Marseillaise sifflée: la gêne des quartiers à agiter l'étendard hexagonal
On ne saura jamais le nombre exact de spectateurs qui ont hué La Marseillaise lors de la rencontre amicale disputée entre la France et la Tunisie, mais certains spécialistes affirment que 5.000 sifflets suffisent à foutre un gros bordel à l'intérieur du Stade de France. Si à chaque match de football, on sanctionne quiconque sifflant La Marseillaise, alors les tribunaux ont du mouron à se faire.
Douce France et notamment depuis que Maître Sarko est installé sur le trône du Royaume des Francs, n'a pas son pareil pour évacuer les problèmes de fond et préfère les déclarations à l'emporte pièce, comme par exemple la déclaration de Miss Banlieue : «ceux qui ont sifflé, sont des voyous», ou la menace du gouvernement, qui sera vite oubliée et seulement destinée à calmer le peuple outragé, d'arrêter le match à chaque fois que l'hymne national sera conspué…
On aurait aimé que ce dernier réagisse avec la même ardeur quand un joueur noir se fait traiter de « sale singe ».
Bref, depuis 2001, et l'affaire du match France-Algérie, on s'indigne du manque de patriotisme de la part d'une partie des «Français». Car pour une fois, les politicards reconnaissent à ces «voyous» une intégrale «francitude». C'est déjà ça ! Pourquoi ne pas profiter de ces épisodes malheureux pour que s'ouvre enfin un vrai débat sur les Identités ? Ce n'est pas parce qu'il existe un ministère de l'Immigration et de l'Identité Nationale qu'on prend le temps de traiter ces questions complexes. Bien au contraire…
On voudrait que ces « jeunes » adhèrent au système républicain, on aimerait qu'ils aiment la France et qu'ils vibrent de tout leur corps en entendant La Marseillaise.
De qui se moque-t-on ? Il n'y a rien dans les quartiers populaires qui donnent envie d'accepter ces règles du jeu, chômage tentaculaire, harcèlement policier, entassement dans des logements moches, mal foutus et déguellasse, ghetto ethnique : les familles blanches se comptent sur les doigts des orteils. Dans les cités, la culture française, c'est comme parler chinois à Boulogne-sur-Mer ! Et puis, l'histoire coloniale est toujours cette plaie douloureuse qu'on arrive pas à guérir. On oublie aussi que pendant trente ans, Jean-Marie Le Pen a fait son beur sur le dos des « communautés » maghrébines et africaines, jusqu'à ce qu'il atteigne le second tour des élections présidentielles en 2002. Le leader frontiste fut le seul à s'approprier le drapeau BBR.
Voilà pourquoi, beaucoup, et pas seulement chez les Français «ayant trop pris le soleil», ressentent une gêne à agiter l'étendard hexagonal.
A côté de ce malaise identitaire réel et inquiétant, de plus en plus de Français issu de la diversité arrivent à composer sereinement avec leurs identités multiples.


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Cher Nadir, Merci de la nuance qui évite les amalgames: oui, il y a ce malaise identitaire réel et inquiétant, mais il y a aussi de plus en plus de Français issu de la diversité [qui] arrivent à composer sereinement avec leurs identités multiples. Je vous suis tout à fait également quand vous dites Beaucoup, et pas seulement chez les Français «ayant trop pris le soleil», ressentent une gêne à agiter l'étendard hexagonal. On peut (c'est mon cas) trouver gênant que s'exhibent des drapeaux lors des matchs, Marseillaise en fond sonore, on peut détester ces signes ostentatoires de nationalisme. Sans être pour autant "anti-français". Simplement parce que l'on sait ce qu'impliquent le plus souvent les nationalismes. Bien cordialement.
Bonsoir, Pensez-vous que cette "gêne" de certains vis à vis des symboles de la république française ne soit pas plus profonde ? Siffler un hymne national n'est pas un acte anodin. Je veux dire ce n'est pas comme siffler Johnny Halliday si on n'aime pas ces chansons. Il a un sens politique très fort, puisqu'il touche à un symbole. A mon sens il y a là plus que de la "gêne".
Siffler l'hymne national lors du défilé du 14 juillet est sans doute un acte politique, délibéré, engagé! Siffler l'hymne national lors d'un match France-Tunisie me semble davantage l'expression d'une colère, d'un mal-être, d'une révolte de jeunes confrontés à quelque chose qui interroge leur futur. Cela se passe sur un terrain de football et il y a peut-être quelque chose à comprendre de la composition de ces populations (et pas seulement des "gens venus d'ailleurs") que la politique rejette de plus en plus de l'éducation et de l'instruction. Et le sens politique fort qui prend ce symbole lorsqu'il est sifflé, devait en effet nous interroger et nous mobiliser sur ce que vous évoquez comme la "lépenisation des esprits": On oublie aussi que pendant trente ans, Jean-Marie Le Pen a fait son beur sur le dos des « communautés » maghrébines et africaines, jusqu'à ce qu'il atteigne le second tour des élections présidentielles en 2002. Le leader frontiste fut le seul à s'approprier le drapeau BBR.
on peut siffler la marseillaise dans son bain sur l'air de pom pom pom mais pas siffler la marseillaise quand elle est chantée par quelqu'un d'autre. Et si on réfléchissait aussi à cet étendard sanglant (beurkh), à ces soldats qui rugissent dans nos belles campagnes, à ces fils (pas de filles?) et ces compagnes (et nos mecs, alors?) qui se laissent égorger...bref, si on faisait pom pom pom au lieu de débiter ces horreurs? Une version son, purement musicale, adaptable selon les lieux, jazzée, rappée, au clavecin, à l'ukulélé, au vibraphone, gainsbourguée, grappellidjangotée, etc. Enfin, ce que j'en dis.....
Je vote pour la proposition de Mima: une Marseillaise purement musicale. Et j'ajoute dans le paquet (pourquoi se priver, hein) l'abolition de tous les signes ostensibles de nationalisme lors des compétitions sportives.
Je ne partage pas tout à fait votre avis sur les compétitions sportives et le nationalisme sous-jacent. Je pense qu'on peut avoir "l'amour du maillot", selon l'expression consacrée, sans pour autant être nationaliste intégriste. Il y a quand même, n'en déplaise à certains, quand même quelques valeurs véhiculées par le sport, et la réaction des joueurs tunisiens le prouve bien.
Je pense que Nadir a parfaitement raison sur les raisons des sifflets. Il faut considérer que toute une partie de la population - française - n'est pas considérée comme française, mais comme française d'origine maghrebine/africaine/, etc. - rayez la mention inutile. Cela pose en effet un grave problème d'identité, dans la mesure où ces gens ne sont pas reconnus comme Français à part entière, alors qu'il font partie de la deuxième, troisième voire quatrième génération qui a la nationalité française. En même temps, lorsque ces gens vont dans les pays qui ont vu naître leurs grands-parents, arrière-grands-parrents, etc. ils ne se partagent pas non plus l'appartenance pleine et entière à la culture, le style de vie, etc. Il y a là un double déracinement, et l'appartenance à une communauté "entre-deux-mondes", qui, aux yeux des autres n'est pas française, et pas plus maghrebine ou africaine. Si l'on veut régler le problème des sifflets de la Marseillaise, c'est peut-être plutôt par là qu'il faut commencer à chercher, plutôt que d'apporter des mesures répressives, comme évoqué par nos "têtes pensantes" à la tête de l'Etat.
Dernier point et je pars après en courant... Je trouve, à titre personnel, que les paroles de la Marseilaise ne sont pas plus choquantes que cela. C'est un symbole de la République, oui, et justement, le symbole est aussi dans les circonstances de l'écriture de l'hymne, dans le contexte, dans ce que cela représente pour l'évolution du pays. Dans ce cas, pourquoi ne pas revoir le drapeau, qui représente les couleurs de la ville de Paris encadrant le blanc du Roi... La France ce n'est pas que Paris et le Roi n'y est plus...
Jérémie, il est clair que beaucoup de garçons et d'hommes partagent votre point de vue. J'aime bien regarder un match de foot ou de rugby, mais je ne mets rien de plus dans le maillot :-) Quant aux paroles de la Marseillaise, écoutez-les bien en essayant de vous identifier à une femme. Vous verrez qu'il est question de nos femmes, ce qui sous-entend sans ambiguïté que le locuteur est un homme. Je ne parle même pas du sang impur qui abreuve nos sillons. Pour le reste, je suis d'accord avec vous: outre que Sarkozy n'est pas pour grand chose dans ces sifflets, la réponse répressive est une stupidité.
Mais chère Art Monika, dans ce cas, pourquoi prendre la défense de la langue française ? Je veux dire, que met-on derrière la langue française, quelles valeurs, quelle symbolique ? "L'amour du maillot" est directement rattaché à une question d'identité. Etre de tel ou tel pays, en partager la culture, les valeurs, le mode devie, etc. tout cela fait partie de l'identité de chacun, et participe de la construction de la personnalité. C'est en tout cas ce que je vois là-dedans.
Concernant la Marseillaise, vous avez raison, le locuteur est un homme. Clairement. Mais c'est un chant guerrier, et du moins à l'époque sinon encore aujourd'hui, ce sont plutôt les hommes qui vont s'entre-étriper à la guerre (à part peut-être Madame Thatcher). Le sang impur, oui, mais c'est encore une question de contexte, les Français Républicains, radicaux et menacés par les "sang-bleu" royalistes étrangers... Effectivement, aujourd'hui, cela ne tient pas, et je crois que plus personne, à part certains populistes fascisants n'y prete attetion.
Mais puisque le locuteur de la Marseillaise est un homme, je suggère alors de supprimer Marianne et la Semeuse... En tant qu'homme, je ne peux m'y identifier...
Cher Jérémie, il est vrai que j'aime la langue française, d'autant que mes grands-parents ne la parlaient pas, et j'aime la France, qui les a accueillis. J'aime d'autant plus la langue que je travaille avec des enfants qui souffrent de mal la maîtriser et des adultes qui en perdent l'usage. Mais, comment dire, je suis dérangée par le nationalisme qui pousse à ne plus voir les belles passes ou les belles cocottes pendant un match, parce qu'elles sont faites par un joueur de l'équipe adverse. J'ai déjà moi-même senti ces petites mesquineries en moi, et je n'ai pas trouvé cela très cool ou très casher :-) Pour la question de Marianne, vous me taquinez un peu et c'est de bonne guerre. Mais n'oubliez pas, quand même, que quand vous mettez un homme et une femme dans un groupe, l'adjectif sera au masculin, car le masculin l'emporte sur le féminin. N'oubliez pas que les femmes sont moins payées à travail égal que les hommes, que les découvertes des femmes sont souvent occultées par celles des hommes. Vous ne pensez pas que nous pourrions créer des formes moins clivées et moins figées, d'un côté OU de l'autre ?
Chère Art Monika,
Et vous avez raison de la défendre et de l'aimer ! Ce que je veux dire, c'est que la langue, comme le drapeau, l'hymne, etc. sont des symboles du pays. Vous me direz que d'autres pays parlent français, mais nous savons tous pourquoi. A partir de là, on peut prêter aux gens qui défendent la langue un nationalisme sous-jacent. C'est vrai, pourquoi ne pas généraliser l'anglais plutôt, puisque c'est la langue partagée par le plus grand nombre d'êtres humains ? Pour cela, comme pour Marianne, c'est vrai que je taquine, mais c'est pour aller au bout du raisonnement. Si l'on ne s'identifie pas à la Marseillaise parce que les paroles sont au masculin, alors il y a d'autres symboles que l'on peut rejeter parce qu'ils sont féminins. Si l'on trouve que l'hymne est nationaliste, alors d'autres choses doivent également être considérées comme telles. Y compris la langue.
Je sais que le sujet de l'égalité homme-femme vous tient très à coeur, avec raison, mais les considérations sur les salaires, les découvertes, etc. - même si c'est un sujet important, qui mérite débat ET des modifications sociétales - ne sont pas à inclure dans le débat initial sur l'indentification aux symboles du pays et du nationalisme qui en découle et qui serait inhérent au sport. Je suis surpris que vous puissiez d'ailleurs ressentir parfois ces "petites mesquineries", comme vous les appelez. Lorsque l'on aime le sport, le jeu, je pense que l'on peut apprécier les beaux gestes d'où qu'ils viennent, tout en supportant sa propre équipe. Et c'est le plus fort à l'instant T qui gagne. Souvent, tout du moins. Pour cela, je crois que nous aurions beaucoup à apprendre des anglo-saxons, malgré certains débordements. Mais à Glasgow par exemple, le public chante, encourage et supporte positivement leur équipe, savent reconnaitre le jeu de l'adversaire, et sont supporters même dans la défaite.
Arrêtons la langue de bois et je dis ce que tout le monde sait Lorsque les jeunes apprentis à Bercy ont sifflé Nicolas Bruni qui n'a pas osé se présenter pour son discours : ce n'est pas un symbole de la république qu'il sifflait c'était bien le plus "grand" représentant de l'état. Tout le monde ou presque sait que si on a sifflé la marseillaise c'est à cause de Sarkozy. Lui Sarkozy le sait très bien et c'est pour cela qu'il est furieux et que cela a fait tant de bruit en "pleine crise financière mondiale !" Le respect ne s'impose pas il se suggère et mieux il se mérite. Qui ne se rappelle pas du "karchër", du "casse toit pauv'con" des contrôles d'idendité au faciès, de la concentration de catégories dans les banlieues, etc.... Arrêtons la langue de bois et avouons le que la faute est la politique de Sarkozy et de son clan depuis qu'il a droit à la gestion publique. C'est triste mais ces sifflets sont destinés au représentant actuel de la France.
Cher Gaebus,
Pour rappel, Nicolas Sarkozy n'était pas Président en 2001 lors du match France-Algérie... Il serait bon de ne pas tout ramener à des affaires personnelles...
a t on sifflé la chanteuse ou la chanson, Dans le film le Cavalier noir (titre original The singer not the song Un prêtre, le père Keogh, arrive au village isolé de Quantano pour y établir une congrégation catholique. Il ignore que le pays est dominé par un criminel, l’impitoyable Anacleto. Celui-ci, athée, interdit toute forme de culte et, lorsque le père Keogh veut tenir ses offices, il exerce des représailles en faisant assassiner ceux qui s’y sont rendus. Keogh résiste à ses menaces, ce qui provoque un intérêt inhabituel d’Anacleto envers le prêtre. Anacleto est amoureux du curé…Mylene Demongeot est amoureuse du curé, tout va mal Dick Bogarde mourra dans les bras du prêtre en susurrant the singer not the song Au stade de France c'est pareil une bande d'heteros existe croit elle en s'offrant une érection médiatique. Je me souviens des militants d'extrême gauche qui refusaient de se lever pour entendre La Marseillaise, là aussi les mœurs politiques se sont dégradées le niveau monte 'Christian Baudelot)
Les Espagnols ont un hymne national sans paroles, ça ne les empêche pas de gagner... Si on prenait plutôt comme hymne "national" footballistique, la chanson carlabrunesque avant l'heure: "Mon père m'a donné un mari, mon Dieu quel homme, quel petit homme..."?
Les Espagnols ont un hymne national sans paroles parce que les paroles sont franquistes... Ce n'est pas tout à fait comparable, je pense...
1) on médiatise un non événement 2) on nous refait le coup des bons et des mauvais Français. POURQUOI?
à Jérémie "la langue, comme le drapeau, l'hymne, etc. sont des symboles du pays" Le drapeau, l'hymne, oui. La langue, elle, n'est certainement pas un "symbole". Les paroles espagnoles ont été supprimées parce que, franquistes, elles ne convenaient pas. Pourquoi garder des paroles qui ne conviennent plus puisque xénophobes et machistes ? On pourrait les remplacer sans dommage par celles de "Il était un petit navire". à Mima Il semble bien que n'importe quel incident aurait été monté en épingle, tant le gouvernement et la plupart des médias avaient envie de changer de sujet de conversation (on les comprend).
Le Français est bien un symbole Melchior. C'est la langue du Pays, que nous partageons avec nos anciennes colonies et uniquement avec elles (et le CIO, mais c'est un autre débat) La France serait-elle la France sans le Français ? Notre littérature serait-elle ce qu'elle est sans le Français ? Ou alors développez je vous prie ce que vous voulez dire par là.
à Jérémie Exactement ce que vous dites. On pourrait changer d'hymne, et même de drapeau, sans toucher à la substance de notre cher et vieux pays. On pourrait diviser la FFF en plusieurs entités comme font nos voisins d'outre-manche. La langue, c'est autre chose, elle est consubstantielle à la francité. A deux conditions: 1) ne pas la figer, car nous n'avons que faire d'une langue morte ou même corsetée, 2) ne pas la promouvoir contre les autres, ni l'anglais, ni l'espéranto, ni les langues dites régionales. Plus les compétences linguistiques sont développées, mieux on se porte avec sa langue "nationale". Que cent fleurs s'épanouissent. Quant à "notre littérature" (dont je me soucie davantage que de "notre" football): Shakespeare et Cervantès, , Borges, Asimov, Umberto Eco font partie de "ma" littérature, et Maurice Druon assez peu (sauf le dernier volume des Rois maudits).