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"Le Crépuscule de Prométhée" de Francois Flahault

Je ne savais pas comment débuter ce billet, et me voilà aidé par un article du Figaro : Sarkozy soutient "L'Auto-Entreprise". Auto-entreprise, voici une illusion démontée par Francois Flahaut non seulement par ce dernier ouvrage "Le Crépuscule de Prométhée", mais également par le précédent "Be yourself". * Le mot "entreprise", tout comme celui de "développement" est plombé par notre vision occidentale de l'Homme et de la Société.Nous sommes devenus tellement "Prométhéens" que nous prenons n'arrivons pas à prendre le recul nécessaire pour comprendre le píège dans lequel nous sommes enfermés. Nous sommes persuadés que nous pouvons construire, développer quelque chose, batir, croitre, etre plus grand, plus riche demain qu'aujourd'hui. Nous n'arrivons à nous projeter que dans un futur ou nous aurons plus. La croissance infinie dans un monde fini. Les nouvelles frontières. L'entropie négative (mettre de l'ordre dans le désordre. Les ressources infinies.* Le mot "Auto" est un piège encore plus grand. Nous ne faisons jamais rien tout seul. Jamais. Rien. Nous sommes ce que les autres nous ont transmis. En premier lieu nos parents. Nous sommes les autres. L'ouvrage "Le crépuscule de Prométhée" est découpé en 4 parties indépendantes, qui peuvent etre lues dans n'importe quel ordre.1/ La première, la plus ardue, est consacrée à la "Généalogie de l'Idéal Prométhéen" dans nos sociétés. N'ayant aucune connaissance en philosophie, je ne vais pas essayer de résumer ou d'etre exact, juste de restituer ce que j'ai compris: Francois Flahault montre que l'Idéal Prométhéen est très ancré dans notre société occidentale, en premier lieu dans nos religions, mais également dans notre philosophie. Nous pouvons nous rapprocher de Dieu. Chaque individu oeuvre pour son salut et peut parler directement à Dieu grace à la prière. Dieu nous a fait à son image. Descartes et le "Je pense", je peux penser par moi meme, j'existe en tant qu'individu. L'individu précède la société. Locke. Nietzsche et le sur-homme. Le héros romantique, incompris, qui a raison contre tout le monde. L'homme qui crée son destin, Le Self-made man. L'homme providentiel. Nicolas Hayek : la main invisible du marché. Les hommes en tant qu'individus rationnels et indépendants, forcés de collaborer. L'économie crée la société. 2/ L'imaginaire Prométhéen chez Jules Vernes. L'individu génial qui fuit la société, maitrise des formes inconnues d'énergie, crée des machines qui lui permettent d'exprimer sa toute puissance et de vaincre par lui meme, sans l'aide de personne. 3/ Ayn Rand, russe ayant fui la russie communiste s’est réfugiée aux USA et a contribué aux fondations idéologiques de l’Ultra-libéralisme. Elle a développé là encore le mythe de l’individu génial mais incompris, se battant contre tous pour son protéger son œuvre. Les masses sont vues comme des parasites, qui dépendent entièrement de quelques individus courageux, géniaux, pour leur survie. Seuls quelques uns font tourner la société. Plusieurs livres de Ayn Rand sont devenus des références pour les ultra-libéraux : « The Fountainhead » en particulier, publié en 1943, porté à l’écran en 1949, film dans lequel Gary Cooper interprète l’architecte génial qui préfère détruire son œuvre plutôt que de la voir détournée par des constructeurs incapables et corrompus.

Un extrait de cette partie avait été publiée dans le Monde Diplomatique de août 2008 :

http://www.monde-diplomatique.fr/2008/08/FLAHAUT/16182

4/ Enfin, dans une 4ème partie, Francois Flahault développe les concepts de « Bien commun vécu » et de « écologie sociale ». Une des illustrations les plus spectaculaires de ce concept de « bien commun vécu » est tout simplement la « conversation », qui « procure à chacun le sentiment d’exister dans un espace commun ». Le langage, qui permet cette conversation, est un bien commun qui devrait nous convaincre d’abandonner l’idéal Prométhéen, devrait nous ramener tous les jours à beaucoup d'humilité et de reconnaissance pour autrui. Le langage n’a pas de valeur économique apparente, les mots prononcés (pourtant indispensables à tout échange économique) n’augmentent pas en eux-mêmes le PIB ! Le langage n’a pas été inventé par un être génial. Il nous provient de nos parents, de nos lectures, de nos professeurs, des autres. Chacun en jouit, chacun peut contribuer à le développer. Sans langage, pas de pensée. Notre pensée repose donc entièrement sur un socle, un outil qui nous a été transmis par la société dans laquelle nous vivons et qui s'est développé aux cours des derniers siècles. Le langage constitue notre richesse commune.

 

 

Tous les commentaires

15/05/2009, 09:37 | Par Serge Koulberg

Beau résumé du livre. La partie la plus nouvelle pour moi, parce que j'en ignorais tout c'est celle qui concerne Ayn Rand avec cette conclusion qui donne à penser : "Si Ayn Rand a quitté l'Union soviétique pour les Etats-Unis, ce ne fut pas par refus de l'ambition prométhéenne (au sens de l'homme nouveau, auto-construit) et de l'utopie (d'un monde dominé par des individus d'exception qui ne sont pas empéchés de réaliser leur vision forcément morale et progressiste); ce fut au contraire pour passer d'un pays qui les avait trahies à celui qui devait les réaliser (sous la forme ultralibérale régano-tatcheriste). Par ailleur, j'y retrouve les idées d'Ivan Ilitch mais dans un langage débureacratisé, les idées d'André Gortz poursuivies dans leur fondement philosophique avec ce symbole de Prométhée et le changement qu'il subit du théâtre grec à sa reprise par l'Europe de la Renaissance puis des lumières.

15/05/2009, 12:25 | Par Vincent Verschoore

Merci Olivier pour ce résumé. Commentaire, ou plutôt question générale vu que je n'ai pas lu ce livre: en quoi en serions-nous au crépuscule de Prométhée?

15/05/2009, 17:32 | Par Oliv92 en réponse au commentaire de Vincent Verschoore le 15/05/2009 à 12:25

Bonne remarque... je me faisais aussi la réflexion hier soir en terminant le résumé... Peut-etre est-ce un souhait de Francois Flahault de passer à autre chose? En tous cas, il reste encore beaucoup de chemin ...

15/05/2009, 13:57 | Par Fantie B.

Je cherchais hier (avec le moteur de recherche...) ce que vous aviez écrit (d'après Serge !) sur ce sujet, Olivier ! Je prendrais le temps de relire tout ça, mais déjà - votre point 2. m'évoque le notion d'interdépendance- qui bat en brèche la sacro sainte notion "d'autonomie" qui a englué la pensée de notre époque récente.
-Le mythe de Prométhé (qui m' émue, dans le temps), je le lis aujourd'hui comme ceci : Prométhée "libère" les hommes à lui tout seul. Les hommes, donc, ne sont pas acteurs (comme on dit) de leur libération. C'est le contraire de l'émancipation. La véritable émancipation ne se reçoit pas de l'extérieur, elle se conquiert, y compris contre soi-même.
(ajout) : Le point 4 enfin fait écho à la discussion sur la novlangue (billet de Grain de Sel : appeler un chat un chat) : "Notre pensée repose donc entièrement sur un socle, un outil qui nous a été transmis par la société dans laquelle nous vivons et qui s'est développé aux cours des derniers siècles. Le langage constitue notre richesse commune." (Olivier) Dit comme ça, c'est encore pire ! La novlangue (Orwell) s'arrange pour signifier le contraire de ce qu'elle indique - et pire, pour annuler les contraires. Si le socle de la langue qui nous permet de communiquer est perverti à ce point, cela se trasmettra-t-il aussi aux générations futures ?
A plus tard et merci de l'ouverture de cet espace de discussion .

15/05/2009, 22:19 | Par Oliv92 en réponse au commentaire de Fantie B. le 15/05/2009 à 13:57

Je vous remercie de vos remerciements, mais ne comprend pas du tout votre remarque sur la langue. Pourquoi ce qui nous est transmis par les générations précédentes devrait il etre nécessairement perverti?? Tout ce que vous ont transmis vos parents ou grands parents est perverti?

16/05/2009, 09:57 | Par Fantie B. en réponse au commentaire de Oliv92 le 15/05/2009 à 22:19

à Olivier : Ce que je voulais souligner, c'était la nécessité de cette transmission d'une langue qui fonctionne à peu près, comme vous le décrivez., pour que le lien social soit possible.

16/05/2009, 04:52 | Par lettres presidentielles

il ne faudrait pas oubier a ses grand individu qui se sont sans société "victor" l'enfant sauvage de françois truffaut, marchand "fier" à quatre pattes et n'ayant même connaissance ni de la parole et encore moins du feu "promethéen"... un self-made-man pur jus, qui eut le malheur d'être "attrapé" par la civilisation et la culture et de tomber dans ce térrible avillissement de soi qu'est la société. N'etait-il pas plus heureux au fond des bois ce jeune homo-sapiens-lupinis (au dent longue; toujours!) . mais prométhée est-ce l'individu seul ? ou est-ce le heros de la civilisation, de la société contre l'arbitraire divin qui cache aux hommes ce qu'il leur est nécésaire pour atteindre le bien-être ici bas? est-ce vraiment le comabt de l'individu en tant qu'individu, ou bien la conscience d'un homme et non d'une bète qui, pensant et parlant, prendrais concience qu'il pourrait par les sciences et la connaisance, vivre bien mieux ?? . Les Dieux punissent toujours les prométhées, pourquoi, parceque les dieux sont des dieux et que les mortels de simple chose a leurs yeux. c'est toute la philosophie de la tehcnique, celle de la science sans conscience qu'ouvre le mythe prométhéen, car si "savoir et connairte" reste neutre, le savoir technique quant à lui est toujours lié a un problème concrèt qu'il résoud. du feu naisse les canons, de la dynamite le prix Nobel comme si Nobel lui-même pour rendregrace aux dieux avait dû faire ammende honorable pour que son foi ne soit au Tatare a jamais mangé par un aigle vorace. il reste toutefois un point à éclaicir quel auteur anciens a pu placer le siège de l'âme au niveau du foi?? un disciple de bachus, de dyonisos ?? je doute ;)

16/05/2009, 12:43 | Par Oliv92 en réponse au commentaire de lettres presidentielles le 16/05/2009 à 04:52

Toutes ces histoires d'enfant sauvage ont ete développées par Francois Flahault dans "le mythe de robinson" (resume aussi sur mon blog) mais également dans "be yourself".Nos philosophes ont effet, depuis la période des lumieres, créé ce modèle absolument délirant de l'homme a l'etat naturel force de vivre en societe. Flahault démontre que l'homme n'est homme que parce qu'il vit en société. L'environnement naturel de l'homme est la société. L'homme de néenderthal vivait en sociéte.. Et il en a toujours été ainsi depuis. L'homme ne survit, ne vit, ne se réalise que par les autres.

16/05/2009, 08:10 | Par Marielle Billy

Grand merci Oliv, pour cette présentation si claire. Je me permets un petit ajout pour répondre à Quetzal : le foie n'est pas pour les grecs le siège de l'âme, dans le mythe, J P Vernant montre que Prométhée est en fait puni par là où il a péché : le foie, pour les grecs est le meilleur de la "viande", c'est aussi l'organe qui sert à lire les oracles. Or Prométhée est aussi celui qui a donné la viande aux hommes. Donc Zeus décide que c'est son foie qui sera dévoré chaque jour. Et en fin de compte Prométhée sera libéré de l'aigle (par Héracles) et gagnera même l'éternité (là aussi par un échange en règle : un autre héros civilisateur, le centaure Chiron, qui a appris à certains hommes, dont Achille à être des héros parfaits, souffre d'une blessure et ne peut mourir malgré sa souffrance infinie, puisqu'il est immortel Zeus accepte de transférer cette immortalité à Prométhée et permet à Chiron de mourir). Prométhée réintègre donc l'Olympe, la paix se fait avec Zeus. Le mythe de Prométhée contient encore beaucoup d'éléments fondamentaux (ex : l'apparition de la femme !) et Prométhée est un personnage très ambigu ...(voir dans "L'univers de dieux et des hommes" de Vernant). Pour en revenir à votre billet, Prométhée a un frère Epiméthée ; intéressant de voir que ce "couple" contient et montre toute l'ambiguïté humaine : Prométhée signifie : celui qui prévoit, qui comprend avant (pro-) Epiméthée : celui qui comprend après (épi-), trop tard, celui qui ne voit rien venir. De fait le mythe a cette ambiguïté-là et c'est intéressant de constater que le devenir et l'utilisation du mythe n'ont mis en avant que la dimension prométhéenne ...

16/05/2009, 08:54 | Par Vincent Verschoore en réponse au commentaire de Marielle Billy le 16/05/2009 à 08:10

Bonjour Marielle et merci pour ces précisions. En quoi, d'après vous, sommes-nous au crépuscule de Prométhée?

16/05/2009, 09:45 | Par Marielle Billy en réponse au commentaire de Vincent Verschoore le 16/05/2009 à 08:54

Vincent, j'ai du mal à le dire même si cela semble aussi une évidence ... Ce que j'ai voulu dire (et je souligne que je n'ai pas lu le livre !) c'est qu'il faut peut être faire attention au "démontage" d'un mythe, il s'agit plutôt du démontage de ce que l'idéologie fait du mythe : il faut demander à Oliv si l'auteur introduit aussi cette autre dimension que j'ai citée ... J'ai envie de dire que le néo-libéralisme s'appuie sur une vision de l'homme qui n'est qu'une partie du mythe - l'homme, doté de prothèses techniques qui lui font croire à sa sur-puissance - Le mythe montre bien autre chose ... Cette dénonciation me semble devoir se compléter (mais peut être le livre le fait-il !) par une réflexion sur la volonté acharnée de ce "néo-sujet" à maîtriser le temps et ses effets (ex : travailler à des techniques qui font aller plus vite, plus loin, vers du mieux, toujours) Peut être que là est une part du "crépuscule" : l'homme a tendance à dénier la "mortalité" des choses (et des hommes), son engouement illimité pour le "progrès" technique lui fait fermer les yeux sur ce que la mythe montre - il y a un temps divin qui est immobile / il y a aussi un temps fait de finitude, de naissance et de mort, un temps "linéaire" qui est celui de l'homme / et il y a le temps prométhéen qui est un temps cyclique (le foie dévoré qui repousse toujours). Peut être que la crépuscule arrive si l'homme oublie qu'il est du domaine de la finitude. Je suis en effet très pessimiste au sujet de cette tentation technique qui se renforce de cette vision politique de l'homme "self-made-man", qui en va même jusqu'à mettre de côté les leçons de l'histoire (ex : penser que la démocratie est exportable par la force comme un "produit" est bien le fait d'un homme qui croit en la puissance illimitée de l'homme-blanc-occidental-qui sait) Pardon pour ces propos un peu généraux mais ils reflètent maladroitement ma position (mais je suis aussi une optimiste de la vie, de son désordre, je crois que l'intelligence humaine parfois prend sa source dans le désordre qui brouille les représentations trop établies)

16/05/2009, 11:55 | Par Oliv92 en réponse au commentaire de Marielle Billy le 16/05/2009 à 09:45

Merci Marielle. Je suis toujours impressionne par les gens arrivant a manipuler des modeles philosophiques ou litteraires, moi qui n'ai jamais appris qu'a manipuler des chiffres. Le "crepuscule" pourrait aussi se defendre en considerant la perte d'influence du modele occidental. Les societes indiennes, chinoises ou maliennes n'ont pas tant mise sur le modele Prometheen.

16/05/2009, 12:14 | Par Marielle Billy en réponse au commentaire de Oliv92 le 16/05/2009 à 11:55

On est chacun impressionné par quelque chose ... Oui, je vous rejoins dans cette affaire de la mise en cause du modèle occidental. Je trouve toujours éclairant d'aller voir ce que disent les mythes ...à ce titre en Occident, on est servi du côté du motif de la démesure et de sa punition !

16/05/2009, 16:00 | Par Vincent Verschoore en réponse au commentaire de Marielle Billy le 16/05/2009 à 09:45

Merci Marielle pour cette réflexion! Vous dites "Peut être que la crépuscule arrive si l'homme oublie qu'il est du domaine de la finitude.". Mais, qu'est ce qui démontre que cette finitude existe? Pour l'homme biologique individuel c'est encore relativement évident, mais pour l'Homme?

16/05/2009, 17:24 | Par Marielle Billy en réponse au commentaire de Vincent Verschoore le 16/05/2009 à 16:00

On ne sait pas Vincent, c'est tout ce qu'on peut dire ! L'espèce humaine est constituée d'hommes qui naissent et meurent ; mais qu'est-ce qui peut se produire si quelques uns des ces hommes s'acharnent à vaincre la mort (enfin à mimer cela par le clonage par exemple) et à optimiser le profit ? Disons que peut être les désordres de la nature ainsi causés provoqueront une remise du compteur à zéro.

16/05/2009, 12:24 | Par Fantie B.

Un lien vers le billet de Serge Koulberg qui reprend aussi un point de vue sur ce livre : -voir le dernier commentaire de Serge en parallèle ou intersection avec le dernier commentaire de Marielle ci dessus : le point du désordre peut-il rencontrer celui du vide ? http://www.mediapart.fr/club/edition/construction-de-savoirs-collectifs/article/080509/nourrir-le-sentiment-d-exister-ou-en-
ajout Au sujet de l'Inde, voir les reportages d'Iris Deroeux - avant les élections générales d'aujourd'hui : 1er des 4 articles ici : http://www.mediapart.fr/journal/international/160409/en-inde-mille-partis-et-des-elections-a-la-demesure-du-pays

16/05/2009, 13:23 | Par Marielle Billy en réponse au commentaire de Fantie B. le 16/05/2009 à 12:24

Fantie, j'admire votre capacité à faire ces "liens", c'est formidable. PS : au sujet de l'Inde, sait-on que 3 états dont le Kérala, "fonctionnent" depuis des années avec un système "communiste" et ce, dans un relatif équilibre et un accès à l'éducation, à la santé, et ce à la satisfaction des populations ?

17/05/2009, 12:33 | Par Serge Koulberg

Je vais essayer de répondre à la question de Vincent Veschoore sur la signification "du crépuscule", dans le prolongement de l'explication qu'en donne déjà Marielle Billy en évoquant "le démontage de ce que l'idéologie fait du mythe" plutot que le démontage du mythe lui-même. François Flahault évoque dans un premier temps le Prométhée d'Eschille et il montre toute l'importance du choeur dans cette pièce : ce choeur représente un troisième personnage entre Zeus et le titan Prométhée il représente la justice, la mesure. Le choeur appelle sans cesse Prométhée (et Zeus) à la modération, il rappelle sans cesse que le feu apporté aux hommes par Prométhée les poussent à en faire un usage démesuré, il rappelle que cette démesure est à la source du malheur des hommes. Dans un deuxième temps, FF montre comment dès la naissance du christianisme, cette démesure est interprétée comme une vertu créatrice, comme le ferment de l'énergie émancipatrice de l'homme. La transgression devient affranchissement d'une autorité bornée et obscure. Et Prométhée va ainsi devenir celui qui apporte les lumières, la civilisation, il va symboliser l'homme qui va se créer lui-même, celui qui n'aura plus besoin ni de dieu ni des autres. " Dès lors, écrit FF, (je cite de mémoire) lorsque l'homme se tourne vers l'infini ce n'est plus pour chercher une puissance protectrice, mais pour interroger l'espace qui s'offre à la connaissance et à l'ambition humaine" FF montre ensuite comme ce glissement de la démesure dans le camps "du gagnant", du héros de la société libérale conduit à cette hyper-valorisation de l'individu que nous connaissaons aujourd'hui, cette hyper valorisation qui camoufle la nécessité de défendre le bien commun sous "l'évidence" que cet individu d'exception, au-dessus du lot, dominant donc, est forcément un homme possédant les plus hautes qualités morales et la plus haute idée du bien commun. Je pense que la fin de cette supercherie que prophétise FF et qu'il appelle "le crépuscule". Le crépuscule de l'idée que seul "le faible" a besoin des autres et de règles pour contenir ses égarements.

17/05/2009, 17:26 | Par Marielle Billy en réponse au commentaire de Serge Koulberg le 17/05/2009 à 12:33

Merci beaucoup pour ces précisions. N'y aurait-il pas aussi un lien à faire avec cet aspect du monothéisme qui glorifie une puissance unique et parfaite.

17/05/2009, 20:30 | Par Serge Koulberg

Il y a un chapitre sur Prométhée en milieu chrétien et un parallèle entre le feu de Prométhée et le fruit défendu par lequel les hommes accèdent à la connaissance.

18/05/2009, 00:16 | Par Vincent Verschoore

Merci Serge pour votre réponse! J'avais cité dans un précédent billet cet extrait d'un livre de JC Guillebaud au sujet du nazisme: La volonté monstrueuse exaltée par le nazisme se prétend affranchie, cette fois, des fatalités et déterminismes de l'Histoire. Elle veut brandir au milieu du monde la libre disposition du temps, de l'espace, des hommes et du destin. Elle est l'action promethéenne à l'état pur, l'activisme divinisé, capable de remodeler le monde à sa guise et d'engloutir, s'il le faut, un peuple entier dans le brouillard du crime. Ivre d'elle-même et sûre de sa puissance, elle se croit en mesure de tout choisir, y compris de récuser l'Histoire et d'en arrêter l'écoulement.

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