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Hôpitaux, la santé se dégrade

Alors que le Gouvernement veut imposer une restructuration totale de l’offre de soins de proximité en créant des communautés hospitalières, les personnels sont en proie à une souffrance au travail qui s’accentue dramatiquement. Enquête dans le département de la Loire.

Manifestation des personnels de santé dans la Loire à StJust-St RambertManifestation des personnels de santé dans la Loire à StJust-St Rambert © Olivier Perriraz

Article publié dans la Nouvelle Vie Ouvrière (NVO) du 23 mars 2012

 

Comme un flot ininterrompu elles enchaînent les exemples, passant d’une difficulté à une autre.  Infirmières, aides-soignantes ou agents administratif énoncent les règles absurdes, les protocoles délirants ou pire encore les méthodes de calcul d’un budget hospitalier  basé sur des moyennes.

 

Dans le petit local CGT de la maison de retraite de la Loire de Saint-Just Saint Rambert, établissement public de plus de 500 lits, elles s’apprêtent ensemble ce jour-là, le 8 mars pour aller au rassemblement contre la venue du président candidat à l’élection au suprême pouvoir de la France. C’est la journée de la femme ! Elles ne seront pas déçues et auront droit à un accueil singulier. Gaz lacrymogènes, matraques et Flash Ball. Pourtant les deux agents des renseignements généraux, qui se sont pointés quelques minutes plus tôt, tels des « Dupont et Dupont » avec petits sourires narquois devant la maison de retraite, ont affirmé aux militantes distribuant des tracs, que c’est le candidat qui se déplaçait. Pas le président ! Les forces de l’ordre n’ont pas fait la distinction (voir encadré).

Manifestation des personnels de santé dans la Loire à StJust-St RambertManifestation des personnels de santé dans la Loire à StJust-St Rambert © Olivier Perriraz

 

 Avant ces incidents elles décrivent le quotidien de l’établissement : « dans un service de quarante résidents, il n’y a que trois agents des services hospitaliers. Résultat elles se retrouvent à deux pour faire manger 24 personnes. Elles ne peuvent pas passer plus de trois minutes par personne » s’indigne Chrystelle Colombin la secrétaire du syndicat CGT.

 

 Dans cet établissement public, premier par sa taille dans le département de la Loire et deuxième dans le pays, le personnel dénonce le manque d’effectifs, certes les conditions de travail, mais surtout les conditions d’admissions des personnes dont on ne sait plus très bien si elles sont patientes, souffrant de pathologie ou pensionnaires parce que trop âgées pour être encore autonomes. Ici arrivent ceux que d’autres ne veulent plus. Hôpitaux, services de santé spécialisés ou familles qui n’arrivent plus à maintenir à domicile des personnes âgées dont la vie s’éteint un peu plus chaque jour comme une chandelle vacillante.

La souffrance au travail

D’après les syndicalistes, un tiers des personnes soignées dans ce lieu sont atteintes de troubles psychologiques ou de pathologie lourdes : « Nous ne sommes pas formés pour cela. Ce n’est pas un hôpital ici, c’est une maison de retraite. » Dénonce Chrystelle. La nuit, seules deux infirmières assurent une présence et des soins pour un peu plus de 500 personnes réparties dans plusieurs bâtiments. « Et encore! Elles sont deux maintenant, parce qu’il y a trois ans de cela, il n’y en avait qu’une. C’est par la lutte que le personnel a gagné un poste » ajoute Mireille Carrot secrétaire départementale de la CGT-Santé-action sociale.

Manifestation du personnel de santé dans la LoireManifestation du personnel de santé dans la Loire © Olivier Perriraz

 

« Il va y avoir des suicides ! ».

Ce que dénonce ici le personnel, c’est en quelque sorte la cascade de maltraitance. L’absence de moyens pèse sur la hiérarchie qui épuise un personnel qui coure, s’échine, fait preuve de bonne volonté pour finir par culpabiliser devant sa propre impuissance à rendre des soins, de l’affection ou plus simplement de l’humanité à des personnes âgées en souffrance ou en fin de vie. Ainsi la nouvelle méthode de management des personnels de santé s’appuie sur du non-dit permanent et la culpabilité. La bonne volonté, la motivation, la vocation ou la simple joie de bien faire son travail se heurtent à une réalité plus sournoise. La souffrance d’un patient prime sur tout le reste. L’abnégation doit être la règle non écrite et la souffrance n’appartient ainsi qu’aux malades. Résultat ? Le turn-over devient aussi une règle et ce sont les emplois précaires, CDD ou intérimaires qui se développent. Sur les 337 « équivalents temps pleins » de la MRL, 30% sont salariés contractuels. On craque, on baisse les bras ailleurs qu’au travail, pour finir par être vraiment malade soi-même. Le personnel hospitalier souffre en silence en se recroquevillant sur lui-même. Partout les militants syndicaux ont cette expression : « c’est de plus en plus difficile. L’individualisme s’accentue » pour finalement lâcher « il va y avoir des suicides ! ».

"La faute à la CGT trop alarmiste!" 

A l’hôpital de Roanne à l’autre bout du département les constatations sont identiques à ceci près qu’il y a 931 lits pour environ 2000 agents hospitaliers dont 900 soignants. L’établissement est quasiment flambant neuf, malgré les travaux en cours qui ont nécessité un investissement colossal. Pour 11 millions emprunté, l’hôpital a dû s’acquitter d’un million d’euros d’intérêt pour la seule année 2011. Cherchez l’erreur ! Vous la trouverez chez Dexia et ses emprunts toxiques que nous révélions de la NVO du 21 octobre 2011. L’ARS s’engagerait à prendre en charge le surcoût. Ce qui reviendrait à faire porter sur les finances publiques le choix d’une stratégie bancaire condamnable. Pour la CGT : « Nous avons souscrit un emprunt à 3%, nous devons payer à 3% et c’est à l’Etat de l’imposer à la banque » estime Didier Marchand, secrétaire du syndicat.

  Paradoxe de cet établissement ultra moderne, il faudrait fermer des services pour faire des économies. Ainsi le centre de radiothérapie a été sauvé par la lutte, mais un service de médecine a fermé en 2011 et deux devraient disparaître cette année en plus des 48 postes promis au sacrifice. A force d’interpellation un psychologue du travail assure une permanence tous les mardis.

  Dans un rapport en cours de rédaction, à la demande du CHSCT, il a noté que 60% des troubles psychosociaux du personnel sont à attribuer au travail, 20% sont répartis entre la vie personnelle et le travail, alors que les derniers 20% ne seraient dus qu’à des situations d’ordres privées. Devant ce constat que redoutaient les représentants du personnel, la direction aurait affirmé que c’est de la faute du syndicat CGT qui est trop alarmiste!

 

Pourtant, devant des services de 12 heures pour certain personnels soignants, qui préfèrent ainsi cumuler le temps de travail pour ne pas à devoir rester plus longtemps à l’hôpital durant la semaine.Face à des patients en chimiothérapie qui se retrouvent convoqués ensemble à la même heure, parfois à trois ou quatre par chambre, créant ainsi une situation qui génère forcément une perte d’intimité. Devant la multiplication d’heures supplémentaires en cascades, avec pour conséquence un absentéisme obligeant le rappel de personnels en repos ou en congés, alors que cette disposition n’est pas une obligation contractuelle selon le syndicat, mais s’appuie uniquement sur la bonne volonté, la vocation et plus sûrement la culpabilité. Face à ces quelques exemples non exhaustifs, l’alarme n’est elle pas salutaire ?

A l'hôpital de RoanneA l'hôpital de Roanne © Olivier Perriraz

 

 Les faits sont là. A cause d’une course effrénée à la rentabilité, due à la tarification à l’activité  l’hôpital de Roanne, comme d’autres écourtent la durée d’hospitalisation ; « Il est de plus en plus fréquent que des patients sortent de l’hôpital et que le service d’urgence  les ramène quelques jours ou quelques semaines plus tard. Il y a la réalité et les non-dit » affirme Didier Marchand. « Personne ne le dira franchement, mais certains patients qui sont en admission et sont trop âgés par exemple, seront pris en charge plus tard, parce qu’il y en a d’autre qui sont plus urgent ! ». Selon le témoignage de salariés, c’est ainsi qu’en février dernier une dame de 90 ans aurait attendu huit heures, sur un brancard avant d’être renvoyée chez elle par le service d’urgence.

 

 Le centre hospitalier de Roanne doit apporter le service public de santé pour une population théorique de 150 000 habitants. « Dans la réalité c’est plus de 200 000 » affirme Didier Marchand. Le territoire de l’établissement c’est élargit aux départements voisins, comme le Rhône, l’Allier et la Saône-et-Loire, où des services et des établissements ont disparu ces dernières années. « L’offre d’un service public de proximité pour la santé des citoyens est en train de disparaître. Il faut réaffirmer que l’hôpital public n’a pas vocation à être rentable. Il doit être efficace ! ». Le contraire de ce qui est proposé aujourd’hui. Le ministère demande désormais aux agences régionales de santé (ARS) de regrouper les établissements en communauté hospitalière. Sous cette formule qui vise à mutualiser les moyens financiers c’est un système abscond que patients et personnels vont découvrir. « Cela leur permettra également d’avoir moins de directeurs contestataires !» Affirme Mireille Carrot.

 

 Dans la Loire, le centre hospitalier universitaire (CHU) de Saint-Etienne devrait être l’établissement de référence pour un territoire plus grand que le seul département et le centre d’appel du 15 (urgences) de Roanne est condamné à laisser sa place les week-end et la nuit au profit de Saint-Etienne à plus de 60 kms de là. Les habitants d’Annonay en Ardèche (07), ceux du Puy-en-Velay en Haute-Loire (43), près de Vichy dans l’Allier (03), ou des petites villes de Saône-et-Loire mais aussi Tarare dans le Rhône (69) devront circuler par leurs propres moyens - les services publics de transport n’offrant pas suffisamment pas de possibilité de déplacement - pour se rendre à Saint-Etienne, Roanne, Montbrison ou encore Feurs.

 

 Ces deux derniers établissements sont d’ailleurs dans un projet de fusion, imposé depuis l’ARS basée à Lyon, sans qu’aucune consultation n’ait été entreprise. « Le seul critère, c’est le seuil d’activité ! » affirme Michèle Massacrier secrétaire du syndicat CGT au centre hospitalier de Feurs. « On ne parle plus, dans ce genre de décision, de qualité de soins, alors que les pathologies cardiaques chez les jeunes (40 ans) sont en augmentation, comme augmentent les cancers et les soins palliatifs. Pour le personnel ce sont les risques psychosociaux qui explosent maintenant. » Insiste Michèle qui confirme ainsi tous les témoignages de ses collègues dans d’autres établissements. Ce que craignent les salariés du centre hospitalier de Feurs, c’est une obligation de mobilité non seulement vers Montbrison, mais également dans d’autres services ; « Nous ne sommes pas titulaire dans un endroit ou un service donné, mais pour un poste. Pour nous, cette fusion c’est l’inconnu. Nous ne savons pas comment nous travaillerons ces prochain mois » ajoute Hervé Perret également militant CGT.

 

La fédération CGT de la santé et de l’action sociale appelle à la mobilisation des salariés le 29 mars prochain. « Malgré des diagnostics régionaux qui démontrent des carences et des inégalités criantes voire alarmantes pour la population, peu ou pas d’objectifs sont affichés (par le Gouvernement ndlr) pour reprendre en mains une démarche de développement de la santé pour tous » affirme la fédération, tout en rappelant un souhait devenu rare : « Chacun paye selon ses moyens et reçoit selon ses besoins ».

 

 

 

Encadré

La vilolence des forces de l'ordre contre les manifestations des personnels de santé

 

L’inacceptable

Communiqué de l'Union départementale CGT de la Loire, après les évènements du 8 mars 2012

 

« Oui ! La CGT de la Loire a organisé un déploiement de militants avec distribution de tracts dans le secteur de Saint-Just Saint-Rambert, auprès de la population pour informer de son point de vue sur le bilan négatif du président Sarkozy.

 

Oui ! Ça a mal tourné et la violence a été utilisée.

 

Oui ! Il y avait volonté dès le départ de faire « propre » ! Avant l’arrivée du candidat UMP qui a utilisé les CRS armés jusqu’aux dents avec flash-ball, bombes lacrymogènes et matraques, pour déplacer les manifestants jusqu’à un kilomètre plus loin.

 

Il est vrai que les manifestants se sont exprimés par des slogans dénonçant la violence policière, mais serait-il interdit dans notre pays de s’exprimer ?

Oui ! L’UD CGT de la Loire accuse le candidat Sarkozy d’utiliser les forces de l’ordre pour museler la contestation ! » 

 

Le 10 mars, devant l’Hôpital Tenon à Paris, une manifestation à l’appel du collectif unitaire du 20 arrondissement, dont la CGT est membre, s’est heurtée également aux violences policières. Cette manifestation organisée face aux pressions intégristes des catholiques anti-IVG a subi selon le collectif, des coups de pieds, matraques et boucliers. Une syndicaliste a été frappée et une responsable du cortège jetée à terre. Le collectif dénonce ainsi, dans son communiqué ; la police Sarkozyste au service de l’extrême-droite, contre le droit des femmes.

Le 28 mars prochain, le syndicat CGT de l'Hôpital de Roanne organise un débat public intitulé:

Financements publics, emprunts toxiques quelles solutions?

Rendez-vous à Roanne à 18 heures le 28 mars dans la salle ancien IFSI

 


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24/03/2012, 07:48 | Par Floris

L'HUMAIN d'ABORD !

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