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A propos de la politique africaine de Sarkozy

Sarkozy est-il le garant de la rupture dans la politique francafricaine tant décriée par beaucoup d’observateurs ? Ces derniers en doutent. La presse française et africaine se sont fait l’écho de déclarations et comportement de membres du gouvernement français qui sont loin de marquer la rupture. Les exemples sont nombreux. Nous ne citerons que le cas des interventions de Robert Bourgi, pilier de la francafrique et protégé de l’Elysée lors des élections présidentielles gabonaises qui ont vu le fils Bongo succéder à son père décédé. Le cas du Togo également est là pour rappeler aux africains que la France semble faire peu de cas des dévolutions monarchiques puisque les résultats des élections contestées ayant permis au fils Eyadéma de succéder à son père ont vite recueillis l’assentiment de Bernard Kouchner.

 

De là à dire que la France n’éprouve aucune difficulté à valider des dévolutions monarchiques du pouvoir en Afrique au détriment des discours officiels relatifs à la démocratie et à la bonne gouvernance, il n y a qu’un pas que franchit allègrement l’opposition sénégalaise regroupée au sein d’un front commun dénommé « Benno Siggil Sénégal » (Ensemble pour redresser le Sénégal). Dans une lettre ouverte adressée à Nicolas Sarkozy, les opposants sénégalais mettent en garde le gouvernement français qu’ils exhortent à ne pas se compromettre avec le diable en couvrant les tentatives et manipulations du président sénégalais Abdoulaye Wade de se faire succéder par son fils. Sarkozy dans une déclaration rapportée par le Canard enchaîné ne laissait-il pas entendre le droit pour Karim Wade de se présenter aux élections présidentielles connaissant la position privilégiée du fils Wade qui cumule quatre domaines de compétences ministérielles dans le régime de son Président de père ?

 

Nous reprenons ci-dessous l’intégralité de la déclaration des opposants sénégalais destinée à Sarkozy.

 

OUMAR NDIAYE

 

 

LETTRE OUVERTE

DE LA CONFERENCE DES LEADERS

DE LA COALITION BENNOO SIGGIL SENEGAL

A SON EXCELLENCE MONSIEUR NICOLAS SARKOZY

PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE FRANCAISE

Dakar, le 24 juin 2010

Monsieur le Président de la République,

La République française, dans la plénitude de ses attributions souveraines, a pris la décision d’accréditer auprès du Gouvernement sénégalais, un nouvel Ambassadeur qui prendra fonction le 1er juillet 2010.

Au-delà de l’annonce intempestive de cette nomination, par voie de presse le 6 avril 2010, au terme d’une rencontre entre le Secrétaire général de l’Elysée et le fils du Président Abdoulaye Wade, celle-ci soulève, maintenant qu’elle est officielle, dans la forme comme dans le fond, une légitime suspicion non seulement des acteurs politiques que nous sommes, mais également de l’opinion publique nationale au regard, en particulier, du sinistre plan du Président Abdoulaye Wade.

Nous n’avons nullement l’intention de nous ingérer dans les procédures ni dans les modalités de nomination d’ambassadeurs étrangers dans notre pays, mais nous considérons qu’il est de notre devoir d’appeler Votre attention sur notre évolution politique, à travers le choix déterminé de Monsieur Abdoulaye Wade, d’imposer au peuple sénégalais un processus de succession dynastique, au profit de son fils.

Nous avons suivi, depuis plusieurs années, les relations heurtées que Monsieur Abdoulaye Wade, Président de la République du Sénégal, a entretenues avec les représentants du Gouvernement français à Dakar dont le seul tort, selon lui, aura été de relever la mal gouvernance endémique, la corruption généralisée, l’affairisme d’Etat, les entraves aux libertés et l’impunité. Ces humeurs de Me Abdoulaye Wade ont été bruyamment exprimées dans un contexte où sa volonté d’imposer aux Sénégalais une succession dynastique ne fait plus aucun doute.

Au mépris du désaveu cinglant des populations qui, à l’occasion des élections locales du 22 mars 2009, ont clairement rejeté la politique d’Abdoulaye Wade, son funeste projet et les hommes censés le porter, le Président Wade a confié à son fils l’équivalent de quatre ministères, en lui ouvrant de larges espaces sur ceux des Finances, des Affaires étrangères, de la Défense et, tout récemment, de la Justice et poursuit ses sombres desseins malgré le refus opiniâtre et obstiné du peuple sénégalais.

Cette situation est grosse de risques d’explosion politique et sociale. Or le Sénégal, pour se protéger contre ces risques, a besoin, entre autres, de compter sur des relations apaisées avec ses partenaires, dont la France, pour d’évidentes raisons : l’histoire, le passé partagé, les idéaux communs de paix et de démocratie.

Bennoo Siggil Senegaal[1] (Unis pour Redresser le Sénégal) réaffirme avec force, qu’il ne serait pas souhaitable que le souci de nommer à Dakar un Ambassadeur de France accommodant pour Abdoulaye Wade l’emporte sur le principe de non ingérence qui sous-tend les relations entre Etats souverains. Un diplomate français ne saurait se mettre au service d’un projet familial de dévolution dynastique du pouvoir, susceptible d’embraser le Sénégal et de déstabiliser l’ensemble de la sous-région ouest-africaine.

Un projet d’autant plus inacceptable que Vous-même n’avez pas manqué, lors du dernier sommet Afrique-France de Nice, de réitérer la volonté du Gouvernement français de mettre fin aux pratiques nocives, obscures et obsolètes de la « Françafrique ».

La Conférence des leaders de Bennoo Siggil Senegaal tient à alerter solennellement les démocrates d’Afrique et du monde entier, les partenaires traditionnels du Sénégal et toute la communauté internationale, sur les graves dangers que le pouvoir patrimonial des Wade fait courir à notre pays qui, pour la première fois, ne serait pas à l’abri d’une guerre civile, malgré nos acquis démocratiques avérés, que Me Wade veut ruiner.

Certes, aujourd’hui plus encore qu’hier le Sénégal demeure un pays de paix et de dialogue, mais avec un peuple fier et capable de refus, dont l’indépendance et la souveraineté, à l’image de celles des autres peuples, sont de principe et non négociables

Telles sont les raisons principales qui nous ont conduit à Vous interpeller publiquement, en Vous informant notamment de notre détermination à initier et à développer, avec les populations, un mouvement patriotique et démocratique d’opposition qui ne reculera devant aucun sacrifice pour faire échec au projet de coup de force des Wade et de leurs complices, quelles qu’en soient les modalités.

C’est là une tâche vitale, une œuvre de salut national pour que le Sénégal libre puisse poursuivre paisiblement son chemin vers un développement concerté et jouer sa partition dans le concert des nations, dans le cadre d’une coopération mutuellement avantageuse pour toutes les parties.

En espérant que Vous saurez comprendre que la gravité du problème justifie le caractère inhabituel de la démarche, nous Vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très haute considération.

Pour la Conférence des Leaders

de la Coalition Bennoo Siggil Senegaal

Amath Dansokho

Immeuble Immofront, Avenue Cheikh Anta Diop, Dakar, Sénégal

Tous les commentaires

"Son Excellence Monsieur Nicolas $arkozy"...

Peut-être que, flatté par la "qualité" de cette interpellation lira-t-il au moins les premières lignes de cette lettre.

Je crains qu'ensuite elle ne le fasse bailler d'ennui, lui qui est plus intéressé par un entretien avec un membre de l'équipe de foot-ball française, puisque pour le recevoir il a annulé un rendez-vous avec des ONG qui voulaient s'entretenir avec lui de la "détresse" du monde...

 

Le Sénégal a déjà prouvé plusieurs fois dans le passé, qu'il sait s'affirmer plus indépendant que pas mal d'autres pays africains de "la Françafrique",

et notamment par la première élection d'Abdoulaye Wade elle-même, qui démontrait qu'au moins une vraie alternance fonctionnait.

C'est vrai Axel mais depuis lors malheureusement beaucoup d'évenements ont démontré que Wade arrivé au pouvoir par des élections transparentes et démocratiques veut s'accrocher ou le léguer à son fils épinglé dans de gros scandales.

Wade est quelqu'un "qui parle comme un démocrate mais agit comme un monarque" (dixit un de ses nouveaux alliés) lui qui a déclaré sollenellement qu'en afrique, si on l'argent et l'armée il est impossible de perdre le pouvoir...

sumarack

je suis avec vous tous.

Il y a, vous devez le savoir, deux France. Celle de Bourgui, celle de l AFD etc... que j'essaie à Mediapart de décrire et cerner et aussi une France peut être moins institutionalisée- quoique- sur laquelle votre mouvement peut s'inscrire.

Je pense au PS - via Segolene- aux Verts, mais aussi à l'ensemble des journaux dont le monde diplo. J'ai écrit ici sur Wade ... et sur la monarchisation des régimes africains, sur la force que cette regression représente car elle s'appuie sur les réseaux qui eux possédant l'argent possèdent aussi les clé d'une prétendue démocratie.

Je suis certain quant à moi que Karim n'a aucune chance. Je dis aucune quelque soient les réseaux. Le peuple sénégalais n'est pas le peuple gabonais ou togolais.

Cordialement.

merci

L'union fait la force et le peuple seul est souverain

j'ajouterai que la collusion des intérêts et des vues sarkoziennes sur l'Afrique se lisent parfaitement dans la nommination de Dov Zerah à la tête de l'AFD - voir mon blog . Rappelons que Zerah, ami du Président et par ailleurs conseiller Municipade Neuilly sur Seine ( Il me semble que le Ministre de l'agriculure est aussi de Neuilly sur Seine non?) en dehors de diriger le consistoire juif ( celui qui s'occupe des rabbins) fut aussi le patron de Dagris et que Dagris devenu Geocoton est issu de la privatisation de la "Cotonnière" entreprise publique française qui exercait un contrôle paternaliste et néo-colonial sur le coton africain mais apportait à travers ses recherches et surtout le maintien d'unités de traitement sur place de quoi vivre à des millions de paysans ..ce qui n'est plus le cas aujourd'hui non seulement en raison de la baisse du prix mais surtout en raison de la defection des traitemants locaux. Le libéralisme dont Wade est le fer de lance en Afrique ( copain comme cochon avec Madelin) n'est évidemment pas la solution. Il ne s'agit plus ici de morale - aveuglé par son ego Wade n'en a plus- mais de politique

En d'autres termes ce n'est pas tant la malgouvernance qui nuit gravement à l'Afrique et au Sénégalque le libéralisme et les politiques qui l'accompagnent

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