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La sécurité routière

Ce matin, en allant au boulot, j’ai failli me faire écraser par le même camion de livraison qu’hier. On s’est dit bonjour. Ça crée des liens.

Ici, la conduite a indubitablement quelque chose d’italien. La différence, c’est la franchise. En Italie, il y a des feux rouges. Ils ne servent à rien, mais il y en a. Ici, le concept du feu tricolore demeure ésotérique. Il paraît cependant que dans la capitale, à Dar es-Salam, il y en a une dizaine, dont 3-4 qui fonctionnent.


Quand on est un piéton paranoïaque et agressif comme moi, toujours prêt à insulter la mère, le père et l’ensemble des aïeux des chauffards, voire de s’en prendre à leurs mœurs sexuelles (ce qui est parfaitement abusif, j’en suis conscient), quand on se complait à faire exprès de traverser le plus lentement possible en ricanant pour obliger tous ces connards à ralentir voire s’arrêter, eh bien, ici, on apprend rapidement à rectifier ces mœurs asociales. Ou on meurt.


D’ailleurs, la plupart des bagnoles sont des second-hand importées de pays asiatiques (plus quelques Peugeot carrément bisaïeules). Et le jour où les freins ne fonctionnent plus, je suis loin d’être certain que l’idée de les faire réparer effleure l’autochtone. L’Afrique, c’est le retour aux sources, à l’essentiel. Et l’essentiel, dans une bagnole, c’est qu’elle avance.


Même les vélos roulent sans freins.


Sans parler des charrettes à main qui dévalent les pentes dégueulant de marchandises, avec le type qui charroie perché en équilibre.


Pour les piétons, c’est le régime de la terreur urbaine.


Alors évidemment, quand on voit les mêmes charretiers dans le sens inverse suant comme des bœufs en côte, ce n’est pas de la méchanceté, mais on ne peut retenir un petit sourire sardonique en les dépassant d’un pas alerte.


Ce qui rajoute un certain piment à cet état de choses, c’est qu’il n’y a pas – ou peu – de trottoirs. Et quand il y en a ils sont squattés par les marchands ambulants. Donc, on n’a guère le choix, il faut jouer au lapin et au chasseur.


Bref, la courtoisie au volant, c’est pas vraiment le cœur de cible de la sécurité routière. D’ailleurs, cette dernière n’existe pas. Parfois, on ne sait pas pourquoi, un flic se met en tête de faire respecter des règles que nul panneau n’indique. Quand il en a marre de se faire insulter, il abandonne.


Et je ne parle pas des employés de l’ONU, qui sont de loin les plus gros conna… qui ont de loin les bagnoles les plus puissantes. A l’approche d’un passage pour piéton (il y en a quelques-uns), ils ne ralentissent pas, ils klaxonnent. J’étais l’autre jour avec un collègue, il y avait une petite vieille toute cassée avec son fardeau de bois sur la tête, eh bien quand elle a vu le monstre hurlant lui foncer dessus, elle a retrouvé ses vingt ans. Comme quoi les nèg… Tanzaniens font beaucoup de cinéma, le bois ne devait pas être si lourd.


Cela dit, il y a des automobilistes sympas. Peu, certes. Benoîtement, les premiers jours de travail, je pensais que les onusiens me proposeraient de m’emmener, en me voyant marchant au bord de la route, particulièrement lorsque la nuit était tombée, l’espérance de (sur)vie chutant alors dramatiquement (car le Noir se planque dans le noir pour manger le Blanc tout cru). Cela ne m’est encore jamais arrivé. Coup de bol, nul psychopathe francophage n’a croisé ma route.


L’autre jour, un camion qui avait tenté de m’écraser à diverses reprises (un autre) m’a d’ailleurs embarqué à quelques pas de chez moi, sur le chemin du travail.


C’étaient trois ouvriers qui se rendaient à leur boulot. Ils se sont arrêtés hilares en me dépassant, et m’ont fait signe de monter. Je subodorai l’embrouille sournoise. Voulaient-ils que je tâche ma veste de cachemire dans le cambouis crasseux de la cabine ? Se payer ma tête en guise d’introduction à une dure journée de labeur ? M’achever à la main puisqu’ils avaient échoué au camion ? Prendre un Blanc dans son camion était peut-être un porte-bonheur, un peu comme marcher dans la merde du pied gauche ?


Eh bien, ça paraît fou, mais il semblerait qu’ils étaient simplement aimables.

Tous les commentaires

J'aime bien ce billet: comme de l'air frais où humour et sagesse font bon ménage! Merci!

Ça me rappelle l'art de la conduite dite "optimisée Douala"

(qui jouit d'un grand succès aussi dans d'autres parties du Cameroun):

 

Surtout, ne pas s'arrêter, jamais

(ainsi la question des freins devient superfétatoire).

 

Ralentir, anticiper, serrer à droite, à gauche, ou serrer au centre, bifurquer au besoin, donc improviser un nouvel itinéraire plein de surprises et de nouvelles rencontres inattendues,

douzaines de petits trucs plus ou moins chauds, plus ou moins osés, mais toujours acceptés par les autres usagers qui visiblement apprécient l'inventivité sur la route,

bref,

 

surtout ne jamais s'arrêter

(ainsi la question du démarreur, elle non plus n'a plus lieu de se poser!)

:-) :-) :-) 

A Arusha, je n'ai pas le souvenir d'avoir risqué ma vie, mais n'y ai presque pas circulé à pieds.

 

Par contre, au Caire .... Traverser l'avenue des Pyramides, la première fois, peut prendre une demi-heure, puis on s'y fait, ne pouvant dormir là de toute façon, on se lance .... Tout le monde klaxonne, tout le temps, partout, les voitures évitent les piétons qui sont partout aussi on se demande comment. Oui, ça fonctionne assez bien. Ils klaxonnent d'ailleurs même sur un chemin quasi désert de Gournah, près de Louxor, histoire d'avertir l'âne qui marche 500m plus loin qu'un taxi arrive ...  Et effectivement, personne ne s'arrête jamais, piétons ou voitures. Au Caire, j'ai cru que j'allais devenir asthmatique, par ailleurs, vu les odeurs d'hydrocarbures.  

Ceci dit, une marseillaise implantée depuis peu à Paris et essayant de s'intégrer au rond point de l'Etoile, si je me souviens bien ....

Houla! Je ne me hasarderais pas à comparer Le Caire à Arusha, qui reste une ville de province montée en graine. Néanmoins, foi de piéton-cycliste, la circulation y a du chien!

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