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Samedi-sciences (34): sale temps pour les amphibiens

Depuis plus de vingt ans, les biologistes qui étudient les amphibiens (ou batraciens) savent que les jours de leur objet de recherche sont comptés. Cette classe de vertébrés qui inclut les grenouilles, crapauds, tritons et salamandres est menacée. Ce déclin a d’abord été considéré comme une énigme reposant sur des observations anecdotiques. C’est aujourd’hui un fait démontré par d’abondantes études. Environ 40% des espèces d’amphibiens existant aujourd’hui dans le monde risquent de s’éteindre rapidement.

Salamandre tachetée (Museum de Toulouse)Salamandre tachetée (Museum de Toulouse) © Didier Descouens

La disparition progressive des amphibiens est un problème multiforme, dépendant de nombreux facteurs : destruction des habitats naturels, changement climatique, utilisation de pesticides, etc. En 1998, on a découvert un nouvel ennemi des amphibiens, sousla forme d’un agent infectieux inconnu jusqu’ici, le champignon chytridiomycète Batrachochytrium dendrobatidis. La chytridiomycose a eu un effet dévastateur sur les populations de grenouilles en Australie et en Amérique centrale. On a retrouvé des traces du champignon remontant à 1987 au Costa Rica, et à 1972 au Mexique. «Bien que récemment découvert, le chytridiomycète a probablement affectgé les populations d’amphibiens depuis des dizaines d’années», écrit David Wake, de l’Université de Californie à Berkeley, dansla revue Science du 2 mars 2012.

Dans une recherche récente, Christian Hof, du Centre de recherche sur la biodiversité et le climat de Francfort, a étudié l’action des principaux facteurs de déclin des amphibiens, en-dehors du champignon. Il dépeint un tableau inquiétant de l’avenir de cette classe de veretébrés. Les multiples accélérateurs de la disparition des grenouilles et crapauds deviennent de plus en plus puissants, et ont des effets plus intenses que ce que prédisaient les évaluations précédentes.

A lui seul, le changement climatique pourrait affecter négativement près des trois quarts des espèces de grenouilles dans le nord des Andes et 66% des salamandres vivant dans une partie de l’Amérique centrale. Plus inquiétant encore, d’autres facteurs menaçants s’ajoutent et aggravent la situation, particulièrement dans des zones riches en espèces d’amphibiens.

Pendant la dernière décennie, le nombre d’espèces de batraciens connues a augmenté de 25%, pour approcher les 7000. Beaucoup de ces espèces nouvellement découvertes vivent dans des zones géographiques peu étendues, et sont susceptible d’être vulnérables simultanément à tous les facteurs qui menacent les amphibiens. Les changements dans la manière d’exploiter les sols, les polluants chimiques, et l’impact des espèces invasives ont des effets critiques.

Si les amphibiens sont sensibles au changement climatique, il faut ajouter qu’ils sont aussi des survivants des temps anciens. Ils ont échappé aux extinctions de la fin du Crétacé et ont résisté aux changements climatiques du Pléistocène. Ils pourraient donc, malgré les menaces qui pèsent sur eux, avoir une plus grande aptitude à survivre qu’on ne le suppose généralement. Des études sur les glaciations du Pléistocène ont démontré que des populations d’amphibiens se sont maintenues pendant des dizaines ou des centaines de milliers d’années malgrés des cycles de changements climatiques.

Selon David Wake, le message général des recherches actuelles sur les amphibiens est qu’ils subissent «des menaces qui se cumulent du fait de multiples facteurs». Pour lutter contre le déclin des amphibiens, il est donc nécessaire de prendre en compte plusieurs aspects: tendances du changement climatique, écologie des maladies infectieuses, transformation des territoires par l’activité humaine, biologie de l’évolution. Seule une approche pluridisciplinaire peut contribuer à sauver les grenouilles, les crapauds, les salamandres ou les tritons.

 

Tous les commentaires

18/03/2012, 10:40 | Par juan23

Bonjour,
Dans notre région, nous avons la chance d'avoir des crapeaux sonneurs (au ventre jaune) et des tritons. C'est un vrai plaisir de voir ces animaux et d'écouter les crapeaux sonneurs. 

18/03/2012, 15:03 | Par Mithra-Nomadeblues_ en réponse au commentaire de juan23 le 18/03/2012 à 10:40

Suis indiscrète, mais quelle est donc cette belle région où les crapeaux sonneurs vivent encore ?

18/03/2012, 19:39 | Par juan23 en réponse au commentaire de Mithra-Nomadeblues_ le 18/03/2012 à 15:03

@Mithra-Nomadeblues
C'est le Limousin "tout simplement"

18/03/2012, 20:06 | Par juan23 en réponse au commentaire de juan23 le 18/03/2012 à 19:39

















ATTENTION toutes ces petites bêtes ont été relachées après les prises de vue.
Mais vous vous en doutiez, n'est-ce-pas?

18/03/2012, 10:49 | Par Philips Michel

Dans la vie, il faut choisir et savoir ce que l'on veut : n'est-ce pas faute de n'avoir pas été capables de faire ce choix (l'eau ou la terre) que ces animaux, sorte de souvenir d'une étape de l'évolution, sont condamnés ?

A vouloir "profiter" à la fois de la terre et de l'eau, on risque aussi de subir les avatars de l'un ET de l'autre !

N'empêche : 400 millions d'années, c'est quand même pas mal !

Ferons-nous aussi bien ?

18/03/2012, 15:13 | Par pmabéché en réponse au commentaire de Philips Michel le 18/03/2012 à 10:49

surement pas

18/03/2012, 18:59 | Par Agnès GOUINGUENET en réponse au commentaire de pmabéché le 18/03/2012 à 15:13

@PMABECHE (18:03 à 15:13).

-

Et c'est tant mieux, car 400 millions d'années sans évoluer, quelle tristesse !

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Nous allons peut-être vers la mort, mais au moins nous aurons évolué vers la pensée.

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Et pourtant, la régénération de la salamandre, quel phénomène étonnant !

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Axel Kahn a écrit un joli livre sur son "secret".

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Sourire

18/03/2012, 12:52 | Par Crampon

Certes les menaces sont énormes et multiples (on évoque aussi les UV avec la disparition de la couche d'ozone), mais les trous de bombes ou les vieux pneus peuvent être favorables aux plus banaux d'entre eux. Déçu (la Nature fait feu de tout bois)

On va vers la banalisation des faunes et flores sur toute la planète, avec donc perte massive de biodiversité planétaire, mais avec augmentation de la biodiversité locale dans les écosystèmes initialement pauvres et isolées. Les îles et même des continents entiers perdent leurs endémiques mais s'enrichissent en espèces exotiques. 

Le plus inquiétant est que tout ce qui est actuellement préservé dans le cadre de réserves et parcs naturels est totalement dépendant d'une certaine stabilité politique, et donc à la merci de mouvements incontrôlés (guerres, révolutions). Quand les gens sont sur le point de crever, la préservation de la Nature est le cadet de leurs soucis. Quant à ce qui est directement menacé par le changement climatique anthropo-induit, on ne pourra jamais le mettre en conserve pour les générations futures.

Il y a trop d'hommes sur la planète pour que leurs "affaires" n'aient pas de conséquences définitives sur la plupart des espèces contemporaines. Mêmes celles qui leur survivront auront forcément dû profondément évoluer.

18/03/2012, 17:25 | Par cyrilleR en réponse au commentaire de Crampon le 18/03/2012 à 12:52

"trop d'hommes": rien ne se perd, rien ne se créé, tout se transforme...

19/03/2012, 07:02 | Par jbg en réponse au commentaire de cyrilleR le 18/03/2012 à 17:25

L'entropie se perd toujours, au mieux elle se conserve (deuxième loi de la thermodynamique pour un système fermé XIXème sciècle) ce qui explique d'aillleurs pourquoi tous les êtres vivants ont besoin d'un apport énergétique externe pour continuer à fonctionner.

Et en matière de transformation, les gisements de minerai et de ressources fossiles sont quand même nettement plus utilisables que d'immenses décharges et une augmentation de la concentration en CO2 même si effectivement ils contiennent le même nombre d'atomes (encore l'entropie).

Et ca ne concerne pas non plus les pollutions et les produits toxiques, qui d'abord n'existaient pas forcement avant que l'homme ne les fabrique (même si leurs atomes existaient déjà dans d'autres molécules evidemment) et qui ensuite n'ont pas le même effet profondemment enfouis sous terre et une fois concentrés puis relachés à la surface ( pensons au conbustible de  Tchernobyl par exemple)

 

Bref, tout se transforme mais la plupart des transformations ne sont pas réversibles, et alors les processus qui permettent de revenir à l'état initial s'ils existent ont un coup énergétique et sont souvent pas faciles à mettre en place (par exemple mélanger deux jus de fruits puis vouloir les séparer). 

 

Je suis triste que l'entropie ne fasse pas partie de la culture générale enseignée en France, alors qu'elle a profondemment perturbé l'histoire des sciences, à peu prêt autant que la conservation de la matière dont votre phrase est l'ennoncé littéraire (dans le style des scientifiques de l'époque en fait). Sans parler de ses applications en philosophie et en économie.

19/03/2012, 10:40 | Par La marmotte en réponse au commentaire de jbg le 19/03/2012 à 07:02

Je lis "Je suis triste que l'entropie ne fasse pas partie de la culture générale enseignée en France" aussi au risque du simplisme : "tout voisin d'un verger qui n'est pas aveugle peut voir une pomme tomber ou même l'entendre mais le mieux c'est la compote dans tous les estomacs", la question d'une expérience simple et sans danger pourrait être de  montrer dans une salle de classe de primaire ou de collège le principe "d'évolution vers l'indifférentiation", je vois bien : "du chaud + du froid (par exemple glace+eau liquide)" devient du "tiède uniforme avec le temps" (c'est une moyenne et donc une indifférentiation ....on lit souvent désordre au lieu d'indifférentiation) ....mais pour ce qui est  de l'universalité du principe, Prygogine  par exemple, dont les écrits  ne sont pas d'ennuyeux, reste encore à mettre  à portée de bien  de   lecteurs(trices) futurs bachelier(e)s. N'en déplaise à certains parents d'élève : il est indispensable de "comprendre" que les sciences qui sont parfois qualifiées d'exactes (parfois  même de "dures")  peuvent  aussi faire partie des humanités  et de  les séparer, au moins dans les discours,  des  technologies, ces  dernières ne devant  être que des supports utiles et à prédation minimume... autant que possible (tiens tain .... ayant déjà lu ou entendu alors je précise que paumes est une anagramme de psaume mais ne font pas partie des mêmes champs sauf sur les tableaux de Millet : "Hi! Gare au rhube, non mais des fois  !")

25/03/2012, 19:41 | Par poppie en réponse au commentaire de cyrilleR le 18/03/2012 à 17:25

C'est certain que "notre planète" s'en sortira...  Elle a évolué, elle le fera encore.   Pour nous, c'est moins sûr.  

Certaines espèces réputées assez résistantes commencent à s'éteindre et nous ne sommes pas des extrémophiles. 

18/03/2012, 13:42 | Par Le Pandu

Je me souviens quand j'étais petit j'allais l'été en vacances dans un petit village à la pointe de l'île d'Oléron, dès qu'il pleuvait on pouvait voir les tritons marbrés (Triturus marmoratus) et des Pélodytes ponctués (Pelodytes punctatus) se promener dans le village même, et tous les puits résonnaient du chant des rainettes vertes cachées dans les feuillages au dessus. Aujurd'hui j'ai 33 ans et je n'ai pas revu un de ces magnifiques tritons depuis des années même en cherchant dans les zones humides alentour, et un seul pélodyte une fois au coeur d'un marais. Les puits sont obstrués par des plaques de pierre aujourd'hui, personne ne pense aux sites de reproduction des amphibiens. Qu'avons nous fait ? C'est à pleurer.

18/03/2012, 15:04 | Par Mithra-Nomadeblues_ en réponse au commentaire de Le Pandu le 18/03/2012 à 13:42

Oui, à pleurer...

18/03/2012, 15:06 | Par philippe galez

Ce constat est sinistre mais vraisemblablement lucide. On peut agir ici pour contribuer à sauvegarder ces populations d'amphibiens. Un exemple : participer aux chantiers de mise en place de barrières-pièges pour amphibiens aux périodes de migrations, quand les amphibiens rejoignent leur lieux de reproduction (mares, étangs, marais, tourbières, toutes zones humides) afin que moins d'individus ne  finissent raplatis sous les roues des voitures, à la veille du printemps et à l'automne lorsques ces animaux rejoignent les zones boisées pour hiverner. Autre exemple, participer à des opérations de restauration ou des sauvegarde des milieux humides. Ou encore, pour ceux qui disposent d'un bout de terrain, creuser une mare sans bien sûr y intoduire de poissons qui dévoreraient oeufs et têtards. Pour ces actions on peut se rapprocher du conservatoire d'espaces naturels de sa région. Deux adresses : www. conservatoiresitesnpc.org ou www.gon.fr

18/03/2012, 15:56 | Par la dame du bois-joli en réponse au commentaire de philippe galez le 18/03/2012 à 15:06

creuser des modestes et peu profondes mares, laisser de l'eau dans son jardin, je le fais

les grenouilles viennent

25/03/2012, 19:49 | Par poppie en réponse au commentaire de la dame du bois-joli le 18/03/2012 à 15:56

En même temps, l'été dans les régions du sud, on doit songer à ne pas laisser le chikungunya s'installer et pondre, donc pas d'eaux stagnantes.... 

Rien n'est simple!

29/04/2012, 16:50 | Par Leucothoé en réponse au commentaire de philippe galez le 18/03/2012 à 15:06

J'ai creusé une mare dans mon jardin, et malgré 6 poissons rouges, j'ai 5 grenouilles depuis 3 ans... Et même des salamandres!

18/03/2012, 15:47 | Par almar.nicole@gmail.com

serait-ce la fin? Le prédateur des prédateurs, l'homme, le cancer de la Terre...

Nietcshe ne disait-il pas que la terre est malade et sa maladie s'appelle l'homme?

18/03/2012, 17:01 | Par Phylloscopus

Pour l'immense majorité des gens qu'est-ce que la disparition de ces petites bêtes visqueuses ? Ça ne vaut même pas une barquette de supermarché. C'est comme les micro-mammifères, dont les  chauves-souris… à quoi ça sert tout ça ?

On n'en a pas besoin pour s'avachir devant la télé.? 

Donc la majorité de nos concitoyens sont complices de leur disparition, sinon acteurs sur leur minuscule territoire.

18/03/2012, 18:32 | Par noelmarchal

-Michel de Pracontal aurait pu nous gratifier d'une recette de cuisine pour préparer les cuisses de grenouilles...

Là, on prendrait conscience de ce que l'on risque de perdre!

Save a frog! eat a french!

18/03/2012, 19:14 | Par Dominique Leroy

Il y a là, dans la diversité animale, une magie de mots et des couleurs, bouvreuils, rouge, guêpiers bleus, traquets, noir, jaune, salamandres, tritons orangé... Le monde rural disparait et, avec, les mots pour dire cette si belle diversité animale 

Qui sait ce que c'est qu'une simple mésange charbonnière, un chardonneret, aujourd'hui;

A nous à qui cette nature manque déjà, condamnés à en faire notre deuil, nous le savons encore...

J'aurais envie de poser la question aux moins de 30 ans qui peut-être liront ce mot Dites-moi...

Bien sûr les mots et les images ne disparaitront pas, mais la jubilation de trouver sur son chemin telle fleur odorante tel bel oiseau et de l'identifier

Ce n'est ni mon métier, ni même ma passion, pourtant cette joie me parait  tellement indispensable

Que faire?

 

 

18/03/2012, 19:17 | Par aetius

Pour les " crapauds sonneurs " à ventre jaune, il suffit de se promener dans les forêts du Plateau Lorrain à l'ouest d'Epinal......forets constituées principalement de feuillus - hêtres et  chênes -sur terrain argilo-marneux propice à la constitution de mares lieu de vie de nombreuses espèces animales et végétales. Ces forets et mares ( dans les Vosges ) sont l'objet d'une grande attention de la part des communes forestières et de l'ONF chargée de les gérer.....C'est ainsi que le crapaud sonneur à ventre jaune est toujours présent malgré des précipitations hydrométriques ( neige et pluie ) en baisse constante!

18/03/2012, 21:50 | Par Gavroche.

Merci pour ce billet !

Ici, chez moi, les salamandres meurent écrasées sur les routes. Surtout au printemps, pendant la période de reproduction. Et ce sont des animaux fascinants : contrairement aux lézards, ces charmantes petites bêtes se déplacent très lentement.

Je n'ai pas encore vu de tritons, bien que les anciens ici disent qu'autrefois ils étaient nombreux. Il faut dire que nos paysans traitent allègrement, avant même de planter quoi que ce soit. Merci Monsanto.

En revanche, il y a encore de jolies reinettes toutes vertes (et parfois brunes), des gros crapauds sympas, que je récupère soigneusement pour leur éviter d'être croqués par mes chats. Il y a aussi des lézards verts irisés de turquoise... Et des serpents. Je ne connais pas les crapauds sonneurs, vais regarder sur le ouèbe...

Après avoir viré les chasseurs à coups de pied aux fesses, mon prochain projet : creuser une mare pour abreuver les animaux sauvages, et accueillir tout ce petit monde... Et des ruches, pour donner un toit aux abeilles, qui elles aussi sont en train de mourir...

 

19/03/2012, 11:26 | Par Cendrine Cazenave

Merci Michel de Pracontal. j'apprècie beaucoup votre blog et ses billets, les commentaires qui y font suite, on y apprend toujours et cela parle de l'essentiel : la vie.

Ce crapaud sonneur est une "petite" merveille!

J'ai trouvé une fiche utile sur le triton

Créons du lien social autour des tritons et autres amphibiens! à l'instar des jardins construisons  des mares partagées, puisque tout se transforme, transformons les mentalités ;)

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