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Les profs de demain : In publicité veritas?
C'est une publicité pour une entreprise de soutien scolaire, coutumière des campagnes provocatrices.
Trois portraits, plan américain, trois personnes qui regardent dans le lointain avec un air de sourire ou de préoccupation. Un journal ouvert, une tasse de café, un sac qui n'est pas un cartable, voilà pour les attributs. Le plein air, une terrasse, un bus, voilà pour les lieux. Noms et prénoms pour chacun, suivis de la mention "Enseignant en…" histoire, mathématiques, français. Un texte de trois lignes évoque la situation et leurs pensées. En bas à droite, le nom de l'entreprise et un slogan : "Croire au potentiel de chacun".
Les luttes de l'année 2008-2009 qui ont consisté, pour le dire vite, à alerter sur le démantèlement du service public d'enseignement, de la maternelle à l'université, auront sans doute été vaines, à brève échéance en tout cas. On ne peut en effet pas déterminer si elles sont un soubresaut de la défense des valeurs d'une république française honteuse de n'avoir pas tenu ses promesses, ou si elles sont la figure de proue d'une pensée humaine qui triomphera lorsque la période du capitalisme sera éteinte, au plan mondial. Ou les deux.
L'entreprise de soutien scolaire danse sur les tombes de ces luttes en affichant de nouvelles figures de profs, mensongères à double titre : donner des cours dans une entreprise de soutien scolaire ne fait pas de vous un professeur (le terme n'est d'ailleurs employé qu'avec son diminutif), et ne vous garantit pas de connaître le bonheur grave de l'enseignant qui fait réussir son élève. Quant à la croyance dans le potentiel de chacun, en guise de promesse mystique et volontariste…
Que disent-elles, ces figures ?
Pas d'institution, pas de collègues, pas de chef, pas d'établissement scolaire, le prof, tel qu'en lui-même, dans sa solitude et son indépendance.
Pas d'élèves, pas de groupes, pas de tableau, pas de craie, pas de photocopies, le prof pur esprit dans un moment de rêverie.
Pas de réunions, pas de cantine, pas de sueur, le prof satisfait, dans son inquiétude douce.
En revanche, un titre, une place sociale, je suis prof tout de même, n'est-ce pas ? Cela me réjouit, me réconforte, je suis quelqu'un.
Quand l'Education ne sera plus nationale, ces publicités seront lancées par les gouvernements ou par les collectivités territoriales en charge d'embaucher des "enseignants". Ils seront nombreux, diplômés, à la recherche d'un emploi temporaire, sans formation professionnelle, à espérer obtenir un contrat dans le lieu d'instruction le plus proche possible de leur domicile ou pour un poste bien rémunéré. Ils seront contents qu'il n'y ait plus de concours, plus d'inspections, plus d'affectations imposées, plus de syndicats, plus d'IUFM, à peine des programmes en forme d'objectifs. Quand ils n'auront pas réussi à faire lire le quota imposé dans leur classe de CP, à moins qu'ils n'acceptent de repeindre la salle polyvalente pendant l'été, ils seront remerciés et chercheront un autre lieu d'instruction un peu moins proche de leur domicile et un autre poste un peu moins bien payé. Ils auront une tête de trader et le secret espoir d'ouvrir leur propre boîte.
Il y a quelque chose de prémonitoire dans ces figures. Comme si la publicité disait l'avenir.
Sauf qu'elle dit l'avenir en se soumettant au présent. Les temps sont au chacun.
Trouverons-nous les forces pour que l'avenir soit au tous ?

Tous les commentaires
Belle mise en abyme! Et belle alerte!D'autant qu'il n'est pas encore trop tard pour bien ( mieux? ) faire.
Merci.
Bien dit: bravo!
bien vu — merci pour cette analyse.
C'est super, ce décriptage d'une pub avec de vrais outils politiques !
Très juste et passionnante analyse. "Les temps sont au chacun" dites-vous, cela rejoint bien en effet les fameux "parce que j'y ai droit" ou "c'est mon choix" qui font des ravages. A nous tous en effet de réintroduire le "nous" et le souci du bien commun.
La publicité "dit l'avenir en se soumettant au présent." Formule à méditer pour nous tous.
Je crois aussi que "la société" actuelle est en train de "se" fabriquer un homme nouveau :
Un individu qui aura de grandes difficultés à s'associer avec d'autre, à se grouper, car cela ne lui paraitra pas naturel du tout.
Individu soumis sans le savoir au rappel des messages publicitaires qu'il a abondamment consommé avec plaisir (ses madeleines ?) depuis sa petite enfance.
Et qui l'ont forgé, désirs compris.
Consommateur avant tout, travailleur qui se croit indépendant, individu qui se pense souverain.
J avais été recruté par cette officine en ayant à peine validé un bac+1...
La formation en est complètement absente, les clients sont gérés comme tels: dès qu ils ont été "accrochés" par un prof correct, on n'hésite pas à leur refourguer un débutant (bac+1 j imagine, et moins cher) contre leur volonté. Et au mépris de la réputation de celui qui a fait le job. J ai appris de la bouche d'anciens parents d'élèves avoir déménagé à l'autre bout de la France ou en Angleterre...ma réputation c'est la moitié de mon tarif.
J ai clairement appris mon job au sein de l'educ nat', auprès de collègues qui ont le sens du service public...
Il ne faut cependant pas oublier que les premier enseignants qu'un enfant rencontre sont ses parents. Et la place que prend ce genre d'officine est celle laissée vacante...
"le bonheur grave de l'enseignant que fait réussir son élève"
profonde formulation de ce travail qui est bien plus qu'un travail et que j'entends tellement décrier!
des analyses comme celle-ci devrait circuler aussi dans le milieu enseignant, cela redonne du coeur!
bien besoin d'engranger du nerf et du peps pour les luttes qui s'annoncent.
Et merci aussi pour le témoignange en direct de Boris.
Oui merci pour le témoignage de Boris et celui de votre article pertinent! Le succès des entreprises privées de soutien scolaire est aussi lamentable.... et en dit long sur l'école publique, gratuite et universelle... Est ce si dur d'encourager soi même ses enfants à travailler? Faut il donc payer quelqu'un pour le faire pour se dire que l'on est un parent responsable? La gratuité deviendrait elle de plus en plus le synonyme de la vacuité? Comme si le tarif d'une prestation toujours garantissait quoique ce soit...
Ce sont vos commentaires qui donnent du coeur!
Merci.
@ Nicole Orthous
Les enseignants ont vraiment une paranoïa du privé et de la concurrence....
Vous prenez vraiment les parents des élèves pour des idiots ( pourtant beaucoup ont des diplômes supérieurs ou équivalents à ceux des enseignants ,plus l'expérience de l'entreprise privé )... incapables de constater ,si les cours privés,font progresser leurs enfants ou ne servent à rien...et de payer pour cela.
En fait ce qui agace le corps enseignant dans ce développement des instituts de soutien est qu' il ait la constatation et la preuve de certaines lacunes des enseignants actuels...vis à vis d'un type d'enfant.
alcyme,
passion triste sur pattes.
alcyme toutefois pas complètement inutile pour savoir ce qui se dit dans la beaufesque vox populi.
Un grand bravo !
Et dire qu'il y a des parents qui croient tomber "forcément" sur "mieux" que l'EN ! Au prix qu'ils paient ! (si on pouvait payer les vrais enseignants diplômés aussi cher...)
Surtout que si leur gamin a échoué jusqu'ici, ce ne peut être que de la faute des profs... non ?
Merci pour cet article remarquable.Quand un éclair de lucidité permettra-t-il à nos concitoyens de comprendre les mécanismes de ce système catastrophique, qui démolit petit à petit une civilisation, la culture, la planète....les valeurs républicaines...?
JM Masson
Nota bene: un prof expérimenté chez ...ia touche dans les 18 euros/h. Donc moins que le traitement d un prof en début de carrière. Sachant que dans cette rémunération sont compris le déplacement, les vacances et les indemnités de travail temporaire...on est plus près de 10euros effectifs.
Je serais moins catégorique avec d'autres enseignes...notamment une sise a Lyon. Et d'autres plus petites pour lesquelles l'objectif n'est pas 15% de rentabilité mais la réussite des enfants.
Pour la responsabilité des parents...je suis toujours gêné de les accabler totalement, dans le sens où il est parfois délicat de s'occuper de sa descendance quand on fini sa journée a 20h.Ca relève d'une problématique sociétale. Avec une redéfinition du rôle de l'enseignant. Il ne se contente plus de perfectionner l'enseignement du bambin, il doit aussi le "dresser"...le guider...parfois se comporter en précepteur. Rôle auquel l'éduc' nat' ne forme pas, on pourrait même considérer que la sélection y est opposée dans la mesure où les prétendants sont ultra spécialisés dans leur matière(comprendre totalement inculte dans un domaine différent du leur).
Sinon, pour finir de tempérer l'ardeur des ultra républicains, je suis maintenant prof particulier à temps plein, indépendant...et mon taux de réussite au bac est de 100% depuis 7ans. Avec des élèves qui devraient faire partie des 20% de recalés. Sachant qu'un redoublement en terminale "coûte" entre 10 et 20 k euros -avec un peu de cynisme une année de cotisation sociale en moins soit facilement 10 k de plus- à la collectivité et 2 ou 3 aux parents...
A vos calculatrices...et oui c est très rentable pour l'état que les parents paient des cours en plus à leurs bambins.
Sans que j'amende une seule seconde le comportement purement mercantile de certains.
Très bon billet.
Cela me fait penser à quelqu'un installé en France pendant plusieurs années, maintenant reparti : il était emabuché par une boite américaine, travaillant comme consultant dans une grande banque française.
Il ne participait pas aux réunions de la société *-*-* en question, était payé à la minute près, touchait un bonus de 500F si simplement appelé par téléphone en dehors de heures de travail, un bonus de 9000Fr/mois vers son loyer. Son salaire versé par la boite américaine sur l'isle de guernsey ou de jersey, je ne me souviens plus laquelle des deux. Mais n'étant pas déclaré aux impôts en France, ni imposable en France, pendant les 7 années de son séjour.
Mais qui envoyait ses enfants à l'école publique, était content que les routes, les hôpitaux, la mairie, la police, les salles de spectacles existent...Sa fille est née en France dans une clinique privée au petits soins.
Voici l'incarnation du citoyen qui avec les deux maisons qu'il a achêté dans son pays d'origine lors de son séjour en France, une à louer et l'autre pour y vivre une fois retournée au pays... n'y voyait aucune contradiction.
Avec tout ce qu'il achetait, il considérait payer assez en TVA pour ne pas payer encore plus.
Parfois je me demande comment on en arrive à réfléchir et à vivre ainsi.
Made in US - Bientôt en France ?
Insidieusement, la grippe A prépare le terrain de ces officines spécialisées en soutien scolaire à la carte. Tout est en place pour que la science fiction devienne réalité.
Heureusement, maintenant les enseignants seront-ils priés de n'enseigner presque plus mais de soutenir ô combien..... de tuter/tutorer/tutationner, d'enseigner pendant les stages de vacances, que du bonheur...
Heureusement, maintenant la niche fiscale des emplois de ce type va sauter, adieu veaux vaches cochons, Perette la prof d'avenir retournera passer des concours ( mais des concours plus chics, des concours didactiques )