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May

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Une presse ivre de liberté

Lisbonne au lendemain du putsch du 25 avril 1974: les soldats dans les rues ont fait toutes les premières pages du monde avec leurs œillets et leurs sourires. C'est la foule en délire, la liberté que l'on respire, une ville qui s'étire, encore meurtrie de plus de quarante ans de fascisme. Le 1er mai des travailleurs - Photo tous droits réservés mention obligatoire : Michel Puech / www.puech.info

1er mai 1974 Lisbonne: le jour des travailleurs.

Photographie Michel Puech / www.puech.info

 

Je reproduis ci-dessous, à l’occasion du 35ème anniversaire de la « révolution des œillets », un article publié en juin 1974 dans la revue « Presse Actualité » du regretté Yves L’Hers.

 

De retour de Lisbonne, mai 1974

 

Une libération. C'est incontestablement le mot juste pour désigner cette liesse populaire. Tous les journalistes français ont fait la comparaison avec la libération de Paris. Et comme en toute période d'explosion de paroles, les murs se sont couverts de slogans et plus tard d'affiches.


C'est la presse qui a été la première touchée par le mouvement. Un formidable raz-de-marée de mots, de photos a envahi les rédactions, puis les ateliers, pour se répandre dans la rue. Je dis bien se répandre, car pendant cette première semaine, la rue n'a été qu'une mer de journaux aux mains d'un peuple avide.


Les crieurs des journaux hurlaient en rendant inlassablement la monnaie. A leurs pieds, des piles considérables s’étalaient. Certains se voyaient livrer 300, 400 « Républica », un quotidien du soir qui tirait avant le 25 avril à 40 000 exemplaires et passait à 150 000 exemplaires la semaine du 1er mai.

 

 

« 0 Secolo », journal du matin, qui plafonnait dans les bons jours à 80 000, atteignait 250 000 exemplaires. Son rédacteur en chef, Mario Zamimnbujal, avait le sourire en me donnant ces chiffres. Après plusieurs décennies de censure, la presse portugaise s'éveille.
Dès les premières heures, les media ont joué un rôle très important, notamment « Radio-Club » et « Radio-Renaissance », qui ont donné le top pour le putsch en diffusant « Grândola, ville brune », une chanson révolutionnaire de Zeca Afonso.

 

L'heure de la révolution - 1er mai 1974 Portugal Lisbonne - Mention obligatoire : Copyright Michel Puech / www.puech.info

L'heure de la révolution à Lisbonne, 1er mai 1974

Photographie Michel Puech / www.puech.info

 

 

C'est ensuite devant « Epoca », quotidien du parti de Mr Caetano (ex-premier ministre du dictateur Salazar), que se sont déroulées de véritables scènes d'émeute. Des voitures du journal ont été brûlées. Cette haine contre l'organe le plus lié au pouvoir s'est vite apaisée pour laisser place à une contestation radicale dans les rédactions.

 

De courtes grèves ont éclaté dans quelques journaux ainsi qu'à « Radio-Renaissance » pour exiger la démission des anciennes directions.

 

Le vaste mouvement populaire qui a secoué le Portugal trouve une résonance particulière dans la presse qui a subi l'oppression.

 

 

Notamment à « Epoca » qui était un quotidien caétaniste, mais qui début mai, a changé de direction. Pour mieux marquer sa rupture avec le passé, le numéro du 3 mai s'annonce comme le N° 5 de l'an 1.

 

 

Le 3 mai, les journalistes du quotidien « Diaro de Lisboa » ont fait savoir qu'ils ne toléreront plus aucune censure interne. Le 5 mai, ils annoncent avoir élu un nouveau rédacteur en chef.

 

 

« Expresso », comme beaucoup de ses confrères, a publié des clichés d'épreuves censurées. Des journalistes m’ont raconté, avec une sorte de honte, comment chaque jour les épreuves de tous les articles partaient par coursier à la censure pour revenir amputées...


Aujourd'hui, c'est avec des larmes de joie qu'un confrère me confie : « Tu vois ce titre, je l'ai écrit moi-même et ce sera celui du journal demain. » Plus de censure.

 


Cette liberté nouvelle n'a, hélas, pas tardé à être jugulée par les propriétaires des titres. Du moins certains ont déjà essayé... La riposte des journalistes a été rapide, comme en témoignent les unes des quotidiens «Nous ne tolérons aucune censure interne».

 


Dès lors un mouvement extrêmement important se dessine dans toutes les rédactions. «Nous voulons que notre indépendance soit garantie, nous voulons dire notre mot dans la gestion des entreprises », telles sont les deux principales exigences que formulent les journalistes portugais.

 


Il est encore trop tôt pour juger des conséquences de la révolution du 25 avril 1974. Trop tôt pour savoir si, après la floraison des titres, ne viendra pas sous la pression des contraintes économiques et des habitudes routinières, le temps des fusions et des disparitions.

 

 

 

 

Michel Puech
Tous droits réservés
Publié en juin 1974 dans la revue « Presse Actualité »
Numéro 93 – Ed. Bayard Presse.


Autres publications sur le sujet

 

Portugal, 1974: Le premier mai de la "révolution des œillets"
in Amnistia.net pdf d’avril 2004
-
Portugal 1er mai, la révolution des œillets

In LeMonde.fr flash sonore d’avril 2004

Voir les deux photographies tirées pour le 35e anniversaire

Epreuves numérotées 30 x 40 baryté cartoline traitée par Atelier Publimod.

 

 

Approfondir

Portugal: les principaux groupesde presse

Source: fiche de l’Ecole Supérieure de Journalisme (ESJ Lille)
La presse portugaise et les médias portugais en ligne
Une très complète compilation de liens actuels

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Pour prolonger ce souvenir, voir ou revoir le sympathique film de Maria de Medeiros, Les capitaines d'avril http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/medias/nmedia/images/affiches/048629.jpg * Par ailleurs, le livre de l'historien Yves Léonard, Salazarisme & Fascisme, aux éditions Chandeigne (édition révisée mai 2003), donne une réflexion singulière de la dictature du «Estado Novo de Salazar».

Merci pour vos suggestions bienvenues.

à propos... Dans mon souvenir, c'est vers les 0 heures 30 du 25 avril 1974, que la radio catholique a diffusée la chanson de José Afonso, Grândola, vila morena; c'était le signe pour le déclenchement de la "révolution des œillets". * "para te conhecer, para te nomear, liberdade" [pour te connaître, pour te nommer, liberté - Paul Eluard] http://download.postais.net/images/postais/liberdade.jpg

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