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Samedi-sciences (76): la génétique du pigeon

Les pigeons des villes font tellement partie du décor qu’on les remarque à peine. Pourtant, leur apparente banalité cache un monde de formes et de couleurs : il existe plus de 350 races domestiques de pigeons, qui diffèrent par le plumage, la morphologie et le comportement, formant un éventail presque aussi varié que les races de chiens. Une équipe de biologistes dirigée par Michael Shapiro, de l’université de l’Utah (Salt Lake City), a étudié la base génétique de cette diversité, et vient de publier ses travaux dans la revue américaine Science.

Différentes races de pigeons d'élevageDifférentes races de pigeons d'élevage © Michael Shapiro

Charles Darwin, le père de la théorie de l’évolution,  était fasciné par cette diversité. Il avait postulé, à juste titre, que toutes les races de pigeons dérivaient d’une espèce d’origine, et que les différences résultaient du processus de sélection imposé par les éleveurs. Ceux-ci ont sélectionné des variétés choisies pour leur esthétique, ou pour leur aptitude au vol, leur vitesse, le temps qu’elles peuvent rester en l’air, ou leur sens de la navigation dans le cas des pigeons voyageurs.

Darwin connaissait 150 races de pigeons, moins de la moitié de celles que l’on recense aujourd’hui. Il avait compris qu’elles descendaient toutes de la principale espèce sauvage, le pigeon biset (Columba livia). La domestication de ce dernier remonte au néolithique. Le pigeon biset de type domestique a colonisé les villes (il représente 90% des pigeons parisiens, les autres étant des ramiers ou des palombes). Le biset subsiste également à l’état sauvage dans son biotope d’origine, les falaises et milieux rocheux.

Deux modèles de crêteDeux modèles de crête © Michael Shapiro

Si Darwin avait bien compris la filiation des races, il ignorait le mécanisme de la variation génétique qui permet de voir apparaître, dans une même espèce, des formes aussi différentes que le biset gris et terne ou les pigeons d’un vert éclatant que l’on voit sur certains marchés africains.

Au début du 20ème siècle, le biologiste Thomas Hunt Morgan, l’un des fondateurs de la génétique moderne, s’est intéressé à la diversité des pigeons. Et en particulier à la crête, le trait le plus spectaculaire des races sélectionnées pour leur qualité ornementale. Ces crêtes peuvent avoir des formes et des aspects très différents, mais Morgan a supposé qu’elles dépendaient d’un caractère génétique simple.

L’équipe de Shapiro s’est repenchée sur le problème de la détermination génétique de la crête. L’Utah offrait un terrain favorable, car cet état abrite un groupe très actif d’éleveurs de pigeons. A partir de 2008, les chercheurs ont commencé à rassembler des échantillons de sang et de plumes afin d’effectuer des analyses d’ADN et d’établir la généalogie des élevages. Les aspects des crêtes différaient remarquablement selon les élevages, avec des formes allant d’une sorte de huppe à une couronne entourant toute la tête.

Pour comprendre comment surgissait cette diversité de formes, Shapiro et ses collègues se sont associés avec une équipe chinoise de Shenzen et ont séquencé 40 génomes de pigeons, provenant d’élevages avec ou sans crête ainsi que de pigeons sauvages. Cette recherche leur a permis d’établir que la présence ou l’absence de la crête dépend effectivement d’un gène unique, appelé EphB2.

Une étude complémentaire portant sur 69 oiseaux d’élevage sans crête et 61 possédant cet ornement a confirmé qu’une version du gène est associée à la présence de crête et une autre à son absence.

L’intérêt de cette découverte est de montrer comment une différence génétique ponctuelle peut être à l’origine d’une grande variété morphologique. «  Il s’agit d’un exemple intéressant de gène unique qui peut avoir un effet important », souligne Cliff Tabin, généticien à Harvard, interrogé dans Science.

L’équipe s’intéresse aussi à d’autres caractères. Par exemple, les pigeons de certaines races ont tendance à faire des « culbutes » en vol. Ces acrobaties ont-elles un déterminant génétique ? Le pigeon, avec sa diversité d’aspects et de comportements, fournit un modèle très utile pour mieux comprendre comment les gènes influencent les organismes.

Tous les commentaires

02/02/2013, 16:22 | Par Patrig K

La domestication de ce dernier remonte au néolithique.

ça c'est encore une découverte ! c'est tout meme déconcertant à quel point nos anciens avaient des capacités à faire de telles domestications ..

Serions nous capables de le re-réaliser de nos jours ?

merci

02/02/2013, 19:39 | Par Véronique HURTADO

Merci pour cet article intéressant à différents titres pour les pigeons et pour l'espèce humaine.

Ayant adopté un pigeonneau qui allait se faire dévorer par des mouettes sur une route, lesquelles mouettes le poussaient intelligemment sur la route pour en faire de la bouillie, j'ai dévoré moi aussi... votre article.

Le mien est un mâle d'un gris terne, comme vous l'écrivez et sans crête. Qui refuse de quitter  la maison, même si on  ouvre sa cage et la porte de la véranda. Il a une cage aussi à l'extérieur dans le jardin. Si on ouvre la porte de cette cage extérieure,  "Bouboule" élégamment  surnommé ainsi pour sa goinfrerie, se précipite dans la maison... à l'intérieur.

Donc oui, un pigeon s'apprivoise facilement. Trop ? Mais peut-être y a-t-il un gène qui conditionne cette facilité à vivre  avec l'homme ? Bouboule nous suit partout et est très intelligent. Par exemple, il pèse de tout son poids sur la clenche des portes pour les ouvrir, en se laissant tomber dessus, du haut du plafond.  

Le gène de l'intelligence ? Le gène de l'obéissance ? Vous savez sans doute que des chercheurs sont persuadés de pouvoir isoler le gène de la "docilité".

J'arrête, je me fais peur.

Non, Bouboule n'est pas docile. Il n'aime pas être dehors sans nous, mais sait fort bien nous signifier qu'il préfère être libre, libre de voler DANS la maison.

L'erreur à ne pas commettre, parler de soi au lieu de donner son avis sur un article. Oups !

 

02/02/2013, 20:50 | Par Agnès GOUINGUENET

@MdP.

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Allons bon ! Rien dans la tête, tout dans la crête ?

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Rigolant

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