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Pourquoi je « déblogue » pour vous ?

Paris, sept 2008: exposition du photographe Philippe Gras© Geneviève Delalot / Photos.Puech.info

 

50ème billet de mon blog : un an, déjà, que j’écris « A l’œil » dans le Club Mediapart à propos du photojournalisme, du journalisme, de la presse, et, de quelques autres marottes… Ce billet, pour faire le point et répondre à quelques interrogations glanées ici et là.

 

 

 

« A l’œil » ! Le titre de ce blog exprime les multiples paradoxes qui bornent ma vie.

 

« A l’œil » parce qu’évidemment mes billets sont le résultat de mes curiosités et de la veille qui les nourrit.

 

« A l’œil » puisque, le plus souvent, c’est en « suivant », au fil des ans,  des vies de femmes ou d’hommes que je nourris ce blog. Photographes, photojournalistes, photo-reporters, journalistes, c’est leurs vies et, bien sûr, leurs travaux que je piste.  J’ai une passion pour l’information, mais cette passion a pour objet autant l’auteur que l’oeuvre. Avec feu mon ami Mark Grosset (1957-2006), ancien directeur de l’Agence Rapho, nous avions l’habitude les soirs de vodka de nous déclarer mutuellement une passion plus grande pour les photographes que pour la photographie. Cela se voulait une « private joke », mais, en fait, avec le temps, je constate que la plaisanterie est une réalité. La rencontre, et encore plus l’amitié d’auteurs a finalement plus de prix que l’œuvre, et c’est de cela dont, quand je le peux, j’essaie de rendre compte.

 

« A l’œil » aussi - il faut bien le dire – parce qu’écrire un blog ne gonfle pas le compte en banque, même si, parfois, il peut lui donner un éphémère urticaire par quelques rebonds inattendus. Or, c’est, pour un journaliste, un paradoxe que d’écrire « pour la gloire » ! Je dirai même plus, il y a là une contradiction de fond : le journalisme est un métier, et tout travail mérite salaire !

 

C’est paradoxalement, en partie, en suivant ce raisonnement que je suis devenu « blogueur ». En mars 2008, alors que Mediapart était encore provisoirement gratuit, pour cause de lancement, je découvre une photographie de Gérard-Aimé, un de mes camarades de prises de vue,  illustrant la remarquable enquête d’Antoine Perraud sur « Les 22 du 22 mars ». Las, la photo n’est pas signée ! Je bondis sur mon clavier et tance vertement, mais courtoisement, la rédaction. Dans l’heure je reçois un appel d’Edwy Plenel s’excusant de la bévue due à l’absence de copyright au dos de la photographie prêtée par un des « 22 ». Le directeur de Mediapart promet de corriger l’erreur et de publier le témoignage du photographe. Bien… Comme l’expérience m’a appris qu’il faut surveiller la presse autant que la presse doit surveiller le pouvoir, je « suis » l’histoire, mais deux jours plus tard Mediapart est devenu payant ! Diable, que faire ? Je m’abonne pour un mois…

 

AutoportraitAutoportrait© Michel Puech / Photos.Puech.info

 

« A l’œil » je les ai les « petits camarades » de Mediapart… Mais, sérieux comme ils sont, ils font ce qui est dit, et je les lis. Leur travail me plait. J’ai envie de les soutenir. Je renouvelle mon abonnement et, du coup en août dernier, ouvre ce blog ! Une façon active de soutenir leurs efforts dans un domaine où, ma foi, à l’époque ils ne sont guère présents, chose qui a bien évolué depuis.

 

« A l’œil » ou presque, dans les années gauchistes, j’écrivais et photographiais comme « journaliste engagé » pour des titres qui n’avaient pas les moyens de rétribuer les contributions. Pourquoi ne pas le faire aujourd’hui dans la rigoureuse aventure qu’est ce site ?

 

« A l’œil » aussi, j’ai écrit, dès 1986 des courts billets d’un écran Minitel dans le serveur « CTL City » qui avait mis en place le premier système interactif transatlantique ! Eh oui, il y a déjà 23 ans que l’on peut dialoguer « on line » avec des new-yorkais et des québécois. Et puis, finalement ces millions de blogs n’est-ce point ce dont nous rêvions dans les années 70 quant à l’initiative de Jean-Claude Vernier, de Maurice Clavel, de Jean-Paul Sartre - et une multitude d’inconnus plus productifs que le plus célèbre - l’Agence de Presse Libération (APL) voulait faire une agence, puis un quotidien « avec et pour le peuple » ? Il n’y a pas de hasard, si l’on retrouve ici, dans le Club Mediapart, le plus actif et le plus sérieux de toute cette bande qui a « Fini de rire ».

 

« A l’œil » aussi - autre paradoxe et pas des moindres - car l’auteur de ce blog consacré principalement au photojournalisme est malvoyant comme on dit. Malvoyant pour un journaliste, pire pour un photographe, c’est le comble ! Qui plus est, je ne suis pas devenu malvoyant, je suis né comme ça ! Je l’étais même du temps, bref il est vrai, où je « faisais du news », c’est-à-dire de la photographie d’actualité. La rétinite pigmentaire qui fait de ma famille – en l’état actuel de la médecine – une famille de « perdant la vue » est particulière, elle détériore au fil des ans le champ visuel. Des 140, 160 degrés de champ visuel d’un humain « normal » que je n’ai jamais été, il m’en reste 10% ; autant dire que le regard se fait pointu, perçant, ciblé, précis dans son objectif. Ne vous apitoyez pas, c’est pour un journaliste et photographe, une extraordinaire aventure, qui pour d’autres néanmoins peut être un drame.

 

« A l’œil » j’ai donc les photojournalistes, leurs publications et expositions et je vais continuer à vous en rendre compte avec subjectivité et précisions.

 

Comme l’an passé, j’aurai donc un regard particulier sur la 21ème édition du Festival du photojournalisme de Perpignan où je « débloguerai » pour vous, et pour mon plaisir !

 

A bientôt, et toujours au plaisir de lire vos commentaires.

 

 

Michel Puech

25 août 2009

Tous droits réservés pour le texte et les photographies.La reproduction intégrale sur tous supports est formellement interdite

 

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Tous les commentaires

J'aime beaucoup votre oeil, et vos "à l'oeil", votre blog que je suis et lis.

Vivement la suite de l'aventure, à Perpignan !

Merci ! Je suis tout rouge, comme mon blouzon.

" le coeur perçoit ce que l'oeil ne voit pas" Al Gazal (1058 - 1111)

Alors continuez à nous éblouir avec votre coeur.....gros comme ça!

J'espère qu'il va tenir le coup, mon coeur ! (sourire)

Paul Desmée, poête dadaiste du début XXème, qui a écrit un joli poême "Frère voyant" pour le catalogue de la première exposition personnelle d'André Kertèsz avait l'habitude de distribuer dans Paris des petits cartons ainssi libellés: "Vous qui ne voyez pas, pensez à ceux qui peuvent voir" ! 

Le plus amusant, c'est que la tradition se perpetue, car l'un de mes fils, en a trouvé un recemment dans Paris.

Dites Michel, hier je n'ai pas eu le temps de voir (c'était le déjeuner), mais vous ai-je été d'une quelconque utilité quand à votre soucis technique ?

Et à Perpignan, surtout, Eugene Richards, surtout. Je ne m'en lasse jamais !

Pour être honnète, le pb. était plus compliqué que vos explications. Mais merci, de votre aide. Le service technique de Mediapart, c'est penché avec compétence et rapidité sur la question.

Pour Eugène Richards... Je vais voir ! (sourire)

;-)

Comme Christine, je suis régulièrement votre “A œil”. Revendiquer la singularité d'une vision déficiente, c'est aussi ce que fit Gilbert Lascault dans un de ses livres (Figurées, défigurées ?). Cela m'a bien aidée à me débarrasser de l'idéal d'une vision normée. En attendant la nuit…

Chère Anne,

 

Votre "commentaire" me touche. Je n'ai pas lu ce livre, aussi je vais me le procurer. Merci de cette recomandation. Le livre qui m'a bien aidé à sortir de la dépression consécutive à ma compréhension des conséquences de la rétinite pigmentaire - et au licenciement de mon poste au CFPJ -  est "Et la lumière fut" de Jacques Lusseyran (Ed Les trois arches). Ami de Philippe Vianney (fondteur du CFPJ), Jacques Lusseyran qui était aveugle, fut l'animateur du réseau de Résistance des lycéens et étudiants parisiens pendant l'Occupation par les nazis...

 

Après avoir lu ça, je n'ai plus pleuré sur mon sort. Depuis j'essaye de tirer le meilleur profit d'une caractéristique physique particulière.  Il n'y a pas de vision "normale", chaque image (photo, peinture etc.) est lue différement par celui qui la regarde, et le regard porté change avec le temps... C'est bien ça le plus passionnant.

Cher Michel, j'avais mis un point d'interrogation après le titre, parce que je n'en étais pas très sûre. Réflexion faite, je me demande si ce ne serait plutôt dans ses  Écrits timides sur le visible, qui rassemblent des textes écrits entre 1968 et 1978 :

 

Textes de la vue courte et du souffle court

[…] Chacun d'eux (sans que je l'ai toujours désiré) est un kaléidoscope de fragments. Chacun, sans doute, peut être pensé en rapport avec mon corps et ses faiblesses : en rapport avec ma myopie et avec mon asthme.”

 

Cela faisait longtemps que je n'avais pas rouvert ce livre, qui ne propose aucune vision unificatrice et revendique, tout autrement que ne le fit ensuite Daniel Arasse, l'attention portée aux détails.

 

Je vais m'y promener à nouveau. Et lire Et la lumière fut. Je vous dirai. 

 

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