Provence tout en se taisant.
Vous voyez, l'histoire à de ces contours, culs de sacs et sujets dont on comprend bien qu'ils soient couverts par la pensée unique.
Bien à vous.
à Veleveth,
On peut en effet rappeler cette bien triste phrase.
C'est précisément la faute historique tragique de la partie antisémite de la droite française que d'avoir vu dans la défaite et la collaboration la possibilité de régler ce qui était pour eux la question juive.
Le nationalisme que prônait MAurras reste néanmoins une solution d'organisation politique raisonnable ; m^me s'il a été tragiquement entaché à jamais par cette faute politique criminelle.
Il s'en trouve désormais malheureusement amalgamé à cette tragédie par le lien que Maurras a établi entre nationalisme et antisémitisme ; mais aussi par l'activisme et le terrorisme intellectuel de certains furieux qui veulent la destruction de la Nation.
Parler de la nation comme d'une entité politique nécessaire est désormais tabou.
C'est bien dommage car c'est précisément une question d'actualité sur laquelle nous devrions réfléchir collectivement en la détachant de son corollaire anti sémite de l'époque. ( corollaire pour une partie de la droite seulement )
Comme nous devons reparler du marxisme en le détachant de certains concepts qui l'entachent tels le dogme matérialiste ou le totalitarisme qui l'accompagne. ( c'est le totalitarisme qui accompagne le matérialisme )
Pour nous reparler utilement, il faut que nous fassions de partout les opérations chirurgicales nécessaires afin de désinfecter les doctrines politiques du passé de leurs erreurs ou dévoiements tragiques.
De mon point de vue, il n'y aura pas grand chose à inventer pour reconstruire, simplement puiser dans le vaste catalogue des doctrines existantes et sans parler de syncrétisme, retrouver un assemblage supportable par tous après les avoir débarrassées par la raison et la parole de leurs scories.
Ce sera le travail des nouvelles élites que de le faire.
"solution d'organisation politique raisonnable", qu'entendez-vous par cela? Les camelots du roi comme forme de "parti politique", ou bien le système de monarchie absolue comme idéal politique? Il faut bien bien comprendre que le nationalisme a besoin pour se constituer de bouc-émissaire; que la discrimination lui est consubstantielle. Maurras vantait l'inégalité, comme "protectrice des libertés" et plaidait pour une société fort hiérarchisée dans laquelle est banni le libéralisme politique
Il est possible et ,à mes yeux , nécessaire de parler de nation, sans tomber dans les ornières, en la liant au peuple dans le cadre de la République
? qui a dit le contraire ?
?
merci, Michel Boujut, pour cette chronique très juste, qui nous rappelle, si on en a encore besoin, ce qu'ont en tête ceux qui nous bassinent avec l'identité nationale.
Et puis :
Est-il vraiment indiqué, quand on signe d'un pseudonyme, de demander des comptes sur les origines familiales de quelqu'un qui signe de son vrai nom ? Consulter à ce sujet un célèbre échange en 1942 entre Louis-Ferdinand Céline et Robert Desnos, où le dr Destouches dit Céline n'a pas vraiment le beau rôle.
Et si l'on veut vraiment connaître le pedigree familial de Michel Boujut, à supposer que cette ignorance ne soit pas simple hypocrisie , il suffit de consulter Internet, et l'on saura tout en cinq minutes sur le rôle de Pierre Boujut et de la revue la Tour de feu dans la littérature, la poésie authentiques et pas seulement nationales.
Doublon
Le "nationalisme", c'est aussi le refus de l'héritage des Lumières et de la Révolution française.
Origines de la France et tradition spirituelle
http://www.lheritage.net/
On peut lire notamment :
"La République, après avoir coupé la France de ses racines et l'avoir façonnée à son idée...
C'est ainsi que la République de notre pays a renié des pans entiers de l'Histoire de France y compris son essence chrétienne, limitant la définition de la France aux contours d'une République idéologique."
Avec le gang des "Sarkozy - Besson - Hortefeux - Fillon" nous retournons tout droit à cet essentialisme pseudo-chrétien, réactionnaire, anti-républicain,
Nicolas Sarkozy a été aperçu lundi après-midi vers 14h45 sortant du magasin de jouets Disney Store, sur les Champs-Elysées (Paris VIIIe), alors que le Premier ministre François Fillon était en train de présenter la synthèse finale du débat sur l'identité nationale, lors d'un séminaire à Matignon. Selon un journaliste d'europe1.fr présent sur place, le président de la République a salué trois agents de la circulation avant de s'engouffrer dans sa berline avec ses emplettes.
Europe 1
Je relaie volontiers cette remarque linguistique de Joël Martin
"National", le meilleur ou le pire des mots selon les vocables auxquels on l'associe.
Quand le mot associé est "Fête", c'est le pied.
La Fête Nationale, les flonflons, les bals, les feux d'artifice, la liesse du peuple de France que soit tombée la Bastille un lointain 14 Juillet...
En revanche, quand le mot associé est "Front", c'est la haine, l'exclusion, le racisme, la xénophobie. Beuark!
Le mot "national" est un caméléon sémantique.
Le meilleur, ou le pire, ou entre les deux, avec tous les degrés intermédiaires souvent incertains ou flous.
Comme dans l'association "Identité Nationale"...
Je suis de Droite pour la raison que cela me fait plaisir d'être de Droite. Ce romanesque qui part du 18 brumaire et se terminera, vraissemblablement pour toujours, l'année prochaine me tient chaud au coeur. Vous me direz que la Droite est responsable de la plus grande catastrophe morale de la France ( Paxton le montre mieux que Arquius ). Ah! si j'avais une baguette magique qui change le passé ! Il m'amuse Arquius; il veut rétablir certaines vérités historiques. Et les vérités qui ne sont ni certaines ni historiques !! En voici:
- Doumergue à Pétain:"Vous verrez. Il ira loin ce petit " (en parlant de Laval ) Sir Neville Chamberlain, revenant de Munich: " Je tiens M.Hitler pour un parfait gentleman" Hitler (à part)"Ce vénérable voulait un autographe avec ma signature". Laval , allant voir Staline, " Je prépare le deuxième tour des élections" ( d'Aubervilliers ) Il y en a d'autres.
J'ai chez moi des auteurs de Droite Barrès, Maurras , Drumont. Mais le meilleur est Léon Daudet. Quel type, celui-là ! Quad on pense qu'il a épousé la petite-fille de Victor Hugo! Les proxénètes des prostituées du Luxembourg sont jetés dans le bassin.Le prefet de police est incapable. Réduire les crédits militaires est un crime. Comme il était fier le gros Léon quand en pleine séance de la Chambre , il clouait le bec à Briand. Par contre , il couvrait d'éloges Mandel, le seul républicain qu'il ait estimé. Mais ,quelques décénnies après, des succésseurs des camelots du roi assassinaient Georges Mandel. Alors, Arquius et moi nous nous taisons