Sam.
11
Fév

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Fermer

A Hébron, un quotidien en forme de chaos

See video

Mon ami Guy est de passage en Israël en repérage pour son prochain film. Nous allons avec lui et sa productrice dans la ville d’Hébron. C’est Issa, un des Palestinien qui travaille sur place pour Btselem, qui nous guide dans la ville. On le rencontre à côté du tombeau des patriarches qui a donné son nom à l’une des organisations pour la paix les plus actives dans la ville : les fils d’Abraham, des religieux juifs qui souhaitent voir la ville des patriarches devenir une ville commune à l’Islam et au Judaïsme.

 

Pour l’instant, c’est au-delà du difficile. Hébron est la ville de toutes les tensions, de tous les désaccords. Et l’endroit où la question coloniale prend tout son sens. C’est simple comme l’occupation : un colon pose ses valises dans une maison proche du quartier arabe. Une pierre vole. Le quartier est bloqué, la rue du colon devient « stérile » (le terme employé par l’armée pour désigner un lieu militairement scellé) un autre colon vient, s’installe à la frontière entre les deux mondes, le juif et l’arabe. Le jour où il y a une friction, c’est un plus grand périmètre qui est stérilisé, mis à l’écart.

 

La ville de Hébron telle qu’elle existait est morte, finie. Une ville fantôme où sur les boutiques arabes s’étalent des slogans à la gloire du peuple des Juifs. Ce même peuple qui a réussi à chasser les Arabes, à les confiner entre des maisons juives peuplées de colons extrémistes qui leur rendent la vie infernale.

 

La dernière fois que j’y étais, une pierre qui ne m’était peut-être pas destinée m'a frolé le visage. Je dis peut-être pas, parce que récemment les agresseurs que sont ces colons fous ne s’attaquent plus seulement aux Arabes. Ils s’en prennent aussi aux « internationaux » qui viennent surveiller l’endroit.

 

Il y a trois semaines, c’est une délégation allemande de passage qui s’est fait insulter. Nazis ! Assassins ! La délégation est repartie, il y a eu un incident diplomatique. La semaine dernière, il y avait une importante manifestation pour protester contre l’occupation et la progression de l’occupation à Hébron. Les colons ont attaqué les manifestants (Israéliens et internationaux), et la police les a emprisonnés.

 

Ce qui est peut-être le plus fou, c’est qu’étant donné la taille de l’endroit, les maisons se touchent presque. Tout le monde se connaît. Tandis que nous marchons le long de la route, Issa énumère les noms des propriétaires des voitures qui passent sur la route principale (interdite aux véhicules non-juifs). Lui, c’est Eytan Untel… Il m’a menacé de mort trois fois, j’ai fini par porter plainte. Lui, là, il faut s’en méfier… s’il vous attrape avec moi, c’est pas bon pour vous…

 

Issa et sa caméra sont connus comme le loup blanc dans les rues. Les habitants Arabes ont son numéro pour lui téléphoner s’il leur arrivait quelque chose, une altercation avec des colons, par exemple. C’est monnaie courante. Et personne ne fait rien. Quand j’ai failli être touchée par cette pierre, cela faisait plus d’une heure que les colons caillassaient les maisons de la famille où nous étions. Ils envoyaient aussi des bouteilles de verre vides. On avait tout filmé, on avait presque un gros plan de ces malades qui, a priori, ne me visaient pas moi mais plutôt les enfants de la maison.

 

Porter plainte ? La police avait mis plusieurs heures à arriver. Et Issa sait pertinemment que pour lui, aller au commissariat, c’est cinq heures d’attente pour aucun résultat. Les pierres, c’est le quotidien.

Aujourd’hui il y a tension dans la ville. Un peu plus que d’habitude parce que l’armée s’est décidée hier à démanteler une tente de prière que les colons avaient érigée sur les terre de la famille Abu Ayesha. Les habitants Arabes craignent la vengeance et se préparent pour une longue nuit.

 

Au-delà des pierres lancées sur la population, des insultes qui pleuvent au quotidien comme les couches sales et des ordures jetées dans les jardins, il y a les violences en groupe, où des dizaines de colons fondent sur une maison ou deux, tentent d’entrer et quand ils peuvent, saccagent. Le peuple d’Israël est vivant. C’est écrit sur les murs des magasins qui ne vendent plus aux Arabes qui habitent dans leur rue. Pour les courses, il faut marcher (pas le droit de circuler dans des voitures non-juives) et marcher loin sous un soleil de plomb.

 

Je constate, désolée, à Issa : c’est des dingues, ces gens. Non, non, répond Issa: des gens comme ça, il y en a partout… dans tous les pays il y a des gens dangereux qui veulent faire du mal à d’autres… ce qui est fou ici, c’est que le gouvernement les protège, les aide, et même souvent.

Il a raison, Issa.

Ci-joint une vidéo de Btselem qui donne une idée de ce qu'est le quotidien pour les habitants Arabes de Hébron.

Tous les commentaires

Bon sang, comment résister à la violence, comment croire et espérer, comment dire que l'on pense à eux, même si c'est inutile et puéril.Vous remercier en tout cas, de nous dire, expliquer, dans les rires et les duretés. Sourires et courage à vous, votre famille et vos ami(e)s.

Bigre, je croyais posséder une Punto JTD ; je possède en fait une Punto JTD goy. Du coup je m'autorise le Gas-oil taref. Vous devriez essayer.

Impressionnante vidéo, effectivement. Rien n'est simple, et de repenser a cet article de cette semaine sur la partition des Etats avec l'interview de Stephane Hessel. http://www.mediapart.fr/journal/international/180408/stephane-hessel-la-solution-des-deux-etats-israelien-et-palestinien-est et cette phrase terrible, dans sa bouche : « La volonté juive a été trahie par l'État. L'État d'Israël, parce qu'il était alimenté par une volonté nationale sioniste plus importante que les valeurs du judaïsme, a trahi la judaïté. " Quelle pertinence dans son discours... quand les Etats contredisent les idéaux et les valeurs portées par des communautés pensantes et souvent impuissantes à lutter contre...contre ... ce que je viens de voir, ou plutôt son résultat... Il y a tant de confusion quand on parle de la situation palestinienne et juive en Israël. Tant de polémiques vaines. Tant de désespoir aussi. Cet éclairage par le vécu donne, pour le coup, une toute autre lecture... Merci....

Un reportage qui raconterait la France uniquement à travers quelques minutes dans un commissariat près d'une cité ne mentirait pas forcément, mais dirait-il la vérité sur notre pays et sur la République ? Une vidéo montrant un black brisant une vitrine ne serait pas forcément un montage mais raconterait-elle l'immigration, le courage de l'immigration, la droiture de ces hommes et de ces femmes telle qu'on peut la voir, par exemple, chez Yasmina Benguigui ? - Le talmud rejoint ici le cinéma : des éclairages trop brutaux, un dévoilement sans nuance, déforment le réel. - La phrase de Hessel, si attendue, peut être soigneusement démontée. Quand vous voulez.

Certes, on peut tout et son contraire faire dire à des images ! Je vous rejoins la dessus. D'une manière subtile (certains reportages ne s'en privent pas) et moins subtiles à la Mickael Moore par exemple :) ..... mais.. il n'en reste pas moins ce que vivent les gens..; et la, chacun doit pouvoir ressentir un certain nombre de choses. Mes propos allaient en ce sens... Qui suis je moi, de mon fauteuil, pour donner des leçons de savoir vivre à quiconque? J'essaie déjà de savoir vivre, c'est déja ça... comme dirait la chanson. Le réel est ce que vivent les gens et leur manière de l'appréhender. J'ai apprécié la phrase de Hessel, pour ce qu'elle a de réel en un certain sens, justement. Quand l'idée communautaire du kibboutz devient une colonie de foux furieux chassant ceux qui vivent à coté à cout de pierre... oui, quelque part, je me dis qu'elle a du sens ! Désolée si je choque, mais c'est ce que je me suis dit en voyant cette femme Colonne juive (disant ouvertement que tout va être juif dans quelque temps, le temps de virer ceux qui ne le sont pas, traiter de P¨¨¨l'arabe d'en face... et bien sur sans parler des enfants qu'on laisse jeter pierrailles au point de devoir proteger les facades et fenêtres de la maison, et de s'y cloitrer.. C'est peut-être un cas, et un cas isolé, mais la description qu'en fait celle qui a écrit l'article me semble dire le contraire puisque le M.Caméra est souvent appelé pour filmer ce genre de scènes. Je ne dis pas là, que seuls les juifs sionnistes ont tort, je ne dis que ce que j'ai ressenti en lisant et regardant ces images. Mais une fois de plus, je dis cela de mon fauteuil, je ne suis jamais allée en Israël, ni en Palestine....

Je crois que vous n'avez pas bien lu ce que je vous ai écrit.

Si je l'ai mal lu, peut-être, mais en tout cas, je ne pense pas que ma réponse ait été déplacée, ce genre de commentaire laissant entendre que..... que ... je ne sais trop quoi, eux me semblent, eux un peu surprenants. Une manière de ne pas répondre en répondant. Désagréable.... Enfin..., bonne soirée.

Christel, je ne voulais pas vous être désagréable. La vidéo proposée / balancée suscite une émotion qui n'est pas forcément compatible avec une lecture précise de tel ou tel argument. Je suis content de dialoguer avec vous, et je vous le précise.

Bonjour, Il faut faire confiance au lecteurs (trices) du blog, la vidéo témoigne d'un lieu, d'une histoire, ni plus ni moins.Ce que vous appelez "émotion" est la vie de personnes, ni plus ni moins, un éclairage parmi d'autres.Je ne suis pas sur que vos deux premiers commentaires aient apporté un supplément de compréhension, à part que cela vous choque( une émotion comme une autre).

Et votre commentaire, il apporte quoi ? Dire c'est "ni plus ni moins" et "parmi d'autres", ça apporte quoi, ça fait réfléchir à quoi, ça interroge quoi ?

Bonjour, " c'est vrai que les jésuites répondent à une question par une autre question ?" le jésuite: " qui vous a dit cela?"

Petit problème : c'est vous qui ne répondez pas... (vous ne m'avez posé aucune question, moi si). Mais c'est un détail. Oubliez.

Bonjoir, Pardon, je l'exprime peut être mal, mais j'ai pris ce documentaire, pour ce qu'il était, parmi d'autres textes, qui témoignent d'une réalité compliquée. Ce n'est pas à moi de faire une dissertation, pour dire en quoi cela me "convient", mais à vous, en dehors de petites piques, et de bons mots de dire en quoi cela vous gêne. Vous n'êtes pas limité pas la place, allez y! (vous comprenez la remarque "jesuite" tendance talmudique?)

Vous ne vous exprimez pas très "bien", effectivement.

Bonjour, Pardon de m'être adressé à l'élite! (aaah ces jésuites...) ;o)

"Jésuite tendance talmudique", avez-vous écrit. Et ce n'était pas bien.

Désolé, vous y faisiez allusion, et pour moi (mode humour) vous combiniez le coté "faux derche" jésuitique et le coté "talmudique" coupeur de cheveux en quatre (fin mode humour) ps: Mon propos n'est peut être pas ciselé, mais, à mon sens, médiapart doit être ouvert au plus grand nombre, même si les commentaires/réactions/analyses sont flous/peu élaborés/mal construit. Je fais l'effort de lire, tenter de comprendre des gens intelligents, à eux de faire l'effort de comprendre des gens "brouillons"

Oui

Ceci est une vidéo. Ce n'est pas un reportage, ce n'est pas un film de cinéma. C'est une vidéo filmé par des habitants de Hébron diffusée par l'association Btselem, qui tente de faire prenre conscience de la catastrophe humanitaire qui s'y déroule, d'abord aux Israéliens, et puis ensuite, bien sûr, à tous les autres. Je pense que ces témoignages sont des témoignages très intéressants, et très important au premier sens du terme. Ils donne à voir des choses que beaucoup de gens ont du mal à imaginer: que dans la ville de Hébron, à l'intérieur de l'état d'Israël et avec sa complicité perverse, il y a des hommes et des femmes discriminés par leur race, leurs origines, leur religion, leur nom. Des gens qui souffrent du fait d'être nés non-juif. Je pense que la phrase de Hessel est très juste. Complexe, à penser, mais très juste. Je ne suis plus trop sûre de ce que veux dire "judaïté", je vois ce terme sous-employé, déformé, mal pensé tant de fois ici que j'y perds moi-même mon peu d'Hébreu... Tout ce que je sais c'est que l'état des Israéliens doit prendre des mesures contre ces Israléliens fanatiques. Et vite. Ils sont une minorité. Mais il mettent tout en danger. Tout. Et leurs moyens de communications, leur médiatisation est bien meilleure que celle des gens qu'ils torturent, comme le faisait remarquer mon ami Guy Girard. Et le désir des organisations militante, comme Btselem, c'est aussi de donner la parole à ceux qu'on n'entend que trop peut. Ecoutons ce qu'ils nous disent.

Les commentaires de Christel et de moi-même vous amènent à interroger et préciser la nature de ce document. Je crois que c'est heureux. On ne peut, en effet, se contenter de balancer une vidéo comme on bombarde, avec un léger tremblement au bras gauche. Il y a des lecteurs collatéraux. - En ce qui concerne la phrase de Hessel, il me semble qu'elle est très contestable au moins sur deux points : - la nature du judaïsme, probablement idéalisée par un européen plus influencé par la culture chrétienne que par l'aridité talmudique ; le judaïsme ne se donne pas d'être aimable ; son humanité n'est pas un humanisme, si on peut dire. - la nature du lien entre judaïsme, judéité et sionisme, qui n'autorise pas forcément ce dernier à trahir les premiers. Je crois que les seuls que le sionisme aurait pu trahir sont les juifs eux-mêmes, et ce n'est pas tout à fait pareil... (mon opinion est que le sionisme a construit un état pour les juifs, et qu'il n'a pas trahi le but qu'il s'était donné, ni ceux qui ont combattu en son nom); - Sur votre dernière phrase : ce n'est pas parce que vous susciteriez un débat que vous ne seriez pas écouté, ni vous, ni ceux à qui vous donnez la parole.

En regardant la vidéo proposée, je n'arrive pas à comprendre en quoi elle ne serait ni un reportage, ni un film de cinéma. Il y a un point de vue, une construction, un montage. Il en serait d'ailleurs de même si elle avait comporté un plan séquence unique, le simple fait de le faire commencer et se terminer à tel ou tel moment est déjà un choix de montage. Il n'y a pas de "simples" vidéos, il n'y a que des films, et quand ce ne sont pas des fictions, il est nécessaire, comme l'a écrit baaltik, de donner, dans ou avec le film, les informations qui permettent de replacer les images et les sons dans le contexte précis du filmage.

A moi, il me semblait clair en lisant l'article posté du statut du film... un statut de "vidéo-témoignage" de style documentaire visant à faire connaître une certaine réalité vécue par des habitants d'une endroit de la terre donné, où les conflits de voisinage dépassent ce que nous pourrions entendre en Europe par ce mot. Le mot reportage que j'ai utilisé s'adressait au commentaire de Baltik en général, mais j'avais compris le statut. Cependant oui effectivement, il y a montage d'images de toutes les manières et point de vue donné à tout image, je rejoins Anne Guerin-Castell.

Bonjoir, Je viens de réaliser que le plus "violent" de la séquence c'est que c'est une femme qui insulte une autre femme.Les violences montrées sont en général masculine et de l'ordre du "normal", "classique"...

Newsletter
Je m'identifie