Faudra-t-il avoir peur de son psychiatre ?
Faudra-t-il avoir peur de son psychiatre ?
Le gouvernement s’apprête à fairepasser des lois sur la santé mentale sur un mode répressif. Je fais partie des80 % de patients qui sont suivis sans encombres par un psychiatre. Ca n’a pastoujours été le cas : j’ai refusé tout traitement au début de ma maladie.J’ai essayé de préserver mes parents mais ça n’a pas toujours étépossible : il y a eu des moments où ils se sont pris, et la maladie, et ladérive sociale, de plein fouet. S’ils n’avaient pas été là, sans doute que jeserais SDF, malade et non soignée.
J’ai choisi, après ma premièrehospitalisation, la psychiatre avec laquelle je m’étais le plus écharpée et quim’avait malgré tout écrit de revenir la voir (« Revenez donc me voir quenous nous étripions un peu ! » J’exagère à peine). Ce n’est pas tousles jours qu’un psychiatre vous écrit, surtout quand vous refusez touttraitement.
C’est une affaire compliquée quela relation entre un patient et son psychiatre : il faut beaucoup deconfiance dans son thérapeute pour lui dire la vérité de ce qui vous passe parla tête. Si vous n’avez pas confiance, vous ne pourrez rien lui dire et il nepourra pas vous aider. Parfois les mots me venaient mais je n’arrivais pas àles prononcer, parfois rien même n’affleurait à la conscience, de façondicible, de ce que je pensais de manière souterraine. Et il me semble que laconfiance doit être réciproque : j’ai besoin que ma psychiatre me fasseconfiance pour suivre le traitement prescrit et faire appel à elle si je sensque je dérape.
Ce qui se passe dans le cabinetd’un psychiatre, parfois, c’est un jeu de rôles. Il en y a un d’un côté dubureau qui se livre à toutes les dérives et espère que l’autre, de l’autrecôté, va lui répondre n’importe quoi, mais quelque chose d’intelligent etsurtout d’intelligible.
Autant vous dire que je voisarriver avec angoisse l’irruption d’un droit répressif dans cette relationhumaine et thérapeutique. Peut-être que ma psychiatre peut croire que lacontrainte résoudra ses problèmes, je doute beaucoup que cela résolve lesmiens. La première fois que j’ai déliré, j’en ai pris conscience au bout deplus d’un an, après avoir fait, c’est vrai, à peu près n’importe quoi, maiscette prise de conscience que je suis malade et que les certitudes sont pourmoi toutes relatives et parfois pathologiques, elle est définitive et nichéedans un coin de mon cerveau quoiqu’il arrive.
Je ne sais pas comment onparvient à cette prise de conscience, dont il me semble qu’elle est à la foisnécessaire et préalable à tout traitement psychiatrique, sous la contrainte. Ilfaut avoir l’espoir que votre psychiatre va réussir à soulager l’immensesouffrance qui accompagne la folie ou au moins vous débarrasser des symptômesles plus handicapants. Il y a des moments où c’est un fol espoir !!!Peut-être que le problème est là : Comment soulager certainessouffrances ? Le problème n’est pas la répression, du moins il me semble,le problème réside dans l’impuissance des psychiatres à venir à bout de ce quifait souffrir, dans la folie, au-delà du raisonnable.
Monique Perret

