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La Gloire et la rivière

À l'intérieur d'un centre de rétention : La Gloire et la rivière

Cimade   

 

Monsieur N, retenu numéro 472/09 est étendu là, devant moi, dans le bureau de la Cimade du centre de rétention de S.

Dehors, un gamin court pour rejoindre ses copains sur le terrain de foot : l'entraînement commence à 17 heures et il est en retard.

Dehors, une mère de famille, cinq enfants en orbite, rentre des courses. Sa petite fredonne la Marseillaise comme elle fredonnerait une comptine. La mère agacée lui dit : « Fatou, arrête de chanter ça. » Et la petite de répondre : « Mais maman, c'est une nouvelle chanson que la maîtresse nous a apprise ce matin ». Dehors, l'eau de la rivière gambade inlassablement dans son lit de boue. 

 


Monsieur N est au centre de rétention depuis de longues semaines déjà. Il aura peut-être été le vingt-millième sans-papiers interpellé de l'année. Un petit poisson dans le Pacifique.

Inquiet dès le premier jour, il a demandé à me voir tous les matins. Chaque jour, il a eu besoin d’une nouvelle idée, d’un nouvel espoir pour se tenir debout. Chaque jour, devaient germer en lui de nouveaux mécanismes de défense, de nouvelles questions : « Madame, si je fais appel de la décision du tribunal, je vais pouvoir sortir ? », « Je pense que je veux faire réexaminer ma situation par l'OFPRA », « Madame, ça n'est pas normal que je sois ici, je suis un vrai réfugié, ma situation doit être entendue ».

Bien sûr, il m'est arrivé de lui répondre que je ne pouvais pas le recevoir parce que d'autres urgences m'occupaient. « Tous les jours, ça n'est pas possible, non, ça ne sera pas possible ». Dans son regard alors, toujours la même question : qu'y a-t-il de plus urgent que ma vie ? À chaque entretien il se présentait le poing serré sur son PV d'interpellation et sur sa peur.

Ce mardi-là, la greffière, rangers aux pieds et équipement de rigueur à sa taille de guêpe, galope à travers le couloir, escalade les marches qui mènent à la zone de vie des retenus : elle vient annoncer à monsieur N que le consulat a délivré un laissez-passer sans même le rencontrer et qu'il prendra son avion dans deux jours. Elle pousse la lourde porte qui retombe aussitôt comme un marteau sur une enclume. Même la porte prévient au mieux toute fuite, tout déplacement sans autorisation, sans clé, sans escorte. La greffière crie : « Monsieur N ! ». Pas de réponse. « Monsieur N vous êtes où ? Oh ho ! ». Elle lui annonce la bonne nouvelle et s'en va.

 

Il est 9 h 32. Monsieur N se tient debout au milieu de la cour de quelques mètres carrés, entourée de murs desquels même la laine de verre tente de s'échapper. Au-dessus de sa tête, un filet de sécurité le sécurise. Dans les angles, des caméras de sécurité le sécurisent et sont les témoins du coup qu'il vient d'encaisser. Dans deux jours, le contribuable français y mettra de sa poche pour l'envoyer chialer ailleurs. 

À 9 h 33, monsieur N demande à voir la Cimade. Je suis occupée. Il demande encore à 9 h 40, à 10 h 30, à 11 h 43. À 13 heures, il téléphone sur mon portable d'urgence.

 

 

Lorsqu'il avait fallu l'aider à rédiger sa demande d'asile, il avait eu la même fébrilité. Il avait cherché au grenier de sa mémoire tout ce que, jusque là, il avait voulu effacer et fuir.

Ses mots sous ma main, j'en sentais physiquement la brûlure. Mère assassinée. Père assassiné. Lui, emprisonné. Son torse ébouillanté. Sa peau presque blanche sous son tee- shirt. Il avait parlé par nécessité, tentant vaillamment de dépasser le bégayement qui surgissait à chaque fois qu'il repensait à ce « avant », bégayement qui révélait son désir de parler plus vite que la peur du souvenir.

Dans l'après-midi, je le reçois. Recevoir est un terme qui prend ici tout son sens. Je regarde le listing du jour : 27 noms, 27 visages pris en photo par le flic de l'accueil. À côté du sien, je lis « Roissy : 11 h 30 ». Je suis calme. Je sais que monsieur N est un homme posé. Il a cette douceur ronde qui lui vient sans doute de sa mère rwandaise. Il a beau mesurer près de deux mètres et peser au moins 120 kilos, il donne le sentiment de pouvoir tenir un oiseau dans ses mains sans l’effrayer. Pas un crescendo dans son expression, chaque mot équivalent à l'autre : Bach ressuscité.

 

Nous parlons près d'une demi-heure. Il n'y a plus rien à faire. Toutes les voies juridiques ont été explorées. Tout a été rejeté : les appels, les courriers, la demande d'asile. Le genre de situation où l'on se dit qu'avec ou sans droit, le résultat reste invariable. Son corps imposant n'entre pas dans le cadre du droit, semble-t-il.

 

J'ai la lourde tâche de lui expliquer une fois encore que son recours auprès de la Cour Nationale du Droit d'Asile n'empêchera pas son expulsion. Il ne refuse pas de le comprendre : il en est incapable. Autant lui demander de condamner l'espoir. « Ça n'est pas normal d'être envoyé à la mort avant d'avoir obtenu une réponse. Vous en convenez avec moi madame, ça n'est pas correct ? ». J'en conviens de toute mon âme et cela ne sert rien d'autre que mon confort intellectuel.

 

Je pousse la porte d'un monde schizophrénique et me mets à lui expliquer les conséquences possibles du délit qu'il va devoir commettre, puisque sa volonté ira « jusqu'à mourir plutôt que de se retrouver au Congo ». Il me semble que tout intervenant en rétention, dans ces instants pénibles, prend la pleine mesure de ses convictions et de la force qu'elles lui confèrent. Je lui dis : « Ils vous emmèneront sur le tarmac », « Il faut attendre que les passagers entrent dans l'avion pour vous mettre à crier et à vous débattre ». Je lui dis « Cela peut aussi se passer sans heurt, un simple refus verbal et la police vous ramènera au centre ». Il demande s'il sera menotté, frappé, si sa dignité sera respectée. Il demande sans demander : il ne réfléchit plus.

 

À mesure que je lui parle, son comportement devient étrange, il ferme les yeux et lève ses bras comme s'il s'étirait, fait craquer les os de son cou. Je ne comprends pas tout de suite ce qui lui arrive. Je l'appelle : « Monsieur N, vous m'entendez ? Monsieur N ? ». Il ne répond pas. Il ne m'entend apparemment plus. Je suppose qu'il va se mettre à pleurer ou qu'il peut éventuellement se mettre en colère : je suis prête à cela. La veille encore, monsieur C s'était écroulé, surnageant à peine dans un lac de larmes brûlantes.

 

Soudain, tous ses membres se mettent à trembler. Des spasmes d'une violence pour moi inédite le traversent sans qu'il ne puisse visiblement les contrôler. Il tombe de sa chaise et s'écroule sur le sol. Il se retrouve à terre et se tord dans des mouvements saccadés, il hurle entre râles et sanglots. J'ai un mouvement de recul, je sais qu'il ne me fera pas de mal, mais je vois bien que la terreur le domine bien plus que son esprit ne peut le faire, qu'il est complètement dépassé. Ses pieds se prennent dans les fils de l'ordinateur, sa tête cogne le sol, ses bras claquent contre le mur, sa respiration est de plus en plus forte et s'accélère. J'ai même l'impression qu'elle pourrait s'arrêter tellement il semble suffoquer et épuiser tout son souffle, tous ses muscles.

 

Monsieur N, retenu numéro 472/09, est étendu là, devant moi, dans le bureau de la Cimade du centre de rétention de S. Le policier qui l'a accompagné dans le bureau, et qui attend derrière la porte, entre et me

demande ce qui se passe. À voir son visage épouvanté, je comprends l'ampleur de la situation. Il se rue sur mon téléphone interne, appelle la brigade à l'aide. Il appelle le greffe, le chef de centre adjoint. S'il pouvait, il appellerait sa propre mère. Très vite, le bureau est envahi. Monsieur N est au sol, toujours secoué de spasmes, des cris insensés s'échappant des profondeurs de son histoire plus que de sa gorge, quatre policiers sont autour de lui. La greffière appelle immédiatement les pompiers.

 

Je ne sais pas quoi faire de moi-même. Je ne veux pas assister à cela. Je ne veux pas le regarder à terre, tordu comme une chenille, nu comme un ver, nu dans sa dignité. Je ne veux pas non plus le laisser seul avec eux. Ma présence empêchera leur débordement éventuel. Alors je reste là, adossée au mur. De temps en temps, j'essaye de lui parler, je m'approche de lui, je pose ma main sur son épaule, je lui frotte le dos « Monsieur N, c'est moi, vous m'entendez ? ». C'est inutile. J'essaye de penser à ce qui doit me protéger, parce que je suis en train de glisser sur une pente dangereuse, je me demande ce que j'ai dit et qui a pu déclencher sa crise, comme si j'en étais responsable. Mais je dois me retirer, c'est à ceux qui l'enferment d'assumer.

 

Les pompiers arrivent en quelques minutes à peine. Ils ont l'habitude de venir au centre de rétention. Ils connaissent les lieux. Ils sont trois. Une femme et deux hommes. La femme dit n'avoir jamais vu ça de sa vie, elle réfléchit et passe en revue ses cours de secourisme : « Ce n'est pas de l'épilepsie, ce n'est pas de l'asthme ». Certes non. C'est de la terreur. C'est ce qui se produit quand on inflige à un Homme une chose qu'il ne peut humainement pas porter, même en mobilisant tout ce qui fait de lui un Homme.

 

Je sors du bureau. Je suis en mouvement permanent. Je marche de long en large. Ma seule fonction est d'être là, mes yeux et mes oreilles en parfait éveil. L'un des pompiers prend le téléphone et décide d'appeler le médecin de garde. Le standard de l'hôpital le met en attente. Soucieux de ne pas délaisser ses collègues qui essayent tant bien que mal de maîtriser monsieur N, il branche le haut-parleur du téléphone pour libérer ses mains et pose le combiné sur le bureau. A lieu alors l'instant le plus inhumain qu'il m'ait été donné de vivre au centre de rétention : le haut-parleur crache une musique d'attente. Pendant que quatre policiers et trois pompiers sont penchés sur monsieur N qui hurle à la mort, les yeux révulsés, les tempes trempées de sueurs, les membres écartelés, résonne dans le bureau : la petite musique de nuit de Mozart.

 

Je suis assise sur la chaise qui se trouve à la sortie du bureau, réservée habituellement au policier qui attend les retenus qui sont en entretien avec moi. Mille choses me traversent l'esprit. La crise de monsieur N dure depuis déjà quinze minutes. Quinze gigantesques minutes. Ma pensée se dilue dans l'atmosphère : retiens bien tout ce qui se passe pour en témoigner dans le détail. Pour en témoigner jusqu'à ce que la sidération se répande et que les foules se lèvent. Je me dis que l'administration m'a volé Mozart pour toujours et que je ne pourrai jamais plus écouter cette foutue musique sans entendre les hurlements déchirants de monsieur N.

 

À côté de moi, l'un des policiers se tient debout, le teint rouge et bouillonnant de remise en question. Il a le visage qu'ont les gens aux enterrements, ou à l'église pendant la sainte scène. Oui, cela me rappelle la mine recueillie et incompréhensible qu'avaient les adultes que je voyais, petite, se tenir en cercle autour de la table pour manger gravement ce morceau de pain qui, au fond, n'était rien d'autre qu'un simple morceau de pain. Il doit sans doute se dire que son métier de flic n'est pas marrant tous les jours mais qu'il faut bien en passer par là. Je me demande quelle est la raison, la raison sérieuse et valable pour laquelle il faut en passer par là. Mais que pouvons-nous attendre de lui ? Qu'il ouvre les portes du centre et laisse filer monsieur N ? Allons, allons… aucune décision ne lui appartient, c’est ce qui le protège.

 

Les pompiers sont toujours en train d'essayer de calmer monsieur N. L'un d'eux me demande son prénom. Peut-être, me dit-il, qu'il a besoin de familiarité.  La Gloire. Il s'appelle La Gloire, lui réponds-je. Je crois bien que cela provoque un léger rire chez les policiers. Tout léger. Juste une petite bouffée d'air expectorée sans penser à mal. Convenons qu'aucun auteur n’aurait inventé de nom plus à propos.

 

Dehors, le gamin tire au but et marque. Ses copains se jettent sur lui et le congratulent. Dehors, une vieille dame promène son chien, qui pisse généreusement sur les grilles du centre de rétention. « Allez viens, Fifi, on rentre à la maison. Fifi ! Viens ici, tu vas nous faire avoir des ennuis ! ». Dedans, sur un fond de Mozart, la greffière lance calmement : « La Gloire, vous m'entendez, La Gloire ? C'est pas la peine de faire ce cinéma, vous le prendrez de toute façon, votre avion ! Allez, allez, calmez-vous La Gloire, c'est pas comme ça que vous y arriverez ». Il est toujours à terre, roué de coups par l'invisible main de la peur. La greffière attrape une bouteille d'eau, mouille sa main et passe le dos de ses doigts sur la joue du comédien. Son geste est presque tendre. Je ne sais plus où je suis : entre son geste et ses paroles, il y a pourtant des mondes, des gouffres, mais elle semble n'en pas faire grand cas. Son geste s'apparente à la pataphysique. On dirait une insulte. Je voudrais qu'elle ne le touche pas comme ça.

 

Au bout d'une demi-heure d'horreur, une accalmie du rythme cardiaque de monsieur N permet aux pompiers de le faire lever et de le porter jusqu'au camion qui l'amènera à l'hôpital de P; Trente minutes. Un demi-cercle de silence. Il parvient à se tenir debout et marche aussi lentement qu'un homme qui sortirait des décombres de sa maison écroulée après un tremblement de terre. Quatre hommes en bleu le soutiennent par la taille, les coudes, les épaules. Impossible de dire s'il respire ou s'il crie : son souffle puissant ouvrirait les portes du centre si le policier ne le faisait pas en passant devant l'étrange cortège. « Attendez, je vous ouvre. Allez-y, passez, allez-y, c'est bon, je tiens la porte ».

 

La greffière vient vers moi : « Ça va ? ». Je hausse les épaules et lui fais une grimace signifiant : « Qu'est-ce que je peux vous répondre là, hein ? » Je trouve moyennement opportun qu'elle s’adresse à moi, mais ma relation avec les policiers du centre est pour ainsi dire l'un de mes outils de travail : je ne peux la mettre en jeu. Elle me dit : « C'est du cinéma de toute façon, vous savez, j'ai l'habitude ». Je la coupe tout net en allant attraper les clés du sas de sécurité pour sortir à l'air libre. En longeant le couloir, je me dis que, cinéma ou pas, cet homme est à terre sans plus aucune dignité. Je ne veux même pas réfléchir à cela, je ne vois aucune raison d'y penser. J'ouvre les portes une à une et me trouve nez à nez avec le chef de centre adjoint.  

 

Il a déjà quitté son uniforme, il est 18 heures. Petit fonctionnaire. Il a l'air un peu agacé, un peu fatigué, mais montre tout de même, par une grimace puante, qu'il est bien désolé. Pour détendre l’atmosphère, il se lance : « Alors, qu'est-ce que vous lui avez dit pour qu'il se retrouve dans cet état-là ? Hahahah, je blague, hein, ne vous inquiétez pas ». La greffière nous rejoint. Le chef adjoint demande : « Qui c'est qui lui a dit qu'il avait un vol ? Pffff ».

 

 

La problématique principale reste celle-ci : une escorte de police, pour emmener monsieur N à l'hôpital, représente des effectifs en moins pour les déplacements des autres retenus le lendemain matin ; or le lendemain doivent avoir lieu des embarquements, des déplacements au consulat, au tribunal de grande instance. Il faut bien trouver une solution pour que la machine tourne.

 

Dans le silence de mon âme, je leur suggère de s'en référer au travail de monsieur Eichmann, administrateur des transports de son état, qui leur aurait trouvé un moyen efficace pour optimiser la cadence. Ces flics ont révoqué leur conscience depuis des années déjà. La solution est finalement trouvée : la greffière va téléphoner au commissariat pour demander des renforts. Joie !

 

Je retourne dans mon bureau, sonnée par la démesure de l'assaut. Clés, portes, sas, caméras, couloir. Je me tiens debout au milieu de ce qui ressemble à un champ de bataille. Les chaises sont retournées, les câbles de l'ordinateur sont arrachés. En allant remettre les chaises debout, je glisse sur la sueur de monsieur N. J'attrape ma veste et m'extrais de cet entrepôt si bien gardé.

 

Dehors le soleil rayonne d'une navrante indifférence. Je croise un gamin qui rentre de son entraînement de foot. Sa mère est venue le chercher. « C'était bien ? Tu as marqué des buts ? ». Je presse le pas vers la boulangerie, il restera sûrement du pain.

La nuit, génie de l'enfouissement, tente courageusement de ranger les images du jour dans quelques soubassements de mon cerveau. Un cri dans le placard de mon enfance, celui de la buanderie où ma mère rangeait les vieux morceaux de tissus peut-être. Les regards indéchiffrables des policiers dans un beau paysage, Mombasa 2003 en famille, au milieu des couleurs du marché, ils passeront sans doute inaperçus. La nuit range, le silence prépare ; jusqu'à ce que l'on puisse parler.

 

Le lendemain, le jour est encore jeune quand je m'enquiers de la santé de monsieur N auprès du greffe. On m'informe qu'il n'a passé qu'une heure à l'hôpital et a été ramené au centre aussitôt. Le médecin lui a généreusement fourni un doliprane et lui a rédigé un certificat médical sur lequel trônaient ces mots indéfinis : « Choc émotionnel ».

 

ÉPILOGUE

 

Comme prévu, le surlendemain, monsieur N, retenu numéro 472/09, a été emmené à l'aéroport, a refusé d'embarquer. Il a été ramené au centre de rétention. Quelques jours plus tard, il a à nouveau été emmené à l'aéroport, mais cette fois, les policiers ne l'ont pas informé à l'avance de leur projet. À 7 heures du matin, ils sont entrés dans sa chambre : « Prépare tes affaires, tu pars à l'aéroport ».

 

À 7 h 25, il a laissé un message sur le répondeur du portable d'urgence de la Cimade : « Bonjour madame, c'est N La Gloire. Je voulais vous informer du fait qu'à ma grande surprise, et bien que mon dossier soit en cours d'examen à la Cour Nationale du Droit d'Asile, les agents de police du centre sont en train de m'emmener à l'aéroport. C'est la raison pour laquelle je vous appelle à l'aide. Merci de me rappeler. »

Avec un peu plus de temps, il aurait ajouté « Salutations respectueuses ».

 

Il a à nouveau refusé d'embarquer. Avec son corps et de tout son être. Chaque refus donne un effet, disait le poète. Les passagers de l'avion, choqués par ses cris et sa situation ont refusé de s'asseoir sur leurs sièges, ont fait une quête et lui ont remis la somme de 1 400 euros. Ainsi, c'est les poches remplies de billets qu'il a été déféré à Bobigny, où le juge a décidé de ne pas l'envoyer en prison mais lui a donné une peine d'interdiction du territoire français d'une durée d'un an.

 

La loi l'a fait devenir ce qu'il n'est pas : un délinquant, un condamné. Un interdit. Quelques heures plus tard, il téléphonait pour s'informer des possibles suites à donner à son affaire. « En urgence, madame. »

Dehors, l'eau de la rivière gambade inlassablement dans son lit de boue.

 

Source: Réseau Education Sans Frontière


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Moi aussi, sans voix après ça.

Merci Naja & Pierre.

Merci de faire passer ça, Naja, de le faire savoir.

Que chaque lecteur fasse suivre à ses contacts, que pouvons-nous espérer de mieux ? (pour le moment)

Merci à tou-te-s de vos encouragements.

Il faut repousser la loi du silence. Chacun le peut. 

Liberté? Egalité? Fraternité?...

Vous avez raison, Naja, "le silence des pantoufles est plus effrayant que le bruit des bottes".

Merci Naja, je fais suivre.

Bien à vous.

Votre récit est.. comment on dit ? Nécessaire, indispensable, il touche, en plein dans cette zone entre ce que l'on sait, ce que l'on pressent, ce que l'on évite de savoir.

Moi aussi, je fais passer..

 

Oui. Faire remonter encore et encore. Et rapprocher d'autres informations... "Sciences politiques"?

Pour faire passer, pourrait -on avoir la source ? l'auteur du texte ? (le lien vers RESF ne fonctionne pas).

 J'ai fait une recherche sur le site de RESF, l'article n'y semble pas édité.

 Sur le site de la Cimade non plus.

 Par contre, on le trouve ici :

 http://www.michelcollon.info/index.php?option=com_content&view=article&id=2284:a-linterieur-dun-centre-de-retentionla-gloire-et-la-riviere&catid=6:articles&Itemid=11

C'est effectivement sur le blog de Michel Collon que j'avais trouvé ce texte. J'aurais dû indiquer ma source ! Merci Joha d'avoir donné le lien.

Je n'ai pas trouvé la source non plus. Le blog de Michel Collonne donne pas plus de précisons.

Mais sur le site de la CIMADE, il y a une rubrique de recits d'intervenants en centre de rétention :

http://www.cimade.org/poles/enfermement-eloignement/rubriques/81-chroniques-de-r-tention

C'est peut-être un de ces récits ?

Quoi qu'il en soit, ces récits sont bien difficiles à lire. Autant d'histoires, autant de vies, autant de "traitement"  brutal de ces vies.

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Ajout concernant le texte publié ci dessus par Naja:

Une recherche avec le titre du billet m'a amenée sur un site (canalblog) où il était précédé de la présentation suivante :

"Depuis un certain temps ce témoignage, attribué à une militante ou une permanente de la CIMADE circulait sur le web, sur les blogs, sur Facebook. Si je ne l'ai pas publié jusqu'à présent, ce n'était aucunement un signe d'indifférence devant un récit en tous points bouleversant. Mais l'absence de signature, l'absence d'origine certaine du texte, voire ses qualités littéraires, rares, il faut l'admettre, dans les textes militants, me laissaient embarrassé, troublé. Sans me prendre pour Jacques Fauvet, lorsque je publie sans avoir écrit moi-même, j'attends en général d'avoir des éléments suffisamment probants en termes de sources et de réalité des faits relatés.

Hier, ce texte était à nouveau dans ma boite mail. En y jetant un coup d'œil, à nouveau, j'y ai réfléchi et même si le fruit de ma réflexion ne me plait pas, je peux désormais le publier et me faire le passeur, après bien d'autres, d'un témoignage terriblement émouvant et terriblement parlant, s'agissant de l'humanité de certaines de nos institutions. Et ce qui m'a définitivement convaincu de la nécessité de faire passer ce récit, c'est : qu'il soit 100 % véridique ou non, il est, en l'état actuel de nos connaissances sur le système français de rétention administrative, 100 % crédible."

 

Je me suis reconnue devant cet embarras du à l'absence de source.

Poser la question à la Cimade ?

 

 

Lorsque j'ai lu le billet la 1ère fois j'ai été ému - comment ne pas l'être? -mais aussi gêné par un petit doute sur le statut du texte: témoignage authentique ou fiction littéraire ou récit brodé à partir d'un noyau réel. Mais je n'ai tout simplement pas osé exprimer mon doute. En lisant les premiers commentaires, façon "Merci Naja, Merci Pierre de remercier Naja...", je me suis dit que je me ferais symboliquement cracher dessus. Je vois finalement que mon doute a été partagé, ce qui me donne un peu de courage pour dire que:

1) ce type de récit doit être diffusé, certes, mais en l'accompagnant impérativement de précisions sur son statut ou sur l'incertitude de son statut: il peut être recommandé sans occulter qu'il se situe à ce stade entre un documentaire et Welcome;

2) pour ma part, je ne remercie donc pas Naja d'avoir posté le billet en procédant à un copier-coller sans avertissement, ni Pierre Ferron d'avoir recommandé, y compris sur d'autres fils, de lire le "billet de Naja" sans la moindre précision;

3) je crois comprendre un petit mieux pourquoi dans un premier temps j'ai censuré l'expression de mon doute: je me sens parfois "étranger", "forain" dans certains espaces du club, refoulé par l'entrelacs affectif et culturel tissé entre résidents plus anciens et plus "légitimes", et c'est précisément l'impression que j'ai eu en lisant les tous premiers commentaires du fil;

4) si je caricaturais, je dirais qu'on peut ressentir devant l'autocongratulation de bonnes âmes, bienpensantes, bienséantes, compatissantes et cultivées comme il faut, quelque chose qui serait symétriquement inverse du choc culturel qu'éprouvent en arrivant chez les rednecks du Deep South ou dans un village reculé de Cornouailles les motards d'Easy Rider ou le professeur  de Straw Dogs (ou pour ceux qui ne sont pas cinéphiles, ce qu'éprouverait une jeune militante écologiste du quartier du Marais distribuant son premier tract relatif au gibier au banquet départemental de "Chasse, Pêche, Tradition");

5) j' insiste sur le fait que je caricature: mais je crains que sans forcer le trait ma remarque sur l'ambiance du club ne soit même pas audible dans la ouate de "ce qui va sans dire entre nous" et le le caoutchouc de "ce qui va de soi", culture du club devenue une seconde nature.

 

Je dois dire que je ne comprends pas grand chose au commentaire de humaro… Ce billet se situe dans le droit fil des autres billets de mon blog. Ce qui l'en différencie, ce sont ses qualités littéraires, évidentes. C'est pour cela que je l'ai publié. Est-ce cela qui gêne ? Je le crois.

Je pense qu'il est 100 % crédible, de même que Welcome, un film qu'on voit avec la terreur de savoir que la réalité n'est pas différente de cette "fiction".

 

Mon erreur, et même ma faute, est de l'avoir publié en me contentant des sources indiquées dans le texte que j'avais trouvé, sans même les vérifier. Il faut toujours indiquer ses sources, et les vérifier. Je ne l'ai pas fait, je suis en faute.

Cette source a été mise en lien ci-dessus par Joha.

Quand je l'ai trouvé, il était précédé d'une signature féminine, qui, plus tard, a été remplacée par "Cimade". (j'ai mis plusieurs jours avant de trouver une solution informatique pour qu'il soit lisible ici)

 

À chacun d'attribuer à ce texte le "statut" qui l'arrange. Ce n'était pas à moi de lui donner un "statut". Pour moi, c'est un beau morceau de littérature, ce qui lui donne encore plus de réalité. Un rapport de police serait-il plus intéressant, convainquant, véridique ?

"La littérature est la preuve que la vie ne suffit pas."

 (F. Pessoa) 

bonjour,

il y a deux choses dans mon commentaire:

1) Mon regret que vous n'ayez pas initialement vérifié la source et précisé le statut ou, à défaut, l'incertitude du statut. Un texte littéraire peut avoir, dites-vous, plus de vérité qu'un rapport de police. Oui, sous certaines conditions. Mais s'il est présenté non pour ce qu'il est mais comme un témoignage authentique, il en a certes moins qu'un authentique témoignage. Je ne doute pas de la sincérité et de la générosité de votre engagement et je ne vous ferais donc pas l'injure de comparer le billet aux "récits" propagés par les services de communication de l'armée US pendant les guerres contre Saddam Hussein: récits d'exactions plausibles des troupes irakiennes visant à émouvoir l'opinion et à accréditer la légitimité de la guerre. Mais il y a au moins un récit qui me semble a priori de statut très analogue, c'est celui - diffusé sur Internet - de ces petites filles auxquelles les talibans auraient arraché les ongles pour les punir d'avoir été à l'école. Témoignage apocryphe, rapportant des fait abominables mais imaginables, restant dans la limite du plausible, mais jamais vérifiés, jamais validés par des observateurs fiables présents sur le terrain. Or ce récit (que certains pourraient dire aussi plus "vrai" qu'un rapport militaire) a été exploité par des miltants des droits de l'homme mais aussi au moins deux fois en public par Nicolas Sarkozy pour légitimer la présence de l'armée française en Afghanistan. J' ajoute que j'ai passé suffisamment de temps dans une organisation activiste radicale pour savoir à quel point les rumeurs plausibles sur les violences de la police, les récits  bouleversants d'exploitation et d'humiliation non vérifiés mais crédibles peuvent contribuer, quelles que soient les intentions de leurs rapporteurs, à faire bouillir la haine et à lever certains tabous.

2) Mon agacement du fait que, malgré cette absence de précision et d'avertissement, les toutes premières réactions aient été celles de l'empathie totale, de l'appel à propager le billet sans la moindre réserve, d'une congratulation adressée non seulement à vous mais encore à un abonné qui faisait écho à votre billet en l'instituant comme référence, etc. Il se trouve que depuis une ou deux semaines je me sens particulièrement en décalage par rapport à la mécanique des sentiments et des fonctionnements de certains réseaux d'abonnés et que ce type de  réaction m'a, à tort ou à raison, mais je crois à raison, confirmé dans l'impression d'être sur ce site un peu "forain", un peu "étranger".  

Sur cette controverse, mon avis :

@ Naja : Entre le rapport de police et le récit arrangé ou même construit littérairement pour mieux arracher l'émotion, il y a de la marge.

Concernant la source, je répète que je n'ai pas trouvé ce récit dans la rubrique des témoignages de la Cimade.

Et j'ajoute que je préfère, mille fois, ces récits là (ceux qu'on trouve sur le site d ela Cimade, voir lien plus haut), qui nous donnent les faits. Les faits de cette nature sont parlants.

Qu'un bénévole de la Cimade veuille en plus nous faire part de ses sentiments, pourquoi pas. Mais,  avec l'aval de la Cimade.

Je refuse pour ma part de me laisser entrainer dans l'émotionnel, qui  cherche à emporter la convition en  brouillant le jugement. Notre époque baigne dans ces procédés, n'y tombons pas, même pour la bonne cause.

D'ailleurs comme le fait remarquer Humaro avec son exemple, ce type de procédé se retourne bien trop facilement contre une cause.

@Fantie B.

je craignais de me retrouver seul. Je suis heureux de notre convergence (d'autant qu'elle n'est pas si fréquente). Mais c'est vrai qu'une mise au point s'imposait, quelles que fussent les bonnes intentions initiales.

"mais avec l'aval de la Cimade". Est-ce qu'une des conditions pour que la Cimade reste en place, à l'intérieur des centres, n'est pas de ne laisser sortir aucune information?

Pierre : les récits de la Cimade existent, sur son site.

Ils sont anonymes. Mais les cas décrits sont très clairs, l'administration peut donc les reconnaître parfaitement.

Il faut être rigoureux sur ces affaires, si on ne veut vraiment aider à uen prise de conscience de l'opinion.

Les cas que nous donnaient à connaître Fini de rire ici étaient suffisants, je trouve.Questiosn sentiments, c'est à nous, lecteurs ou diffuseurs, de les ajouter.

"Question sentiments c'est à nous de les ajouter", n'est-ce pas ce qu'a fait Naja? Et la scripteuse de ce billet? Et partager?

Si ce texte peut servir à "lever certains tabous", comme écrit Humaro, il n'aura pas été inutile.

Je crois que le désir d'agir n'est efficacement soulevé que par l'émotion. Un récit froid peut émouvoir, et c'est déjà pas mal. Est-ce suffisant ? Il ne faut pas craindre ses propres émotions, voire même ne pas craindre d'être débordé par elles, pourvu qu'elles soient assises sur un trouble d'ordre moral - dans le cas de ces affaires "de la cité". Cela a été le cas pour moi en lisant ce texte.

Il s'agit de savoir si l'on est capable de jeter un regard critique sur ses propres émotions, et les juger à l'aulne d'une morale. "Ai-je raison de me laisser aller à l'émotion, ou plutôt : mon émotion est-elle juste ?"

 

Ce texte s'appuie sur l'émotion et le trouble moral. C'est pourquoi il se partage si bien.

Je ne souhaitais rien de mieux. (c'est certainement pour cela qu'il a été "écrit" avec tant de soin)

 

@ Humaro : je suis surpris que vous insistiez pour qu'a priori un "statut" soit donné à ce texte. C'est un témoignage. Il prend sa place parmi des myriades d'autres, venant de la Cimade ou d'ailleurs. Qui donc pourrait leur donner l'imprimatur ?

@Fantie B. : que la Cimade ait, ou non, donné son aval aux sentiments exprimés par l'un de ses intervenants, cela me semble de peu de poids. Il est certain que les organisations militantes se méfient des sentiments. Et pourtant… Pourquoi milite-t-on, sinon pour satisfaire son ego ? Le nier serait nier une réalité. Le refuser, pire qu'une erreur, une faute.

@Naja

quand j'avais 20 ans (jen ai un peu plus du triple) il m'est arrivé d'être ému au point de scander "CRS = SS et d'être excité par l'affrontement physique avec ceux que je croyais d'être des pigs. Et quelques uns d'entre nous (heureusement peu nombreux, contrairement à ce qui s'est passé en Italie) ont été émus au point de jouir à l'idée de "s'en faire" un - flic, agent de sécurité ou cadre dirigeant d'une entreprise. Comprenez que je ne suis pas enclin aujourd'ui à placer au même endroit que vous le curseur entre émotion et raison.

Sur l'émotion, j'aurais mieux fait de garder ça pour mon propre usage, et ne pas donner de leçon. Je ne suis pas un maître !

Naja, je trouve que votre billet permet une discussion très importante, un peu comme le billet de Dominique Conil sur la photo qui fera peut-être le tour du monde.

Gardons cette discussion ouverte : face au silence qui entoure ces affaires, comment , au mieux, les faire connaître ?

(Avec en tête la question, le mieux n'est-il pas l'ennemi du suffisamment bon)

@Naja

mais vous êtes un interlocuteur honnête

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