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28
May

MEDIAPART

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La culture du journalisme comme un acte intime

N'ayez crainte, je ne vais pas évoquer Aristote et sa fameuse notion d'acte. Je ne m'égarerai pas d'ici. Car cet aparté concerne la dimension humaine, sociale, politique de ce journal participatif. C'est donc avant tout un aparté de lecteur participatif, d'un acteur comme un autre du journal.

N'étant pas journaliste, ni de formation, ni de métier (de par mes activités éditoriales), je n'ai aucune gêne à dire que j'aime ce métier qui est le leur, aux journalistes, qui consiste, à bien y regarder, à ajouter de la vie à la vie. Comme sur le fil des choses : au fil de ce temps qu'est l'actualité. Et souvent sur le fil du rasoir.

Car on peut discuter, et opposer, l'actuel et le présent. On doit même. Mais il n'en demeure pas moins que c'est une activité bien plus que séduisante, sur le papier, que celle d'informer comme on vit au jour le jour. Parce que comme le dit si justement Benjamin Fondane, la vie, c'est ce vécu « imminent », qui va arriver, qui arrive. Un vécu qu'il faut au moins reconnaître comme tel, si on veut se donner une chance de l'appréhender aussi comme un créatif et non simplement un passif à régler entre soi et soi.

Au travers des idées générales, des valeurs, des pratiques, sur lesquelles repose une culture (peu ou prou partagées par la collectivité), il y a aussi que la culture est un acte. Et un acte d'appropriation intime, qui est le fait de chacun. C'est tout l'enjeu (prometteur) d'un journal participatif que de s'en faire l'écho, sans exclusive. On comprend aussi, en passant, pourquoi certains lecteurs ne supportent pas que le Président Sarkozy s'approprie la mémoire des fusillés pour l'exemple de la Grande Guerre. Et on comprend aussi, du même coup, pourquoi, il a le droit de le faire en tant que personne (ce qu'il est, même si, bien sûr, la question doit être posée, simultanément, prioritairement sans doute, dans sa situation actuelle, sous l'angle de la lecture politique de son statut d'homme d'Etat).

C'est donc bien, me semble-t-il, cet acte intime d'appropriation, omniprésent dans le journal, reproduit par chacun, qui le fonde à être un vrai journal participatif. Pour ce qui est du journal même (des journalistes), certains champs d'investigation, parce qu'ils posent des problèmes de société, sont sans doute plus à même d'aller dans le sens de cet « acte intime », bouclant la boucle en quelque sorte de Mediapart. C'est particulièrement perceptible quand des problèmes en apparence mineurs ouvrent sur une dimension humaine et sociale (là le mariage d'un couple de nationalité mixte, ici le cas des couples divorcés, ou ailleurs encore dans les témoignages sur Mai 68). C'est alors toujours de l'intime, à la force de l'acte écrit, qui se teinte d'affect, de cette affectivité qui est la couleur fondamentale de la vie, si à même de se mélanger (comme on dit des couleurs) des uns aux autres. C'est alors que cette écriture du journalisme (et pas seulement des journalistes, on l'aura compris) doit trouver la juste distance. De celles qui n'éloignent pas, mais bien au contraire rapprochent. Autrement dit, à l'affect d'une situation associer l'intellect d'un Autre. Et vice versa. Alors, peut-être, chacun soulèvera dans ce grand chapiteau un coin de ce qui fut, de ce qui est sa mémoire « première » : ni plus ni moins que la vie telle qu'elle lui fut narrée, telle qu'elle s'écria et telle qu'elle s'écrira.

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Dessin © Damien MacDonald

Tous les commentaires

J'ai lu plusieurs fois votre texte, Patrice, non parce qu'il est difficile à comprendre, bien au contraire, mais parce qu'il a la magie d'un lent travelling qui nous fait passer de manière continue de la sphère publique à l'intime, de l'expression à l'impression. Et figurez-vous que ce matin, alors que je venais de le lire pour la première fois, en recherchant la lettre à Youki écrite le 28 mars 1944, de Compiègne, par Robert Desnos, je suis tombée sur cet extrait d'un texte de 1929 (Les Mercenaires de l'opinion, cité par Pierre Berger dans sa "Préface", Robert Desnos, Seghers, coll. Poètes d'aujourd'hui) : "Je puis assurer que, par son caractère insolite, son instabilité, le journalisme est un critérium du délire auquel la société du vingtième siècle est en proie. (…) Un journal, au surplus, s'écrit-il avec de l'encre ? Peut-être, mais il s'écrit surtout avec du pétrole, de la margarine, du ripolin, du charbon, du coton, du caoutchouc, voire ce que vous pensez… quand il ne s'écrit pas avec du sang." Je me plais à imaginer que Desnos, alors convaincu qu'il pourrait rendre au journalisme sa pureté, aurait aimé suivre l'aventure de Mediapart, ce journal qui ne s'écrit même pas avec de l'encre…

Décidément, Anne, nous sommes en correspondance… Merci beaucoup pour vos mots. Ils se sont bien "imprimés", je peux vous l’assurer. Avec ce bel invité (par vous) qu’est Robert Desnos. Cette incroyable lettre à Youki de Compiègne, ce vœu exhumé d’un journalisme qui avait échappé à d’autres, et non des moindres, à l’intérieur du groupe surréaliste, alors qu’il était le prolongement d’une éthique sociale et politique initiée, défendue par eux (et que Desnos paiera de sa vie). Ce journal (Mediapart), l’autre jour intra-muros, je le comparais à une ardoise magique, qui s’agite en rafraîchissant son menu (à ce qu’on dit en informatique) pour faire apparaître ou disparaître, bon ou mal gré, des articles ou des erreurs… Hâte de vous y deviner à mon tour, sur cette ardoise (n’est-ce pas ?).

Je réagis à vos trois posts, Patrice et Anne. Et j'avoue mon trouble. Parce que si l'on vous suit tous les deux, il faut constater deux journaux en un, le journal et le Club Mediapart. Deux univers, deux actes différents qui s'écrivent avec des encres différentes. Deux intimités distinctes. Desnos et Plenel. Et je me place dans ma pratique professionnelle dans le sillon de ce dernier. Nous écrivons chiffre, idéologie, rapport de force. Mis à part deux exemples ( sur le logement des divorcés et sur l'immigration) qui me viennent à l'esprit, je vois bien que nous ne sommes pas dans une réalité sensible qui pourrait déboucher sur cette appropriation dont vous parlez. Et c'est évidemment délicat. Le journalisme du Journal et celui du Club sont ils condamnés à se regarder sans se nourrir mutuellement?Et si non, comment remédier à ce fossé qui se creuse? Je m'interroge. Il y a eut les posts de Fortin, des commentaires de Conil sur ce sujet ( et d'autres que je n'ai pas lus, peut-être). En tout cas merci à vous deux pour la qualité de votre réflexion.

Effectivement, Gérard, ce sont les questions qui se posent (Le journalisme du Journal et celui du Club sont ils condamnés à se regarder sans se nourrir mutuellement? Et si non, comment remédier à ce fossé qui se creuse? ()..; et qui mériteraient, à mon avis, un vrai débat, notamment en forme de premier bilan du fonctionnement de MediaPart en quelques semaines... Au risque de heurter quelques-uns, je pense pour ma part que le fossé ne doit pas être comblé ni occulté d'une manière ou d'une autre. Pour moi, le JOURNAL est le lieu de l'information, lieu du journalisme ( où pour une fois les journalistes peuvent être en prise directe avec leurs lecteurs grâce aux "commentaires" et réciproquement) et où le débat peut être lancé, puis poursuivi (entre lecteurs ou entre journalistes et lecteurs)... et le CLUB est le lieu de la convivialité, de l'échange, de la citoyenneté, voire du partage d'informations, mais pas a priori un lieu de "journalisme" (même s'il reste bien sûr aussi ouvert aux journalistes qui peuvent, au même titre que les lecteurs, avoir des passions, des coups de coeur ou d'indignation, à partager, voire envie simplement de prendre la plume d'une autre façon). C'est simplement mon point de vue et je conçois que d'autres soient d'un avis opposé mais je pense profondément qu'on n'a rien à gagner à laisser planer trop de confusion. Il n'y a pas longtemps, un nommé Victor C. (dont certains se souviennent sûrement) a claqué la porte de MediaPart, se sentant plus ou moins victime d'un osctracisme des "marrons" (les journalistes) envers les "bleus". Au contraire de lui, je pense que cette distinction est à conserver (même si je trouve que le marron choisi est plutôt caca d'oie, mais bon) pour éviter tout dérapage et pour permettre de toujours savoir à peu près qui parle et d'où il parle ! Pourtant, c'est vrai, j'aime beaucoup Desnos et ai adoré ce que j'ai lu ci-dessus... J'en profite pour péciser que je suis (comme on peut le voir avec la petite flèche sur le pseudo) journaliste de profession, mais que je n'interviens ici que comme une "bleue", comme simple lectrice, simple citoyenne....(d'où mon pseudo) et que je n'aurais jamais imaginé avant la création de MediaPart à quel point ça fait du bien !

Formidable conclusion...pardon cher consoeur, confrère, formidable chute. A titre personnel, je suis contre ces couleurs. Certains membres du club commentent mes articles et parfois, leurs contributions sont plus expertes, plus pensées,plus sensibles,...que ce que j'ai pu écrire. Parfois pas. Il m'arrive de commenter certaines des contributions dans les blogs ou les éditions et je n'ai pas l'impression que mon statut pro modifie la portée de ces contenus. A quoi servent ces couleurs? A distinguer quoi ou qui? Servent elles à autre chose qu'à dire "d'où l'on parle"? Mais pour quel usage? Quel intérêt? La preuve, vous êtes rouge et je suis violet, tandis que nous avons les mêmes règles professionnelles! Ecrivez-vous différemment quand vous êtes jaune ou vert(e)? S'il n'y a de vérité que subjective, est-elle différente selon qu'elle est émise par un ocre et un médiocre? On peut décliner à l'infini. Ces couleurs, à mon avis, ne servent qu'à accroitre encore le fossé entre le Club et le Journal. Elles sont néfastes.

Excusez moi mais j'y reviens pour répondre plus précisément à une question que vous m'avez posée, Gérard. Oui, j'écris différemment quand je suis "jaune" ou "verte" comme vous dites. Dans un cas, j'essaie de faire le plus correctement possible mon métier et d'écrire non pas pour donner mon avis qui n'intéresse personne mais pour informer et en ayant à coeur de ne pas commentariser (ou, en tous cas le moins possible, car je sais que vous allez me rétorquer que tout est subjectif). Et dans l'autre je donne simplement mon avis, je "commentarise" justement (et ne fais même que ça), j'échange avec d'autres, je palabre, je relativise, subjectivise tout mon saoûl et me permets même de me lâcher de ci de là.... Dans un des deux cas, je suis payée pour ce que je fais, dans l'autre, je me fais simplement plaisir à moi. Donc effectivement, c'est différent. Mais je ne suis pas d'accord pour autant pour votre classification ocre/médiocre. Ce qui est en bleu n'est à mes yeux pas médiocre pour autant (c'est parfois même d'un niveau de connaissances, de sagesse, d'érudition, etc. stupéfiants), c'est autre chose, ni forcément mieux ni forcément moins bien, juste différent. Je n'émets pas de jugement de valeur. Je dis juste ocre ou bleu, c'est différent. En tous cas à mes yeux...

/// Ces couleurs, à mon avis, ne servent qu'à accroitre encore le fossé entre le Club et le Journal. Elles sont néfastes.

Je ne pense pas qu'elles soient "néfastes". Bien au contraire. Elles permettent de situer d'ou on parle. Car le journalisme "participatif" n'est pas un journal ou tout le monde est à égalité. Sinon, je pourrait demander une rétribution pour mes billets (ce qui impliquerait que la rédaction choisierait qui elle autorise ou pas à poster, puisque dans notre société "qui paye contrôle") Je jouis d'une liberté totale pour mes billets, en particulier en matière d'audience*, ce qui n'est pas forcément le cas des professionnels du journal qui doivent se soucier de celle ci. Je peut également me situer totalement en dehors de la ligne éditoriale de Médiapart. Je peut même si j'en ai envie, faire la campagne de Poutou, ce qui me serait interdit a coup sur si j'étais salarié du journal... 

Encore une fois, un journal "participatif" est différent d'un journal fait par ses lecteurs. D'autant que ce dernier a souvent été essayé, mais jamais vraiment réussi...

C'est peut-être vous qui avez raison, Gérard, moi je fais que vous livrer une opinion qui ne vaut que ce qu'elle vaut et si vous me donnez vos arguments, il n'est pas exclu que je m'incline! C'est pourquoi je ne comprends pas bien votre ironie... A moins que ce ne soit encore qu'un effet de ma parano ! Mais bon, vous trouvez que c'est des conneries ? Je ne demande qu'à comprendre !

Mais non, aucune ironie. Reprenons. D'abord ce qui n'a pas d'importance. Nous sommes journalistes. La vérité vraie, le recoupement, la curiosité, la tempérance. Une certaine réalité. Nous sommes payés vous et moi pour çà. Et puis, ce que vous appelez le plaisir. Ce que l'on trouve ici ou là dans le Club. Nous ne sommes plus journalistes ( notez qu'on peut être et ne pas être). Parfois c'est sérieux, parfois cela ne l'est pas. Parfois c'est aussi vrai, recoupé, équilibré, hiérarchisé que les articles dans le Journal...Bref l'estampille "journaliste" peut-être partagée. Tout cela est connu et pas très important, je le répète. On appelle çà le journalisme participatif, c'est probablement aussi inepte que les deux couleurs que nous avons érigées pour distinguer quelque chose qui n'avait pas à l'être ( les journalistes et les autres). Passons. Mais il y a "l'acte " dont parle le texte initial et le la démarche de Desnos citée avec bonheur ensuite, c'est à dire le partage par les mots d'un monde qui nous est commun. Le Journal et le Club devrait parler de la même chose. Ce qui est en jeu c'est que j'ai le sentiment- pour participer au Journal- que cette démarche de partage, cette démarche culturelle, n'est pas la même que celle qui rassemble certains blogs; certaines éditions. C'est ce qui est important. Je ne voudrai pas que deux mondes vivent cote à cote. Je n'aime pas le développement séparé. Comme vous tous. Bref, aucune ironie. Et ne vous inclinez pas. Bien à vous.

Merci à tous deux, Gérard et "grain de sel", votre point de vue de journalistes est fondamental ici. Je vais y revenir d'ici peu. Mais tout de suite, à toi, Gérard, ceci : tu vises bien. Pouvais-tu mieux cibler cette question des "couleurs" qu'en me l'adressant en quelque sorte : moi qui suis "marron" (à Mediapart, en tant que rédacteur, en équilibriste, entre le journal et le club), et sans pour autant être journaliste ? Equivoque de situation ou ambiguïté porteuse, receleuse ? A suivre...

Je me lance à mon tour dans la bataille alors, bataille des mots, batailles des sens, bataille des âmes, bataille des corps, la dialectique infernale entre les différents éléments qui nous parcourent, solide, liquide, gazeux. Chacun son introduction, son entrée en matière mais tous nous sommes obligés d'esquiver, feindre, feinter, equilibristes dans la danse du verbe que nous dessinons. Voilà, nous mélangeons et ressentons, je crois autant de plaisir à l'écriture qu'à la lecture de chacun d'entre nous, nous devenons schizophrènes, concluerait le psy de passage. J'ai utilisé pour ma part une phrase volée à Rimbaud comme titre de mon blog, mélanger la vie et la farce ou entre le sang et les anges comme j'ai pu dire ailleurs. Je crois que nous n'avons pas fini de réaliser ce que nous sommes en train de découvrir sous nos pieds avec Mediapart, je m'explique. Au sujet des couleurs, il est essentiel à mes yeux de maintenir cette distinction, ce verrou entre deux espaces qui pourtant s'interconnectent. C'est que nous pouvons allier "l'intime" au "journalisme" à la condition de produire une économie qui sache soutenir l'édifice mis en place. Je parle "d'économie", gros mot, de "capital" en cherchant vainement à nous défaire de cette étiquette "élitiste", "censitaire" du fonctionnement de ce journal "réellement" participatif. J'ai dit dans un commentaire antérieur que nous étions, nous les adhérents, les premiers "actionnaires" du projet médiapart, ironiquement, mais nous devons penser les conditions d'existence "matérielles" de notre démarche. Payer individuellement est la condition pour vivre collectivement et "l'institution", le lieu de rassemblement que forme Mediapart ne peut se maintenir que par la permanence d'une structure, la reproduction, la "maintenance", tout simplement, du site; aux niveau technique, idéologique, conceptuel, financier, dans le travail de "lecture-écriture", l'équivalence de ces deux tâches. Il pourrait être décidé dans un système totalement autogéré par la communauté d'agrandir ou diminuer le cercle des "représentants" du comité de rédaction, mais nous ne pouvons nous défaire d'un cercle reconnu comme compétent, initié, fidèle pour le former. A l'inverse, les bleux sont les mouches sur le coche, elles zigzaguent, consomment, abusent, contestent, réprimandent, vitupèrent, prolongent, fatiguent, etc... Mais regardez les interconnexions constantes qui se produisent. Les meilleurs journalistes, dont Plenel, écrivent des dizaines de commentaires, se noient dans le bain du Club, y puisent, dévorent le style, l'esprit, le ton, le rythme des dialogues que nous batissons ici. Parce que nous effectuons le travail de la démocratie en action, nous nous mêlons de notre monde, nos vies, nos humeurs et je suis heureux d'être de ces "bleux" qui ont acquis une autonomie totale, une fraîcheur de ton, en même temps qu'une responsabilité, synonyme de liberté. Je ne crois pas qu'il faille voir là quelconque parano ou perte dans l'infini, nous devons apprendre à manier ce que nous avons mis en place, comprendre que quand j'écris un article en mon nom, c'est un "billet" et non un simple "papier", il y a don, échange, monnaie, valeur, obligation, invitation, imposition... mais ce don, comme l'écrit Duvignaud en parlant de la fête, est un "don du rien". Pour celà je suis avec vous, parce que je suis heureux de voir des journalistes perdre leur superbe, demander aux lecteurs leur légitimité à écrire pour eux et des lecteurs leur répondre qu'ils sont là pour çà, parce qu'on leur confie un travail qui est celui de regarder le monde pour eux. Le lecteur se fait écrivain et le journaliste devient subjectif. Ce fonctionnement mène enfin à une intégration des différents discours, ce qui fait de Mediapart cette formidable fourmilière où la cigale est reine... Clin d'oeil à grain de sel, je te suis à la trace, salut à toi, journaliste-lectrice... Dans le 69.3 on se nomme "lecteurs-acteurs". Gwénael Glatre

Je dirais même plus, s'il vous plaît, messieurs les journalistes du CLub, passez ce "billet" en Une, il vaut d'être lu par tous les médiapartiens...

Cher Gwenaël, Ne pourriez-vous pas, avant de poster votre billet, faire des paragraphes ? Je comprends que vous écriviez d'une seule coulée. Mais entre l'ordre de l'inspiration et celui de l'exposition, il y a une différence. Et ce serait, pour moi au moins, plus rapide à lire. Merci d'avance, si cela ne va pas contre vos convictions.

Excusez moi alors, René Lorient, je me suis emporté, çà fait du bien de temps en temps, pour les paragraphes, j'y veillerai mais dans les commentaires on ne peut pas passer des lignes. Aussi d'une certaine manière, je suis désolé pour vous mais c'est un effort de lecture que j'impose, j'invite à rentrer dans mon délire, il le faut parfois. "La conviction est l'ennemie de la raison", Nietzsche, je n'ai que çà comme croyance...

Je viens de vous lire attentivement à toutes et tous. Permettez moins de donner mon humble opinion de blogueur (j'ai un lourd passé...) - Revenons d'abord sur ce qu'est un blog. Un espace de liberté d'expression et de partage. L'erreur à ne pas commettre c'est de se prendre au sérieux sur un blog, mais par contre, l'écriture...quel plaisir. Ce même plaisir qui anime je le pense la plupart des journalistes, celui de raconter des fait, des histoires, celui de la découvertes de la recherche et dela vérification et après celui des mots, de la tournure, du clin d'oeil, de la vacherie ou de l'explication. Mais nous restons des amateurs et le revendiquons. - Tout cela pour dire que la plupart des blogueurs ne sont avides que d'expression citoyenne et pas de se mesurer aux pros. Parfois, divine surprise, ils se retrouvent à la Une de Médiapart (Champagne pour les uns Caviar pour les autres comme dirait Higelin). Croyez moi ça fait un bien fou de se dire que "finalement je n'écris pas que des conneries"...et puis on retourne à son boulot (après avoir explosé le forfait néo en appellant tous ces potes pour dire "Hé ! Hé ! je suis à la Uuuuuuuuuuuuuuune" un peu comme Saccomano quand l'équipe de France marque un but (sauf que nous on plus de chance d'exploser notre forfait...). Voila c'est tout et ensuite la vie continue. - Parce que nous blogueurs nous avons (peut-être ?) la chance qu'écrire ne soit qu'un hobby. Alors Médiapart deux journaux qui de croisent sans s'interpénetrer, je n'y crois pas. Parce qu'au delà des pros et des amateurs, il y a ce plaisir de tapoter sur le clavier (surtout moi avec ma frappe de gendarme c'est à dire à deux doigts). Les "marrons" nous drainent vers la qualité, les "bleus" vous exhortent à rencontrer votre public et débattre avec lui. - Au bout du compte , nous sommes tous gagnants. Et c'est cela qui compte. PS : je ne serais pas contre une ouverture du capital de Médiapart aux abonnés afin que nous nous impliquions encore plus dans ce journal.

Je viens de vous lire, Patrice, (ainsi que Gwen et Serval, deux "presqu'amis" déjà, pour moi, rencontrés sur Mediapart au fil de blogs ou des commentaires). Et je comprends mieux en vous lisant tous les 3 ce que je voulais exprimer. En plaidant pour le maintien de 2 couleurs bien distinctes, je ne voulais en aucun cas me montrer rigide, voulant absolument marquer des frontières. Je n'ai rien d'une garde-barrières et ne me sens guère dans ce rôle. Mais je continue de penser qu'il ne faut pas tout confondre et trouve grâce à vous de meilleurs arguments. Certes, Mediapart est une étrange bête à deux visages, mais c'est aussi justement sa richesse et son originalité. Non, même si elles sont deux, il n'y a aucune raison que ces deux "faces" se neutralisent. Elles sont destinées à cohabiter, à s'enrichir mutuellement, à se compléter, à être nourries l'une par l'autre, à s'"interpénétrer" comme dit joliment Serval. Ce n'est pas parce qu'elles restent deux entités qu'elles sont condamnées à rivaliser ou à s'entre-détruire. Au contraire. Mais vouloir jouer la "fusion", ou la "confusion", bref ne vouloir absolument "faire qu'un", abolir toute différence et toute distinction (entre le Journal et le Club, entre les Bleus et les Marrons) serait à mes yeux une grave erreur. Je pense qu'il y a toujours plus de danger à nier les différences qu'à les les respecter. Et ce, comme vous le dites, Patrice, exactement comme dans un couple et on pourrait filer la métaphore: un couple ça se construit à deux. Pour moi, décidément, le journaliste ne doit pas prétendre être "intime"', juste "professionnel" et ce n'est déjà pas un enjeu aussi mince que ça. Quant à l'intime, il est réservé à la réflexion, l'échange d'opinions, le dialogue, le partage, la convivialité, voire même pourquoi pas la divagation. On peut être tour à tour bleu ou marron. On peut être bleu et apporter de vraies informations. Mais être marron et nous livrer le fruit de ses avis personnels (à moins que ce ne soit clairement estampillé "Analyse" ou "Parti pris"), non, ce n'est pas à mes yeux du journalisme, c'est autre chose. En somme, à Gérard qui disait un peu plus haut "je ne voudrai pas que deux mondes vivent côte à côte" , je dirai moi ce soir, que si au contraire, c'est formidable justement de savoir vivre côte à côte, si on apprend à se respecter et à s'enrichir mutuellement, sans que l'un prenne le pouvoir sur l'autre ni que l'autre se sente moins estimé et reconnu que l'un pour ce qu'il est. Mais pour ce qu'il est vraiment, pas en essayant de lui faire croire qu'il est ce qu'il n'est pas. Apprenons à le faire ! Chiche ? Et encore merci à vous trois (et aux autres): finalement, je crois que c'est ça: mediapart aide à se sentir plus intelligent. Le seul problème, le seul VRAI problème, c'est ce que ça bouffe comme temps... et blanchit comme nuits ! mais de ça, on parlera une autre fois !

Comme vous avez raison, grain de sel, sur ces nuits qui deviennent nos jours (encore un couple, plus vrai que "nature" celui-ci). Complètement d'accord avec les distinctions que vous faites, pour les raisons dites. Et aussi parce qu'elles ne sont pas duelles, antagoniques (et oui, Serval, elles "s'interpénètrent", j'ajoute, et pas qu'aux yeux des lecteurs). La raison d'être du club, je crois bien, c'est qu'il montre un foisonnement "d'actes intimes". C'est à mes yeux sa réalité, et ce qui le rend si précieux... comme en témoignent vos courriers. Et puis les enjeux s'affineront chemin faisant.

Il y a toujours un inconnu dans un couple de mots ou d’idées qui viennent à l’esprit. Soit ici, un couple : un journal et un club. Or, l’inconnu dans Mediapart, forcément, c’est le club. Son inconnu et sa richesse, dans tous les sens du terme (ce que n’oublie pas Gwanaël dans sa belle envolée). Là où le journal, lui, s’appuie sur un projet, une équipe, une approche métier, dans le meilleur sens du terme (et grain de sel a bien raison d'insister sur ce point). Qui plus est, le tout nourri dans Mediapart, très clairement, par un savoir et une pratique orientés par une certaine idée de ce qu’est le journalisme. C’est la marque de Mediapart journal. Tout un chacun peut le vérifier. Non seulement, cela se décline, se nuance au gré de chaque plume de journaliste, mais encore c’est un chantier ouvert, de pleine découverte aussi. Pour les journalistes. Travail auquel on peut s’associer dans le dialogue. A mes yeux, il n'y a aucune raison pour que les deux faces (recto/verso) de Mediapart, journal et club, se neutralisent. C'est le sens de mon billet. Avec le club, il y a un inconnu, qui a valeur pour tout le journal, et peut-être est-ce comme tu le pressens, Gérard, la seule aventure qui vaille : un certain sens du collectif, comme aller avec d'autres là où on ne savait pas qu'on devait aller... Ce n'est pas sans risque, mais c'est pour moi tout le sens du participatif, s'il y en a un...

Bonsoir Serval, je "poste" en même temps que vous. Et je viens de vous lire. Oui, vous avez raison de relativiser. Mais que ce soit clair : je n'ai personnellement rien à me prouver. Ce qui m'intéresse ici passe bien au-delà de ma personne. A travers, même. A très bientôt.

Euh ? je ne vous jamais demandé de prouver quoi que ce soit à qui que ce soit (sauf erreur ou omission selon la formule consacrée...) A très bientôt également.

Lisant cet échange avec un léger décalage, je trouve qu'il est bien dans le mouvement du texte qui en est à l'origine, avec sa double circulation, de chacun vers l'autre comme à l'intérieur de chacun. Rien à ajouter sinon que ça me plaît bien d'être une "bleue", si possible avec les jambes nues…

Je vous prêterai ma blouse de novice, Anne...

Alors Patrice, si on en arrive à accepter les "Bleus" et les "Marrons" comme complémentaires, il faudrait aussi que les couleurs deviennent complémentaires: ne pourriez-vous pas changer cet horrible caca d'oie pour un beau orange, qui est, si j'ai encore mon arc-en-ciel en tête, la vraie couleur complémentaire du bleu ?

Très bonne suggestion, grain de sel...

La vraie couleur complémentaire du bleu est le bleu. Mais je n'ai rien contre l'orange, surtout s'il est beau et si on accepte de mettre mon nom en orange.

Ah non monsieur Desportes ! on a déjà eu droit au psychodrame avec Alain Duhamel et ses opinions l'an dernier avec une couleur qui rappelle le Modem ! Je dis cela en toute plaisanterie bien sur... - Mais sachant que le vert, le rouge, le rose, l'orange, le bleu et le blanc sont déjà pris et que le jaune est peu visible sur l'écran...avez vous pensé à une belle couleur mauve ?

Le mauve n'est-il pas déjà plus ou moins préempté par l'Eglise? Ce qui nous ramènerait à cette culture du journalisme dont il est question ici puisque comme chacun sait, la religion est ce qui relie les hommes entre eux. Tout le monde en mauve à relier l'infiniment grand et l'infiniment petit! A signaler chez Laffont un exceptionnel "En finir avec Dieu" de Richard Dawkins.

Et comment qu'il serait en orange !!!! Un beau "Gérard Desportes" fraîchement repeint en un bel orange bien claquant, cela vous aurait-il pas de la gueule en ce beau printemps ? Et moi je reste en bleu comme Tintin aux pays des oranges bleues.... Amicalement à vous

Moi je me verrais bien en bleu marine, avec un petit goût iodé.

Mesdames et messieurs en "ocre" vosu avez un SMS d'un dénommé E.Plenel qui vous dit que si vous ne vous remettez pas au boulot au lieu de disserter sur l'arc en ciel la prochaine édition de Médiapart va être une page...blanche. - ;-)

Ok Serval, j'y retourne... Sinon le titre de ce billet ne me laisse pas indifférent alors j'aimerais vous écrire ces quelques lignes. Ce soir, je rentrais à la maison un peu tristounet (certes ça fait plaisir de revoir les parisiennes en tenue estivale), en me demandant ce que je pourrais bien proposer, ce qui pourrait plaire aux lecteurs de Mediapart et intéresser mes chefs. Par pitié pas d'enquête et les méandres de ses statistiques, de ses rapports parlementaires, peur de me plonger dans des dossiers et m'y noyer sans rien comprendre. Bref l'angoisse de la page html blanche... Et puis "vlatipa" qu'un homme que j'avais tenté de joindre il y a plusieurs jours et que j'avais presque oublié, me rappelle. Un militant protibétain on ne peut plus activiste, ex-infirmier à Lhassa, très remonté et plein de projets peu avouables (enfin pas tout de suite) me parle pendant une heure. Je le bombarde de questions, le malin me mitraille de réponses. Comme un processus naturel, cette envie d'écrire et de décrire resurgit, ce besoin excitant de rallumer son ordi, de raconter, de vérifier. Puis une idée de reportage me vient, façon "embedded" avec caméra, appareil photo, dictaphone et surtout stylo en ... bandoulière: je me freine mais je sais que ça va me titiller toute la nuit. Peut-être vais je en parler demain en conférence de rédaction, avec l'espoir de ne pas être regardé avec des gros yeux par le patron ou pire la peur de ne pas être regardé du tout quand mes collègues proposeront une analyse fouillée sur la politique agricole ou un dossier sur l'immigration choisie (j'ai tendance à complexer, surtout un jour férié). Alors oui, la culture du journalisme (j'allais dire, du reportage) est un acte intime car elle vous prend aux tripes et ne vous lâche plus.

Il est certes très agréable de voir les jupes raccourcir quand les jours se rallongent, et j'espère que face aux gros yeux du patron demain vous n'aurez pas de trop petits yeux à force de veille. Bonne continuation avec vos tripes. Tant de journaux (non cités par not'Président) n'ayant que des abbatis... Bien à vous.

Je trouve géniale toute cette discussion, ca me fait plaisir d'entendre les confidences de Jordan Pouille, on s'autorise même à confier nos secrets les mieux partagés, l'arrivée des premiers rayons de soleil... Je le redis avec la peur de tomber dans un optimisme illusoire, je crois qu'on amorce une dynamique assez fantastique, si on arrive à continuer et garder cet équilibre entre qualité, rigueur et sympathie mutuelle, nous pouvons faire de belles choses et Mediapart connaitra alors une longue vie bien méritée... C'est question maintenant de longue durée et çà me fait peur comment on s'investit tous autant, chacun parle de la nuit et du silence de nos écritures, gare à la surchauffe, quand même, bonne nuit à tous!

Complexez pas, Jordan. Ni les jours fériés ni

Complexez pas, Jordan. Ni les jours fériés ni les jours oeuvrés. Et foncez demain lors de la conf' de redac'. Je suis sûre que ça va marcher... Cela dit, reste une question: les tripes relèvent-elles de l'intime ou de l'instinct professionnel ? Bref, cela doit-il s'écrire en bleu ou en marron ? Bonne soirée ! PS: il fait vraiment les gros yeux ?

chère Grain de sel, à force d'entendre qu'il fait les gros yeux, il va avoir la moustache (pardon la moutarde) qui va lui monter au nez ;-)) Et merci de nous considérer "presqu'amis". C'est toujours agréable à lire.

Ayant pris un sacré retard sur les commentaires, pas opposée aux couleurs intermédiaires, ni complémentaires, je penche quand même pour le distinguo, tant pis pour le kaki délavé, effectivement triste. Le marron, disons, est sous astreinte: fiabilité de l'information, enquête, regard, construction, pas de je. Le bleu est livré à lui même: sujets, ton, voire épanchement, débrouillez-vous. Comme lectrice, je tiens à la distinction. Les responsabilités légales, article ou blog, sont les mêmes en cas de diffamation ou droit de réponse (cf le lien, aujourd'hui avec le journal d'un avocat, un plaisir à lire en plus). Tout comme on "source" une information, il est important d'avoir des repères, je crois. Même si je passe le même temps à lire les uns ou les autres. Il ne s'agit pas de prééminence, mais de clarté. Dans le pire des cas, il peut y avoir assèchement du propos journalistique, et prolifération du point de vue égotiste côté blogs. Comme ces journaux qui fourmillent de chroniques, avec articles minimalistes, on va dire. Il me semble, mais je n'en suis pas sûre, tout cela est trop récent, que l'inverse s'amorce sur mediapart: le dynamisme du blog joue sur celui des articles, les blogs se soucient d'être lisibles, voire informés. Le journal se détend ( dans le ton), les blogs travaillent, rigolo. C'est intéressant, en tout cas, légèrement addictif, on se fait du souci pour les grands week end ( touts barrés ou quoi, pourquoi y'a rien sur...). Juste à suivre.

Hello Jordan, Serval, Dominique, beau florilège... Oui, "juste à suivre".

Prosaïquement, je trouve pour ma part que Mediapart est agréable à lire, les caractères sont assez grands et le texte très aéré... Continuez comme cela

Pas pu. Je retente mardi.

On pensera à vous mardi !

Je me disais ces derniers jours que j'avais envie de lire (ou d'écrire) un article sur comment je tu nous ils et les autres lisent Médiapart. Comme le temps est lui aussi parfois bleu parfois gris et quelquesfois indéfinissable (avec les appareils photo numérique on finit par tous avoir un oeil impressionniste) que parfois il court, je n'ai pas encore choisi d'écrire mais je suis ravi de lire vos regards, encore que j'ai toujours du mal à assimiler l'écran au vivant. Juste un secret : jusqu'à ce jour, et ça en fait beaucoup si on compte toutes les couleurs de tous les jours, je n'ai jamais passé plus de quinze minutes par jour sur un journal, sauf lorsque j'étais assis dessus. Avec Médiapart tout est différent! Le temps ne compte plus... enfin plus de avec les mêmes minutes. Serge Koulberg

Merci pour vos mots. Comme vous évoquez le temps, tous les temps, en hommage à ma première correspondante à Mediapart, j'aimerais citer ces deux vers de Robert Desnos, extraits de L'Art poétique (poème de 1944), que je vous recommande chaleureusement, si par hasard il vous avait filé entre les doigts : "Il n'y a plus de sale temps J'aime tous les temps, j'aime le temps" Alors qu'il avait pleine conscience du désastre qui l'entourait, l'enserrait... Bien à vous

Personne n'a parlé du dessin.

Parce qu'on vient juste de l'introduire : don d'un très cher ami, qui vient d'ouvrir son blog (damienmacdonald). Merci pour le coup d'oeil, Anne.

Cela dit, même si ce blog n'est désormais plus à "une" (donc si j'en crois pas mal de certaines des interventions récentes sur le site, plus très "lues" ou plus très "mises en valeur") et pour relancer ce débat, il me semble que le ton est en train de changer sur MediaPart et ce ausi bien sur les blogs que sur les commentaires. Après quelques semaines d'autocongratulations mutuelles ("bravo machin, tout à fait d'accord avec votre article", ou "je suis 100% d'accord avec "avec votre commentaire") le tout relevé d'un "qu'est-ce-qu'on-bien-fait- de-s'inscrire-à-MediaPart-on-est-les-meilleurs" (auxquels je ne jette pas la pierre, j'en ai fait intégralement partie et continue de le faire !), il me semble que la tonalité est en train de changer. Plus d'agressivité. Plus de rancoeurs. Plus de frustrations exprimées. Plus de demandes. Plus de susceptibilités (la mienne y compris). Certains egos à vif. Et aussi plus de sujets qui tournent (ou finissent par tourner) autour de MediaPart, des commentaires critiqués, des blogs sans réponses, de mises ou non en valeur, de l'usage ou non de pseudos, etc... Pour être positive, je dirai que c'est le signe d'une très forte attente qui a été soulevée et que c'est globalement un très très bon signe. Peut-être même inespéré. Pour être moins positive, je dirai que cela touche un endroit intime chez chacun où tout est exacerbé, et que c'est aussi le signe du peu d'occasions qu'ont les gens d'échanger. Et des frustrations que cela engendre... Quelque chose démange et la plaie est en train de commencer à saigner, et c'est là qu'elle a choisi de le faire. Au final, ce sera sûrement positif, les abcès sont condamnés à crever, les blessures d'amour-propre à cicatriser, mais en attendant, Mediapart se voit soudain confier un rôle d'accueil des urgences... auquel il n'était sûrement pas préparé. Un minimum: conserver un minimum de courtoisie dans les échanges et prendre garde à ne pas blesser, et ce qu'on soit "bleu", "marron", du même avis ou d'un avis opposé. Ce ne serait qu'un début. Mais est-ce trop demander ? Allo ? Il y a encore quelqu'un en ligne ? Ou les lecteurs de ce blog ont-ils déjà tous raccroché ?

Je suis bien là, grain de sel, et au travail même. Dans un récent message plus haut, c'est dans l'esprit qui est le vôtre que je ponctuais par "juste à suivre", reprenant ou plutôt prenant au mot (et auquel d'ailleurs elle joint le geste) Dominique Conil. Nous sommes donc bien là (vous comprise), pour avancer ensemble. Pour le moment cette aventure Mediapart est faite d'écume, de beaucoup d'écume. Il y aura forcément du grand large. Et si telle est la perspective, alors, oui, vous faites bien, donnons de la voix et de la voile... A très bientôt.

Il y a pour l'instant un peu de remous. Gageons qu'il y aura bientôt un long sillage...

Il n'y a pas de souci, Patrice, j'avais bien pris comme cela le "juste à suivre". Et ce n'est d'ailleurs pas dans cet échange-là (peut-être même bien au contraire) que je voyais une sorte de violence rampante en train de se lever. Mais à picorer de ci de là parmi commentaires aux sujets abordés dans le journal ou sur les blogs (dont il me semble les sujets type "être-ou-ne-pas-être-bien-placé-pour-une meilleure-visibilité" se sont d'un coup multipliés), j'ai cru constater une sorte d'agressivité nouvelle, une irritation entre les lignes, que j'essayais d'appréhender. Dangereuse ? Bienfaitrice ? Révélatrice en tous cas de très forts attentes, du moins je crois...Et comme j'avais envie d'en parler avec vous tous (et qu'il fait spécialement beau aujourd'hui), je me demandais s'il y avait encore du monde en ligne. Rien de plus ! D'ailleurs, je vais jeter mon Beray par dessus les moulins et oser vous claquer une grosse bise avant d'aller, moi aussi, prendre un peu le soleil et voir ailleurs si j'y suis. Amicalement !

je suis encore d'accord grain de sel, il faut qu'on passe cette crise, trouver un rythme de croisière et ne pas satisfaire aux demandes égotistes ou à des frustrations qui n'ont rien à faire dans un espace de dialogue, de compréhension mais aussi et avant tout, de choix, il y a écume et au fil du temps je crois qu'on devra écrémer (même si le mot peut paraitre violent)... Meme parmi nous, ceux qui participent le plus, combien de temps pourrons nous tenir le rythme et l'envie de participer, le site lance de nouveaux modes de fonctionnement à expérimenter, il faut parier sur le sérieux de notre affaire, entre journal et club, laissons le temps et surtout parier que le club trouve son équilibre et un renouvellement constant, plus il y aura de fous...

Décidément, écume, grand large, voile, sillage, remous, rythme de croisière..., on semble tous bien partis dans la métaphore maritime. Et Jordan qui un peu plus haut se voyait en bleu marine, avec parfum d'iode ! Au bout du compte, je pense que la traversée sera bonne et que nous arriverons à bon port... ce qui n'exclue pas au passage quelques tempêtes et quelques piqûres d'oursins pour certains ? Un simple grain

pour rester dans le maritime.. http://www.deezer.com/track/125946 C'est toujours mieux que Titanic non ?

Et maintenant - Un an et demi après cette belle discussion, la relire, la re-questionner. L'inverse de l'instantané peut-être.

Quelle bonne idée, Vancouvina, d'avoir fait remonter ce billet ! L'un de mes plus beaux souvenirs des débuts de ce site...

Oui, grand merci d'avoir fait remonter ce billet; Tant de choses à en dire et si peu d'énergie pour le faire. Mais du fond de mon épuisement ("du fonds du puits je regarde les étoiles"), je vous suis. Je suis vous.

Je le découvre, je le découvre et reviendrai...

itou.

« J'en ai tant vu qui s'en allèrent, Ils ne demandaient que du feu. »

Je ne sais pas, Patrice, ce que pourrait recouvrir exactement cette expression d'ajouter de la vie à la vie que vous prêtez au journalisme, elle est belle et énigmatique à souhait. J'avais rêvé de journalisme, jeune homme (j'avais réussi en autodidacte le concours d'entrée à l'école de Lille en 1976, j'avais 23 ans alors, mais je n'ai pu en suivre les cours : je n'avais aucun moyen de suivre les enseignements, le logement, l'alimentaire... et je suis resté 10 ans encore à travailler en usine). Aujourd'hui, c'est mon fils qui rêve de ce métier, après ma fille. J'ai une profonde admiration pour le travail du reporter-photographe internationnal Reza qui ne fait pas qu'informer, il donne aux personnes qu'il visite les moyens d'informer, et le monde et leur entourage-même des conditions d'existences qui leur sont faites. En celà, oui, il y a bien de la vie ajoutée à la vie, une façon de ne pas se contenter du factuel, une façon de ne pas se payer de mots. Une façon où les paroles et les actes se mêlent les uns aux autres, les uns des autres, et c'est très bien.

Cependant, quand je vois la très grande majorité des journalistes, leurs papiers de simple chambre de répercussion d'un monde surfait et factice, superficiel et mensonger, alors, je suis inquiet. Les deux plus grands groupes de presse sont la propriété de Dassault et Lagardère, les deux plus gros fabricants et marchands d'armes de notre pays, ça donne le ton de tous ces silences et de l'idéologie qui dominent les opinions publiques. Et je sens le baiser de la mort derrière la plupart de leurs titres.

J'ai peur de ne savoir plus aimer ce métier que j'aurais voulu faire pourtant. Surtout parce que je ne saurais jamais investiguer comme l'a eu fait (et avec quelle abnégation !) Denis Robert à propos de Clerstream, et puis aussi, parce que je n'ai jamais compris le silence de plomb de Mediapart (qui est un journal que j'aime) à son sujet quand la justice lui a enfin donné raison. Cette attitude muette, est-ce que ce sont des actes sans paroles ?... est-ce que ce sont des paroles inactives ?... est-ce que ce sont des silences assassins, ou complices, ou honteux ?.. Il y a un malaise au-dessus de la profession, et j'entends mon fils rêver là-dessus, et j'ai un peu peur, pour lui, pour nous. Pour les années qui nous attendent, où les marchands d'armes et la presse se préparent à la déflagration entre le bloc pro-Israël et le bloc pro-coranique. Où est la vie ?... Qui l'ajoute ?... où ?..

J'ai un peu peur. Et ça me fait très mal.

Jean-Jacques M’µ

Cher JJMU, je comprends votre peur ; je la ressens peut-être moins que vous, car solitaire je n'aurais peur que pour moi.

J'ai dédié (et je dédie) cette phrase que vous citez aux journalistes qui m'entourent à Mediapart, car c'est ce que je ressens “au jour le jour” quand je les écoute parler de leur travail (ma voisine de bureau, Rachida el Azzouzi, à l'instant, qui rentre d'une enquête de terrain...) ; faire que le monde soit monde, dans la relation aux autres, à nous, et donc à “nous autres”... Amical salut à vous.

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