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01
Oct

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Women are Heroes, of course !

La première scène nous embarque d’emblée dans la vérité de l’héroïsme : mettre au monde. Et, mettre au monde dans un milieu pauvre, au sein d’une favela ou au fin fond d’un ghetto, ce n’est pas sans risques. On n’imagine là nulle péridurale ni cours de respiration. Une femme seule, dans la crudité nue de sa douleur, ouvre le film avec ses gémissements à faire frémir le corps entier.

 

Et, c’est ce qui se passe avec le fim de JR, sortie en salle ce jour, le corps entier reçoit et, se laisse conter la parole de femmes voulant dire leurs vies, leurs quotidiens, leurs combats, leurs peines et leurs forces.

 

Une boule au ventre vous attrape dès l’introduction du film et, les frissons ne nous quittent pas durant tout le film. Women are Heroes traite de l’indigence et des inégalités que subissent les femmes de par le monde[1]. Et, dans un prolongement implicite, il traite de l’importance de leurs rôles dans les sociétés. Elles donnent vie et, élèvent les enfants. Et, cela tient du miracle ou de l’héroïsme étant donné leurs conditions de vie. Et, pourtant elles le font et, non sans beauté.

 

Une beauté que la réalisation révèle par ses choix de mise en scène. La bande-son, le rythme du montage ou l’accélération des images accentuent l’angoisse, maintiennent l’effroi ou soutiennent la beauté des couleurs et de la vie qui se joue dans ces extensions de la ville si bien cachées. Si la mise en scène est puissante, le film est fort par les mots de ces femmes. Ce sont leurs paroles, leurs messages, leurs intelligences, leurs pensées et leurs beautés qui donnent force au film. Leurs forces nous prend au ventre, elles donnent corps au film.

 

Comment oublier les mots de ces femmes de tous les âges ? Comment oublier leurs forces ? Leurs courages ? Comment oublier une mère dire simplement : « C’est dur pour une mère d’aller chercher son enfant en morceaux dans une décharge publique ». Et d’ajouter : « Ça fait mal à l’âme. » Qui peut oublier ces mots ? Comment oublier cette femme, qui a grandi sur une montagne d’ordures produites par les riches des villes, nous dire : « Ma mère m’a toujours dit qu’elle ne m’échangerait pas. Même pour une caisse d’or. » ? Comment oublier cette jeune enfant en arrière plan en train de ramasser des ordures pour sa survie ? Comment oublier cette enfant brésilienne rêvant à voix haute de devenir mannequin, modèle et médecin ? Et, de conclure : « Mais cela restera un rêve. ». Oui, ce sont bien des héroïnes, d’une énergie et, d’une foi incroyable.

 

Aucune femme ne peut être insensible quant elles disent : « Dis-leur que nous sommes des femmes comme les autres. » Elles sont des femmes comme les autres et, le rappellent aussi souvent qu’elles le peuvent.

 

Ce film est avant tout une parole portée. Plus que la genèse d’un travail artistique qui pourrait être jugée trop égocentrique et donc sans intérêt. Les choix artistiques du réalisateur sont réels et, ils ajoutent, soulignent, accentuent la misère parfois ou subliment cette beauté humaine. Mais le principal est en elles. Et, le réalisateur semble le savoir. Il prête son regard et, sa caméra. Il dénonce les inégalités. Et, ouvre la question de l’art comme moyen d’expression afin de rompre avec ces inégalités.

 

Oui, la prise de parole est le premier pas pour briser des schémas d’injustice ancrés en nous.

 

Nous savons peu de choses sur le réalisateur qui travaille sous un pseudonyme et, ne montre pas ses yeux. Mais nous savons qu’il a grandi en banlieue parisienne. Et, il est difficile de ne pas faire de parallèle entre les lieux bannis de Women are Heroes et, nos banlieues. La pauvreté, l’indigence, l’exclusion peuvent-elles être poussées encore plus loin ? Est-ce cela que nous attendons pour agir ?

 

Women are heroes est le regard d’un homme sur le combat des femmes et, qui plus est, un jeune homme (26 ans, je crois). Ce regard jeune et frais ravive l’espoir de voir un jour, toutes les inégalités, entre les femmes et les hommes, effacées. Et, une dose d’espoir pou poursuivre la route ne se refuse pas.

 

Néanmoins, je regrette que l’auteur se défende d’avoir fait un film féministe[2] comme s’il s’agissait d’une maladie honteuse ou contagieuse. Le féminisme n’est rien d’autre qu’un mouvement social et politique consistant à militer en faveur de l’égalité, de droit et de fait, entre les hommes et les femmes. Je m’étonne qu’un artiste engagé et activiste tel que JR se défende d’avoir fait un « plaidoyer féminsite ». Si Women are Heroes n’est pas un film en faveur d’un autre regard sur ces (les) femmes, qu’est-ce alors ? Si ce film ne doit pas servir à prendre conscience et, agir pour plus d’égalités, à quoi sert-il ?

 

Le féminisme est un combat noble comme l’est, le combat de ces femmes pour leurs vies et celles de leurs enfants. Et, la réalisation de ce film oriente le projecteur sur ces femmes qui ne lâcheront pas. Ces femmes fières de dire qu’elles poursuivront le combat jusqu’au bout. Si elles, poursuivent, nous nous devons de poursuivre. La productrice du film, Juliette Favreul, peut-être fière, elle aussi, de la production de ce premier film.

 

Allez voir Women are heroes pour la leçon de courage de femmes singulièrement belles et, pour apprécier un regard tout aussi beau.

 

 

 


[1] Le film a été tourné au Brésil, en Sierra Leone, au Libéria, Kenya, en Inde et au Cambodge mais il aurait pu être tourné en tant d’autres lieus… mis au ban !

[2] Cf. Numéro Spécial de Trois couleurs consacré à JR. page 12

Tous les commentaires

12/01/2011, 15:09 | Par Christel

Merci, je regarderai si je peux !! Je ne sais pas s'il sortira en Allemagne !

13/01/2011, 00:11 | Par Hugo Vitrani

Si vous l'avez manqué, JR de A à Z, c'est ici, sur Mediapart...

http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/080111/jr-artiste-de-lintrusion-xxl

Sourire

13/01/2011, 12:28 | Par Nour el Houda Kerouani en réponse au commentaire de Hugo Vitrani le 13/01/2011 à 00:11

Bonjour Hugo, en effet, je n'avais pas vu votre article en date du 20 octobre, je le découvre... Il est très intéressant et, je le garde parmi mes favoris pour pouvoir le retrouver et y retourner. Cela étant dit, il est très centré sur l'auteur.

Je me suis plus attachée au propos de Women are Heroes. Parce que c'est un sujet qui m'intéresse particulièrement. C'est donc ce qui est ressorti lorsque j'ai vu le film en avant-première au MK2. C'est de tout façon le sujet qui m'a amenée à voir le film. Je ne connaissais ni l'auteur ni le personnage de JR. Et, j'ai livré ici ce que son oeuvre, Women are Heroes, m'a inspiré en quelques mots pour susciter l'envie et, que chacun se fasse son idée.

J'ai relevé qu'il se défendait d'avoir fait un film féministe parce que c'est, à mon avis, simplement antinomique avec le propos même du film.

Artistiquement, il est très intéressant parce que son art est lié à la dimension politique, essentiellement. C'est ce qui m'intéresse chez JR que j'ai découvert avec ce film.

Aussi, je suis gênée par le fait de ne pouvoir voir ses yeux quand il parle. Même si je comprends, un peu, la nécessité de l'anonymat, je ne suis pas convaincue. Je me demande quelle est la pertinence de la question de l'anonymat pour lui, aujourd'hui.

 

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