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Longue vie a la Culture !

Hier soir, à Amsterdam, le Heineken Music Hall accueillait la soirée de clôture de trois semaines de manifestations et d´actions contre la décision annoncée par le gouvernement Rutte de faire des économies drastiques dans le domaine de la culture.

 

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- Les mesures et leurs conséquencesDans son projet de gouvernement, la coalition gouvernementale formée au début de cet automne a annoncé la suppression de 200 millions d’euros de subventions, une hausse de la TVA et la disparition du WWIK (sorte de RSA pour les artistes débutants).

Rien qu’avec le passage de la TVA à 19%, un billet coûtant actuellement 20€ reviendra à 22€ dès le 1er janvier 2011. Le pass 3 jours à Lowlands devrait ainsi coûter autour de 185€ au lieu de 165€. L’organisation de ce festival a d’ailleurs décidé de mettre les tickets en vente dès le week-end prochain, initiative suivie par d’autres festivals. Certains préviennent déjà de la forte probabilité que cette mesure fasse perdre de l’argent à l’Etat au lieu de lui en rapporter : « Les gens venant aux spectacles seront tellement moins nombreux qu’il y aura justement moins de TVA perçue par l’Etat ».

Mais en plus, la suppression de 200 millions d’euros va provoquer une augmentation supplémentaire des prix de pas mal de spectacles et va carrément faire disparaitre des évènements culturels qui avaient pour avantage d’être à la portée de la plupart des bourses voire d’être gratuits. Le dynamisme culturel des villes va en pâtir cruellement, la tenue d’évènements festifs étant maintenant compromise. Et puis seules les élites auront encore la possibilité de se divertir, ce qui est une mesure loin d’être juste socialement.

La perte de ces ‘revenus’ (moins de subventions et baisse des ventes de tickets) du secteur provoquera des mises au chômage de nombreux employés, ce qui est loin d’être une économie pour l’Etat.

En ce qui concerne le WWIK, sa suppression ne fera pas faire beaucoup d’économies au final. Cette allocation permet aux artistes de démarrer leur carrière et est reconnue efficace puisque des études ont montré que 4 bénéficiaires sur 5 restent actifs dans le secteur après la fin de leur droit à l’allocation et que 90% de ce groupe déclarent même vivre correctement de leur art. Sur le site du Ministère de la Culture figure encore la justification de cette allocation :

« L’art et la culture sont universels. Depuis des peintures du 17ème siècle jusqu’à la musique pop et d’un film politique jusqu’à un spectacle d’humoriste. Art et Culture préservent un passé commun, stimulent le talent et améliorent l’image des Pays-Bas. C’est pour cela que le gouvernement veut rendre l’art et la culture accessible à tous et en même temps stimuler son renouvellement et ceux qui entreprennent dans ce domaine. »

Si le gouvernement a voulu modérer l’impact de ces mesures en affirmant qu’elles ne concerneraient pas la conservation du patrimoine, d’autres ont rétorqué que c’est le patrimoine de demain qui est attaqué.

 

Les réactions du milieu de l’Art et de la Culture :Depuis les élections de juin déjà, les artistes font part de leurs inquiétudes : les projets d’économies figurant dans le programme du VVD leur faisaient craindre bien des choses pour leur avenir. Leurs craintes n’ont fait que croître au cours de l’été avec la constatation que leurs intérêts n’avaient aucune chance d’être défendus au sein d’un gouvernement qui s’annonçait très libéral. Le projet d’accord de gouvernement publié en octobre leur a appris à quel point leur secteur était menacé. La mobilisation n’a depuis pas faibli.

Ce week-end, environ 70 villes et villages se sont mobilisés aux Pays-Bas contre les mesures annoncées, sous le slogan « Crier pour la Culture ». Artistes, intervenants du secteur culturel et sympathisants se sont rassemblés dans les rues pour débattre et crier leur désaccord. Plus de 100.000 manifestants à Amsterdam ont clôturé l’évènement par une minute de cris assourdissants .

Hier soir, c’était le Heineken Music Hall qui accueillait une soirée de protestation rassemblant les grands noms du secteur culturel néerlandais. La soirée, retransmise sur l’une des chaines publiques, avait pour but de donner une visibilité au mouvement, de faire entendre les voix des artistes s´opposant à ces mesures et de faire prendre la mesure de la richesse culturelle néerlandaise et de sa diversité. Wende Snijders, Kyteman, Acda en de Munnik, de Metroploe Orkest et bien d´autres ont occupé le podium, des écoles d’art et des instituts culturels étaient représentés et les accès à la salle ainsi que le foyer étaient utilisés pour montrer ce que les Pays-Bas ont à offrir à la culture.

 

Les réactions politiques : Dans le milieu politique, les réactions se font également entendre. Les mairies font part de leur déception et annoncent les unes après les autres les conséquences que cela va avoir. Les municipalités se voient amputées de 9% en moyenne de leur budget culturel. Certaines comme Rotterdam se contenteront d’une réduction ‘mineure’ de 4,8%, Amsterdam et La Haye devront gérer leurs budgets culturels avec 10 et 16,5% en moins et Echt-Susteren devra s’en sortir avec 41% en moins.

Dans un courrier adressé au Ministre Halbe Zijlstra (VVD), les chargés d´affaires culturelles des neuf plus grosses municipalités des Pays-Bas (Wethouders van Cultuur – G9) ont qualifié de « disproportionnellement sévères » les économies proposées et décidées concernant le secteur de la culture. Ils reconnaissent eux aussi que des économies doivent être faites, mais craignent que celles qui ont été choisies ne conduisent à « un dommage irréparable ». Ils réclament la constitution d’une commission pour étudier les intérêts qui sont en jeu et proposer une réforme complète du système culturel.

Par la voix de Jette Klijnsma, porte-parole du PvdA en matière de culture, le Parti des travailleurs s’oppose à ce qu’il appelle des « coupes sombres ». Le PS (SP) appelle lui aussi à résister à ces coupes.

Mais aussi à l’intérieur des partis de la coalition des personnalités ont fait entendre leur opposition. Elco Brinkman, ancien ministre CDA de la Culture parle de « colère [face à la façon dont le gouvernement] traite la culture » et d’une culture qui devient « élitiste ». Plus surprenant, l’ancien leader du VVD (le parti ayant proposé et défendu ces mesures) s’oppose fortement à ces économies drastiques. Il plaide pour une augmentation du budget – et des subventions - de la culture pour que les Pays-Bas atteignent le niveau de l’Allemagne et de la France. Comme il faut bien prendre l’argent quelque part, il préconise de réduire le budget de l’aide au développement de moitié ce qui la aussi mettrait les Pays-Bas au même niveau que ses voisins.

 

Une réforme et des économies nécessaires, mais une absence de projetTous ces opposants ont décidé de signer une pétition commune pour appeler le gouvernement a plus de retenue. Tous sont d’accord sur le principe de la nécessité de faire des économies en cette période de restrictions budgétaires liés à la crise économique de 2008. Là n’est pas la question. Ce qu’ils réclament c’est une concertation pour que ces économies ne tuent pas la vie et le dynamisme culturels du pays.

Politiques, artistes, intervenants du secteur et simples sympathisants voient dans la culture une manière d’ouvrir des perspectives, d’appréhender le passé et de découvrir les innovations, de partager un plaisir d’être ensemble. Ils rdemandent que l’accès de tous à la culture soit garanti et non réduit ou supprimé. Ils déplorent une destruction programmée de la richesse culturelle du pays, alors que tant d’efforts ont été faits pour atteindre le niveau actuel.

Ce qui est finalement réclamé, c’est un projet gouvernemental réel et réfléchi qui accompagnerait des économies rationnelles et stimulantes plus que destructrices. Un souhait qui est crié : « Longue vie à la Culture ! »

*Leve de bechaving !

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