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Lettre ouverte d'un collectif d'enseignants à l'IUFM de Lyon au Président de la République
Lyon, le 31 décembre 2008
Nous sommes des enseignants en IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maitres). Nous vous interpellons à propos de l’annonce que vous avez faite, le 16 décembre 2008, à Strasbourg, de la suppression des IUFM. Rendant hommage à votre Ministre de l’Education nationale, vous avez mis à son actif la suppression des IUFM. Cela n’avait jamais été dit auparavant. Nous avons bien entendu : vous nous avez supprimés !
Jusqu’à présent, la formation des maîtres du premier et du second degré était assurée par les IUFM, lesquels sont sis pour la plupart dans les anciens locaux des Ecoles Normales, qui sont l’un des symboles de la République Française et des missions qu’elle donne à son Ecole. Votre gouvernement, en imputant aux universités cette formation, continue à rédiger l’arrêt de mort d’une Education que vous ne voulez plus nationale.
C’est la fin du service public.
Vous dites remplacer la formation par une année supplémentaire d’études universitaires, c’est ce que l’on appelle la masterisation. Elle consiste en un abandon pur et simple de l’idée qu’un enseignant a à être formé pour exercer son métier. Or, les universités françaises ne sont pas, pour l’heure, performantes en matière de formation professionnelle, quelle qu’elle soit. Mais « Bac +5 », c’est si facile à comprendre…
C’est la formule qui tient lieu de discours.
Le ministre met en place une chose : l’intégration des IUFM dans les universités. Vous en annoncez une autre : la suppression des IUFM.
C’est l’autocratie qui avance à grand et bas bruit.
Les IUFM étaient en voie de s’instituer, avec quelque maladresse, sans doute, mais avec la constante volonté de mieux remplir leur mission. Pourquoi ne pas doter le pays d’Instituts Universitaires de Formation des Maîtres, encore plus dignes de ce nom, qui délivreraient une certification pour valider des études qui sont déjà, de fait, des études à Bac + 5 ?
Ce serait accepter l’idée raisonnable que la formation d’un enseignant, dans un pays démocratique du XXIème siècle, demande à être conçue au niveau national et ne peut absolument pas naître d’un coup de torchon.
Qu’avez-vous supprimé ? Qu’avez-vous voulu supprimer ?
Qu’est-ce qu’un professeur qui exerce en IUFM? De quoi l’accuse-ton? Qui entendra les enseignants débutants faire part de leur besoin de savoir comment on s’y prend, avec tel élève difficile, avec tels savoirs à transmettre? Qui aura la conscience élevée de ce qu’un fonctionnaire d’Etat doit savoir de sa mission, de ses droits et de ses devoirs, de sa hiérarchie, de sa loyauté envers les programmes et les ministères, quels qu’ils soient? Qui se préoccupera de s’assurer qu’une dictée permet vraiment de faire des progrès en orthographe? Qui se préoccupera de savoir s’il n’existe pas des méthodes qui feraient qu’un petit d’homme apprenne à lire de la façon la plus intelligente possible? Qui se demandera comment l’on pourrait faire bénéficier les élèves de l’avancée des connaissances dans tel ou tel domaine scientifique? Qui veillera à ce que les enseignants en formation éprouvent, au sein de leur promo, ce qu’est un corps professionnel? Qui se souciera de les faire s’interroger sur les actes qu’ils posent, lorsqu’ils s’essayent à apprendre ce qu’il faut aux enfants? Qui analysera des moments professionnels pour les transformer en expérience explicitée?
Et qui dira que tout cela est vain, déplacé, ridicule? Quel pays européen? Quel intellectuel? Quel homme de bon sens? Quel parent?
Que n’avez-vous présenté ce merveilleux bilan sans précédent –ce qui ne peut être considéré par personne comme une valeur en soi- sur le seul mode qui convient pour nommer votre politique : la suppression.
Suppression des RASED, des postes, des statuts des enseignants, des associations populaires et éducatives… Nous ne sommes pas les seuls touchés. Et nous toucher, c’est toucher tous les citoyens, même s’ils ne le savent pas tous et pas tous encore.
Nous serons fiers d’être ceux qui auront hurlé dans les rues qu’ils ne sont pas réduits aux lois du marché et du libéralisme ou du pays tel que vous le concevez. Nous faisons un travail qui est compliqué, peu clinquant, qui demande des efforts considérables pour peu de résultats visibles, parce que tout est plus facile que réfléchir ou regarder la réalité en face avec pour ambition de la nommer, de la décrire et de l’analyser. C’est pourtant notre honneur, à nous, les enseignants et parmi les enseignants, à ceux qui ont le courage de contribuer à en former d’autres, c’est notre honneur de revendiquer de ne pas jurer que par le résultat, la performance et la réussite. C’est notre humanité à nous. Elle ne se décline ni dans la charité ni dans la démagogie. Elle se décline dans un chemin d’intelligence du monde.
Vous aurez fait de notre lieu de travail un mouroir. Cependant, soyez assuré qu’en janvier 2009, retournant travailler dans des IUFM « supprimés », nous continuerons à nous efforcer de rendre les futurs enseignants capables de faire leur métier, capables d’entendre hautement la confiance que l’Etat met en eux pour instruire et éduquer les enfants, capables aussi de faire la différence entre simplisme et simplicité et entre culot et courage.
Collectif IUFM de Lyon

Tous les commentaires
Sur la forme: pourriez-vous donner un lien vers cette annonce du 16 décembre 2008 de la suppression des IUFM? Sur le fond: je suis d'accord avec votre conclusion dénonçant le règne du simplisme et du culot. Pour ma part, je note la désorganisation maintenant habituelle créée par la précipitation de l'exécutif (les masters en question ne sont pas prêts, et pour cause, il sont mis en place avant que les nouvelles modalités de recrutement ne soit précisées!) mais ce n'est pas le plus grave. Le plus grave à mon sens est la dégradation supplémentaire des conditions du métier enseignant que cela représente: une année de salaire de moins, une année d'incertitude de plus. Voilà deux façons de décourager les vocations, notamment chez ceux issus de milieux défavorisés (autant pour la diversité de l'Etat et la proximité des enseignants avec les "publics difficiles") et de faire "baisser le niveau" des recrutements! Enfin, on pouvait faire maintes critiques contre les IUFM (à juste titre à mon avis -- j'en avais entendu par d'anciens élèves, s'élevant principalement contre un enseignement théorique dans le plus mauvais sens du terme et demandant davantage de stages). Il est donc cocasse de voir que cette réforme va exactement dans le mauvais sens en instaurant cinq ans de formation théorique post-bac pour les enseignants, y compris de maternelle. Pour l'anecdote, notons qu'elle s'oppose également aux promesses du candidat sur les IPES (1). Je renvoie vite au site suivant avant qu'il ne soit condamné pour outrage au chef de l'Etat: http://www.u-m-p.org/propositions/index.php?id=05_enseignants (1) Le système des IPES des années 1970 était un prérecrutement des instituteurs afin de leur permettre de se familiariser au plus tôt avec leur futur métier et d'encourager les étudiants dont les familles ne pouvaient financer les études à en prendre le risque malgré tout.
Les IPES ne concernaient pas, me semble-t-il, les instituteurs mais les professeurs. On y entrait sur concours et l'on devenait élève-professeur (à une époque ou les instituteurs n'avaient pas encore été rebaptisés "professeurs des écoles"). Je ne suis pas certain que les instituteurs ne pouvaient bénéficier de quelque chose de semblable, mais IPES = Institut Professionnel de l'Enseignement Secondaire. J'ai été "ipessien", donc je suis certain au moins de cela! L'IPES a été supprimé par qui? Devinez... Donc, je n'attend pas grand chose du sarkozysme, mais en tout cas plus rien de ceux à qui nous devons à la fois ce genre de destructions - et Sarkozy aussi...
Merci pour cette rectification (il a également existé une filière de pré-recrutement pour les instituteurs et j'ai confondu).
Pour l'annonce de Sarkozy sur la mort des IUFM, elle a été faite le 16 décembre 2008 à Strasbourg lors de la conférence de presse conjointe du Président de la République française, du Président du Parlement européen et du Président de la Commission européenne. Le texte est téléchargeable sur le site de l'Élysée à l'adresse suivante : www.elysee.fr/download/?mode=press&filename=16.12_Conference_de_Presse_conjointe.pdf - 2009-01-02. On peut de façon plus simple taper IUFM, 16 decembre 2008 sur le moteur de recherche du site. La phrase se trouve à la page 5
Une légère erreur à la fin de votre note : les IPES concernaient, comme leur nom l'indiquait ( ES = enseignement secondaire) les professeurs de l'enseignement secondaire et non les Instituteurs. A cette époque, les Instituteurs étaient majoritairement recrutés après la classe de 3e et entraient dans les écoles normales où ils étaient financièrement entièrement pris en charge par l'Etat (d'où leur recrutement particulier dans les classes populaires). Durant l'année de formation professionnelle qui suivait le bac, ils étaient rétribués comme Instituteurs stagiaires. Les IPES existaient surtout dans les années 60.
Force est de constater que depuis le début des réformes, il n'y a pas un secteur qui ne se plaint pas de cette manière de faire à la hussarde et quasiment unilatéralement. Je refuse l'accusation d'immobilisme qui nous est souvent opposée. Dans mon secteur, l'édition, c'est la même chose : ce gouvernement sacrifie le circuit spécifique et plus long du livre au dogme de la consommation débridée. A moins qu'il faille comme ce commentaire savoureux d'un abonné attendre de voir si "en secouant sans arrêt le système notre agité du béret pourrait sans le vouloir produire des effets nouveaux en accélérant les prises de conscience. C'est ce que les physiciens appellent le recuit de Boltzmann : vous secouez des molécules et paradoxalement elles retombent dans des états plus stables mieux organisés".
Très difficiles à défendre les IUFM. Je viens d'effacer le long commentaire que j'avais écrit : je n'ai pas vraiment envie de vous contredire, c'est très courageux de votre part de vous battre pour ceux en quoi vous croyez. Mais, pour ma part, je ne pas me mettre du côté d'une structure infantilisante dont j'ai dénoncé les méthodes pendant une (trop) longue année. S'il nous faut conserver les iufm, il faut avant tout les réformer, et les rendre efficaces. Mais je me joins à vous de tout coeur pour dire non à la privatisation de l'école, et oui à une éducation digne de ce nom pour tous et pour toutes. Il faut véritablement sauver le service public de la tombe qu'on lui creuse. Et je serai avec vous dans ce combat ; mais sur le point spécifique des iufm, c'est encore un souvenir trop douloureux pour moi...
Merci d'avoir eu l'élégance de faire la différence entre votre expérience personnelle et une lutte qui vaut la peine d'être menée. Nous sommes dans des temps où il est difficile de ne pas se tromper d'ennemi... Puissions-nous être vigilants, humbles et déterminés! Bien à vous
remarque: les IPES ETAIENT DES INSTITUTS de prérecrutement des PROFESSEURS DU SECOND DEGRE
remarque: les IPES ETAIENT DES INSTITUTS de prérecrutement des PROFESSEURS DU SECOND DEGRE
Très juste, cher Krystoforski. Il ne faut pas tout confondre! De la clarté avant toute chose...
Il y avait également des centres de formation pour les professeurs d'enseignement général de collège-PEGC-qui étaient bivalents et donc formés pour enseigner dans les collèges.Leur nomination après leur formation était au niveau de l'académie et ces centres se trouvaient souvent au sein des écoles normales qui formaient aussi les instituteurs. Ces élèves PEGC étaient également salariés dès leur entrée dans ces centres :ces élèves étaient des étudiants recrutés au niveau du DUEL,devenu maintenant DEUG,mais il y avait également dans ces centres des instituteurs qui souhaitaient enseigner en collège. Aujourd'hui il n'y a plus ce type de formation et les PEGC deviennent rares.
il y a trop de confusion entre la formation des professeurs des Ecoles et celles des professeurs du second degré dans la réaction de lecteurs : l'expérience d'une année post-capes ou agreg ne peut être rabattue sur celle des "instits".
En ces temps de disette, de chômage à venir dans le privé, de dépressions mondiales en tous genres, des crises sociales à venir, parait-il, et bien les petits états d'âme des enseignants, les "malaises" mesquins dus à la "suppression des IUFM" qui sont sans intérêts majeurs comparés au reste des problèmes autrement plus sérieux, et bien cela laisse à coup sur une grande majorité de la société froidement indifférente. Bref un peu ras le bol du nombril du monde enseignant.
Cloclo, je vous retrouve chaque fois à dire ces choses-là ! Vous avez le droit d'avoir ras-le-bol des problèmes enseignants, néanmoins ne croyez-vous pas que s'occuper de l'école est aussi précieux que de s'occuper du PIB, des banques ... Maintenant, que vous trouviez cette institution mal en point, vous avez raison, que vous trouviez que ça marche assez mal, aussi, mais il vaut mieux réfléchir ensemble que sempiternellement railler "l'état d'âme" des enseignants. Il faut changer en construisant, non démolir. De grâce, ne faites pas de votre ras-le-bol l'aune pour mesurer la société française ! Bien à vous.
Le problème en ce qui me concerne n'est pas le "nombril du monde enseignant" (qui évidemment défend son bifteck comme tout le monde): Si vous avez des enfants bientôt en âge scolaire, peut-être souhaiterez-vous qu'ils soient instruits par des professeurs compétents et motivés plutôt que des personnes n'ayant (pour l'instant) pas trouvé d'autres emplois. Si vous pensez à l'avenir du pays, peut-être souhaiterez vous que la culture française classique reste vivante ou que notre économie puisse s'appuyer sur une population bien formée et notre démocratie sur des citoyens conscients . Je crois donc qu'un citoyen responsable ne peut pas laisser l'école être désorganisée (durablement car nous parlons de recrutements) par des réformes mal pensées et mal exécutées, qui loin de travailler à améliorer l'éducation (ce qui pourrait, on ne sait jamais; donner l'idée aux Français que ce service vaut son prix), ne cherchent que de petites économies aujourd'hui qui coûteront bien cher demain. P.S. Ces "temps de crises" sont ceux où des milliers de milliards sont engloutis pour sauver les banquiers de leurs folies et tenter de relancer l'économie. L'éducation n'est pas l'investissement le moins rentable (y compris d'un point de vue purement comptable).
Détruire partout ce qui doit être réformé voilà bien la devise du roi que la France s'est choisi. Elle n'a plus qu'a pleurer et ce n'est qu'un début. Mais bientôt la rue ... ?seule issue à toute cette folie???
je nepense pas que la suppression des IUFM soit faites dans la précipitation.A mon avis c"est une volonté délibérée qui sait ou elle va:la destruction de l'école du peuple et ce dernier regarde cela sans p ratiquement réagir.Certes il a des problèmes immédiats mais à plus long terme les conséquences pour lui serontencore plus terribles.
Madame Orthous, Si la lettre du Collectif IUFM de Lyon ne devait avoir qu’un mérite, ce serait celui de faire le point sur ce qu’engage (je parle, ici, du travail qu’accomplissent les enseignants des IUFM, quelles que soient les réserves que l’on peut faire sur le fonctionnement de l’institution) la formation des collègues qui se destinent au métier d’enseignant. Pour ce qui est du Collectif lui-même, je ne vois pas apparaître clairement les mots d’ordre permettant d’engager une véritable campagne contre l’attaque que mène (très adroitement, contrairement à ce que pourrait laisser croire une lecture trop rapide de la manière de faire étatique) l’Etat contre ses fonctionnaires. La phrase : "Vous aurez fait de notre lieu de travail un mouroir" est, en ce qui concerne la lutte, assez inquiétante. En effet, comment engager un combat alors que l’on fait le constat (futur, certes) d’un mouroir : d’une défaite ?
Monsieur hêtre, Je vous remercie de ce commentaire que j'interprète comme une question, à laquelle je réponds, en mon nom personnel. Le collectif s'engage, au plan général, dans la lutte contre les réformes qui concernent l'Ecole, telles qu'elles sont mises en place actuellement. Il s'engage également, au plan local et technique, pour que les maquettes des masters ne se fassent pas dans la précipitation et soient bâties dans le respect de la spécificité du métier d'enseignant. Tout cela est compliqué, difficile à expliquer à quiconque n'est pas dans l'Education nationale -et encore!-: vous voyez bien comment un combat passe pour une revendication et une revendication pour un état d'âme. Cela dit, malgré la mort annoncée, l'annonce de la mort a bel et bien produit une effet de sidération. Nos mots d'ordre? Enseigner, un métier qui s'apprend. Non à la liquidation de la formation des enseignants. Et puis, nous alertons (ici, par exemple). Et puis, nous ne sommes pas seuls (d'autres personnels d'autres IUFM se mobilisent). Debout les morts ?
Madame Orthous, A mon tour de vous remercier pour votre réponse. J’y vois le sérieux (sérieux qui, pour les tenants d’un air du temps fortement réactionnaire, ne peut qu’être suspect, archaïque) de qui dit : "Non". "Non", cela paraît simple à qui ne se pose pas la question des conséquences, c’est-à-dire à qui n’est pas véritablement impliqué dans une lutte. Ne vous situez pas sur le terrain de l’adversaire. Laissez-le se dépêtrer avec les problèmes qu’il a créés ! Après tout, c’est lui qui réforme. Pas vous ! Dites-vous bien que rien ne sera construit par lui "dans le respect de la spécificité du métier d’enseignant." En a-t-il fait la preuve jusqu’à présent ? Non. Ne cédez pas ; inventez votre lieu, vos principes et vos mots d’ordre en dehors de la logique que l’adversaire cherche à imposer. Et quand bien même le Collectif serait seul à produire des mots d’ordre justes, ces mots d’ordre n’en seraient pas moins justes.
Je suis moi aussi membre du collectif mais je réponds en mon nom propre, tout en sachant bien que mes collègues sont en accord avec ce qui suit. Sur le principe, vous avez raison, il faut laisser les "supprimeurs" se débrouiller avec les problèmes qu'ils vont créer. Et il va y en avoir... Mais les choses ne sont pas aussi simples. Nous avons en face de nous des jeunes qui ont envie de faire ce métier d'enseignant qui est magnifique. Je sais que je vais faire hurler, mais nos stagiaires (je parle pour mon cas essentiellement des professeurs des écoles), demandent une formation. Nous les suivons aussi avec les conseillers pédagogiques lors de leurs deux premières années d'enseignement. L'entrée dans le métier est progressive. Et malgré cela, l'enseignement dans certaines classes est très difficile. A partir de maintenant, nous allons assurer une préparation uniquement théorique des concours dans le cadre de masters. Ils n'enseigneront jamais en responsabilité avant leur réussite au concours. Ils seront directement jetés en pâture aux élèves (je ne vois pas d'autre expression) sans aucune expérience de la classe, avec "l'aide d'un maître "chevronné"" qui aura sa classe et donc peu de temps à leur consacrer, qui ne pourra sans doute pas faire mieux que de donner quelques "recettes". Mais vous savez bien que pour les cuisiniers aussi, il y a des écoles. Comment vont-ils tenir ? ne va-t-on pas les dégoûter à tout jamais de ce métier ? Il faut aussi parler des élèves qu'ils vont avoir en face d'eux. Il va y avoir "le feu" dans les classes. Et ce n'est ni Mr Darcos, ni notre agité qui vont venir l'éteindre. Pauvres jeunes enseignants, pauvres élèves, pauvres parents et pauvres conseillers pédagogiques, inspecteurs et directeurs d'école ! C'est pour les jeunes et les élèves que nous nous battons. Nous savons de quoi nous parlons, puisque c'est le système de formation qu'ont connu les lauréats du CAPES dans des CPR avant les IUFM, lauréats dont beaucoup de nous sommes, mais à une autre époque, avec un autre public. Ce n'était déjà pas bien beau à ce moment-là. Cordialement Angelina Ogier-Césari
Madame Ogier-Césari, Oui, "supprimeurs", destructeurs, casseurs. Ne craignez pas de "faire hurler". Ce qui se passe dans les classes n’est pas sans rapport avec ce qui se passe ailleurs. C’est quoi, pour les enseignants, exiger des élèves ce que les donneurs de leçons ministériels, du haut de leurs décrets-bulldozers, n’exigent pourtant pas d’eux-mêmes : penser, comprendre, construire en commun ? Vous écrivez quelque chose de très important : "C’est pour les jeunes et les élèves que nous nous battons." C’est simple. C’est fondamental. Se battre pour les autres, c’est ça, la politique.
Un certain nombre de réactions - certaines explicitement, d'autres de façon plus biaisée - montrent qu' une fois de plus Sarkozy pense ( à juste titre ?) que son entreprise de démolition recevra un accueil favorable : en effet depuis leur création, que j'ai pu suivre de près, les IUFM ont été accusés de tous les maux, le plus grave étant évidemment celui de répandre le "pédagogisme" : il est évident que, pour une institution chargée de former des esprits et de transmettre des connaissances, réfléchir sur les problèmes pédagogiques est un scandale digne des pires châtiments. C'est ainsi qu'ont été répandues , par la grâce des Brighelli et consorts, toutes les sornettes démagogiques destinées à décrédibiliser en le dénaturant le travail fait pour la formation des maîtres. La vérité est malheureuseemnt que beaucoup de collègues n'ont jamais vraiment accepté ce que représentaient ( puisqu'il faut parler au passé) les IUFM, et les conséquences induites : reconnaître qu'enseigner et un métier qui s'apprend, comme n'importe quel autre métier, que la transmission des connaissances n'en est pas la totalité, et que l'approche purement disciplinaire de la fonction ne peut répondre aux exigences et aux défis actuellemnt rencontrés. Je sais bien que, pour faire court, certains des intervenants des IUFM ont parfois scié la branche sur laquelle ils ont cru pouvoir s'installer tranquillement sans vraiment se poser de question. Mais est-ce une raison pour jeter le bébé avec l'eau du bain, et puisque notre "hyper" s'affirme adepte de la culture du résultat, il pouvait prendre quelques mesures simples pour améliorer l'eficacité du dispositif au lieu de le détruire. Et je comprends l'amertume des collègues lyonnais, qui font précisément partie d'un de ces IUFM ( plus nombreux qu'on veut le reconnaître) qui ont su au maximum échapper aux maladresses et aux dérives, et répondent avec efficacité à leur mission.
1- Des IUFM condamnés avant d’exister Au moment où seuls 3 IUFM prototypes fonctionnaient, les critiques fusaient déjà. Pourquoi critiquer ce qui n’était pas encore en place ? Etait– ce que cela aurait eu un rapport avec la peur toute prosaïque ( et défendable) des universités, de perdre des heures « souples » de préparation au CAPES et à l’agrégation ? Pourquoi cette revendication des universités n’est – elle alors pas apparue plus clairement ? La défense des moyens de travail est tout à fait justifiable. Pourquoi critiquer la formation pédagogique, alors qu’elle n’existait pratiquement pas pour les futurs professeurs de collèges et de lycées. Même imparfaite, cette formation existe maintenant. Pourquoi la critique d’alors ne s’adressait – elle pas aux ex – écoles normales ? La formation y était parfois moins pointue qu’aujourd’hui ou tout au moins plus tranquille, me semble-t-il. Depuis, il a fallu beaucoup travailler pour faire le mieux possible avec moins de temps, moins de moyens et plus de pression pour les stagiaires. 2- Des intérêts financiers à court terme En ce qui concerne la formation des futurs professeurs de lycées et collèges, on est passé en quelques années d’une année de formation payée par l’Etat où les stagiaires n’avaient pas de classe en responsabilité à un système où les stagiaires assurent un tiers de service chacun. Le gain est d’un poste pour trois stagiaires. Chaque stagiaire coûte à l’Etat 2/3 d’année. En ce qui concerne la formation des futurs professeurs des écoles, on est passé de deux années de formation payées par l’Etat à une et, depuis deux ans, à 7/9 d’année (un peu plus en fait puisque le stage groupé a été réduit de deux semaines). Si la première année d’exercice après le MASTER se déroule en demi - service, la formation ne coûtera plus à l’Etat qu’une demi – année par stagiaire, qu’il se destine au Primaire ou au Secondaire. 3-L’IUFM, bouc émissaire 3-1-Critiques non argumentées et contre – vérités Des critiques sont faites à l’IUFM. Certaines sont justifiées et argumentées : la période de véritable formation au métier de l’enseignement primaire a été réduite, la pression sur les stagiaires est forte, la densité de travail élevée. Certaines sont traditionnelles de la part des stagiaires et souvent s’effacent avec le temps : si le côté théorique est réputé trop lourd en formation initiale, d’autres stagiaires reconnaissent que la formation théorique porte ses fruits plus tard, une fois l’installation dans le métier établie. Beaucoup sont portées sans justification, basées sur des «on dit » et servent de simples éléments de conversation. Elles vont du refus de la formation pédagogique pour les enseignants du Secondaire, voire du Primaire à la critique de toute la formation pour le Secondaire. Or, les futurs professeurs de lycées et collèges ne rencontraient pas une formation aussi dense auparavant, aussi complète. Comment ose – t’on comparer la formation que nous avons reçue en début de carrière comme professeurs stagiaires du Secondaire (3 stages accompagnés, en groupe de 3 stagiaires et 2 leçons d’apparat dans la classe d’un tuteur, pour obtenir le CAPES pratique, quelques journées de stage plus ou moins optionnelles, au milieu de semaines peu chargées permettant de préparer l’agrégation) avec celle qui existe actuellement (un tiers - temps en responsabilité, des stages de pratique accompagnée, une journée de formation théorique didactique et pédagogique, de lien entre la théorie et la pratique, des écrits évalués, des entretiens) ? 3-2- Refus d’une formation pédagogique Qui sont les enseignants qui refusent ou minimalisent les apports d’une formation didactique et pédagogique ? Se sont – ils avoué qu’ils travaillaient par plaisir et qu’ils développaient des stratégies pour garder ce plaisir d’enseigner ? Ont – ils assumé leur part de travail social qui consiste à enseigner là où c’est plus difficile ? S’ils ont réussi à enseigner leur matière à des enfants pour qui apprendre n’est pas facile, en ne se souciant que du contenu, c’est qu’ils ont fait preuve de pédagogie sans le savoir, il faudrait alors qu’ils réfléchissent à leur pratique pour la transmettre, et cela se fait tous les jours. 3-3- Bâtons mis dans les roues Pendant les années 90, quand les IUFM se sont mis en place, les règles du jeu changeaient en moyenne tous les trois ans. Combien avons – nous perdu d’énergie pour mettre les nouvelles règles du jeu en place, maintenir la qualité de la formation malgré la répétition de ces obstacles ? Même si nous avons gagné en professionnalisme ! A qui profitera le crime ? Toutes ces réflexions sont secondaires si la privatisation de l’Education Nationale est en marche. Peu importe la maladresse d’un gouvernement. Qu’il soit compétent ou peu compétent, le secteur privé avance ses pions en profitant des aubaines . On peut craindre que se développent des stratégies de lobbying et de pression idéologique sur le personnel politique.
Bravo pour cet exposé qui analyse si finement la situation ! J'ai été formatrice à Créteil pour le secondaire et je partage votre analyse. Je rajouterais un point, au niveau des "bâtons dans les roues" : il me semble que notre institution a eu, a, bien du mal à analyser ce qu'elle fait (par le "elle", je veux nommer les instances décisionnelles, et en particulier, pour la formation, les deux rouages que sont l'IUFM d'un côté et le rectorat de l'autre, qui est le "commanditaire"). L'institution est rongée par des rivalités de pouvoir qui gênent la réflexion d'ensemble : je pense aux inspections générales, au bastion de la formation des chefs d'établissement ... Au moment où il devient très important de développer une analyse réflexive sur la pratique de l'enseignent, il est tout à fait contre-productif d'avoir de telles instances qui n'anlysent pas les effets de leur pratique ! Je ne pense pas que se poser ces questions c'est affaiblir l'école et la lutte actuelle pour tenter de sauver les meubles, au contraire ! De mon point de vue, il peut être très salutaire de "profiter" de moments pareils pour mener un travail audacieux de questionnement.
Je trouve l'évocation du nombril par Cloclo particulièrement bienvenue ! Le nombril n'est-il pas la cicatrice de notre séparation d'avec celle qui nous a formé, porté et alimenté ? Que l'on reste à la fois nostalgique et revendicatif à l'égard de ce moule qui, à un moment donné, nous a lâché dans le tourbillon de la vie, et que l'on en parle et en reparle, c'est bien connu ! Aussi, j'en profiterai pour essayer d'éclaircir le malentendu qui pourrait surgir de l'évocation d'un certain grattage de nombril au moment où des enseignants et des formateurs parlent de l'IUFM ! Certes, vu de l'extérieur (il se trouve que je travaille dans et en-dehors de l'école), les débats sur la didactique et la pédagogie pendant que des gens meurent dans la rue... vu comme çà, c'est insoutenable ! Mais en même temps, vu de l'intérieur, se rendre compte que de défendre la liberté pédagogique est pris par certains pour un plaisir de privilégiés, c'est aussi tout à fait insoutenable car c'est cette même liberté qui permet aux enseignants d'adapter les programmes pour que les enfants les plus démunis ne finissent pas dans la rue avec le désespoir comme seule idée à se mettre sous la dent ! D'autant plus que l'engagement pédagogique va parfois jusqu'à défendre les enfants dans leur existence réelle en se portant volontaire pour répondre en cas de dangers de toutes sortes (maltraitances, expulsions, misère…) ! Ce qui est choquant, et c'est là que ma cicatrice me chatouille ! c'est que l'engagement personnel de l'enseignant en tant que citoyen est pris, par notre gouvernement, comme le signe d'une dé-formation générée par des IUFM trop politisés et qu’il y trouve argument pour justifier leur suppression ! Voir à ce sujet le billet de Georges Hervé : http://www.mediapart.fr/club/blog/georges-herve/111208/former-les-enseignants-un-puissant-moyen-de-controle-social
Votre commentaire et le billet de Georges Hervé me font penser que les analyses pertinentes de la situation ne manquent pas. En revanche, j'ai le sentiment que nous sommes en manque d'interlocuteurs, c'est-à-dire que je n'ai pas vraiment de réponse à cette question : "Sur quelle place porter le débat ?". Ici ? avec Mediapart ? Ce n'est déjà pas si mal. Avec les hommes politiques en général ? Il y a belle lurette que les variations de focales (expériences personnelles et intérêts collectifs) les empêchent de penser l'Ecole comme un tout, comme une pierre angulaire de civilisation. Toujours, chaque jour, l'exemple pour la preuve... Malheur à moi qui ai appris qu'analyser un problème, c'est se donner les moyens de faire le moins d'erreurs possibles pour le régler (ou au moins, le réduire).C'est l'heure du pragmatisme, ce qui revient à gouverner par "ajustements". Ce qui revient à devoir faire vite parce que le mode de vie que nous avons est imbibé d'immédiateté. Ce qui revient à décider plus vite que son ombre. Ce qui revient à confondre décider et tirer. Ce qui revient à supprimer au lieu de réfléchir. Grrrrr et Brrrrrr.
je suis très heureux de cette intervention qui donne une large part à l'interrogation. Chose qui irrite "superman" comme ses électeurs, on n'a plus le temps de penser, suggèrent-ils sans cesse. On se doit de le faire. Pour ma part je ne suis que libraire sur Lyon mais prend un plaisir immense avec vos documentalistes à chaque rencontre en librairie. Elle travaillent pour les profs mais aussi pour les enfants avec sérieux et plaisir, chose de plus en plus rare. Ce qui n'est pas rien aujourd'hui. si les libraires de Lyon peuvent vous être utile dans votre action n'hésitez pas !
je suis très heureux de cette intervention qui donne une large part à l'interrogation. Chose qui irrite "superman" comme ses électeurs, on n'a plus le temps de penser, suggèrent-ils sans cesse. On se doit de le faire. Pour ma part je ne suis que libraire sur Lyon mais prend un plaisir immense avec vos documentalistes à chaque rencontre en librairie. Elle travaillent pour les profs mais aussi pour les enfants avec sérieux et plaisir, chose de plus en plus rare. Ce qui n'est pas rien aujourd'hui. si les libraires de Lyon peuvent vous être utile dans votre action n'hésitez pas !