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Cinq photographes attaquent Bill Gates !
Une plainte simple a été déposée, la dernière semaine de juin, par Maître Hugot, avocat du barreau de Paris, pour le compte de cinq photojournalistes, Dominique Aubert, Derek Hudson, Philippe Ledru, Moshe Milner et Michel Philippot, visant les conditions du dépôt de bilan de l’agence de presse Corbis-Sygma.
En mai 2010, je publiais ici même, « La seconde mort de l'agence photo Sygma » suivi d’une série d’articles concernant Sygma, devenue Corbis-Sygma, après son achat en 1999 par une société créée spécialement : Corbis-France. Cette dernière est elle-même détenue par Corbis Corporation, société américaine propriété du milliardaire Bill Gates. (Tout le dossier mot-clé Corbis-Sygma).
Dans cette série d’articles, je m’interrogeais sur les conditions de ce dépôt de bilan survenu la veille d’un week-end férié, et j’avais trouvé fort peu élégant de faire porter le chapeau à une seule personne, l’ex-photographe Dominique Aubert… J’avais alors questionné les uns et les autres et démontré que Corbis-Sygma s’était quelque peu acharnée contre ce photographe puisque celui-ci, après avoir gagné un procès aux prudhommes, souhaitait en rester là.
Or, d’une façon étonnante, Corbis-Sygma avait fait appel, ce qui de procès en procès l’avait conduit à être condamnée lourdement à plus d’un million d’euros ! Corbis-Sygma avait déjà été condamnée dans d’autres procès avec des photographes, et le fut encore après son dépôt de bilan.
Mais si j’avais trouvé ce dépôt de bilan curieux, je n’avais pas lever le lièvre que Maître Hugot a débusqué en portant plainte pour délit d’organisation frauduleuse d’insolvabilité, abus de bien social et abus de confiance visant la société Corbis propriété de Bill Gates !
« Organisation frauduleuse d’insolvabilité, abus de bien social et abus de confiance. »
A eux cinq, les plaignants totalisent plus de 70 années/homme de travail au service de l’agence de presse Sygma, issue d’une scission de l’agence Gamma en 1973. Nés entre 1942 et 1963, les plaignants sont de ces vieux briscards bien connus dans la profession pour quelques un des reportages historiques de Sygma.
Dans une interview accordée à « La lettre de la photographie » Maître Hugot, l'avocat des plaignants déclare :
« Mes clients, comme de nombreux photographes, ont été extrêmement surpris par l’annonce de la liquidation judiciaire de la société. Ils ont été encore plus étonnés par la raison avancée de cette liquidation, à savoir une décision de justice rendue par la Cour de Paris qui a condamné Corbis- Sygma à payer des dommages et intérêts à un photographe. »
« Par la suite, en réunissant des pièces dans ce dossier, il est apparu que le patrimoine de la société Corbis-Sygma avait été transféré à la société de droit américain Corbis Corporation sans la trace d’une compensation quelconque pour la société Corbis-Sygma. »
« Sous l’appellation « d’initiative Sygma » de nombreux photographes ont été largement «encouragés » à transférer leur droits à la société Corbis Corporation, ces transferts de droits intervenaient sans que la société française Corbis-Sygma ne soit intéressée dans la transaction.»
« Le soupçon de mes clients a été renforcé par le composition des capitaux des sociétés concernées par cette opération, où il apparaît entre les sociétés françaises et américaines une très forte communauté d’intérêt. Dès lors, il apparaissait parfaitement légitime que ces faits soient dénoncés au Procureur de la république par mes clients dans leur plainte, afin que ce dernier puisse mener les investigations nécessaires pour comprendre exactement ce qui s’est passé entre ces deux sociétés, et ce qui est advenu du patrimoine photographique de la société française. Il convient également de comprendre alors quelles sont les raisons de cette liquidation, qui pour mes clients, ne peut et ne doit pas être liée au transfert du patrimoine photographique ».
Quels sont les suites prévisibles de la plainte
« La plainte a été enregistrée la semaine dernière et le Procureur de la république peut débuter les investigations à sa convenance. Pendant les trois premiers mois des investigations, le ministère public n’est pas tenu de nous indiquer quelle suite il entend donner à la plainte. Nous attendons donc sa position. »
Si le Procureur de la République juge que les plaignants ont des arguments valables, il va demander à la police d’enquêter. Les premières pièces sur lesquelles les enquêteurs se pencheront seront les bilans de la société Corbis-Sygma. De quelle manière celle-ci a-t-elle été dédommagée de la perte d’activité engendrée par le transfert de la commercialisation de photographies de Corbis-Sygma à Corbis-France et/ou Corbis Corporation
Le chiffre d’affaire d’une agence de presse telle que Sygma dépend évidement de la quantité et de la qualité de sa production au fil du temps, donc des archives confiées par les photographes. Si, comme cela semble être le cas, des photographes très productifs et de qualité ont été incités à confier la gestion de leurs fonds non plus à la société française Corbis-Sygma, mais à la société américaine Corbis Corporation, la première doit logiquement recevoir une compensation. C’est le premier point qu’examinera vraisemblablement le procureur.
Si, l’agence Corbis-Sygma a été dépossédée au profit de Corbis Corporation, nous serons face à un abus de bien social et toutes les conséquences qui s’ensuivent : abus de confiance, etc.
Reste à savoir si d’ici à ce que la justice bouge, Corbis-France n’aura pas fermé boutique. Par ailleurs, il semblerait étonnant que la mission photographique du Ministère de la Culture et de la Communication chargée, entre autres choses, du patrimoine photographique français ne s’intéresse pas à l’affaire.
Interrogé à Arles sur cette question, le ministre ne s’est pas prononcé, l’affaire ayant été rendue publique la veille, mais il a promis que ses services l’étudieraient.
Affaire à suivre
Aller plus loin ?
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« A l’œil » s'intéresse essentiellement au photojournalisme, à la photographie comme au journalisme, et à la presse en général. Il est tenu par Michel Puech, journaliste honoraire (carte de presse n°29349) avec la collaboration de Geneviève Delalot, et celle de nombreux photographes, journalistes, iconographes et documentalistes. Qu'ils soient ici tous remerciés.
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Tous les commentaires
"Aucune reproduction même partielle n'est autorisée"
Alors pourquoi s'abonner ? Histoire de vous filer du frics pour grossir vos stocks de droit d'auteur ? Sans moi...merci.
Merci à Jean-Luc Godard qui dénonce très bien les dérives du droit d'auteur...
@ Stone
Godard dénonce les dérives des droits d'auteur ? Ce qu'il dit est autrement plus subtil que le réduire, comme vous le faites, à une seule question de "fric".
http://blogs.lesinrocks.com/cannes2010/2010/05/18/le-droit-dauteur-un-auteur-na-que-des-devoirs-jean-luc-godard/
Bien entendu, la circulation de la culture est une chose magnifique, comme on aimerait que le pain, les transports en commun, soient gratuits.
Dupliquez-vous une baguette de pain lorsque vous en achetez-une ? Pourquoi ne le faites-vous pas ? Vous devriez le faire.
Etre artiste est un travail à plein temps. Pourquoi les créateurs seraient-ils obligés pour reproduire la force de travail qui leur permet de créer, d'aller travailler pour le supermarché casino du coin.
La Loi Hadopi est l'illusion sarkochiste qu'on peut cerner la circulation des œuvres. En attendant l' invention d'un autre système, le droit d'auteur est une invention fondamentale... à défendre.
didier zuili,
Joli dessin votre avatar (droit d'auteur ?)...
Pensez "licence globale" et vous aiderez certainement plus les Artistes ! et arrêtez de prendre les gens pour des cons avec vos exemples de baguettes...
J'ai vu ensuite pas mal de commentaire me concernent:
Vous êtes à la traines et êtes incapable de concevoir une autre façon de consommer et de travailler. Pensez, par exemple, à une base gratuite avec des valeur ajoutés, payantes, pour ceux qui veulent plus ou qui veulent aller plus loin. Mediapart à une partie gratuite et une partie payante. Ce qui est intelligent.
La "propriété intellectuelle" ainsi que le "droit d'auteur" va devenir le cancer de notre société. Quand au droit d'auteur qui court 75ans (en Europe) après la mort de l'Artiste, il profite à tout le monde sauf aux Artistes (émergents). Un artiste mort rapporte plus que vivant ex: Michael Jackson...alors qu'il ne créé plus rien. Génération karaoké....génération sacrifiées à cause des "stocks" de droits d"auteurs.
Cordialement
@ Stone: Au dela du commentaire concernant les propos que vous interprétez de JLG, je ne comprends pas votre message.
D'une part je recommande a tous les lecteurs de mon blog de s'abonner à Mediapart car sans argent comment voulez vous qu'un journal vive ?
D'autre part pour les afficionados du photojournalisme, je recommande de s'abonner (gratuitement) à une alerte annonçant mes articles dans le Club Mediapart et dans La lettre de la photographie.
In fine, chez les photojournalistes et les journalistes je n'en vois guère qui se "gave" de droits d'auteurs !!!
Vous êtes mal renseigné sur l'état de notre profession.
Désolé, je ne supporte plus toutes ces restrictions de droits d'auteurs un peux partout sur le web. J'aime être libre de reproduire un article sans restriction tant que je cite la source...et je suis déjà abonné chez vous.
Bonne continuation
@ Stone : Vous pouvez toujours pour vos besoins personnels (non public) conserver la trace d'un article. Je le fais moi-même, comme beaucoup de journalistes.On constitue des dossiers de coupures de presse (papier ou numérique). Mais l'usage est privé.
Vous pouvez publiquement cité une partie d'un article en nommant l'auteur, la publication et l'endroit ou l'on peut le consulter. C'est le droit de citation.
J'aime beaucoup la mention du numéro de la carte de presse ainsi que l'usage libéral que vous faites de la première personne du singulier :D
Stone
Non seulement vous dites des choses déplaisantes et stupides mais vous êtes hors-sujet. L'obsession du fric vous mange la cervelle.
Bonsoir,
Hors-sujet oui, le reste non.
Cordialement