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Oct

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Stéphane Hessel, spectacle de l'émotion ou Libé, feuille vide ?

 

Quel vent nous arrive pour cette nouvelle année ? Le bonheur de l’espoir souffle. Enfin ! L’indignation s’exprime et, la résistance avec. Merci, Monsieur Hessel, de nous rappeler par votre expérience et, votre existence que l’indignation est nécessaire à toute action. Indignons-nous et résistons. Nous avons tant de raisons pour le faire, depuis tant d’années. Et, voilà qu’enfin, le temps de la résistance commence à s’inscrire en chacun de nous.

 

Quelles sont donc les raisons qui apportent, aujourd’hui, ce vent de résistance ? Des raisons économiques, politiques, techniques, liées à un nouvel ordre mondial et certainement historiques mais qu’importe. Merci M. Hessel de prêter votre voix à tant de personnes, totalement démunies, face à un système qui les exclut, de plus en plus.

 

M. Hessel prête sa voix à celles et, ceux qui ne seront jamais entendus puisque celles et, ceux qui ont la parole, la confisquent pour servir leurs intérêts personnels ou aller de mondanités en mondanités et, ainsi se gargariser d’appartenir aux cercles proches du pouvoir. M. Hessel donne de la voix pour le plus grand bonheur de ceux qui n’ont pas la parole.

 

Cela dit, ne nous trompons pas ! Le message de Stéphane Hessel est moins adressé aux tenants du pouvoir qu’à tous les citoyens lambda que nous sommes. Il nous dit, en substance, que si nous n’avons pas le pouvoir, nous ne sommes pas dénués de pouvoirs. Nous avons le pouvoir de nous indigner, de refuser, nous organiser et, nous rassembler pour résister. Voilà, notre pouvoir. Pourquoi s’adresser aux citoyens lambda ? Parce que les changements de société sont rarement (très rarement) venus de ceux qui sont au pouvoir. Pourquoi changeraient-ils un système qui les sert ? Si nous, ne nous organisons pas pour de vrais changements de société, comment ceux-ci s’amorceraient-ils ? Tel est en substance le message de M.Hessel.

 

Ceux qui critiquent l’initiative de M. Hessel ne l’ont apparemment pas compris. Vous me direz quelle importance ? D’autant que ces critiques émanent de médias que l’on pourrait qualifier de… comment dire ? Has been ? Old Fashion ? Out ? Hors jeu ? Des médias qui n’en sont plus. Ceci dit, j'aimerais revenir sur les propos de certains.

 

Une personne dont le métier est l’analyse et l’observation (c’est-à-dire qu’elle est payée pour consacrer huit heures, au moins, par jour à lire, penser, réfléchir, analyser, rechercher de l’information) a qualifié l’appel de Stéphane Hessel de « spectacle de l’émotion » en s’éclipsant, pour ce faire, derrière la pensée d’Hannah Arendt et Bertolt Brecht (comme si ceux-ci seraient indéniablement de son côté ?) et, en s’arrogeant du même coup, une hauteur de vue. Ce journaliste a simplement oublié d’analyser le fond de ce message, assez succinct pourtant. Il conclut son article ainsi : « Mais maintenant que (l’indignation) est une valeur de gauche et, qu’elle s’offre en cadeau de Noel, l’indignation doit trouver son contenu ». Et, là, on reste estomaqué de tant d’aveuglements. Bigre ! J’hallucine ?! Dites-moi que c’est un cauchemar ! Je vais me réveiller et, tout sera fini… Non ! Dans ce cas, indignons-nous plus encore.

 

Stéphane Hessel, en bon observateur de sa société et, pas seulement, sait bien, lui, que des motifs de résistance, aujourd’hui, il y en a pléthore. Pour donner quelques idées à ce journaliste qui en manque incontestablement : on peut s’indigner de la pauvreté de millions de personnes en France[1], on peut s’indigner que de nos jours de plus en plus de personnes dorment et, meurent dans la rue, on peut s’indigner d’un nombre grandissant de personnes sans travail, on peut s’indigner d’une justice à multiples vitesses, de la double peine, de l’illettrisme croissant, de vivre dans une société excessivement policière, on peut s’indigner de la façon dont on traite les sans-papiers, les immigrés, on peut s’indigner d’avoir fabriqué une société strictement inégalitaire entre les français, on peut s’indigner qu’un être humain sur six meurt de faim, on peut s’indigner de faire la guerre à un peuple espérant faire main basse sur ses réserves pétrolières, on peut s’indigner que Mamadou Touré soit sans cesse contrôler par la police alors que Julien Froissard ne le sera pas, on peut s’indigner du taux de chômage dans la population issue de l’immigration (depuis 50 ans !) démesurément supérieur à celui des français dits de souche (quelle souche ?), on peut s’indigner des conditions de la vie carcérale, on peut s’indigner du faible pourcentage d’enfants d’ouvriers sur les bancs des universités, on peut s’indigner de tant d’états de fait que nous avons acceptés comme immuables que je m’étonne de cette absence de lucidité de la part ce journaliste face au message de Monsieur Hessel. Je m’en étonne d’autant plus que sa position professionnelle devrait en faire un citoyen mieux informé, plus éclairé et bien, force est de constater que non !

 

J’ai acheté Libé quand j’ai vu le portrait de Stéphane Hessel en couverture, toute frémissante de joie à l’idée de constater que les choses commencent à bouger. Les choses changent si la parole de personnes qui ont à dire, est consacrée, non ? Quelle déception fut la mienne ! Quel écœurement ! Et, quelle honte ce côté racoleur des médias et, de la comm’ en tous genres ! Quand il y a une vague d’intérêt qui pourrait rapporter quelques deniers pourquoi refuser de surfer dessus, n’est-ce pas ? Et, nombreux sont ceux qui surfent. Tous ceux (ou, beaucoup, on peut l’imaginer) qui se sont intéressés à Indignez-vous ! ont dû avoir le même réflexe et, acheter le Libé en date du 30 décembre 2010. Pensant que le débat prenait forme dans une certaine société habituellement imperméable ou très occupée à savoir quel téléphone dernier cri elle doit acheter, quand elle n’est pas préoccupée par les cocktails des VIP (si, si, je vous jure, une double page ! dans ce même numéro). Ils ont dû se frotter les mains à la rédaction s’imaginant vendre autant de numéros qu’Editions Indigènes soit plus de trois fois, au moins, que leurs ventes habituelles.

 

Pourquoi une telle couverture si c’est pour descendre le message de Stéphane Hessel et, n’avoir rien à dire ni à proposer ? C’est juste indigne de la part de soi-disant porte-paroles. Indigne de la part de ceux qui sont censés se faire l’écho de notre société. Ils ne portent rien, ni idée ni vue juste concernant notre société. Ils ne sont le reflet que de leur propre miroir. Has been, assurément. Ils s’accrochent à un monde qui n’existe déjà plus. Aujourd’hui, si on n’a pas d’idées créatives, créatrices, productives pour l’ensemble de la communauté, il faut se taire, rester chez soi, près de son chien et, sa cheminée, occuper à se gargariser, seul, d’avoir lu et, lu tant d’auteurs renommés.

 

Peut-être, est-ce aussi un trait de caractère typiquement français que de condamner tout ce qui n’émane pas de nous ? Cette guérilla intellectualiste ne concerne que les mondains parisiens. La société, elle, a de vraies préoccupations et, de vraies raisons de s’indigner. Par ailleurs, le rédacteur de cet article hautement éclairé n’a, à aucun moment, fait mention du peuple palestinien ; n’est-ce donc pas une raison de s’indigner que ces conditions de vie inhumaines ? Est-on aveugle ? Ou cherchons-nous la cécité pour justifier nos inerties ?

 

Le vent souffle aujourd’hui parce que les conditions du changement sont remplies. L’essentiel de la population voit ses revenus diminuer et, ce chaque année, un peu plus. Les injustices sont nombreuses et, graves. Depuis une décennie, la configuration internationale change et, offre à penser autrement. Nos richesses diminuant, nous nous intéressons plus au reste du monde. Les populations se déplacent et, apportent du souffle. Les nationalités s’enrichissent en se décentrant et, créent de fait une identité au-delà des nations. On se sent proche des révoltes populaires du monde entier qu’ils s’agissent des grecs, des autrichiens, des danois, des chinois ou des tunisiens. Les dynamiques et, les revendications sont souvent les mêmes (plus de libertés, moins de répressions, l’exigence légitime des moyens de subsistances). L’uniformisation des vies et, l’ouverture des vues nous rapprochent des citoyens du Monde.

 

Enfin, Internet est l’outil qui consacre, par excellence, ce nouvel ordre mondial. Nous sommes tous connectés les uns aux autres. On a vu récemment les étudiants autrichiens organiser leur rébellion en deux temps trois mouvements et, ce grâce à internet et tous ses outils de mise en réseau. Wikileaks nous dit combien nous, gens du peuple, sommes tous dans le même bateau. Et, les pouvoirs publics le savent bien, c’est la raison pour laquelle ils cherchent à limiter le pouvoir de ce média révolutionnaire et, s’échinent à inventer de nouvelles loi (cf. Hadopi, Loppsi 2…). Révolutionnaire parce qu’il est le seul à promettre la liberté d’expression aux peuples, la possibilité de se rassembler, de dire et, ainsi d’agir.

 

Ceux qui veulent limiter ce moyen d’action, doivent savoir qu’il est trop tard. Rien n’arrêtera cet élan. Rien. Les nouvelles générations n’ont pas grandi avec l’informatique, elles sont nées dans le numérique. La révolution est en marche et, ce n’est pas deux ou trois intellos flippés de perdre leurs petits avantages qui pourront arrêter le mouvement. Même les gouvernements, si forts ou tortionnaires soient-ils, ne pourront que suivre. La citoyenneté dépasse les nations et, les pouvoirs publics ne seront plus tout-puissants. C’est ainsi. Et, c’est bien, parce que ces derniers outrepassent trop souvent leurs légitimités quand ils en ont une.

 

Internet offre le pluralisme, la diversité, le partage du pouvoir, une amélioration démocratique, la possibilité de créer des démocraties participatives ; tout ce que les dirigeants politiques n’ont jamais su faire !

 

Nous sommes nombreux à être écœurés et révoltés de voir la libre parole monopolisée par ceux qui n’ont strictement rien à dire. Peut-être, ont-ils des idées, qu’ils savent suffisamment indignes pour ne pas les exposer dans la transparence la plus simple ? Il n’aura échapper à aucun lecteur attentif que le rédacteur n’a nullement mentionné la Palestine ; l’une des premières indignations de Stéphane Hessel. Si des voix s’élèvent, aujourd’hui, pour parler de la Palestine, c’est peut-être parce qu’ils savent, sentent, se doutent que si un terme à cette guerre n’est pas trouvé, cette région pourrait être le point de départ d’une troisième guerre qui serait, cette fois, réellement mondiale ; bien plus dévastatrice que les deux dernières. Elle pourrait traverser les frontières plus rapidement que nous ne sommes capables de l’imaginer.

 

Pourquoi ? Parce que les frontières perdent leur sens. C’est bien la raison pour laquelle certains politiques s’acharnent à essayer de les rendre hermétiques. Mais, encore une fois, c’est trop tard ! Le monde change. Le monde bouge. Et, nous n’avons d’autres choix que de bouger avec. Et, c’est tant mieux. Pourquoi s’harnacher au passé alors que l’avenir est prometteur ? La promesse de voir s’ériger la dignité comme une valeur essentielle et, première ne se refuse pas.

 

2011 : estampillée année de l'indignation ! N'en déplaise à ceux qui n'ont rien à dire.

 

Merci Monsieur Hessel, de prêter votre voix et, très belle année à vous.

 

Bonne année à nous Tous !


[1] 7 836 000 de citoyens vivent en dessous du seuil de pauvreté en France en 2008 (cf. INSEE). Récemment, en octobre, l’INSEE a annoncé que 12 ou 13% de la population vivraient sous le seuil de pauvreté. Bien que le nombre soit énorme, il est certainement en deçà de la réalité. Et, qui va à la rencontre des pauvres ?

Tous les commentaires

06/01/2011, 14:48 | Par Cid Hamet Ben Engeli

J'ai raté le Libé dont vous parlez...

Je vais (y) remédier...

Merci pour ce billet aussi pertinent qu'édifiant.

Et je note cette formule qui n'a l'air de rien et qui, pourtant, concise et puissante, veut dire ce qu'elle veut dire (aux théoriciens et autres sociologues de la communication) : "Des médias qui n’en sont plus"...

Et puis ces" Français de souche (de quelle souche ?)", demandez-vous. Bonne question !... Pour qui a si longtemps fouillé du côté des Francs, de Clovis à Charles Martel, autrement dit des Germains, oui, bonne question !...

Bonne année à vous itou !

06/01/2011, 14:39 | Par jean michel PARIS

Il nous dit, en substance, que si nous n’avons pas le pouvoir, nous ne sommes pas dénués de pouvoirs.

Merci de le rappeler! Il n'y a pas assez de débats sur l'exercice de la citoyenneté. Je regrette toujours de voir si peu de gens assister aux réunions des conseils municipaux, généraux, régionaux. Une démocratie de qualité, ça ne se décrète pas, ça se travaille, ça se mérite. Il y a une ville, Montataire, où les réunions du conseil sont annoncées par d'immenses affiches à la place des publicités. Toutes les communes, toutes les assemblées devraient inciter les citoyens à veiller sur la démocratie!

06/01/2011, 16:18 | Par profil_inactif_145012

Le détracteur de Stéphane Hessel est simplement un jaloux, un aigri - jaloux de la vitalité, de la jeunesse d'esprit, du succès de l'homme qui à 93 ans le renvoie à l'insignifiance de sa propre personne.

Stéphane Hessel défie le stéréotype de ce qu'on appelle la vieillesse. Il défie l'idée que le pouvoir a divisé les gens à jamais, et qu'on n'y peut plus rien. Il défie, et ceux qui sont couchés essaient de se relever pour mordre.

14/01/2011, 21:46 | Par Esther L

3 euros pour une grande leçon !!!!!

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