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28
May

MEDIAPART

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canicule à jérusalem

Aujourd’hui, journée de tournage pour Btselem… Nous sommes allés à Jérusalem pour surveiller des check-points autour de la ville sainte. On les a cherché longtemps, les check-points : pas le droit d’entrer en voiture dans la ville, ça fait une trotte, on s’est un peu perdu. Un policier nous a montré comment y arriver. Un grand type avec des yeux aussi bleus que son uniforme. On lui a dit qu’on était de Btselem quand il nous a demandé ce qu’on fichait par une canicule pareille à chercher des check-points. Ah… Btselem… vous nous aimez pas beaucoup, hein… mais, si, mais si… mais vous faites toujours des assignations en justice contre nous… non, non… sauf quand il faut… Il sourit, nous indique le chemin et avant qu’on parte : en tant que citoyen je vous le dis, cette association fait un travail important, c’est bien… et puis : si vous filmez le check-point, il vaut mieux vous mettre en haut sur la droite, vous aurez un meilleure vue.

Il y avait une interdiction d’entrée sur toute la vieille ville pour une cérémonie au mur des lamentations. Confirmation : personne n’a le droit d’entrer dans la vieille ville en véhicule privé. Même les arabes qui habitent le secteur dans les petits villages aux alentours.

Ceux qui doivent entrer dans cette partie sont soit les religieux pour leurs prières (et eux peuvent entrer puisqu’ils sont dans des transports publics ou dans des bus touristiques) soit les habitants Arabes des environs… qui eux sont contraints d’attendre que la cérémonie juive se passe. Il y a donc une situation absurde qu’on peut voir quand on fait le tour des blocages autour du mur, où les voitures arabes tournent et tournent et tournent encore pour trouver un endroit par lequel entrer. Tout devient si long, si loin. Et il fait si chaud, si chaud… Nadav interview trois jeunes hommes arabes désabusés et tristes qui habitent au pied du mur des lamentations, au milieu du secteur le plus surveillé que j’ai jamais vu : tout le monde porte un flingue. Ils nous expliquent que pendant les fêtes juives leur vie devient un enfer. J’imagine qu’il doit y avoir aussi des conducteurs juifs qui se plaignent de ces restrictions. Mais bon, pour eux, ce sont quelques heures ici et là. Pour ces Arabes, c’est un quotidien d’occupation. C’est visible, palpable.

C’est la fête de Pessah, la Pâque juive. Nous fêtons la sortie d’Egypte, la libération, notre sortie d’esclavage. Samedi il y eut le traditionnel dîner de Pessah et la lecture de la Hagadah, un texte formidablement raciste et guerrier, qui n’a rien à voir avec tout ce que je connais (et aime, et admire) de la tradition juive. Le seul passage rigolo est un débat rapporté dans le livre entre différents sages et rabbins sur l’exactitude du nombre de coups que les Juifs ont infligés aux Egyptiens. Des calculs complexes et sinueux. Un vrai débat juif, quoi.

Mais le dîner est un moment agréable : une réunion familiale chaleureuse où, par la force de la tradition, tous les débats politiques habituels (pour qui voter aux prochaines élections, si oui ou non le Hamas est un possible partenaire de négociations…) sont mis de côté, remplacés par des souvenirs. On chante beaucoup, et tous, même les anti-religieux (et il y en a quelques uns dans ma belle-famille) clament haut et fort leur dette envers Dieu, leur joie d’être libre, libre, enfin.

Ma belle-mère raconte une visite à Rome dans les années 70. Elle avait été terrifiée de voir comment les juifs italiens étaient fiers de pouvoir présenter aux deux jeunes israéliens qu’elle et mon beau-père étaient alors, les lettres de soutien à la communauté du pape, du maire… elle me dit que là, oui elle s’est sentie heureuse, et fière, d’être une israélienne et pas une juive de la Diaspora, soumise au bon vouloir des autorités locales. J’essaie de réfléchir si je me suis jamais sentie mal en France, si j’ai jamais eu honte de mon judaïsme. Non, pas comme ça. Mais le fait est que j’ai encore du mal quand Nadav parle trop fort sur Israël dans le métro ou le bus. J’ai tendance à baisser la voix, en espérant qu’il fasse de même. Et quand il a été malade, à Paris, je ne voulais pas qu’il donne son passeport à l’infirmier de garde à l’hôpital, pensant que son passeport bleu pouvait lui valoir d’attendre plus longtemps en salle d’urgence. Parano. Je sais. Je n’ai rien sur quoi baser cette crainte diffuse.

Le dernier check-point qu’on a visité était tenu par un policier très sympathique, terriblement gêné qu’on le filme qui a fait des pieds et des mains pour nous montrer qu’il était un type bien pris dans une situation qui le dépassait complètement.

Quand on a remballé le matériel, il a arrêté un bus public qui entrait dans la vieille ville et demandé au chauffeur de nous ramener de l’autre côté du mur. Le bus était vide, bien sûr. Au fur et à mesure des arrêts, il s’est rempli. Pas de crainte à avoir ici d’attaque terroriste, puisque aucun arabe n’a accès au trajet du bus. Deux jeunes religieuses montent, s’assoient à côté de nous. Nous, c’est donc Nadav et moi et notre amie Lara qui (maligne) s’était habillé légèrement en prévision des chaleurs. Une famille religieuse monte avec ses cinq enfants. Quatre garçons et deux professeurs montent ensuite, tous de noir vêtus, imposants comme le sont toujours les juifs religieux orthodoxes. Ils disent quelque chose aux jeunes filles, qui se décalent et leur laissent leurs places. Pas très sympa. Et là, l’un d’eux se tournent vers nous, prenant soin de ne regarder ni moi ni les belles jambes qui dépassent du short de Lara. Il nous parle en Hébreu. Et là je comprends : il veut qu’on aille au fond du bus, nous les filles, les femmes, les femelles sales. Là, je fais l’idiote : on ne parle pas Hébreu. Nadav se prête au jeu, on est des touristes. Et on ne bougera pas. Non mais. Un des jeunes va parler au conducteur, un autre s’assied à côté de nous en protégeant sa vue avec son chapeau de feutre. Et puis se relève, essaie à nouveau de nous parler… il insiste, le bougre. No speak, no speak, no understand. No bougearan. Non mais. Et là, j’entends qu’ils parlent yiddish… Je leur dis que s’ils veulent, ils peuvent nous parler en yiddish… l’un d’eux (un professeur moins stressé que les autres par la présence de notre flagrante impureté en tête de bus) me dit, en yiddish : il faut que vous alliez au fond du bus, ici c’est pour les hommes… je dis nein… il hausse les épaules.

On est arrivés à destination… heureusement, je ne sais pas dire autre chose que nein, en yiddish, moi… comprendre c’est une chose, mais parler…

(pour ceux qui se demandent pourquoi des religieux juifs parlent yiddish en 2008… c’est parce que la langue hébraïque est la langue sacrée… et qu’il ne faut pas l’utiliser pour dire des choses prosaïques comme : un ticket s’il te plaît, monsieur le conducteur… )

Tous les commentaires

Je vous trouve un tout petit peu injuste avec les religieux. Je n'aime pas ce côté "c'est du n'importe quoi" quand il s'agit d'une quête spirituelle. Votre relation de cette rencontre me fait penser à certains récits concernant les tibétains. Je pense que vous pourriez aller au delà de cette rencontre - cesser de faire celle qui ne comprend qu'un peu de Yiddish. Votre menschité n'en serait que grandie. C'est vous qui haussez les épaules, là.

J'ai un principe: je respecte tous ceux qui me respectent. Les autres... ça dépend. Et, là, que voulez-vous, j'ai été attaquée. Je me suis donc défendue avec les moyens à ma disposition: mouvements de chevelure, ronds de jambes, oeillades. Et un peu d'humour. Je maintiens mes propos effarés devant l'obscurantisme de ces religieux orthodoxes. Parce qu'il faut n'avoir jamais senti le regard chargé de mépris (ou de haine, au choix) des hommes religieux face aux femmes "légères"-c'est à dire nous toutes, puisque nous sommes un danger ambulant et chaloupant, pour ne pas comprendre que la quête spirituelle ici va de paire avec la haine de l'Autre (la femme, d'abord, le reste du monde ensuite) Par ce qu'une quête spirituelle qui non seulement exclue les femmes, mais en plus les repousse comme si elles étaient des malpropres (je devrais me priver de ce "comme si": c'est le cas, nous sommes sales, et je ne parle pas que des sept jours par mois où notre corps porte les traces visibles de notre souillure originelle) une telle quête donc, n'en est pas une, c'est juste une longue affirmation dans laquelle il n'y a aucune place au doute: moi c'est moi (le fort) toi tais toi (le faible) voilà Je pense que le plus grand signe de respect pour l'Autre, c'est la critique. Merci des vôtre, donc. Mais dans ce même mouvement, admettez que l'obscurantisme de ces hommes religieux est de ce monde, de notre monde. Et, plutôt que de le placer pudiquement de côté, confrontez-le. Ils le méritent, ces religieux. Ce serait trop condescendant de les relèguer au rang de retardés sociaux qui "ont leur croyances anciennes" qu'il n'est pas de notre ressort de mettre en cause.

Je ne prétends pas connaître bien ni Israel, ni les mouvements orthodoxes ou hassidim. Je ne prétends pas savoir à votre place ce qu'est être femme, et encore moins femme dans le regard d'un religieux. Né goy (et gay), élevé dans une famille en partie juive, je suis allé au devant des hommes en noir (en France). Je les ai aimés, je les aime encore. Je pense que cette empathie est possible, et même souhaitable. Je suis "né" de cette empathie là, vous dira mon vieux fond chrétien... Avez-vous le film de Gitai qui, sans cesser, en tant que réalisateur, d'être du côté du personnage du flic, ne cesse pour autant d'être un "Haver" envers ceux qu'il expulse (et console) ?

Je n'ai pas vu le film de Gitaï. Je pense qu'on peut tout "comprendre". Mais Je n'ai aucune empathie pour des gens qui pensent qu'une femme ou qu'un(e) homosexuel(le) doit ête au mieux mis à l'écart, au pire forcé de retrouver le droit chemin. Et j'emploie ici le verbe "forcer" dans son sens le plus fort, et le plus violent. Les colons qui ont été évacués de la bande de Gaza sont encore un autre "genre" de religieux: ce sont "les nouveaux sionistes", ceux qui croient au "grand Israël" et veulent vivre entre eux, et seulement entre eux. Sans Arabes, et sans "ces gauchos puants" comme ils nous appellent. Pour la plupart, ces colons n'ont pas même une once de la vaste connaissance talmudique de ces haredim... Ils n'ont pour eux que leur violence, et une bien trop grande tolérance du gouvernement israélien. Il n'y a aucun dialogue possible avec eux, ce sont des fanatiques.

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