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Charlie et l'islamophobie

La belle unanimité derrière Charlie Hebdo: Fillon, Guéant, Copé et même Marine Lepen, aux côtés de Hollande et Delanoé. La pensée mainstream. Bien sûr que l'attentat contre les locaux de CH est odieux, mais qui s'est interrogé explicitement sur la responsabilité de Charlie Hebdo, non pas dans l'attentat - qui peut d'ailleurs être une provocation d'extrême-droite -, mais dans l'atmosphère d'islamophobie qui règne dans notre pays ?

Charlie Hebdo est-il un mineur ? Un gamin qui peut faire toutes les facéties, toutes les mauvaises blagues, sans se soucier des conséquences ? Qu'il y ait près de 5 millions d'immigrés et d'enfants d'immigrés de culture musulmane (loin d'être tous des bigots) en France, et que le simple fait de caricaturer le prophète Mohammed les humilie, cela n'a aucune importance ?

Mettre les rieurs de son côté sur le dos de l'islam - et non pas des islamistes intégristes, distinction subtile que font les dirigeants de Charlie Hebdo mais à laquelle les musulmans ne croient pas -, c'est facile et c'est stupide. Tout cela en réaction à la victoire d'Ennahdha aux élections en Tunisie, ou à la déclaration du président du CNT libyen sur la réintroduction de la loi islamique (la charia) dans son pays ! Mais quelle intelligence de ce qui se passe en Tunisie ou en Libye les caricatures de CH donnent-t-elles aux lecteurs d'ici ? Aucune.

Je voudrais juste donner ici, en contrepoint, quelques éléments d'information et témoignage:

 

Après la déclaration du ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, sur les «aides de la France qui seraient dorénavant conditionnées à la question des droits de l’homme » en Tunisie, Rached Ghannouchi, le patron d’Ennahdha, a déclaré au Monde : « Nous n’avons pas besoin d’une telle parole pour respecter les droits de l’homme. Cela fait partie de nos valeurs et de notre religion, et les Tunisiens n’acceptent pas les aides conditionnées. Dans les accords entre Ben Ali et l’Union européenne figurait le respect des droits de l’homme, mais l’Europe a fermé les yeux. Nous souhaitons qu’elle les garde désormais bien ouverts…" (Du berger à la bergère...)

Et aussi:

"Je reviens personnellement d’un voyage émouvant en Tunisie où il m’a été donné de constater le bonheur de gens comme nous (les Marocains), heureux comme des gosses, transfigurés par le fait extrêmement simple d’avoir choisi librement leurs représentants. Je vous prie de me croire, cela n’a pas de prix. Je dis cela parce que je sais que la plupart parmi nous n’ont jamais connu ce plaisir-là. Il faudrait être fou pour s’en priver." (Karim Boukhari, Tel Quel n°494)

 

 

Tous les commentaires

Pour émettre cet avis, je suppose que vous avez lu Charlie Hebdo !

 

La liberté d'expression ne se divise pas, elle se vit !

 

écral'inf.

 

Mais c'est vous qui la divisez en demandant quelle expression et quelle liberté ?

 

Un bisou, un bisou... :o)

CHARLIE HEBDO

Trop baveux, merci.

Nous n'allons pas devenir paternalistes, quand même? Et vouloir protéger les musulmans?

 

Charlie Hebdo a déjà caricaturé les curés, les rabbins, les immams, les femmes, les hommes, les footballeurs, les homos, les hommes et femmes politiques (liste non exhaustive).

 

Cela blesse des gens au passage, mais c'est la loi du genre.

La caricature force le trait, et elle a probablement une utilité sociale indéniable. C'est une soupape.

 

Ceux qui n'aiment pas critiquent, se moquent, hurlent ou n'achètent pas, mais qu'ils ne s'avisent pas de menacer, de vouloir censurer ou mettre des bombes, c'est tout ce qu'on leur demande.

@Art Monica

Mais une soupape pour quoi ? La charia nous menace ici ? Je ne crois pas.

En revanche, l'islamophobie, oui, nous menace.

Faire attention au "vivre ensemble", ce n'est pas du paternalisme, mais de la responsabilité me semble-t-il.

Vous ne croyez pas ?

Si je vous suis bien, la religion musulmane ne doit pas évoluer, il ne faut surtout pas mettre le doigt là où ça fait mal, ce serait stigmatiser une minorité en France ?

 

En fin de compte c'est le même type de discours de certains lobbies français qui se réclament des juifs, interdiction de critiquer Israël ou vous êtes taxé d'antisémite, ou tout au moins de favoriser l'antisémitisme !

 

Désolé cher Niko, mais dans un cas comme dans l'autre je ne ménage pas mes critiques, pas plus qu'à l'égard du Vatican et du chanoine de Latran !

 

@Emmanuel

Personnellement, étant complètement athée, je ne me sens pas la capacité de faire évoluer une religion, qu'elle soit catholique, musulmane ou juive !

Et puis d'ailleurs, on va très vite se demander pourquoi la faire évoluer: parce qu'elle est mauvaise, rétrograde en soi ? (suivez mon regard: c'est tout de suite la musulmane à laquelle on pense...) Ou parce que certains l'exercent de manière choquante, humiliante, privatrice de libertés ?

Dans le premier cas, on se lance dans une discussion théologique, mais ce n'est pas le cadre dans lequel se placent les caricatures de Charlie. Dans le second cas, on dénonce effectivement des actes, des paroles, des écrits, voire des sous-entendus ou des non-dits, d'intégristes, d'imams survoltés ou d'intellectuels mielleux, c'est parfaitement motivé. Mais ce n'est pas non plus le cadre où se placent les caricatures de Charlie. Non, Charlie caricature Mahomet parce que Ennahdha a remporté les élections en Tunisie et à cause de la référence à la charia par le CNT libyen! Ouah, ça va drôlement faire évoluer la religion musulmane en France !

Quant à amalgamer ma position avec celles des "lobbies français qui se réclament des juifs avec interdiction de critiquer Israël" sous peine d'être taxé d'antisémitisme, vous m'insultez.

 

Relisez bien mon commentaire, vous trouverez les réponses aux questions que vous ne posez pas, mais qui sont induites par vos commentaires, dans les quels vous ergotez, afin d'éviter d'appeler un chat, un chat !

 

N'oubliez pas quand même que Charlie fait dans la satire !

 

OK, on peut effectivement mettre un point final à cette tentative d'échange.

Surtout, qu'en plus, je constate que vous n'avez même pas lu le numéro de Charlie Hebdo en question, mais que vous discutaillez sur les rumeurs, affligeant !

 

Vous aimez bien, après le point final, avoir encore un petit quelque chose à rajouter, qui vous permet d'avoir... le dernier mot ?

@ Niko

 

Les êtres humains ont besoin de soupapes pour exprimer l'ambivalence, les peurs, les gênes, les critiques, les "mauvais sentiments" qui sont notre lot à tous. Ces soupapes sont l'art, la presse, les caricatures, l'humour, les rêves... Il faudrait qu'elles restent libres de toute entrave. C'est ce qu'on appelle la liberté d'expression.

 

En revanche, il faudrait trouver des moyens de répondre et de tacler quand, de la soupape, sortent des vapeurs trop acides. Il faudrait pouvoir répondre mais surtout pas par la censure, l'interdit, la surenchère, les bombes...

 

L'"islamophobie" est devenue LA phobie de la gauche, qui en voit des germes partout. Elle en a fait SA CAUSE d'une manière excessive, car occultant maints autres problèmes de notre société. Il y a là un réel danger si nous n'y prenons pas garde.

@ Art Monica

D'accord à 100% avec votre premier chapitre qui résume excellemment la liberté d'expression.

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Pour les moyens de tacler, il y a les lois déjà bien fournies, sur les propos publics racistes, la diffamation...

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Pour l'islamophobie de la gauche, je suis moins convaincu. D'abord parce que la gauche est très divisée et aussi la moins agressive dans ce domaine, je trouve.

J'habite une commune tenue par un conseil à majorité communiste, les efforts d'intégrations sont très importants politiquement et financièrement.

Je me suis mal fait comprendre. Je voulais dire que la gauche a si peur d'être islamophobe qu'elle surenchérit sans cesse, et prend la défense des Musulmans et de l'Islam d'une manière pléthorique, même lorsqu'ils ne sont pas nécessairement "défendables". Elle donne par exemple raison aux porteuses de voile alors que ça contredit le principe de laïcité et les combats féministes.

@Art

Je ne me reconnais pas dans cette gauche qui "a si peur d'être islamophobe". Je vous parle simplement depuis mon entourage, où se trouvent de nombreuses personnes de culture musulmane - j'insiste: "de culture", et non pas de religion, car beaucoup ne sont pas croyants, même s'ils fêtent l'Aïd et font parfois le Ramadan.Ce sont ces personnes ouvertes et libres qui vivent mal les caricatures que Charlie fait de Mahomet, parce qu'ils ressentent une forme de condescendance, du style "c'est tout ce que vous êtes capables de faire, vous les musulmans, de faire appel à l'islam... alors que vous pouviez entrer en démocratie, vous nous décevez, franchement, nous qui mettions tellement d'espoir en vous !" (par rapport aux Tunisiens par exemple). Alors peut-être que vous avez raison, ce n'est pas grave d'humilier finalement, pourvu que la liberté de satire soit sauve...

Le rapport à la caricature est très différent selon les gens. Certains en rient ou s'en moquent, d'autres se mettent en colère ou sont peinés. Nous n'allons pas pour autant limiter les expressions collectives à l'aune des sensibilités des uns et des autres. Certaines choses sont interdites et sanctionnées, d'autres sont tolérées et relèvent du débat public. Les caricatures sont du deuxième type. Je serais inquiète que nous les fassions passer dans la première catégorie.

 

Franchement, il n'y a pas plus de condescendance ou d'humiliation dans les caricatures faites par Charlie de Mahomet que dans celles que Charlie fait des catholiques.

 

Et puis, sur le fond, Niko, pourquoi n'aurions-nous pas le droit de dire que nous sommes déçus par la victoire des islamistes en Tunisie, si nous le sommes? La condescendance serait de le taire. Le paternalisme serait de vouloir protéger les musulmans de nos critiques, de les épargner. Oui, je suis aujourd'hui déçue, et je revendique le droit de pouvoir simplement le dire, sans me faire traiter de laïcarde, d'islamophobe ou de colonialiste. Je n'ai aucun pouvoir sur ce pays, mais j'ai le droit d'avoir une opinion. Non?

 

Avez-vous été gêné que nous critiquions avec acidité l'élection de Berlusconi par les Italiens, ou le mariage en grande pompe du fils de Diana en Angleterre? Les journaux des autres pays se fichent aussi de nous, nous protestons ou rions, voilà tout. C'est ainsi dans notre culture, Niko. Nous ne procéderions pas du tout de la sorte si nous vivions dans un pays qui interdit la caricature et punit le blasphème. Nous nous adapterions.

 

@ Art Monica,

Pour être né et avoir vécu un dizaine d'années dans des pays qui interdisent la caricature, le blasphème, le syndicalisme, la critique politique... je souscris à tout ce que vous avez écrit.

On s'y adapte, mais on est heureux aussi de retrouver quelques libertés fondamentales quand on revient en France. Et je connais beaucoup d'habitants des ces pays qui seraient heureux de s'adapter à des pratiques démocratiques.

@Art Monica

Mais je ne pense pas bien sûr qu'il faille "limiter les expressions collectives", interdire la satire, je ne suis pas la mère la Censure !

Je me suis contenté de critiquer Charlie Hebdo sur le prétexte de la publication de ces caricatures, à savoir ce qui s'est passé en Tunisie et en Libye, en disant que c'était trop facile, et irresponsable dans le climat d'islamophobie actuel. Vous n'allez pas me demander, Art, de freiner ma critique, ou je vous accuse de paternalisme à l'égard de Charlie !

Rire

Question aux défenseurs du "droit d'opinion et d'expression" : pour Noel, vous invitez à manger votre soeur ou cousine qui s'est convertie à l'Islam. Vous allez lui faire quoi comme repas? Un rôti de porc? Vous en avez parfaitement le droit, ne vous gênez pas. Et surtout n'oubliez pas Charlie Hebdo, bien en évidence sur la table du salon.

Personne n'est obligé de lire Charlie Hebdo .

Oui, c'est vrai, Takiédine n'est pas obligé de lire Médiapart

Mauvais exemple Oliv92...

Cher Oliv92,

 

Ne soyez donc pas acerbe. Quand j'invite des amis végétariens, je ne leur offre pas de viande et je me garde de parler du gavage des canards ou des veaux arrachés à leur mère et conduits à l'abattoir. Comme je ne lis pas Charlie Hebdo, je ne risque pas d'attenter à la sensibilité de mes amis musulmans. Et si je le lisais, il est probable que j'en sourirais avec eux, ou que nous discuterions des mérites et des inconvénients de la caricature.

 

Tout cela relève de la pragmatique sociale, de la courtoisie, de la bienveillance, pas de grands principes abstraits. Mes droits vont avec des devoirs, notamment celui de respecter les autres, de ne pas les blesser. Et celui d'être gentille. Ben oui.

Exactement, la courtoisie. Quand on vit ensemble, un peu de courtoisie ne fait pas de mal.

Sans courtoisie aucune, qu'est ce que vous êtes à côté de la plaque !

 

Vous confondez la courtoisie nécessaire au vivre ensemble, avec le débat d'idées, la confrontation qui peut être salutaire, voire le conflit qui lui aussi peut avoir des vertus parce qu'il permet dans une société d'aller au fond des choses, à ne pas confondre avec un affrontement violent qui lui est à éviter.

 

Je suis allée à Casablanca il y a quelques mois avec un ami qui aime boire un verre de vin au dîner. Impossible de le faire dans les restaurants, sauf ceux des grands hôtels. Le serveur d'un des restaurants lui a conseillé d'acheter une bouteille de vin et une bouteille de coca cola dans une boutique (l'unique dans la rue) et de camoufler le vin dans la bouteille de coca. Ce qu'il fit non sans maugréer un peu.

 

Il faut s'adapter aux coutumes des pays, même quand elles contredisent les nôtres. C'est la moindre des corrections.

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