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Quid de l'islamisme politique ?

Pour comprendre la signification de l'islamisme politique, et le combattre, peut-être faut-il s'attacher moins à l'idéologie qu'il véhicule et au discours pseudo-religieux qu'il affiche qu'à ses fondements économiques.

Telle est la démarche de Ahmed Henni, dans un livre récent aux éditions Non Lieu de Michel Carassou, qui montre que la dynamique qui anime les islamistes ne relève pas uniquement d'une nostalgie millénariste, d'un désir d'en revenir à l'Empire musulman au temps de sa splendeur. Selon lui, elle s'inscrit localement dans le fonctionnement rentier des sociétés pétrolières où la richesse est liée au statut des individus. Et elle s'inscrit historiquement dans la mutation mondialisée du capitalisme d'industrie en capitalisme financier où s'affirme une idéologie valorisant les statuts pourvoyeurs de revenus.

Nouveau porte-parole des "déshérités", l'islamisme politique s'attaque aux pouvoirs en place – et sur le plan mondial à l'Empire américain – non pas pour obtenir des territoires, mais pour parvenir à une redistribution monétaire sans frontières.

C'est tout l'intérêt de cet ouvrage, Le Syndrome islamiste et les Mutations du capitalisme, de Ahmed Henni, d'éclairer les deux dimensions de l'islamisme politique : locale (par exemple, en Algérie) et mondiale (l'ensemble des pays musulmans contre l'Empire américain et ses alliés).

Dans les deux cas, s'il s'agit de parvenir à une redistribution des richesses, ce n'est en aucune façon selon un schéma historique marxiste. L'objectif n'est pas de s'approprier les moyens de production des dites sociétés islamiques, mais d'en contrôler les circuits informels, financiers entre autres, pourvoyeurs de rentes.

Cet ouvrage en fait l'éclatante démonstration : l'islamisme politique n'a d'autres visées que la conquête de statuts sur un terrain politique, à des fins d'efficience économique, par la contestation (la violence dans le cas de l'islamisme armé) des "souverains" en place.

Cette violence islamiste (plutôt que lutte) s'inscrit donc parfaitement dans la nouvelle orientation du capitalisme, avec les risques de guerre afférents : on ne s'y trompera pas, ce sont toujours les mêmes, de siècle en siècle, de pur intérêt. Aux antipodes donc des valeurs que sous-tendent le dialogue "civilisationnel" et le partage équitable des ressources à l'échelle du monde entre pays du Nord et du Sud...

 

Ahmed Henni, qui a exercé d'importantes fonctions à la Banque centrale d'Algérie, est aujourd'hui professeur d'économie à l'Université d'Artois.

Son livre est coédité simultanément en France, en Algérie, au Maroc et en Tunisie. Georges Corm en prépare l'édition en langue arabe.

 

Éditions Non Lieu, 178 pages, 15 Euros

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