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Colonialisme: les crimes de la République

17 octobre 2011. Il y a cinquante ans, les forces de police, agissant sous les ordres du préfet Maurice Papon, se livraient à une véritable chasse à l'homme: plus de 14000 manifestants, qui s'étaient rassemblés pacifiquement à l'appel du FLN pour protester contre le couvre-feu raciste qui leur était imposé depuis le 5 octobre, furent arrêtés -presque un sur deux-, frappés souvent et détenus parfois pendant plusieurs jours.

En français, n'en déplaise à ceux qui ont longtemps usé ou usent encore d'un langage délicatement euphémisé dès qu'il s'agit d'atténuer les exactions commises par l'Etat français au cours de cette période, de telles pratiques portent un nom précis: rafles. Par leur ampleur et les moyens matériels et humains mobilisés pour les mener à bien, ces rafles, soigneusement préparées et qui s'étendent sur plusieurs jours, sont sans précédent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Décidées à tout faire pour interdire une démonstration de force des Algériens à Paris et en banlieue, les autorités politiques et policières ont en effet mis en place un imposant dispositif répressif, réquisitionné plusieurs lieux dont elles savaient avoir besoin pour parvenir à leurs fins, sans oublier les bus de la RATP dans lesquels les manifestants furent entassés et battus avant d'être rassemblés dans différents centres de détention de la capitale et de la région parisienne.

Sans précédent aussi, le nombre de personnes assassinées à Paris au cours de ces journées d'octobre, puisque les forces de l'ordre commirent un véritable massacre; au vrai, le plus important de l'après-guerre perpétré à l'encontre de civils puisque le nombre de victimes s'élève à plusieurs centaines. Aucune, par contre, du côté des forces de l'ordre, qui n'ont pas essuyé un seul coup de feu contrairement aux rumeurs forgées et colportées par la police elle-même pour justifier les exécutions sommaires au moment même où elles se déroulaient.

Des hommes furent tués par balles, d'autres froidement assassinés dans la cour même de la préfecture de police de Paris, certains jetés vivants dans la Seine ou encore frappés à mort après leur arrestation et leur transfert au palais des Sports, au parc des Expositions et au stade Coubertin devenus, pour l'occasion, autant de lieux de détention. Là, dans des conditions effroyables, des milliers de «Français musulmans d'Algérie» furent parqués, battus et longtemps laissés sans nourriture et sans soin au milieu des excréments qui s'accumulaient. Quoi qu'ils fassent, les policiers se savaient couverts par le préfet qui, peu de temps auparavant, leur avait tenu ce langage: «Pour un coup reçu, nous en porterons dix.»

De telles méthodes ne sont pas inédites. Elles relèvent d'une terreur d'Etat appliquée depuis longtemps en Algérie, réactivée à la suite du déclenchement de la guerre le 1er novembre 1954 puis importée en métropole où la torture, les arrestations arbitraires, les disparitions forcées et les exécutions sommaires furent courantes. Toutes révèlent ceci: ce qui a été perpétré dans la capitale ressortit à un plan concerté, organisé et mis en œuvre par les plus hautes autorités politiques et policières de l'époque.

De plus, dans une note du 5 septembre 1961, adressée au directeur du service de coordination des affaires algériennes et au directeur général de la police municipale de Paris, Maurice Papon donnait les instructions suivantes: «Les membres des groupes de choc [du FLN] surpris en flagrant crime devront être abattus sur place par les forces de l'ordre.» En ces circonstances, donc, pas de prisonniers. Il s'agit là d'une violation manifeste et grave des règles élémentaires applicables aux ennemis engagés dans un conflit conventionnel. Pour de nombreux responsables politiques et fonctionnaires de police, l'Algérien, c'était donc «le raton», «le bicot», «le fel», celui qui pouvait être arrêté, torturé et exécuté sommairement sans que cela soit perçu comme un crime, même lorsqu'il manifestait pacifiquement.

Contrairement à des représentations tenaces et convenues, la guerre d'Algérie n'a pas été menée seulement sur le territoire de cette colonie; elle s'est aussi déroulée en métropole où les autorités policières, avec l'aval du pouvoir politique, ont eu recours à des pratiques couramment mises en œuvre outre-Méditerranée. Cette continuité des pratiques fut parfois servie par la continuité des hommes, ceci permettant de mieux comprendre cela. Avant d'être nommé préfet de police dans la capitale, Maurice Papon avait été, à partir de mai 1956, inspecteur général de l'administration en mission extraordinaire à Constantine. Son rôle: appliquer la politique des «pouvoirs spéciaux». Lorsqu'il revint en France deux ans plus tard, pour exercer les responsabilités que l'on sait et combattre le FLN dans la région parisienne, il va s'appuyer sur des militaires qui, rompus à la guerre contre-révolutionnaire, ont été ses collaborateurs en Algérie.

Ce contexte et ces quelques éléments permettent de comprendre que les massacres d'octobre 1961 ne sont pas une «bavure» imputable à une minorité de policiers dont les débordements seraient uniquement liés aux circonstances et aux passions de l'époque. A raisonner de la sorte, on occulte ceci: le régime imposé aux «Français musulmans d'Algérie» présents en métropole n'était pas celui la République mais celui d'un Etat de guerre et de police qui n'était plus assujetti à aucune autre règle que celle de la terreur mise en œuvre pour réduire ceux qui étaient identifiés comme des «rebelles» et des «terroristes».

Le 50e anniversaire des massacres d'octobre 1961, bientôt suivi par celui de la fin de la guerre d'Algérie, a lieu dans un contexte mémoriel et politique marqué par la réhabilitation, sans précédent depuis 1962, du passé colonial de la France. A preuve, la loi du 23 février 2005 qui établit, l'article premier le prouve, une interprétation officielle, mensongère et apologétique de la «présence française en outre-mer».

Pour les amateurs d'exception française, en voilà une remarquable mais sinistre au regard des principes libéraux supposés limiter les pouvoirs de la puissance publique: à ce jour, la France est le seul Etat démocratique et la seule ancienne puissance impériale européenne où des dispositions législatives qualifient de façon positive cette période de l'histoire. Epilogue d'un combat politique désormais dépassé? Prologue bien plutôt car le 7 février 2007, Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur et candidat à l'élection présidentielle, prononçait à Toulon un discours dans lequel il affirmait doctement: «le rêve qui fut le rêve de Bonaparte en Egypte, de Napoléon III en Algérie, de Lyautey au Maroc, ce rêve ne fut pas tant un rêve de conquête qu'un rêve de civilisation.»

A cela s'ajoute, conformément à l'article 3 de la loi précitée, la Fondation pour la mémoire de la guerre d'Algérie inaugurée le 19 octobre 2010.

Dotée de fonds publics et privés, cette Fondation doit être pensée comme la continuation, et l'institutionnalisation, du combat apologétique mené par le chef de l'Etat et l'UMP. Parmi les membres du conseil d'administration de cette Fondation, réputée «ni politicienne, ni partisane» comme a tenté de le faire croire le député de l'UMP Elie Aboud à l'Assemblée nationale, se trouvent trois généraux: Bernard de La Presle, François Meyer et Jean Salvan.

Tous ces militaires ont combattu en Algérie et, surtout, ils ont aussi pour particularité d'être signataires du Manifeste des 521 officiers généraux, rendu public le 18 mars 2002, dans lequel on peut lire ceci: « «Nous tenons d'abord à affirmer que ce qui a caractérisé l'action de l'armée française en Algérie, ce fut d'abord sa lutte contre toutes les formes de torture, d'assassinat, de crimes idéologiquement voulus et méthodiquement organisés. C'est cela la vérité et non le contraire.» A la veille de l'élection présidentielle, nul doute que cette Fondation sera mobilisée pour faire entendre ce message cher à Nicolas Sarkozy, à son parti et à une fraction de leur électorat, celle-là même qu'ils disputent avec âpreté au Front national: «la colonisation française a été une œuvre positive de civilisation.»

Atroce réécriture de l'histoire. Insupportable insulte à la mémoire des centaines de milliers de victimes «indigènes» de ce conflit longtemps resté sans nom. Sordide écholalie aussi où se découvrent des arguments éculés que l'on croyait réservés à quelques ultras de l'Algérie française. Non, ils prospèrent toujours parmi de nombreux officiers supérieurs, au sein de l'Etat et de cette Fondation désormais avec l'aval politiquement intéressé de Nicolas Sarkozy et de sa majorité ; tous espérant pouvoir en tirer quelques avantages électoraux en 2012.

Dans cette situation inédite et scandaleuse, celles et ceux qui représenteront les gauches parlementaires et radicales lors de l'élection présidentielle à venir doivent prendre l'engagement solennel d'abroger la loi du 23 février 2005, de faire disparaître l'indigne Fondation pour la mémoire de la guerre d'Algérie et de reconnaître enfin les crimes d'Etat commis la France pendant la période coloniale, notamment les massacres du 17 octobre 1961.

O. Le Cour Grandmaison. Universitaire. Dernier ouvrage paru : De l'Indigénat. Anatomie d'un « monstre » juridique : le droit colonial en Algérie et dans l'empire français, La Découverte/Zones, 2010.

Tous les commentaires

Conneries.

 

Pas plus qu'il n'existe une responsabilité collective, il n'existe de culpabilité collective.

 

La république coupable?

 

Exemple:

 

Les Français n'ont jamais élu Sarkozy pour faire un trou de 500 milliards de plus sur sa seule politique dans les comptes de la nation, pas plus qu'ils ne l'ont élu pour casser toute la construction républicaine, démocratique et sociale en moins de cinq ans en France.

 

C'est sa responsabilité, avec ses amis et leur culpabilité, pas celles de ses électeurs.

 

Grosses conneries. On trouve un maximum de sexistes, racistes anti-français, et disons le clairement de fascistes rampants islamistes chez les Algériens, les démocrates sont en minorité.

 

Avec le Fis et les massacres islamiques, ajoutés à ceux de l'armée de la dictature, on fait un tour sanglant que le peuple algérien paye très cher depuis l'arrivée au pouvoir de faux libérateurs, qui ont installé leur pouvoir et depuis n'ont jamais cédé.

 

Le dernier épisode en date n'est pas loin.

 

La république française et ses principes n'ont rien à voir avec les malheurs de l'histoire. Il faut arrêter de se fustiger et de refuser la réalité.

 

Les gens du FLNA étaient des terroristes et des assassins qui ont purgé le mouvement de libération nationale algérien, chez eux, comme sur le territoire métropolitain français dans la population immigrée, par le meurtre de tous ceux qui ne pensaient pas comme eux.

 

Puis quand ils sont arrivés au pouvoir ils ont continué. Assassinats en masse et terreur, les deux mamelles du FLNA jamais interrompues.

 

Quand on déclenche la terreur, il y a des réactions de peur, c'est ainsi..

 

C'est terrible pour toutes les victimes, mais de là à se charger de toutes les responsabilités, non merci.

 

La république française, c'est celle des droits de l'homme, depuis 1789, le reste ce sont les aléas des gouvernants plus ou moins élus, ou des manipulateurs et des tricheurs, on les connaît.

 

Prière de ne pas jeter bébé avec l'eau du bain.

 

pf simeoni

J'ai été tenté de recommander ce commentaire pour son humour involontaire et l'espèce de schyzophrénie dont il témoigne. En effet, nous y voyons simultanément un rejet de toute responsabilité collective de la France pour les exactions commises tandis qu'on couvre le même pays du manteau collectif de gloire d'être le pays des droits de l'homme, et, en même temps, une tentative de minimiser les manquements aux droits de l'homme de ce glorieux pays par ceux de ses adversaires. La France, mère des droits de l'homme serait donc une de ces mères indignes toujours prête à défendre bec et ongles son enfant tout en se réservant le droit de le maltraiter.

 

Nous sommes — sans être les inventeurs du concept — le pays des droits de l'homme, qui a éclairé le monde de sa merveilleuse lumière. Nous ne sommes pas celui du 17 octobre 1961, de Charonne, du massacre des Bamilékés (8000 morts), de la pacification malgache (près de 90000 morts)… Ça, c'est juste la responsabilité de ceux qui l'ont fait, au nom de la France.

@Zap pow,

 

L'affaire ne prête pas à rire.

 

Les crimes de la colonisation et sous la république sont réels, mais ils ne sont pas ceux de la république, un raccourci dont on ferait mieux de faire l'économie.

 

La république ou la démocratie sont des idées dans lesquelles non seulement on peut mais l'on doit se draper.

 

Je n'ai jamais parlé de la France, ni de la nation, qui ne correspondent qu'à une réalité historique ponctuelle.

 

Et comme telle éphémère, selon toute probabilité la France sera non plus un pays mais une région d'Europe d'ici cinquante ou soixante ans.

 

L'idée de république, comme celle des droits de l'homme constamment bafoués, mais non pour autant à moins respecter, aura essaimé dans la constitution qui régira à ce moment certainement bien des pays différents.

 

Le problème, c'est la confusion, l'entubage, l'histoire écrite en sautant trop de pages.

 

Quant à l'impérialisme français qui existe encore aujoutrd'hui, pardon, il n'est pas le fait du peuple français, mais comme toujours d'intérêts bien particuliers.

 

Il ne faut pas tout mélanger.

 

Le schizo, c'est peut être moi, mais pas l'imbécile heureux qui chante avec le dernier qui a parlé sous prétexte de satisfaire aux préjugés ambiants soi-disants humanistes, qui se permettent de soutenir objectivement les dictatures, à Cuba, en Algérie, ou en Chine, comme en Urss autrefois, aujourd'hui en Russie.

 

Pourquoi on intervient en Afghanistan et en Lybie?

 

Et pourquoi pas en Algérie et en Syrie?

@Passifou: le problème que vous soulevez mérite qu'on s'y attarde. Vous soutenez que le peuple n'est pas responsable des exactions commises par ses dirigeants. Mais le peuple a aussi le droit et le devoir de se débarrasser de ses dirigeants quand ceux-ci faillissent, par le vote ou la révolte. Si les Français ont laissé faire, c'est qu'ils ne se sentaient pas concernés ou qu'ils étaient vaguement d'accord.

Les Français ne sont pas les anges que vous aimeriez voir, mais des individus comme les autres, et leur image n'est pas agréable.

horrible crime merci a l auteur de l article .

Il faudrait aussi parler de l hypocrise de la decolonisation .

De Gaulle en parle lui meme dans ses memoires ,il a decolonisé non pas par humanisme mais parce qu il ne voulait pas appliquer les lois de la république aux peuples d afrique et leur donner les memes droits qu aux colons ,en particulier il ne voulait pas que la religion musulmane soit majoritaire en France.

La politique franceafrique est dans la suite logique de cette mentalité réac.

Il y a 50 ans « nuit pour nuit » , la Seine se teintait de pourpre . Ca n’était pas du reflet ocre des feuillages d’automne mais du sang d’algériens innocents que la police de Papon faisait couler . Cette nuit noire de chasse aux facies , de matraquages d’hommes acculés aux grilles du métro Charonne et l’écho des hurlements butant sur les volets haussmanniens restés clos souillèrent notre République.
Sous le pont Mirabeau coule la seine et de ces crimes que l on se souvienne !

"et de reconnaître enfin les crimes d'Etat commis la France pendant la période coloniale, notamment les massacres du 17 octobre 1961."

 

Par curiosité, Monsieur Le Cour, avez-vous fait quelque chose de concret lors des 30ème et 40ème anniversaires du massacre ? Lors du 30ème anniversaire j'étais pratiquement le seul non-maghrébin à la commémoration du 17 octobre, mais en 2001 le sujet était à la mode (sans doute que pour "le Monde" Edwy Plenel avait dû le juger frugifére et qu'il fait donc semblant de le découvrir maintenant). Bien que j'y ai croisé un seul pseudo intellectuel (qui fut d'ailleurs intervenant sur "Mediapart" avant son virage "je suis partout") vous étiez peut-être dans le cortège de 2001 ?

 

Je développerai plus avant le sujet sur mon blog sur 20minutes.fr cette semaine, ne pouvant le faire ici du fait de la censure.

 

Cordialement

Boddisatva

Faut-il faire tamponner son carnet de manifestations chaque fois qu'on s'y pointe ? Sourire

Que ces manifestations prennent de l'ampleur est un bon signe, non ?

Faire du pognon sur les morts, je trouve ça moyen. Surtout qu'on devrait quand même privilégier ceux qui ne sont pas encore morts, et je n'ai encore lu aucune ligne sur "Mediapart" sur les chrétiens en Egypte. Et il semble que le pauvre Pierre Puchot va cesser rapidement d'être une autorité sur la Tunisie, s'il continue à singer que la gauche y serait plus populaire que les islamistes.

En fait pour tout vous dire cette réaction je l'ai déjà eue en 2001, quand j'ai vu quelques germanopratins défiler le 17 octobre, alors que dix ans plus tôt à la bourse du travail il n'y avait que quelques trotskystes et moi dans les non-maghrébins.

En outre je ne vois pas pourquoi "privilégier" ce massacre par rapport à ceux de Madagascar ou de Sétif, sauf à se soucier que le dernier trimestre 2011 de "Mediapart" soit aussi bénéficiaire que les précédents.

Autant je suis pour la recherche historique dans les zones d'ombre de notre histoire autant le marketing bête et méchant pour attraper de nouveaux abonnés me fait forcément réagir moins positivement.

Je suis d'accord avec vous que l'on n'a pas à privilégier certains massacres ni à établir un palmarès du génocide.

 

Ma perspective est qu'il y a tant de massacres et de sujets d'indignation que chaque personne ne peut réagir à tous tout-à-la fois. Ce que l'on choisit, ou mieux, ce qui nous choisit et nous interpelle, est aussi fonction du moment, de la disctraction par des affaires urgentes et parfois bassement matérielles mais bien (trop) réelles, parfois même du hasard.

 

Je préfère donc me réjouir que Mediapart se focalise aujourd'hui sur cet aspect de notre histoire - et vous avez bien le droit de questionner les motivations : mais je ne vois pas bien comment et pourquoi Mediapart ne devrait pas s'intéresser aux contextes présents, sous prétexte que ce serait vu négativement - et alors les critiques iraient en sens inverse : pourquoi n'en parlent-ils pas ?

Mediapart, comme ma boulangerie (meilleur ouvrier de france !) , ont des intérêts financiers à ma "participation" - quoi de neuf ?

 

pour les Coptes :

http://www.mediapart.fr/journal/international/171011/egypte-contre-revolution-et-question-copte

 

"Colonialisme : les crimes de la République"..... mais s'il fallait en faire la liste, de 1830.... à nos jours (néo-colonialisme oblige).... nous aurions de quoi noircir les pages d'une encyclopédie....

 

Le "crime" du 17 octobre 1961, un "petit" crime immonde en proportion des massacres de Sétif, ou de Madagascar .... ou ceux de la guerre du Rif ou Pétain donna main forte à l'ignoble Franco... décoré de la Légion d'Honneur par la France ....que dire des massacres en Indochine, du bagne de Poulo-Condor.... et du Cameroun au début des années 60, quand toutes les caméras étaient tournées vers la guerre d'Algérie, une ethnie entière fut presque anéantie par la mafia de Gaulle-Foccart :....les Bami­lé­kés... Entre février et mars 1960 centcin­quante-six vil­la­ges bami­lé­kés sont incen­diés et rasés et leurs populations massacrées...

 

Ce crime d'état que fut ce massacre du 17 octobre 1961 me fait juste penser au procès Pétain, " héros de Verdun " condamné à mort sans que les mots " juif " ou "antisémitisme" soient prononcés une seule fois à son procès......

 

En relisant Aimé Césaire et son "discours sur le colonialisme", on ne peut que comprendre sa colère....

 

Comment la France peut-elle s'auto-proclamer "le pays des Droits de l'Homme", alors que ce pays, par ces dirigeants interposés ne s'est pas conduit autrement que les nazis responsables de la "Shoah par balles" à Babi-Yar, envers les peuples qu'elle a colonisés ?.... Parce que bien sûr la France parlait des "Droits" de l'Homme Blanc...

 

Boris Vian disait à propos de la gerre d'Algérie :" que les Français étaient les nazis des Algériens"...... ben oui ! un jour ou l'autre il sera peut-être temps d'ouvrir les yeux et de s'aérer le cerveau .... les nazis ne vivaient pas que de l'autre coté du Rhin ....

Relisons les discours de Jules Ferry,.... vous savez, le père de lécole laique et républicaine, justifiant la domination des races supérieures européennes sur les races inférieures des colonisés ....

Quand on sait cela, comme le signale Hannah Arendt.... était-ce un hasard si l'affaire Dreyfus a eu lieu en France ?

En appliquant des lois qui seraient jugées inacceptables sur leur propre sol, les pays colonisateurs européens, dont la France, ont porté le premier coup à l'état-nation et à la démocratie,..... ils firent germer les premières graines du totalitarisme.

Papon, la belle lurette!

Il s'agit en fait des ordres de Michel Debré, lui-même sous le contrôle (ou l'asservissement) du "grand Charles".

Arrêtons les conneries, Papon fait une trop belle image de la haine ordinaire, et ça évite à l'évidence de revisiter les bases anti-démocratiques de la Vème république, dont Mitterand, opportuniste sans vergogne, et après en avoir été le contempteur zélé, a pérennisé les pratiques, notamment en Afrique ("Papa-m'-a-dit").

 

Les mecs qui sont morts noyés, ils l'ont été dans un lent, torpide et scientifique travail de ce que nous appelons à présent le pragmatisme réel. On peut facilement imaginer que, si des intérêts très étudiés de "réal-politik" n'avaient pas été en jeu, rien de toutes ces horreurs ne seraient arrivées...

 

Si on ne peut rien en Syrie, cela procède de la même "réal-politik": des "zones d'influence", des enjeux géopolitiques, des profits économiques à gérer.

 

Ainsi le commerce, au sens de relations d'échanges, dont le XVIIIème siécle avait fait une des bases de la civilisation, semble devenu un marchandage éhonté, dépourvu de toute notion d'éthique voire même de justice basale.

 

On tua, on tue, et on tuera, au nom de ce concept pervers de la "raison d'Etat"

 

Il fallait qu'ils meurent, ces "Bicots" et ces "Charronne-iards", pour que survive une idée du pouvoir qui est encore en fonction aujourd'hui et le sera demain, Hongrie ou Hollande réunis.

 

JCD

@ SILENCEONTOURNE,

 

Naturellement que le Préfet Papon n'était qu'une marionnette exécutant les basses oeuvres du Gaullisme (comme il le fut pour celles de Pétain, avec des Bousquet,ou des Touvier).... lors de cette manifestation du 17 octobre 1961 ou celle de Charonne en février 1962..... Comme Christian Fouchet, Commissaire de la République à Alger le fut également en mars 1962 lors de la fusillade, dite "fusillade de la rue d'Isly" fut également l'exécuteur des basses oeuvres du Gaullisme.....

Voir les Carnets de Jean Mauriac "l'après de Gaulle - notes confidientielles" ...

Dans ce carnet, Jean Mauriac rapporte les rancœurs de Christian Fouchet, ancien Haut-Commissaire de l'Algérie Française, ces propos datant du 28 Octobre 1969 :" J'en ai voulu au général de m'avoir limogé au lendemain de mai 1968.... C'était une faute politique. Il m'a reproché de ne pas avoir maintenu l'ordre : "Vous n'avez pas osé faire tirer. J'aurais osé s'il l'avait fallu", lui ai-je répondu. "Souvenez-vous de l'Algérie, de la rue d'Isly. Là, j'ai osé et je ne le regrette pas, parce qu'il fallait montrer que l'armée n'était pas complice de la population algéroise."....

Tout est dit ....

 

"Si on ne peut rien en Syrie, cela procède de la même "réal-politik": des "zones d'influence", des enjeux géopolitiques, des profits économiques à gérer".....

Je partage votre point de vue..... en revanche on peut pour les mêmes raisons agir et influencer en Libye pour causes de profits économiques à gérer....en Syrie on ne peut agir car derrière, il y a Moscou et Pékin.....

Ouais, il serait peut-être intéressant de parvenir, la France étant réputée pays des droits de l'homme, à faire enfin savoir aux guignols super-investis de ces pays-là (Russie, Chine) que tout ne peut se limiter à ces allégeances "profitables".

 

De Gaulle était un autocrate sans pitié, qui croyait incarner le pays et ne pouvait comprendre quoi que ce soit de l'éthique et de la compassion. Ceci dit, Christian Fouchet reste pour moi une énigme.

 

Bien à vous

 

JCD

Tout est dit ?

Attention, chère Belle Lurette, aux sources auxquelles vous prenez vos informations (vous pourriez, en particulier, vous poser des questions sur les auteurs de l'article de Wiki sur la fusillade de la rue d'Isly). Même la manière dont vous citez les carnets de Jean Mauriac – la place des guillemets – prête à confusion.

L'engagement de La Cour Grandmaison contre "l'atroce réécriture " de l'histoire coloniale est une constante depuis de nombreuses années. Cet universitaire a eu le grand mérite d'avoir démontré la spécificité de la guerre coloniale engagée par la France en Afrique du Nord, notamment en Algérie. Ses recherches sont consignées dans un ouvrage "Coloniser.Exterminer. Sur la guerre et l'Etat colonial" qui, six ans après sa parution, reste une des meilleures études sur la colonisation française. Dans un texte brillant et passionnant, s'appuyant sur une riche documentation, essais historiques, politiques, documents d'archives, journaux, textes littéraires La Cour Grandmaison montre comment le pays des droits de l'homme a toléré que l' armée coloniale commette les pires exactions sur des populations inermes, a élaboré des règles discriminatoires envers les colonisés, a inventé des méthodes répressives pour étouffer toute aspiration à la liberté et l'égalité.

@STIGMATISATEUR : excellente idee!

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