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Les deux tabous des gauches européennes
Le SPD allemand ressemble au PS français au moins par les deux tabous majeurs qui décrédibilisent complètement leurs propositions de politique économique
1/ Le rapport de force Capital / Travail
Celui-ci a complétement changé au cours des 25 dernières années. Le capital est devenu excessivement mobile, excessivement exigeant, un objectif de 10%, 12% voir 15% de rentabilité sur capitaux engagés étant un objectif standard des gestionnaires de fonds. Même les grandes entreprises, qui font quasiment toutes appel aux marchés boursiers pour se capitaliser, sont maintenant soumises à ce diktat des 15%.
Ces grandes entreprises mondialisées ont le pouvoir sur leurs employés, sur leurs fournisseurs (souvent très locaux), sur leur implantation géographique et donc sur les gouvernements. De fait, le capital s'est octroyé un pouvoir énorme, avec le soutien des idéologues néo-libéraux, sans aucun contre-pouvoir crédible.
Cela se traduit dans les chiffres. En 20 ans, en France, la part du PIB qui revient au capital est passé d'environ 30% à 40%. Etant plus mobile, plus puissant, le capital peut faire jouer la concurrence entre les salariés, les fournisseurs, les Etats. Alors pourquoi se gêner? La part du PIB qui revient au travail, est donc tombé de 70% à 60%. Or, les taxes sur le travail servent à financer les retraites, la santé, et l'aide aux chômeurs, aux pauvres... Cette baisse de 10 points (9,3 points exactement), qui représentent plus de 120 milliards d'euros par an, est la cause directe des problèmes de financement des politiques sociales en Europe !
Espérer résoudre le financement de la Sécu, des retraites, du RSA....sans aborder de front cette évolution des revenus Capital / Travail est au mieux une illusion, au pire une trahison. (pour plus de détails, voir le formidable article de François Rufin dans Le Monde Diplomatique de janvier 2008 http://www.monde-diplomatique.fr/2008/01/RUFFIN/15507)
Or, le SPD comme PS sont d'un silence assourdissant sur ce thème qui devrait être central dans leurs propositions. Dans son article "Bas salaires, une autre politique" publié dans Le Monde le vendredi 9 mai, Ségolène Royale ne cite même pas une seule fois le mot "capital". Elle fait preuve de beaucoup de conviction pour expliquer qu'il faut revaloriser les bas salaires, sans expliquer comment. Et de manière générale, elle a toujours évité ce thème de taxation du capital, pour préférer s'en prendre aux salaires indécents des grands patrons (qui n'en sont qu'un corrolaire).
De la même manière, le SPD explique qu'il faut augmenter les impôts si l'on veut redistribuer correctement ("les épaules les plus solides doivent porter plus"). Il plaide pour une augmentation des impôts sur les droits de succession, avec exemption toutefois sur la "maison de famille" qui doit pouvoir être léguée à ses enfants sans taxe. Mais le SPD ne fait qu'effleurer l'obligation de taxer d'avantage les revenus du capital, qu'il englobe dans les revenus de ceux "qui ont les épaules les plus larges".
Comment expliquer ce tabou? Aveuglement face à un phénomène pourtant mis en évidence par de nombreux économistes? Marketing politique qui veut éviter à tout prix les références les plus anciennes et les plus traditionnelles de la gauche : le marxisme, la lutte des classes... Pourtant, même Pierre Larrouturou, qui ne passe pas pour un dangereux révolutionnaire gauchiste évoque la toute puissance du Capital. Peur de froisser les nouveaux "maîtres de monde", qui possèdent les médias, indispensables pour gagner les élections? Complexité des solutions à mettre en oeuvre pour taxer ces revenus? Des propositions concretes existent pourtant : voir le SLAM de Frédéric Lordon ( http://frederic.lordon.perso.cegetel.net/Interventions/Slam.htm )
2/ Le protectionnisme
Il faut maintenant arrêter d'être naïf. Laisser la Chine, l'Inde et d'autres produire à bas coûts et de façon massive ce que nous produisions encore il y a 20 ans en Europe NE PEUT PAS ETRE SANS CONSEQUENCE sur nos économies. Nous importions en 2007 pour 62 milliards d'euros de biens et services d'Asie. La quasi totalité des ouvriers chinois travaillent pour un salaire de misère (dans une monnaie au cours maintenu artificiellement bas), sans protection sociale.
Laisser faire ces importations sans réagir est une insulte au droit du travail, aux ouvriers et aux chômeurs européens. L'industrie européenne du textile, de la chaussure, des jouets est grande partie démantelée. Celle des ordinateurs et des micro-processeurs n'aura connu qu'une existence brève.Celle de l'électroménager détruite. Jusqu'où va-t-on aller? Nous avons même appris, durant le tapage médiatique autour de la grippe aviaire, que l'on importait des poulets du Vietnam !
Alors que nous commençons à accepter l'idée de taxer les produits polluants, nous serions incapable de taxer les produits non conformes au droit du travail? Et selon quelle idéologie? Nous imposons des normes de sécurité sur les jouets, mais pas des normes sociales? Cela n'a AUCUN SENS, sinon prouver que l'homme est au service de l'économie et non pas l'inverse. Taxer de 20% les importations d'Asie (hors Japon) rapporterait 10 Milliards d'Euros par an pour le financement des retraites et du RSA.Qu'attendent les partis de gauche pour faire des propositions dans ce sens ?
Là encore, on ne peut que s'étonner du silence des partis de gauche, dont l'objectif premier devrait être de protéger les salariés et chômeurs européens, et de leur proposer des solutions solides pour rebatir la protection sociale. SPD comme PS évoquent l'Europe Sociale...sans guère convaincre... Est-ce l'Universalisme dont se prévalent les socialistes qui les rend frileux face aux taxes à l'importation, soucieux qu'ils sont de ménager les salariés Chinois? Cela les rend en tous cas complices des méfaits du libéralisme, qui met en concurrence les "travailleurs" de tous les pays.
Le risque de cette stratégie politique est énorme, non seulement pour ces partis sociaux démocrates, mais surtout pour la démocratie. Les citoyens ont bien conscience que les règle du jeu économique ont été bouleversées ces 30 dernières années. Ne pas mettre en évidence, par des mots, des concepts, des explications, les grandes forces et tendances qui sont en oeuvre est une trahison.
Si les grands partis de gauche ne donnent pas ses explications, qui les donnera? Les incohérences, les contradictions inhérentes à la stratégie politique de l'UMP (et des autres grands partis de droite européens et même américains) se heurtent à la réalité et vont ammener des déceptions immenses : comment satisfaire ceux qui ont voté pour vous (Libéraux, nationalistes, néo-gaullistes) alors que leurs attentes sont contradictoires, leurs intérêts si divergents.
Vers qui va se tourner le peuple quand il s'apercevra que la droite lui a menti et que la gauche ne veut pas formuler un diagnostic honnête de la situation? Les partis d'extrême gauche, Die Linke en Allemagne, la LCR en France sauront ils relayer le désespoir et la rage qui commencent à s'emparer des "travailleurs", sauront ils renouveler leur discours (en plus de passer chez Drucker), leur vocabulaire? Sauront-ils abandonner le mythe de la "Révolution" qui fait ricaner tout le monde, pour enfin enrichir le débat d'idées à gauche par des propositions matures?

Tous les commentaires
Vous pointez justement là où cela fait mal. La concurrence généralisée et le rendement du capital sont perçues comme des "lois économiques" par l'ensemble des socialistes européens. C'est la nouvelle idéologie partagée avec les libéraux. Avec, logiquement, un désaveu des électeurs qui touche progressivement tous les partis du PSE.
Enfin! Vous me donnez l'envie de participer, d'y croire, en somme. A bientôt donc, car votre papier appelle aussi quelques définitions, le rappel de quelques faits et quelques propositions. Je tenterai donc d'apporter ma contribution au débat. Bien cordialement.
gdufau Tant que l'extrême gauche (extrême parce que le PS n'est pas à gauche) n'aura pas éliminé la sociale démocratie, le capital devenu, lui, extrême vivra des jours tranquilles.
L'article est sympathique sauf qu'il ne prend pas en compte la "force" des institutions internationales sur les politiques, de quelque bord qu'ils soient, dans les pays respectifs. "Force" au sens où le pays adhérant à l'OCDE, UE, FMI, etc., doit bien avoir quelques obligations à remplir vis-à-vis de celles-ci. Or, à lire régulièrement les rapports, recommandations, livres verts et autres objets de même tonneau, il s'aperçoit que les programmes, réformes proposés à élection viennent de ces derniers. Nôtre actuel Président n'invente ni ne propose rien de lui-même ou de son parti, toutes ses réformes, même habillées en rapport Attali, ne sont que reprises de ceux-ci. Le programme PS allait pareillement. Ainsi, les précautions, voire, les filouteries, langagières de nos chères et chers politiques y trouvent leur source. Donc, quid de la démocratie interne aux différents pays adhérents lorsque les choix politiques émanent d'ailleurs et ont un poids supérieur aux modestes électeurs ?
Vous mettez effectivement le doigt sur le vrai problème. Il n'y a plus à proprement de politique nationale sauf à la marge.
Merci, j'ai de la lecture pour ce soir... fichtrement interessant, tout comme l'article d'ailleurs. Je repasserai demain, quand j'aurai lu... et pourrais opiner quelque chose... !
Cher oliv92 J'ai (naïvement) écrit au parti socialiste pour leur dire que je prendrais ma carte au parti quand ils parleront de la répartition des richesses - eh oui, quand on s'informe un peu, on arrive inévitablement à la conclusion que vous développez ! 9,3 % du PIB , représentent 180 milliards d'euros pas an, tous les déficits pourraient être comblés et de très intéressants projets sociaux pourraient être mis en oeuvre... plus besoin de mettre en pièce notre système social qui fait horreur à la droite ! Je n'ai reçu aucune réponse à ma demande, et il n'y a guère que Besancenot et M.G. Buffet pour en parler ! Naturellement vous connaissez Pierre Bourdieu, qui explique bien les méthodes des dominants pour assurer leur suprématie, entre autre en maintenant la masse populaire dans son ignorance (vive la télé ! du pain et des jeux !) et en endoctrinant les élites afin qu'elles ne remettent jamais leur pouvoir en question et en le déclarant légitime (fraction dominée de la classe dominante). Au niveau international, il y a aussi Chomsky, pour ce qui concerne le malfaisant empire états-unien... J'ai entendu de nombreuses émissions sur ce sujet sur France Inter dans l'émission de Daniel Mermet, qui reçoit souvent Frédéric Lordon. On peut ré-écouter ses émissions qui sont archivées sur le site : http:/www.la-bas.org En tout cas merci de votre article ! A quand la révolution ?
Quelques remarques : Le rapport de force capital/travail est... un rapport de force. C'est la situation sur le marché de l'emploi qui détermine le partage de la valeur ajoutée. Après 30 ans de chômage de masse, il n'est pas étonnant que ce partage soit défavorable aux salaires. Pour le stabiliser par une intervention politique, il faudrait réintroduire "l'échelle mobile des salaires" qui garantissait aux salariés, une progression salariale au moins égale à l'inflation. Le problème, surtout dans le contexte actuel, c'est que ce mécanisme peut enclencher la fameuse spirale salaire/prix et par conséquent avoir des effets inflationnistes (ex : le prix du carburant augmente, donc l'entreprise augmente ses prix, donc les salariés ont une augmentation de salaire donc...). Rétablir un rapport de force favorable au travail, suppose surtout de régler la question du chômage (La part du travail dans le partage de la partage de la valeur ajoutée a légèrement progressé sous Jospin). Or, de quoi dispose la France pour régler la question du chômage : - La politique monétaire est entre les mains de la banque centrale européenne dont les statuts disposent qu'elle doit se focaliser sur l'inflation. - La politique budgétaire est largement corsetée par les critères du pacte d'Amsterdam (pas plus de 3% de déficit public et dette inférieure à 60% du PIB). La situation française laisse peu de marge de manoeuvre. La redistribution de la fameuse cagnotte de Lionel Jospin a été, je le crois, une erreur économique et politique majeure. C'était l'occasion de réhabiliter l'Etat social en disant que : 1/ L'interventionnisme (et notamment les 35 heures, avec toutes leurs limites) peut fonctionner et permet d'augmenter les recettes fiscales 2/ Cette cagnotte n'est pas de l'argent volé aux français mais un pécule qui peut être utilisé pour réduire la dette ou relancer l'activité en cas de besoin... Au lieu de cela, Jospin se laisse piéger par la droite, s'excuse pratiquement d'avoir dégagé un excédent et "rend cette argent aux français" sous forme de baisse d'impôt (souvenez-vous de la vignette) avec Laurent Fabius à la manoeuvre... Au-delà des limites des relances keynesiennes dans une économie ouverte, je crois que la gauche de gouvernement s'est tirée une balle dans le pied à cette époque. Que reste-il à faire pour réduire le chômage lorsque l'on ne dispose plus de sa souveraineté monétaire et budgétaire? Des politiques structurelles pardi! C'est ainsi qu'il faut fléxibiliser le marché du travail, baisser le coût du travail, investir dans la formation (mais pour ça, il faut de l'argent et nous l'avons rendu aux français...) L'idée d'une redistribution ex-post par l'outil fiscal est peut-être envisageable mais certainement pas avec le PS tel qu'il existe. Souvenez-vous de la "bourde" de François Hollande, au tout début de la campagne présidentielle : "je n'aime pas les riches, gnan, gnan,gnan, et je souhaite que l'on augmente les impôts pour les personnes (pas les foyers) dont le revenu FISCAL est supérieur à 4000€ par mois". Tollé chez les députés PS qui expliquaient se faire littéralement agresser dans leur circonscription. Il faudrait que je vérifie mais je pense que cela concerne moins de 10% des actifs. La question est : où nos députés PS font-ils leur marché? Je précise que Jean-Marie Colombani a récemment déclaré que (je cite en substance) : " par cette déclaration, on peut faire de François Hollande l'équivalent contemporain de G. Marchais!" Puisque je vous dis que le PS a décrédibiliser l'action de l'Etat en général et le rôle de l'impôt en particulier.... Concernant la proposition de Frédéric Lordon, il admet lui-même qu'elle n'est pas encore opérationnelle et demande aux personnes de bonne volonté (juriste, fiscaliste...) de venir y travailler. Pour l'anecdote, je vous cite en substance la réponse de Frédéric Lordon lorsqu'un journaliste lui demande pourquoi, selon lui, le PS a voté oui au référendum interne sur le TCE : "c'est difficile ce que vous me demandez, cela relève presque de la médecine légale, je crois que le PS est un peu comme un canard a qui on aurait coupé la tête, il continue de courir, mais ne pas tarder à s'apercevoir que sa tête est restée quelque part dans le fossé". Je crois que nous y sommes. Enfin, sur le protectionnisme, il ne peut qu'être européen, de même que la politique budgétaire. L'Europe est un marché relativement intégré, qui pourrait peut-être se doter d'une tête politique. Pour cela, il faudrait sortir de l'orthodoxie économique (le déficit est toujours néfaste, la dette est faramineuse et sera payée par nos pauvres enfants (c'est d'ailleurs à se demander à qui nous rembourserons cet argent? sans doute aux enfants des détenteurs actuels de bons du Trésor...), des dogmes gravés dans des pactes de stabilité et s'essayer à la construction d'une communauté politique européenne qui puisse faire des choix de politique économique plutôt que d'obéir à des règles. Mais que dit le PS sur ces questions?
Merci de votre instructif commentaire écrit avec humour, si je ne me trompe pas, c'est françois miterrand qui a arrêté l'indexation des salaires sur l'inflation. Il me semble qu'il a fait beaucoup de mal au parti socialiste qui depuis est devenu, me semble-t-il "bourgeois", le pompon étant DSK où vous savez !
PS : il y a également une pétition sur ce sujet, réclamant la fin du dikdat capitaliste : http://www.stop-finance.org/
Pour ce qui est du renoncement du PS à lire : Didier ERIBON , D'une Révolution conservatrice et de ses effets sur la gauche française, Léo Scheer , 2007
Jean Bachèlerie Le PS, le SPD et les tabous. Bravo pour cet article, tout est dit. Une gauche qui ne parle plus du rapport de force capital/travail n'est plus de gauche. Elle fait comme Jacques Attali, Sarkozy et autres qui parlent de pouvoir d'achat sans jamais parler de la nécessaire augmentation des salaires. Et pas seulement des trés bas salaires, car la classe moyenne s'appauvrit. Le protectionisme intelligent ne doit pas non plus être un tabou. Enfin parmi les autres tabous: l'Europe puissance, l'Europe Indépendante, qui peut raisonnablement expliquer à quoi sert l'Alliance Atlantique aujourd'hui si ce n'est à nous soumettre au gouvernement et à l'armée américaine. Les Russes ne sont pas nos ennemis , mais nos voisins. Jean Bachèlerie
Protectionnisme … et pourquoi pas une Albanisation à la Enver Hoxha ? :-( Sur la crise globale je vous propose de lire l’article (*) rédigé par Aminata Diagne et de Jérôme Gleizes : http://www.sudonline.sn/spip.php?article10837
.. (*)Attention, ce n’est pas un texte publié par Zeri I Popullit ! :-D
L'article est intéressant à plusieurs points, mais peu renseigné sur les propositions du PS. Tout d'abord "elle a toujours évité ce thème de taxation du capital, pour préférer s'en prendre aux salaires indécents des grands patrons". affirmer ceci, c'est oublié sa sortie un peu improvisé certes lors du débat télévisé avec NS et ne pas avoir lu le programme présidentiel dans lequel, sans parler de taxer le capital, elle proposait d'indexer l'impot sur les sociétés sur justement le rapport capital/travail/investissement (que vous oublié dans votre article et qui est la clé de l'économie puisqu'il concerne les générations futures). Sur le protectionnisme, je ne suis pas contre taxer les produits chinois, la question à laquelle il faudrait répondre avant, c'est qu'importe-t-il eux de chez nous ? Je suis d'accord avec Farid lorsqu'il dit l'erreur d'avoir redistribuer. Mais faire croire que c'est le PS qui a tué l'impôt sur le revenu, c'est chercher un bouc émissaire, l'impot sur le revenu a été tué par les français aux mêmes qui ne trouvent pas normal de participer à la vie de la société, que le PS devienne prudent sur la question reste normal car on ne fait pas une campagne électorale en disant que l'on va augmenter l'impôt sur le revenu. D'une manière générale, il se dit beaucoup de choses au PS qui ne ressortent pas dans les médiats, je vous invite donc à lire les publication du PS directement sur leur site (que je trouve indigeste).
Mon commentaire (bien que long) était un peu rapide. Ce que je voulais dire, c'est que SEUL le PS pouvait réhabiliter l'impôt et que le contexte y était favorable : une croissance soutenue (environ 3%) et supérieure à la moyenne des pays européens dans un contexte où l'Etat est intervenu tout en dégageant un excédent budgétaire. C'est à ce moment là que le PS aurait pu faire "un peu de pédagogie" pour faire accepter aux français non pas des réformes "douloureuses et courageuses" mais la légitimité et l'efficacité de l'action des pouvoirs publiques. Il ne l'a pas fait et je crois que nous ne sommes pas prêts de finir d'en (justement) payer les conséquences idéologiques.
Voici un article qui entre dans le coeur du sujet. N'ayons pas peur des mots ! Le véritable problème du PS c'est de plus savoir où se situer. Il veut devenir "une gauche moderne" joli terme pour signifier "qu'il n'est plus de gauche". Qui prétendra que Tony Blair était à gauche. Il ne suffit pas se s'être inscrit au Labour dans sa jeunesse pour faire une carrière politique. Le PS prend le même chemin.Le mérite de cet article est de mettre le doigt où cela fait mal. On pourra toujours palabrer sur "on ne peut pas le faire " "il y a l'Europe" et "ceci" et "cela". Alors si vraiment rien n'est possible il faut soit abandonner la politique soit changer de nom. Si l'on croit encore aux valeurs de gauche alors il faut s'attaquer vraiment aux problèmes qui appauvrissent aujourd'hui les populations. Certes cela ne sera pas facile, le chemin sera long et douloureux. Mais si on ne s'arme pas de se courage là alors autant avouer avec simplicité : non nous ne sommes plus de gauche. Si l'on revient au pouvoir nous ferons comme les autres : gérer au mieux la désespérance sociale. Le protectionnisme n'est pas l'autarcie il faut en convaincre les autres européens.
Pour aller plus loin: Sur le protectionnisme: Un entretien avec Jacques Sapir de l'EHESS: Pour un néo-protectionnisme écologique et social ! http://dsedh.free.fr/153_24_10_06_Jacques_Sapir.mp3 http://dsedh.free.fr/transcriptions/Sapir153.htm
Un entretien avec Hakim El Karoui, ancienne plume de Raffarin: Protectionnisme: réticences... et nécessité d'un protectionnisme européen http://dsedh.free.fr/163_20_02_07_ElKaroui_2_sur_3.mp3 http://dsedh.free.fr/transcriptions/ElKaroui163.htm Sur le PS et le protectionnisme: Liêm Hoang Ngoc, délégué national à l’économie au Parti Socialiste: Le Parti Socialiste et le libre-échange/protectionnisme http://dsedh.free.fr/166_13_03_07_Liem_Hoang-Ngoc.mp3 http://dsedh.free.fr/transcriptions/Li%EAm166.htm On peut aussi croiser ces entretiens evc le billet publié sur Marianne2 http://www.marianne2.fr/Les-delocalisations-ne-font-que-commencer_a87174.html et la lecture du rapport auquel ce billet renvoie: http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1188/ip1188.html
Vous avez raison: l'avenir de la Gauche passe par le fait de réinvestir les deux sujets dont vous parlez, mais aussi sans doute par une véritable réflexion sur la compatibilité d'une démocratie réelle et de la construction européenne.
Merci d'avoir ouvert le débat !
Merci pour votre réponse. J'avoue découvrir votre émission... mais il n'est jamais trop tard, surtout grâce à vos archives, qui vont constituer une bonne base de références... Les entretiens avec Liem Hoang-Ngoc sont à la fois rassurantes et terrifiants. * rassurantes parce cela confirme qu'il existe des gens intelligents et lucides au PS * terrifiant parce qu'elles donnent une vision d'un parti complètement figé, pour diverses raisons. Son analyse de l'Europe politique et sociale est aussi assez décourageante. Mais comme il le dit... les choses peuvent changer plus vite que prévu ! Merci encore Olivier, 38 ans, vivant à Francfort
Attention à la terminologie. Parler du SPD ou du PS ou des "new" travaillistes blairiens comme des partis de gauche, relève de ce type d'erreur. Il ne suffit pas de se dire de gauche pour être à gauche. Pour moi, le PS n'est plus depuis longtemps un parti de gauche, et trompe la population en se disant tel. Il existe une terminologie de l'idéologie dominante qui domine tellement qu'elle est utilisée par tous, sans qu'ils s'en rendent compte. Et cela conduit à affaiblir l'argumentation de ses adversaires, qui se placent ainsi sur le terrain dominant.
1 - lorsque je vois, en France, le nombre de dirigeants socialistes qui travaillent pour des grands entreprises (capitalistes) je doute que le PS fasse autre chose que des réformes à la marge qui ressemblent à kla charité (comme le RMI de M. Rocard. Les fautes gravissimes des dirigeants des partis communistes de l'Est (et pareticulièrement de l'URSS) n'exclent pas celle des partis occidentaux; elles ont permis à l'ideologie "libérale" de faire admettre à la population "occidentale" qu'il n'y avait pas d'autres solutions que la sienne. Par ailleurs les "penseurs" libéraux avaient cherché, depuis longtemps commant vaincre l'idée socialiste dont les forces s'étaient établies dans le cadre national; elles ont mis en application, du temps de Reagan, le principe de la libre concurrence qui protégait les capitalistes nationaux et, sans égard pour ces derniers qui ont été appatés par l'espoir d'un développement de leur profit. cette politique a brisé la cadre national qui protégait les salariés. Les syndicats "réformistes" ont accepté cette politique, se contentant de petites avancés car ils jugeait impossible de s'opposer à l'évolution libérale (J.Chèreque dixit pour la France). Toujours sur le plan idéologique l'offzensive libéraler la "liberté" qui sielle été mise en cause dans les pays du socialisme réeel n'est pas ²pour le moins vraiment réeel dans les pays actuellement libéraux. Elle est plutôt du type : cause toujours, on fera ce que l'on veut. de toutes façons les médias sont essentiellement entre les mains des capitalites et la gauche de la gauche n'est jamais représenté dans les panels de journalistes (voir en France l'épisode du réfenrédum sur la constitution europénne) D'autanyt que les forces capitalistes ont mené contre l'URSS une bataille permanente ( en pritant de ses erreurs) et qu'elles continuent (voir Venézuela, Bolivie, Cuba ect) n'admettant jamais la mise en cause de ses privilèges. Le système bi-partisan mis en place sous De Gaulle et aggraravé par Jospin qui croyait en profiter Ce ne sera que par une lutte intense sur le plan idéologiqe articulé avec les luttes syndicales pour protéger un minimum de niveau de vie. Comment l'Europe qui fut en avance dans les luttes sociales et idéologiques fera-t-elle pour rejoindre les progrès des luttes sociales et nationales après avoir subi une répression d'une brutalité comparable aux nazime avec l'appui des USA. Combien d'années faudra-t-ille pour regagner les populations découragées par la social démocratie
Très excellent diagnostic de la situation. Deux ou trois petites remarques toutefois… . Pour l’heure, ce sont sans doute moins les délocalisations directes des industries de main d’œuvre que le désinvestissement industriel lui-même qui mine l’avenir de nos économies. Les entrées de produits manufacturés hors Union Européenne ne représentent encore que quelques pourcents du volume des échanges intra Européens. C’est suffisant pour détruire des pans entiers de l’industrie française, industries à faible coût de main-d’œuvre (et donc faible valeur ajoutée) grâce aux politiques constantes de soutien aux systèmes qui entretiennent les trappes à bas salaires depuis 25 ans, mais ça n’a pas encore cassé les industries de biens d’équipements qui permettent à l’Allemagne de battre chaque année des records en matière d’exportation. Taxer les produits entrants peut donc être considéré comme une arme pour faire pression sur les pays qui bâtissent leur nouvelle puissance économique sur l’absence de droits sociaux pour leur population, mais considérer que ces taxes auraient comme 1er objectif de permettre de rééquilibrer nos propres comptes sociaux apparaît comme un peu limité. D’abord par leur montant (10 Milliards d’euros, ça peut aider, mais ça ne résout pas tout), ensuite par le signal politique que cela représenterait aux yeux des populations des pays en question (puisque vous acceptez de travailler pour 3 fois rien, nous, nous allons nous payer nos retraites en taxant votre travail trop bon marché…). Le signal politique serait bien supérieur si l’U.E. envisageait par exemple d’utiliser ces taxes pour financer des programmes d’aide à la construction de régimes sociaux dans les pays concernés (ainsi d’ailleurs que des programmes d’aides structurelle à destination des nouveaux entrants de l’U.E.) … histoire de réduire un peu le dumping social lié à la division internationale du travail. . Une politique à plus long terme ne pourrait-elle pas plutôt viser à retenir une part beaucoup plus grande d’investissements industriels en Europe même, en taxant non pas les entrées de produits (ou pas seulement), mais bien plutôt les sorties de capitaux directement destinés aux investissements dans des industries de main d’œuvre et dans les centres de R&D des pays en question ? Si les multinationales implantées sur le territoire Européen voyaient les avantages comparatifs de ce type d’investissements extérieurs se réduire significativement, ne seraient-elles pas un peu plus enclines à réinvestir ici et maintenant ? Si la Chine se voyait dans l’obligation d’utiliser une plus grande part des ses colossales réserves monétaires pour financer un peu plus elle-même son développement industriel, plutôt que d’acheter des bons du trésor Américains en finançant ainsi la fuite en avant des consommateurs d’outre-Atlantique vers des déficits abyssaux, ça n’aurait pas forcément que des effets négatif sur le long terme… . Au-delà des idées reçues véhiculées entre autres par un MEDEF qui croit de plus en plus que l’industrie c’est du passé, si celle-ci ne représente plus en France qu’environ 16% du PIB, l’ensemble des activités qui gravitent autour d’elle en représentent par contre pas loin de 50%... Ils devraient pourtant savoir que casser le moteur, c’est arrêter le véhicule. . Alors, oui, bien sur que l’on aimerait que le PS comprenne et relaie ces problématiques là. Le problème en l’occurrence est beaucoup moins que certains de ses dirigeants puissent être éventuellement « compromis » dans les activités de certaines de ces multinationales, que la cruelle absence de culture industrielle d’un trop grand nombre d’entre eux.
Hier à Paris, dans le XXe arr., Ségolène Royal a annoncé qu'elle serait candidate. Voilà l'info relayé par les médiats. Mais, dans un discours d'environ 30 minutes, elle a eu le temps de parler de bien d'autres choses. Entre autre, des problèmes posés par le déséquilibre capital/travail, une fois de plus ! Comme quoi, il n'y a plus de tabou à gauche.
C'est exact il y a un déséquilibre flagrant entre le capital et le travail. Ségolène Royal capitalise beaucoup sur sa candidature alors qu'elle ferait mieux de travailler à se remettre en cause... S'il n'y a plus de tabous a gauche, j'espère qu'on pourra aborder un jour le sujet sans subir une enième fois la seule ligne de défense de ses partisans et d'elle même : "vous êtes un macho".
Le commentaire de Serval est non seulement lamentable mais nul et non avenu en commentaire de cet article qui soulève un véritable problème que la gauche européenne devrait aborder. Je pensais moi naïvement que le genre de commentaire précité ne se retrouverait pas dans Médiapart alors que cela pollue complètement le nouvel obs, marianne, le monde et libé. Je ne parle pas des autres je n'y jette mette plus un coup d'oeil.Cordialement
Lepido, je suis désolé, mais je viens de parcourir le texte du discours de Ségolène Royale. En 30 minutes, elle n'utilise qu'une fois le mot "capitalisme" et une fois le mot "capital". Comme d'habitude avec Ségolène, beaucoup de généralités sur lesquelles tout le monde ne peut qu'être d'accord, pas de début de proposition... elle préfère attendre de mettre en place la "démocratie participative", et peut être, dans 10 ans, quand tous les jury citoyens seront au point, pourra-t-on commencer à avoir des solutions... J'ai également lu plusieurs de ces documents sur son site "Désir d'Avenir", et en paticulier les textes "ce que j'ai dit sur...". Sur les retraites : pas un mot sur le rapport capital / travail. Elle est complètement dans la Sociale Démocratie, avec des phrases du genre : pour distribuer de la richesse, il faut déjà en créer... Merci, ça fait 30 ans que l'on nous sert ce genre de discours bidon. Olivier, 38 ans, vivant à Francfort
Excellent article qui pointe bien les problématiques de la gauche actuelle dont le discours n'a pas su s'adapter en raison de ses tabous avec les réalités du monde.