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Darcos comme il nous parle

Xavier Darcos s'est livré,  jeudi 12 février 2009, à un exercice de style qu'il faut analyser – dans une infime partie: Il est sur RMC,  à 13 heures, dans une émission qui s'appelle "Les grandes gueules".

Le ministre se prend pour le ministère. Non. Le ministre veut qu'on le prenne pour le ministère. Phase avancée de la sarkozyte.

Pendant une heure, il pratique le double mépris : envers les enseignants qui luttent contre les mesures qu'il prend, et envers les auditeurs de RMC.

 

(…) vous savez, moi je recrute 14 000 personnes : Par an? Par jour? Par mois? Depuis combien de temps pour que le présent de vérité générale soit ainsi employé ? Le "vous savez", c'est pour faire peuple, pour faire simple et proche. En tout cas, en voilà, un sacré chef d'entreprise!

 

on va les trouver les gens pour passer nos concours : vous entendez, la formule :"on va vous en débarrasser, de la racaille", "on va les trouver, les gens"…. Ici, on dit "les gens", des fois que ceux qui écoutent ne sauraient  pas ce que c'est, des étudiants, des candidats, des personnes. Et puis, s'il y en a qui ne les aiment pas, mes nouveaux concours, il y en a d'autres qui n'attendent que ça, qui ne sont pas si bégueules et qui les passeraient volontiers, pour profiter des privilèges. Sans rouspétance.

 

 Et aujourd’hui, un professeur sur deux qui est recruté par moi, n’est déjà pas passé par des systèmes de formation des maîtres: Qui? Par quel stratagème ? De quel système s'agit-il? Des mauvais, des pas-formés, j'en ai plein ma besace et je vous les montre. Si vous croyez que ça me fait peur, des profs pas formés… D'ailleurs, ma réforme, c'est ça : on passe de un formé sur deux à pas de formé du tout, la voilà, l'égalité.  

On note l'omniprésence du "moi", recruté par moi. Pour Darcos, l'auditeur de RMC ne comprendrait pas  le terme "Education nationale", bien trop complexe. Il faut ajouter une réduction d'échelle : Darcos parle de l'Education nationale comme de la PME du coin.

 

Il a tout simplement une licence ou une maîtrise, et il se présente à nos concours et il les a. Savourons le "tout simplement". Depuis trois mois, une licence ou une maîtrise, c'est rien, ça ne vaut rien, ça se trouve sous le pas d'un cheval. D'ailleurs, tous ceux qui écoutent l'émission le savent, un Bac plus douze, ça ne sert plus à rien. Tous ceux qui écoutent ont un enfant qui s'est dit "Tiens avec ma licence, je pourrais passer le concours, c'est facile à avoir". C'est bien connu, les concours de l'Education nationale, tu t'inscris, t'es reçu.

 

Donc moi je n’ai pas absolument besoin d’entrer dans des discussions sibyllines avec les préparateurs à mes concours. De qui parle-t-il ? De quels préparateurs ? De Bernard Laporte? D'un côté, les intellos et leur discours qu'on le comprend pas et de l'autre, les auditeurs de RMC, Darcos dans leur camp, celui du concret et de l'action, qui se plaignent d'un tel jargon. Et les "discussions sibyllines", c'est la somme de ce qui est si difficile à expliquer pour dire qu'enseigner est un métier qui s'apprend ? Sibyllin, c'est un mot savant qui veut dire "s'il te plaît? " ou qui veut dire "ta gueule"?

 

Je suis recruteur. Qu'en termes élégants ces choses-là sont dites. Nous connaissons "employeur", concours de "recrutement", mais là, dans sa rudesse, le terme prend une autre allure. Si quelqu'un sonne à votre porte et vous dit "je suis recruteur" quelles images vous viennent ? Moi, je planque mon fils au grenier, ma fille au sous-sol et je lui montre mes vaches, au recruteur.

 

Je définis les concours dont j’ai besoin : les concours, c'est moi qui sais, c'est moi qui les fais, je distribue les copies, je corrige, et je fais le café et les photocopies. Je distribue les primes à la Noël, si les lauréats sont sages. Phase terminale de la sarkozyte.

 

Je garantis la formation professionnelle des personnels que je recruterai. Ma parole, c'est vrai qu'il recrute! Et il garantit une formation professionnelle? Service après vente ? Six heures ? Six jours? Hors usage normal ? Hors usure naturelle ? Plus fort que la loi, plus fort que l'IUFM et à un meilleur rapport qualité-prix! Darcos réforme. Darcos forme.

 

Après, chacun nous suit, ou pas. Autrement dit, ceux qui ne sont pas d'accord seront en désaccord.  Et la réforme est déjà installée... A moins qu'elle ne le soit pas.  

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Il semble donc que ce soit contagieux le moâ moâ jeu...

Le discours marketing méprisant est partout. Je me souviens à l'époque Mtitterand toute la gauche parlait comme lui c'était ridicule et marrant. Aujourd'hui à l'époque Sarko c'est sinistre

Une analyse percutante où l'étude de la ''forme'' dit le ''fond'' des choses. Et l'arrogance narcissique ( alors que le sol se dérobe ) avant la chute finale.

Qu'il se dérobe! Un mot rapide pour saluer la peine que vous avez chaque fois prise (France-Culture samedi dernier où je vous ai trouvé particulièrement pertinent malgré le personnage têtu et teigneux que campait Darcos ) de citer la formation des maîtres. Je pense déjà à la Reconquête! Une telle crise peut nous faire plus intelligents, non ?

C'est plus qu'affligeant. Mais merci d'avoir pris la peine de nous le communiquer ! Je dirigerai la France comme une entreprise, avait plus ou moins dit NS.... Même Sylvie Pierre-Brossolette(France Info tout à l'heure) admettait l'échec cuisant de la façon de réformer de Sarkozy (et de ses employés -ministres). (ajout) Réflexion faite, est-ce que ça ne montre pas que c'est ce à quoi Sarkozy tient le plus dans toutes ces réformes liées à l'enseignement : la ""réforme"" de la formation des enseignants ? Si je ne me trompe pas, elle n'a pas été incluse dans l'ordre du jour des négociations at autre "médiations".

On peut penser, en effet, que Sarkozy pense "IUFM à faire sauter", comme trophée à son tableau de chasse pour l'exhiber devant ses beaufs riches de copains. En ce sens, il se peut qu'il y tienne car c'est une cible identifiable. Je doute cependant que cet homme soit en mesure de se faire la moindre idée de ce qu'est la formation des enseignants. Il me semble que la réforme de la formation figure en première place dans l'Appel des présidents d'université (voir la belle colère de Georges Molinié à la Sorbonne). Les deux ministères ont un grand intérêt à se distinguer : Pécresse cèderait et pas Darcos. C'est la partition qu'ils nous jouent... Cet après-midi, nous organisons une cérémonie de non-remise des maquettes au Rectorat. Pardon si je radote... Quoi qu'il advienne, je serai heureuse et fière un peu que certains se soient levés pour défendre les IUFM, pas aveuglément, mais crânement.

Démagogie, populisme, jusqu'où ne descendra-t-il pas? Quel régime que le sarkozysme qui favorise une telle dérive intellectuelle chez un homme qui avait quand même une connaissance approfondie de l'Education Nationale et qui passait pour cultivé! Ce qui me pose toujours problème c'est comment on gère, quand on se renie à ce point, la rencontre avec soi-même. La chute, celle du ministre en tout cas, est en effet heureusement prévisible, le gouvernement par le mépris de l'intelligence ne peut pas durer indéfiniment (enfin j'espère, car il y a malheureusement de nombreux contre-exemples). Merci à vous Nicole d'avoir attiré notre attention sur cette émission et, surtout,d'avoir eu le courage de l'écouter en entier.

Je partage avec vous cette interrogation de la rencontre avec soi-même (à l'heure où l'on édite quelques traces de Roland Barthes). Cela dit, ces hommes avilissent quelque chose de notre Histoire et de notre génie. A suivre ?

Ces hommes comme vous le dites si bien, avilissent en effet quelque chose de notre histoire et de notre génie. Je crois qu'ils le font si aisément, littéralement sans états d'âme, car cet avilissement leur est devenu consubstantiel, par les mystères de leur personnalité que je ne peux pénétrer, mais où je lis, aisément à mon tour, que cette interrogation de la rencontre avec eux-mêmes, ils ne la pratiquent pas, car ils ne se rencontrent plus. Sous peine d'une mort bien trop cruelle. Merci à vous, vraiment, de ce papier excellent, efficace et caustique, et du travail qu'il va nous permettre d'accomplir dans les écoles. Une maman d'élève de maternelle. Claire

Il y a de la force à puiser dans ce message! Battons-nous pour que le cynisme ne l'emporte pas !

Merci de votre analyse et d'avoir relevé tout ceci patiemment. A l'entendre, ce monsieur (ciel, mon Ministre !) a été contaminé par le virus de la sarkolangue... Affligeant mais pas surprenant ! En quelques mois, à l'instar d'un Claude Allègre, il s'est mis tout la monde à dos : enseignants de tous niveaux, élèves de lycée, étudiants, parents d'élèves. Bref, il ne lui reste plus qu'à essayer de draguer une partie du bon peuple, c'est à dire des gens qui penchent plutôt à droite, lisent le Figaro au premier degré et évitent de réfléchir. Et ceci en faisant appel à leur "bon sens" et en usant de populisme du dernier degré, voire d'une vulgarité toute présidentielle. Et tout cela pourquoi faire ? Mais pour monter "le bon peuple" contre les voyous cités ci-dessus, ceux qui osent être contre "sa" réforme !! Comment ça la ficelle est un peu grossière ? Oh mais, si vous saviez combien mordent à l'hameçon...

Merci de votre analyse et d'avoir relevé tout ceci patiemment et méthodiquement. Le résultat est confondant ! A l'entendre, ce monsieur (ciel, mon Ministre !) a été contaminé par le virus de la sarkolangue... Affligeant mais pas surprenant ! En quelques mois, à l'instar d'un Claude Allègre, il s'est mis tout la monde à dos : enseignants de tous niveaux, élèves de lycée, étudiants, parents d'élèves. Bref, il ne lui reste plus qu'à essayer de draguer une partie du bon peuple, c'est à dire des gens qui penchent plutôt à droite, lisent le Figaro au premier degré et évitent de réfléchir. Et ceci en faisant appel à leur "bon sens" et en usant de populisme du dernier degré, voire d'une vulgarité toute présidentielle. Et tout cela pourquoi faire ? Mais pour monter "le bon peuple" contre les voyous cités ci-dessus, ceux qui osent être contre "sa" réforme !! Comment ça la ficelle est un peu grossière ? Oh mais, si vous saviez combien mordent à l'hameçon...

Ces propos sont tout simplement consternants de narcissisme et de prétention. On peut en effet penser, comme le suggère Nicole Orthous, que "Sarkozy pense "IUFM à faire sauter" et que le zélé Darcos obéit à la voix de son maître. Mais pourquoi cette agression contre les IUFM et l'absurdité évidente d'une "mastérisation" improvisée? On peut rappeler comment, ces dernières années, les IUFM ont été —le mot n'est pas excessif— littéralement diabolisés par Alain Finkielkraut chaque fois qu'il en avait l'occasion dans Répliques ou dans d'autres émissions. Dans le fourre-tout des "ruptures" annoncées lors de sa campagne, Sarkozy avait retenu cet objectif facile à énoncer. Cette affaire des IUFM est particulièrement significative de l'incohérence programatique de la politique présidentielle de "réformes" par coups et opérations ponctuelles sans aucune vision d'ensemble. Le combat engagé est donc d'une portée aussi symbolique que pratique.

On ne peut hélas mieux dire, utopiste sans illusions.

"Ce qui me pose toujours problème c'est comment on gère, quand on se renie à ce point, la rencontre avec soi-même." On ne se renie pas tout simplement quand le pouvoir est ce à quoi on aspire envers et contre tout (tous). Y compris contre l'image de soi que l'on s'est donnée et que l'on a donnée aux autres... Eternel ! La haine et le mépris aident à tenir debout. Y compris lorsque l'on est désigné pour "bousiller" ce que l'on est sensé défendre, aimer, respecter etc. Pitoyable... Pathologique et tellement dangereux ! Les malades sont au pouvoir. Christian

ce qui est un apport spécifique au sarkozysme, cette corruption de l'esprit , c'est une vulgarité profonde et heureuse dont je ne vois pas d'équivalent récent depuis le gaullisme immobilier .

La vulgarité des personnes en responsabilité qui est choquante. Est-elle un manque d'éducation, d'esprit ou indique-t-elle un désarroi abyssal ? Parce que ce que l'on entend est simplement stupéfiant. De toute part ! Je ne sais pas où on va. Mais vraiment, l'heure est grave.

Je ne suis pas étonné par les propos d'un incompétent qui ne sait même pas faire une division; il cache ses turpitudes par une agressivité et un mépris qui caractérisent bien les Sharkozystes. Nous ne devons pas nous laisser faire par ce genre d'individus qui nous racontent vraiment n'importe quoi!!!!

Un billet excellent : la vulgarité managériale comme méthode de gouvernement est analysée ici, et elle peut servir de modèle à l'ensemble de l'expression gouvernementale : vous êtes nuls (particulièrement les fonctionnaires, et encore pire les profs), moi je sais comment faire, l'Etat c'est mon ego, et on assortit le chapelet d'injures à peine euphémisées par des chiffres bidons. Le pouvoir ne cesse de jouir de son arrogance et de son incompétence. Il n'a pas conscience du fait que ces cris de jouissance sont obscènes. Malgré sa mise en tutelle par Descoings et Hirsch, malgré son échec humiliant, M. Darcos est de plus en plus content de lui. Doit-il s'étonner que nous le soyons de moins en moins ?

Merci pour cette excellente analyse de discours. L'implicite se fait maintenant explicite parce qu'il perd les pédales en sentant le sol se dérober sous ses pieds. Mais il n'est pas inutile d'en voir toutes les strates. Le mépris inhérent à tous ces gens placés dans ces postes par Sarkozy devient de plus en plus visible et se fait de plus en plus cynique, la panique aidant. Il n'est que d'entendre le discours tenu sur France-culture où ce ministre présentait les enseignants comme "noyautés" par le NPA, par de dangereux "théoriciens" qui les aident à penser. Les terroristes ne sont plus loin ! Et ce mépris grossier est d'autant plus criant chez lui qu'il est lui-même prof (de lettres classiques et de lycée) et qu'il se trimballe tous ses préjugés de "moi qui connais bien le sérail" (et y fait croire) alors qu'il ignore quasiment tout du primaire au point de n'en dire que les pires bêtises avec la condescendance la plus insultante. Heureusement, ces jeunes qui se préparent à cette profession ont une autre conscience professionnelle et politique que celle de ce monsieur. Voir par exemple leur blog ci-dessous. http://iufmparis.canalblog.com

La disparition des IUFM est une mesure voulue depuis longtemps par ce gouvernement. Il s'agit de faire la peau à tous les pédagogues qui sont accusés régulièrement de la chute de niveau dans l'éducation nationale. Ce discours a été bien relayé par un certain Brighelli et sa fabrique des cancres. Déjà, l'ancien ministre De Robien avait porté un coup avec le débat sur la lecture. La méthode globale était l'oeuvre de pédagogues inutiles.... Oui, enseigner est un métier. Un enseignant de primaire est polyvalent, son savoir faire réside dans la pédagogie. Mais c'est un gros mot pour notre ministre.

Vous l'avez bien dit, ces gens-là n'ont pas besoin de consulter les intéressés, de prendre des précautions, de s'informer, etc… Eux, ils savent : Ils connaissent tous les remèdes à tous nos problèmes; ce sont des dogmatiques, qui savaient avant de gouverner que le système libéral est efficace, performant, que ça marche tout seul, qu'il suffit d'y mettre la libre concurrence et la rentabilité financière… Qu'il y ait eu une crise, qu'il y ait des mouvements sociaux, des abus de pouvoir, de la brutalité ou de la vulgarité, des objections etc… Tout cela n'a aucune importance… Eux, ils savent ! Plutôt, ils croient savoir… jusqu'à l'effondrement.

A écouter ce soir Nicolas Sarkozy, c'est moi qui suis effondrée.

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