Sun.
27
May

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Fermer

PLFSS 2012 et gestion de la crise : une droite «dure» et injuste

Les gesticulations désespérées du gouvernement sur l’équilibre des comptes sociaux en ont une fois encore apporté la preuve : la crédibilité n'est pas du côté de ceux qui la revendiquent!

Si l’on en croit les porte-parole du Gouvernement, seul Nicolas Sarkozy aurait les reins assez solides pour sortir notre pays de la crise économique actuelle. Le procès en crédibilité de François Hollande a déjà commencé, intenté par ceux-là même qui ont réussi la prouesse de faire passer, entre 2002 et 2010, le déficit budgétaire de 47 à 149 Mds € et la dette publique de 59% à 82% du PIB (1 591 Mds €). Et qu'on ne nous oppose pas l'argument trop usé de la crise de 2008 et du plan de relance! Selon la Cour des comptes, elles n’expliquent qu’une part minoritaire du déficit de 2010 puisque sa composante structurelle représente 5 % du PIB.

Ce gouvernement rigoureux donne actuellement, à l’occasion de la discussion à l'Assemblée Nationale du projet de loi de financement pour la sécurité sociale pour 2012 une merveilleuse leçon de responsabilité et de crédibilité financière. La liste de leurs contorsions et revirements de cap est longue. Retenons-en seulement deux.

1. Crise oblige, le gouvernement veut afficher de nouvelles économies. Effort louable. Hélas, il n’est même pas capable de les défendre face à sa propre majorité au Parlement. Premier exemple: la réforme des indemnités journalières, qui devait rapporter 220 M€ à la branche maladie. Pour mémoire, un salarié arrêté percevait une indemnité égale à 50 % du « gain journalier » brut des trois derniers mois (soit 63,7 % du net). Avec la "magnifique avancée sociale" du gouvernement, l’indemnité serait désormais réduite de 3,7 % par rapport au système antérieur.

Sous la pression d'un député UMP, le Gouvernement est en train de reculer et de rétablir le taux de remplacement initial pour les indemnités journalières de longue durée. Un revirement qui n'est pas pour nous déplaire, puisque nous, socialistes, étions opposés à cette réforme injuste, dont auraient encore une fois pâti les plus démunis. Au regard des recettes attendues, la contribution sur les hauts revenus adoptée récemment rapportera 4 fois moins que cette mesure.

Est-il juste, au coeur d'une crise sans précédent, de demander aux malades de payer 4 fois plus que les plus riches de nos concitoyens? Mais comment un Gouvernement, qui se présente comme un parangon de vertu et d’orthodoxie budgétaire, qui s'arroge le monopole du courage et de la crédibilité tout en reprochant au candidat du Parti Socialiste de ne pas savoir tenir un cap, peut-il encore donner des leçons alors qu’il renonce, en période de crise grave, à des économies sous la pression de sa propre majorité ? Du courage et de l'autorité du gouvernement, il ne reste que l'apparence... Et encore!

Autre exemple: l’assujettissement à la CSG (au taux de 6,2%) de l'allocation du congé parental. Economies estimées : 140 M€. Mesure refusée net par Christian Jacob, chef de file des députés UMP. Adieu les 140 M€. Là encore, nous ne critiquons pas, au contraire, le bien-fondé cette intervention contre une réforme qui aurait également lésé les couches les plus défavorisées de la population. Ce qui nous chagrine, c’est seulement le spectacle d’un Gouvernement qui change d'avis au moindre obstacle, comme il l’a fait lorsque son idée de TVA sur les parcs d'attraction s’est attirée les foudres de Jean-Pierre Raffarin. Est-ce là ce qu’on appelle « tenir le cap » ? Est-ce là la cohérence que l’on attend d’un pouvoir exécutif responsable ? En refusant d'engager les mesures radicales que nous proposons, le gouvernement s'est lui même placé dans une impasse : le bricolage fiscal trouve rapidement ses limites lorsque les temps sont aussi durs qu'en la période actuelle...

2. Dans leurs tentatives désespérées de trouver de nouvelles économies, à une heure où l'Etat et la sécurité sociale sont en quasi faillite, les députés de la majorité ont trouvé LA recette miraculeuse : la lutte contre la fraude sociale. On nous avait déjà fait le coup il y a quelques mois avec le RSA. Et nous nous souvenons du résultat : beaucoup de bruit et des paroles extrêmement blessantes pour ceux qui sont dans la difficulté, pour... Rien ou presque! Il faut croire que le gouvernement n'a pas encore épuisé le mécanisme de la stigmatisation du profiteur, figure mythique entrée au panthéon de la "sarkozie" grâce à la droite populaire et au Front national. Qui sont ces fraudeurs, sinon nos concitoyens les plus démunis?

Un seul exemple: les mères célibataires, auxquelles la droite propose de cesser de verser le RSA « majoré » si elles ne prouvent pas qu'elles « ne mettent pas en commun des charges ou des ressources avec des tiers ». Si une mère célibataire touche une petite aide financière de ses parents, ou de son ex-conjoint, l'Etat ne lui versera plus rien, alors qu'aujourd'hui, il lui verse la différence entre ces aides et le montant du RSA. C'est aux plus modestes que l'on demande de financer les déficits abyssaux que le Gouvernement a creusés en octroyant des cadeaux aux riches? Quant aux économies annoncées, 5 Mds €, il est difficile d’y croire. La lutte contre la fraude ne rapportera jamais ces sommes,je défie le gouvernement de prouver le contraire...

Bref, cette droite aux abois est-elle "dure" ou "molle" ? Dure avec les faibles, sans doute. Mais lorsqu'il s'agit de fixer un cap, d'offrir une stratégie de redressement de notre pays... Elle n’a aujourd'hui plus aucune colonne vertébrale, n'offre aucune perspective, et est plus que jamais incapable de gérer la crise dans l’intérêt collectif des Français. Seule l’alternance en 2012 permettra de refonder un pacte républicain dans lequel éthique, justice sociale, solidarité, et responsabilité reprendront la place qu’elles ont perdue depuis 2007.

Tous les commentaires

Facile de critiquer Sarkozy! Mais qu'est-ce que vous ( le PS)avez fait vous en actions contre Sarko Rien . vous auriez pu démissionner tous en bloc de l'Assemblée Nationale mais non certains ont même accepté des missions pour ce gouvernement . Et c'est vous, le PS, qui nous parlez d'éthique !.

Merci de votre commentaire. Je partage totalement ce que vous dites sur les valeurs à remettre au centre de nos institutions et de notre économie.

Vous évoquez quelque chose qui me semble très juste, et qu'il me semble important de souligner. Lorsqu'on contemple le spectacle offert par divers gouvernements européens de gauche, en Grèce, en Espagne ou ailleurs, qui appliquent à marche forcée la politique que leur dictent des marchés irrationnels contre les intérêts de leurs propres peuples, il y a de quoi s'inquiéter. Je suis convaincu que la gauche est la seule qui détienne, en France comme ailleurs, les solutions pour redresser nos économies face à cette crise sans précédent, dont les racines sont bien plus profondes qu'une simple perte de confiance des investisseurs internationaux. La gauche porte des valeurs qui permettront le renouveau démocratique, économique et écologique dont nous avons tant besoin.
Une espérance à la mesure des difficultés qui sont les nôtres aujourd'hui est en train de s'élever. Je crois qu'il va nous falloir garder constamment à l'esprit, au cours de ces prochains mois, lorsque nous défendrons notre projet pour les élections présidentielles, que si une fois arrivés aux responsabilités nous ne tenions pas nos promesses, notre échec serait vécu comme une trahison insupportable. Nos propositions doivent être à la fois ambitieuses, pour répondre aux attentes des français, mais aussi crédibles et réalistes. Nous sommes plus que jamais tenus à un discours de vérité. C'est LA condition du succès, et c'est dans cet esprit que nous travaillons. Notre premier devoir, en tant qu'élus de gauche et républicains, est d'être à la hauteur des enjeux, pour ne pas créer une terrible désillusion dont nul ne pourrait prévoir les conséquences.

Bien à vous,

Pascal Terrasse

Au fait dans votre pacte républicain il n'y a pas la laïcité ?

Que propose la gauche pour récupérer les dizaines de milliards de fraude fiscale en France ?

Je ne parle pas des niches et autres avantages scandaleux mais bien de fraudes. L'état contrôle sans cesse les petits contribuables, profession libérale, restaurateur, commerçant ... mais quid des grosses entreprises qui "pillent" les caisses de l'état ? la moitié au moins du déficit budgétaire de la France se trouve dans cette fraude !

Vous parlez de fraude fiscale, d'avantages scandaleux concédés aux grandes entreprises et aux plus fortunés... Vous avez entièrement raison. Que propose la gauche? Tout simplement la remise à plat du système fiscal, pour mettre un terme aux injustices et rétablir la progressivité de l'impôt. Le principe est simple: la contribution de chacun à l'effort immense qu'il va falloir faire pour redresser le pays doit être à la mesure des moyens de chaque citoyen, et non de son influence sur les cercles du pouvoir... Je vous renvoie aux propositions de François Hollande, qui a fait de cette cause un des thèmes centraux de sa candidature.

Bonjour Monsieur Pascal Terrasse,

N'ayant pas eu de réponse, ni à mon questionnement dans mon commentaire concernant votre article "Prendre la mesure de la crise financière", ni à mon message privé, je me permets de vous soumettre à nouveau mes interrogations dans ce fil de discussion en reproduisant le dit commentaire. Peut-être n'avez-vous aucune réponse à me donner, mais dans ce cas là, la moindre des courtoisies serait, me semble-t'il, de me l'exprimer.

------------------------------

Bonjour Monsieur Pascal Terrasse,

Je vous rejoins pleinement sur votre analyse des écueils du choix de l’austérité en Europe et du rôle important de la structure de la dette publique dans la gestion de la soutenabilité des finances publiques (lire : Les écueils d’une cure d’austérité drastique et généralisée en Europe), ainsi que sur l’opportunité de renforcer les interventions de la Banque centrale européenne (BCE) dans le cadre du rachat de la dette publique (lire : La monétisation des dettes publiques en Europe….du conjoncturel et sous conditions….. ).

Sur la question des réformes structurelles, dont la crise actuelle met en évidence toute la nécessité impérieuse, la révision du statut de la BCE me semble fondamentale à deux niveaux : d’une part, pour mettre fin à la dictature des marchés financiers, il faudrait donner la possibilité à la BCE de financer directement les déficits publics (donc par création monétaire, la fameuse "planche à billets", ce qui existait en France avant la réforme de 1973), de surcroît à des taux d’intérêt "d’intérêt général" et non de marché, pour autant, bien évidemment, que ces déficits publics financent des investissements publics servant l‘intérêt général (au sens très large du terme, donc y compris ceux en capital humain dans les domaines en particulier de la santé et de l‘éducation nationale) ; d’autre part, il apparaît également fondamental, d’inscrire l’objectif de lutte contre le chômage comme mission première de la politique monétaire de la BCE. Quelle est la position de François Hollande sur ces deux points précis de révision du statut de la BCE ? Et, en cas de convergence des points de vue, comment envisage-t’il de s’y prendre pour obtenir le plus rapidement possible cette révision du statut de la BCE, en cas de victoire en mai 2012 ? Bien cordialement.Yves Besançon.

-------------------------------------------------

Bien cordialement. Yves Besançon.

 

Bonjour,

Il me semble que votre analyse, et notamment votre point de vue sur le rôle que la BCE devrait jouer pour sortir l'Europe de la crise, vont largement dans le sens de ma tribune sur la crise (à laquelle vous faites référence). Il me paraît à première vue difficile de fixer un "taux d'intérêt d'intérêt général", bien que je trouve l'idée intéressante et de bon sens, cela mérite réflexion. Je me demande en effet comment il serait possible d'imposer aux investisseurs internationaux de prêter aux Etats à des taux que nous leur imposerions... La solution pourrait d'abord consister à empêcher la spéculation sur les dettes publiques, en interdisant l'achat et la vente à découvert sur les fameux CDS dont personne ne sait vraiment qui les émet et qui les détient...

Concernant la position de François Hollande, je ne suis pas son porte parole et ne puis à ce stade n'exprimer qu'un point de vue personnel. Je vous renvoie à ses propos (notamment au JT de France 2 vendredi, où il a mentionné le rôle de la BCE), ainsi qu'à ceux d'autres de ses proches comme Michel Sapin. Son équipe de campagne est encore en cours de formation, et devrait être dévoilée sous peu. Je ne doute pas que, compte tenu de la gravité de la situation, François Hollande sera amené à exprimer sa position précise et ses propositions pour sortir de la crise rapidement.

J'espère que cette réponse vous donnera satisfaction,

Bien à vous,

Pascal Terrasse

Merci pour votre réponse. Concernant un taux d'intérêt "d'intérêt général", il pourrait s'agir d'un taux exclusivement proposé aux États de la zone euro par la BCE, et non aux investisseurs internationaux, pour financer les déficits publics. À méditer…Concernant la remise en cause concrète du statut d'indépendance de la BCE, tant du point de vue du financement monétaire des déficits publics, que de la mise en perspective de l'objectif de lutte contre le chômage comme mission première de sa politique monétaire, nous sommes nombreux à attendre avec impatience une feuille de route claire et précise du candidat Hollande.

Bien cordialement. Yves Besançon.

Merci monsieur Terrasse de ce texte. Je crois indispensable l'alternance que vous évoquez, le pays n'en peut plus de la politique sarkozienne. Mais je crois aussi fermement, pour avoir tenu quelque temps un bureau de vote des primaires et entendu les gens s'exprimer librement, qu'il existe un immense espoir de changement, de renouveau, de justice et d'égalité. Vous avez absolument raison : la gauche revenue au pouvoir ne peut décevoir, on n'attend pas d'elle des miracles mais simplement que des réformes profondes (expliquées, justes) soient mises en oeuvre, qu'aucun scandale n'entache plus la République et que le train de vie de nos futurs dirigeants soit modeste, ce dernier point peut sembler ridicule mais je crois qu'il a une importance symbolique forte (surtout après le quinquennat de l'actuel président qui commença par s'augmenter) qu'il ne faudrait pas négliger.

......votre dernier point, Marie Lavin, est en effet important et n'est pas seulement symbolique : la gauche au pouvoir devra être fidèle à ses vraies valeurs historiques en remettant définitivement en cause les vestiges monarchiques de la Vième République avec la fixation d'une rémunération décente du Chef de l‘État, des ministres, des députés et des sénateurs (eu égard à la valeur marchande minimale que la société accorde au travail, à savoir le Smic), et la fin de privilèges abusifs et indécents, surtout en période de crise (je pense particulièrement à ceux du Chef de l’État et des sénateurs !).

Merci de ce texte.

Participer ainsi au débat sur Médiapart, c'est un peu affronter une terre de mission. Mais c'est nécessaire pour tenter de limiter la désinformation et l'invective.

Newsletter
Je m'identifie