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Michel Butor, poète épique à l'âge fissile

Michel Butor se moque du monde, littéralement. Et on aurait tort de prendre cela à la légère : cela représente pas moins de 2000 titres d’œuvres dans sa bibliographie. Par où donc prendre cet auteur ? Eh bien, par le poète, à Lodève précisément, où il est l’invité du festival Voix de la Méditerranée.

La sienne en propre, cela ne se peut, ce serait s’en abstraire, mais reste que l’on est toujours tenté de saisir la totalité d’une histoire, celle d’un auteur par exemple (ah les beaux jours de la biographie...). Mais si l’âge moderne ne nous avait pas appris (chèrement) qu’il ne fallait plus feindre de croire et de faire croire à de telles illusions forcément fabriquées, y compris et surtout peut-être en « littérature », Michel Butor serait là pour nous le rappeler.

A-t-on vu auteur plus délibérément brouiller les frontières entre les genres littéraires ? À tout le moins, c’est un cours aux reflets changeants, aussi vif qu’un fleuve jusqu’à plus soif abreuvé d’affluents qu’offre depuis plus d’un demi-siècle à ses lecteurs Michel Butor.

De quelques éclats de l’œuvre miroir, il apparaît dès les débuts que le poète était trop solaire, vif argent, pour accompagner les prétendues « années noires » du surréalisme. D’autres ont mené cette aventure dans laquelle ils se sont reconnus (Duprey, Rodanski, Tarnaud...), et dont les œuvres nous parviennent à contretemps : c’est-à-dire contre les époques, dans le temps (voyez aussi Ghérasim Luca...).

Bien que Butor lui-même rechigne à trop y être associé, ce « turbo-prof » de l’ère moderne (par-dessus les océans) passe alors par le Nouveau Roman. Il y laisse des titres connus de tous (La Modification...). Et bien d’autres « matriciels », fécondés à coups de procédés, pour fondés qu’ils soient (Raymond Roussel à la rescousse), qui finissent bien d’égarer (hors les traces « sûres » que sont paradoxalement Le Génie du lieu, La Rose des sables).

Moins visibles, plus profonds, il y a ces formidables liens d’amitié, sources de correspondance inépuisable qu’il tisse avec Georges Perros, Jean Roudaut. C’est-à-dire ceux-là mêmes qui ont toujours perçu le poète en lui. C’est ce Michel Butor là qui doit nous être infiniment précieux. Pour au moins deux motifs essentiels, imbriqués.

En effet, tout laisse à penser que ce poète intenable, au parcours si imprédictible, et si peu soucieux de justifier théoriquement son geste créatif, échappe à l’histoire contemporaine de la poésie en langue française si conceptuelle, dans la saisie de la conscience d’elle-même.

C’est que le poème de Michel Butor est épique, sans attaches particulières dans l’espace de la langue qui ne soient aussitôt répercutées par la vision. Comme son ami Georges Perros, il est de ces rares poètes de la « non-personne », à laquelle assigne le récit à la 3e personne du pronom personnel « il/elle » le linguiste Émile Benveniste, qui rouvrent le poème des « trouvrailleurs », Apollinaire, Cendrars.

La subjectivité n’y est de mise qu’à l’expérience de l’extériorité du monde, d’autrui. Pour autant, il ne cède en rien à l’éloquence imitative de la nomination. Voici deux poèmes extraits d’Avant-goût IV, qui parut initialement aux éditions Ubacs, en 1992.

In memoriam Blaise Cendrars
(Une main de cendres)

L’inévitable mégot collé à gauche sur la lèvre, du côté du bras valide le substitut de la main perdue.
Écrire avec de la fumée.
Souvent ce sera comme avec la fumée d’une cigarette mal éteinte, écrire avec la puanteur d’un cauchemar dont on ne parvient pas à se défaire,
mégot-vermine que l’on ne se décide pas à écraser ou arracher parce qu’il faut bien qu’il y ait encore quelque braise cachée qui pourra faire couver le feu sous les ordures,
et un jour ce sera le grand incendie nomade qui vous emportera dans ses brûlures tendres.
Le chapeau de l’aventurier, mais comme si c’était un déguisement, faiseur de livres se rêvant bookmaker,
mais d’un champ de courses qui serait l’Atlantique et ses rives, d’une loterie qui serait la vraie roue de Fortune,
le chapeau couleur de muraille pour se glisser dans les ruelles, les cales de la vie d’autrui.
Et le col impeccablement blanc, la cravate serrée, car on est un dandy aussi,
car si réussi que soit le mimétisme, même si l’on vous prend presque pour un aventurier,
un légionnaire, un journaliste, un gitant, un chercheur d’or, un Suisse, un Parisien, un Brésilien, un tricolore,
il faut bien marquer qu’on est autre, un pseudonyme, un pseudanthrope, d’aucun milieu ni d’aucun monde, n’importe où hors de votre demi-monde.
L’œil étonné cherchant de l’autre côté de l’horizon ce qui manque au monde pour être entier,
cette main dont l’absence brûle, dont les doigts de fumée cherchent le cœur perdu.

 

In memoriam Jonas
(Un chien)

Le lendemain du passage d’une émission télé
pour grand public intitulée trente millions d’amis
consacrée aux animaux des gens un peu notoires ces jours-là
au cours de laquelle il s’était ridiculisé
en tombant à l’eau depuis une barque à l’imitation
presque de son prophète patronyme au marineland d’Antibes
non devant la baleine mais parmi les dauphins
qui le terrorisaient dans leur bassin-amphithéâtre
comme nous parcourions le matin à notre habitude
chaque fois qu’il était possible dans ma vie de circulations
les sentiers du mont Boron au-dessus des Antipodes
notre maison à Nice parmi les pins parasols à cigales
ou les mimosas en neige de miel avec soudain le bleu de la mer
entre les branches comme dans un tableau de Cézanne
un garçon d’une huitaine d’années donnant la main à son père
s’est écrié enthousiasmé c’est Jonas papa je t’assure
que c’est Jonas et le brave bâtard de frétiller
tel un littérateur déjà d’un certain âge au retour
de sa première interview devant les caméras

(poèmes extraits d’Avant-goût IV, Ubacs, 1992, 1re publication)

On peut se reporter au site personnel de Michel Butor où figurent nombre de ses poèmes écrits au jour le jour : ici.

Le Festival Voix de la Méditerranée à Lodève a lieu du 16 au 21 juillet. Le programme, ici.

Tous les commentaires

20/07/2013, 14:04 | Par fabrizia

 Monsieur Butor est sans doute fort sympathique, mais il a laissé commettre un dévédérom made in CRDP de Lyon prétendument pédagogique où rien ne se dit sauf son amour des promenades et des voyages.

Sinon, là, Moins visibles, plus profonds, il y a ces formidables liens d’amitié, sources de correspondance inépuisable qu’il tisse avec Georges Perros, Jacques Roudaut, il y a comme une coquille sur la fin.

20/07/2013, 14:16 | Par Patrice Beray en réponse au commentaire de fabrizia le 20/07/2013 à 14:04

J'aime "comme", une vraie coquille du langage où tendre l'oreille. Sinon, à l'œil, rien qui ne m'apparaît : j'entends "correspondance inépuisable" au sens de correspondance réciproque, les deux mots liés donc. C'est cela qui vous chagrine ? Et pour le CDRP, bien d'accord avec vous, c'est un éloge de l'école buissonnière.

20/07/2013, 14:27 | Par fabrizia en réponse au commentaire de Patrice Beray le 20/07/2013 à 14:16

Faire l'éloge de l'école buissonnière au CN-CRDP, avouez que ce n'est pas très honnête, et qui pire est, personne ne semble s'en être aperçu. Dire "Non" est parfois une nécessité morale, mes excuses pour cette invocation d'une valeur désormais disparue. Aujourd'hui on dit éthique, c'est plus classechic et moins bien compris encore. 
Je continuerai à vous lire, cependant, avec grand plaisir.

20/07/2013, 14:39 | Par Patrice Beray en réponse au commentaire de fabrizia le 20/07/2013 à 14:27

Mais je suis d'accord avec vous. Mon attaque de papier n'est pas innocente (antiphrase, certes...). Disons que certains "créateurs" ont tout intérêt à rester du côté de la création et de ne pas trop se mêler des "affaires" du monde. Je veux par ce billet simplement mettre en évidence une qualité d'écriture du poème chez Michel Butor plus que rare en langue française qui, dans ce milieu-là du moins, peut être dérangeante. Je vous lirai aussi avec plaisir.

20/07/2013, 14:53 | Par fabrizia en réponse au commentaire de Patrice Beray le 20/07/2013 à 14:39

Disons que certains "créateurs" ont tout intérêt à rester du côté de la création et de ne pas trop se mêler des "affaires" du monde.

Combien pouvons-nous regretter en cela René Char, qui fit l'un et l'autre sans mêler l'un à l'autre. Et le Robert Desnos du poème "Demain" qui sut alors donner portée universelle à ce vécu qu'il ne monneya pas et dont il mourut.

Pour les passants qui passeraient, voici "Demain" :

Âgé de cent mille ans, j’aurais encor la force
De t’attendre, ô demain pressenti par l’espoir.
Le temps, vieillard souffrant de multiples entorses,
Peut gémir : Le matin est neuf, neuf est le soir.

Mais depuis trop de mois nous vivons à la veille,
Nous veillons, nous gardons la lumière et le feu,
Nous parlons à voix basse et nous tendons l’oreille
À maint bruit vite éteint et perdu comme au jeu.

Or, du fond de la nuit, nous témoignons encore
De la splendeur du jour et de tous ses présents.
Si nous ne dormons pas c’est pour guetter l’aurore
Qui prouvera qu’enfin nous vivons au présent.

 

20/07/2013, 14:55 | Par Patrice Beray en réponse au commentaire de fabrizia le 20/07/2013 à 14:53

Et aussi cet extraordinaire "Art poétique" de Robert Desnos. Surtout, mille excuses, Fabrizia, la coquille c'était à "Jean" Roudaut bien sûr. Je m'en veux d'autant que je suis un (déjà) ancien lecteur de l'auteur d'Une ombre au tableau (Ubacs, aussi, que j'ai "fréquenté", c'est dire si...), des Villes imaginaires, de Lieu de composition...

20/07/2013, 15:07 | Par fabrizia en réponse au commentaire de Patrice Beray le 20/07/2013 à 14:55

Amitiés. Puissions-nous faire lire Jacques Roubaud, Butor et Desnos. Tant ne les connaissent pas qui s'en sont trouvés plus sereins après que nous, amateurs de poésie et vivant par sa grâce, tous les avons fait découvrir.

Pour Jean Roudaut, que je ne connaissais pas, je m'en vais aller quérir ses écrits.

20/07/2013, 19:15 | Par Brusseleir en réponse au commentaire de fabrizia le 20/07/2013 à 14:53

Desnos, oui ! Roubaud, Jacques, lui a rendu d'ailleurs plusieurs fois hommage.

Char ? Euh… plus un symptôme, voire un syndrome. Queue de comète moississante d'un phénomène de pourrissement de la langue poétique, j'ai nommé le surréalisme.

Et puis, cette grande amitié entre le résistant et le nazi illisible Heidegger… Bizarre, quand même !

À propos de Butor : 2 000, un peu beaucoup, non ? 

20/07/2013, 19:30 | Par fabrizia en réponse au commentaire de Brusseleir le 20/07/2013 à 19:15

 Je serais curieuse de savoir ce que vous pensez de Rimbaud (oui, je sais, il a fini trafiquant d'armes), de Lautréamont, de l'Eluard de "la courbe de tes yeux" et de l'Aragon du Roman inachevé.

 

20/07/2013, 21:02 | Par Brusseleir en réponse au commentaire de fabrizia le 20/07/2013 à 19:30

Rimbaud, producteur de quelques vers mineurs, mais sympathiques, surtout ceux rimés. (Kundera a expliqué ça clairement et calmement, liquidant la légende du modernisme de Rimbaud.) Met rapidement fin à une petite carrière pour s'occuper de choses plus sérieuses, dans lesquelles il excellait. Lautréamont, Eluard… passons !

Aragon : grand producteur de textes bien ficelés pour belles chansons populaires : Ferré, Ferrat, Ogeret… inépuisable. (Grosse source de revenus pour le dandy de la rue de Verneuil.)

Le poète moderne, à part Mallarmé : Apollinaire. Cendrars, aussi. Desnos, également, quoiqu'un ton au dessous.

20/07/2013, 19:42 | Par Patrice Beray en réponse au commentaire de Brusseleir le 20/07/2013 à 19:15

Vous êtes bien sûr de connaître le surréalisme, tout le surréalisme, pour dire une énormité pareille à son encontre ? Remarquez que dans l'après-guerre nombre de poètes qui en sont issus ne s'en réclament plus directement ; qui plus est "l'énormité" est aussi un critère employé parfois, dans le "milieu" surréaliste, pour qualifier l'image surréaliste, et que je ne partage pas : cela nous laisse de la marge. Mais justement, à la marge, pour ne prendre que l'après-guerre, il y a des auteurs extraordinaires. Un seul tenez, Stanislas Rodanski, dont les poèmes vont être édités dans la coll. Poésie en poche de Gallimard en novembre.

2 000, bien sûr que c'est "un peu beaucoup". Même pour Butor !

20/07/2013, 21:07 | Par Brusseleir en réponse au commentaire de Patrice Beray le 20/07/2013 à 19:42

"Pourrissement de la langue poétique" : oui, pourquoi ? Ça vous gêne ?

Le grand révolutionnaire Breton, quand il n'était pas occupé à excommunier les déviants puis, réfugié à New York, à trafiquer des œuvres d'art premier volées, a produit quelques romans pas dénués d'intérêt, toutes choses égales par ailleurs. Le "traitre" Desnos, un peu seul à défendre "l'honneur des poètes", non ?

Sinon, oui, en effet, Breton a achevé de détruire la possibilité même d'écrire en poésie en français. Du moins tenté de. Pourquoi pas, d'ailleurs ?

20/07/2013, 22:07 | Par Patrice Beray en réponse au commentaire de Brusseleir le 20/07/2013 à 21:07

La langue poétique du surréalisme n'a pas empêché Desnos de suivre son étoile, hélas aussitôt disparue. Je pense à ses "Réflexions sur la poésie" de 44 : "Il me semble qu'au-delà du surréalisme il y a quelque chose de très mystérieux à réduire, au-delà de l'automatisme il y a le délibéré, au-delà de la poésie il y a le poème..." Tout autant, Tzara file en 1953 ce qui est une nouvelle théorie de l'image, qu'il appelle le "penser imagé".

Ce qui s'est passé après-guerre est complexe. Il y a eu une guerre faite à la poésie au nom d'un combat mené contre Breton. Georges Bataille ne s'y est pas trompé, qui s'est rapproché de lui à quelques occasions, mais significativement.

Seul Desnos, oui. Crevel n'était plus là. Et Fondane...

20/07/2013, 21:05 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Brusseleir le 20/07/2013 à 19:15

Heidegger illisible ? C'est curieux, j'ai cru pouvoir le lire.

Héraclite serait-il lui aussi  -lui, l'ombrageux- illisible ? Lisons les nuages, la foudre va tomber ; regardez :

20/07/2013, 21:11 | Par Brusseleir en réponse au commentaire de françois périgny le 20/07/2013 à 21:05

Vous pouvez, si vous le souhaitez, vous référer au récent "Penser entre les langues", d'Hanz Wismann, linguiste et philosophe, pour mieux comprendre l'escroquerie au langage du nazi roublard Heidegger (à base de dévoiement de l'étymologie et de négation de la syntaxe).

Bien à vous, nonobstant.

20/07/2013, 21:28 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Brusseleir le 20/07/2013 à 21:11

Merci. Je connais un peu Hans Wismann, qui m'a appris quelque chose de la réalité "française" -et "allemande"-  mais je préfére me référer à Pham Cong Thien, pour qui cette notion de "nazisme", concernant Heidegger, a quelque chose d'étrange. 

Nonobstant, bien sûr. Mais ne nous occupons pas, en l'occurence, du bien et du mal. Achab fait signe de bien des choses ; Breton et Char aussi, d'ailleurs. 

21/07/2013, 01:16 | Par Pascal Maillard en réponse au commentaire de françois périgny le 20/07/2013 à 21:28

Vous voulez certainement parler de Heinz Wismann. Il semble que Patrice ait fâché tout le monde avec les prénoms dans ce fil de discussion. Alain Butor y aurait certainement trouvé matière à un petit texte.

21/07/2013, 01:30 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Pascal Maillard le 21/07/2013 à 01:16

Et voilà ! Nous soufflons un peu enfin ! Oui, il s'agit bien de Jean et Jacques Wismann . Mais quid de la alité "allemande" ?

Quant à Alain Butor, qu'il aille se plaindre à l'amer Michel !


Ps : ne flagellons pas Patrice ; il a eu chaud, et l'ombre est souvent blanche, surtout la nuit.

21/07/2013, 13:05 | Par maïca en réponse au commentaire de fabrizia le 20/07/2013 à 14:53

merci pour le poème

22/07/2013, 08:01 | Par Jeanne Azou en réponse au commentaire de fabrizia le 20/07/2013 à 14:53

Merci.. pour  "Demain"

une passante qui vient de passer...au présent...

20/07/2013, 20:03 | Par françois périgny en réponse au commentaire de fabrizia le 20/07/2013 à 14:27

L'enfant buissonnier  a appris beaucoup de choses, dans les buissons. S'il n'y a rien de neuf sur terre, il y a toujours quelque chose de neuf dans le ciel. Nous avons une réserve dans le ciel. Il nous fait sans cesse contempler la page qu'il vient de tourner. Le vent imprime ses caractéres sur ce fond bleu, et l'homme qui est curieux peut toujours lire une vérité nouvelle. (H.D Thoreau, Journal, novembre 1837.)


Il est vrai qu'à l'école il a pu apprendre ça : Pulsae referunt ad sidera valles (Virgile, Bucoliques, Églogue VI : Les échos des vallons les renvoient jusqu'aux astres)

20/07/2013, 20:24 | Par Patrice Beray en réponse au commentaire de françois périgny le 20/07/2013 à 20:03

Beaux "échos"... Mallarmé (dans "L'action restreinte") aurait-il donné une suite à Thoreau ?

"Écrire —

    L’encrier, cristal comme une conscience, avec sa goutte, au fond, de ténèbres relative à ce que quelque chose soit : puis, écarte la lampe.

    Tu remarquas, on n’écrit pas, lumineusement, sur champ obscur, l’alphabet des astres, seul, ainsi s’indique, ébauché ou interrompu ; l’homme poursuit noir sur blanc."

20/07/2013, 20:38 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Patrice Beray le 20/07/2013 à 20:24

Si l'un suit l'autre, et si ce n'est à contretemps, c'est "contre" le "temps", alors : le pied d'un homme a la largeur du soleil, s'il est allongé dans l'ombre d'un buisson, au pied levé le char du soleil rené.

20/07/2013, 16:00 | Par Vancouver

Après avoir lu In memoriam Jonas ( un chien), je n'ai pu m'empêcher d'aller visionner sur le site de l'Ina, trente millions d'amis...

Merci pour ces deux textes -  sans attaches - que je ne connaissais pas.

( Je connais Jacques Roubaud, mais de Jean Roudaut seulement son livre sur Louis-René des Forêts)

20/07/2013, 16:15 | Par Patrice Beray en réponse au commentaire de Vancouver le 20/07/2013 à 16:00

D'un Lodève l'autre, j'y perds mes Jacques et Jean... Mais ils remontent vite à la surface. Jonas, très beau poème (aussi) de Jean-Paul de Dadelsen...

20/07/2013, 20:34 | Par Vancouver en réponse au commentaire de Patrice Beray le 20/07/2013 à 16:15

20/07/2013, 20:52 | Par françois périgny

Jonas, personnage central (mais d'un centre qui est partout, et nulle part) du Livre (c'est à dire de nos vies écrites avant l'apparition de la Machine). "Jonas", que le capitaine Achab a tant et tant poursuivi, sans le savoir, se "contentant" de la baleine, pour sa graisse. Ô Melville, ô armées des ombres ...

21/07/2013, 07:33 | Par Anne Guérin-Castell

Revenir peut-être à Butor, qui a bien raison de se moquer du monde, il a tant lancé ses vrilles dans toutes les directions vers ses amis les peintres, les poètes, malicieux magicien qui fait surgir de son chapeau des flots de mots, ou plutôt les choses mêmes, lièvres, renards, buissons, larmes de pluie effaçant les frontières, jusqu'aux coquilles dont il est question plus haut : “Paumes de suie, branches de bure. La dernière grande marée a apporté des monceaux de coquilles dont certaines sont grandes comme des cabanes. Elles entrouvrent leurs valves en sifflant dans le silence de la grève, et les referment précipitamment au moindre bruit suspect. Lorsque le calme a déjà duré plusieurs heures, elles se déplient complètement, étalant non seulement des perles mais toutes sortes de petits mécanismes semblables à des horloges, qui chantent en répondant aux vagues.”

21/07/2013, 12:28 | Par jjdorio

QUELQUES RAISONS D'AIMER BUTOR 

 

 

L'oiseau bœuf d'eau

criant comme un taureau camarguais :

le butor

Tout le contraire de la lourdeur

donnée à ce mot en langage commun

 

Et Michel Butor

Prince des annotations et des ratures

C'est l'Egyptien d'antan

qui entre deux hiéroglyphes

reprise sa chaussette noire

C'est le graveur de la vallée des Merveilles

C'est la mouche de sucre et de m.

qui grésille dans nos téléphones

C'est la dame de Corée aux paupières de givre

et le loup dans les nuages

au-dessus d'Albuquerque

 

Rumeurs de cornes

et averses de vocalises

Entrez dans les phrases pulvérisées

de Liminaires et Préliminaires*

À l'écart et à l'improviste

Lisez et relisez

pour trouver les sons et les sens

des partitions de Michel Butor

à peine de néant

 

et puis :

Vite

Inscrivez dans la chrysalide

le silence neuf

 

 

* italiques : citations de "Liminaires et Préliminaires" (Michel Butor) 1982

et pour l'actualité d'octobre 2012 :

"La Poésie : Plus utile que jamais ! Indispensable ! " (M.B)

21/07/2013, 17:19 | Par liane

Merci des poèmes. Il se moque par ailleurs peut-être mais pas de lui. Le côtoyer quelques instants est assez éprouvant.

22/07/2013, 00:13 | Par yves moalic

Et résorber le jour par la saignée vorace écarteler l'espoir au trébuchet du vide signifier son congé à la voie qui nous pousse amidonner corseter calcifier demain ce soir aux mêmes habitudes ressusciter la fin la fin la fin bon dieu la fin ! Etourdi voyageur comédien malgré toi reviens voir ta demeure elle est si désolée tu dois nous y bercer avant les grands éclairs qui vont défigurer la feuille et le poète, sa joie ses rires ses rêves tout doit s'y réfugier de peur qu'il ne se fige au centre du désastre et ne devienne un jour le souvenir du monde déjà on sent le froid qui raidit son visage peut-être avons-nous tort il rayonne oui regarde il va bien il sourit son oeil pétille il est vivant mais non cessez de vous mentir le poète n'est plus déjà qu'un sémaphore qui indique aux vivants ce qu'ils auraient pu être.

 

22/07/2013, 18:28 | Par Lepeuple 74

C'était le 19 janvier 2013,

Michel Butor était l’invité, samedi dernier, de la Maison de la poésie, dans le cadre 
de la manifestation « les Géants 3 », comprenant Charles Juliet et Franck Venaille.

Venant à rebours de l’agitation médiatique et de la cacophonie actuelle, le cycle « Figures d’Humanité » s’est clos en beauté, avec Michel Butor (quatre-vingt-sept ans), dont la ressemblance avec Jean Jaurès était troublante. Un Jaurès à barbe blanche, d’une douceur et d’une humilité renversante, expliquant pourquoi ­
« l’Humanité n’existe point encore, ou… existe à peine...

Bonjour Patrice Beray : ce jour - voir par ailleurs -, je n'ai pas voulu manquer votre billet sur Michel BUTOR, dans le piège duquel ont dû tomber les spectateurs de la Maison de la Poésie qui le découvraient ce jour-là. Ce jour-là, comme l'indique l'extrait d'un article de Guillaume Chérel, produit pour les Amis de l'Humanité, était la dernière conférence d'un Cycle débuté à la Maison de la Poésie en septembre/octobre 2009 (150 è anniversaire de la naissance de Jaurès). Comme pour ses prédecesseurs, le sujet était ....la phrase du fondateur de l'Huma, ci-dessus, s'achevant par ...existe à peine...

..Et sereinement, il remplaça le mot conférence par causerie Et à 5 minutes de la fin de sa.. causerie, il n'avait toujours pas évoqué Jaurès...L'humanité n'était-elle pas le sujet. Alors, il la fit défiler à compter d'avant la guerre du feu : amusant (au début), surprenant, voire agaçant (lui, imperturbable). Jaurès fut très vite cité, comme un ouvreur et le 20è siècle coupé en deux : devant la cacophonie de toutes ces communications allant crescendo !

20ème ? l'humanité ? Jusqu'en 50/55, on arrivait à se parler...Depuis, on ne comprend plus rien....D'où la nécessité des écrivains et des poètes !!!

Etonnant poète méconnu (effectivement, il a un "aspect" école buissonnière). De mémoire il loge dans une maison - à l'écart - à la frontière, pès de Genève..;

Le lendemain, je découvrais (ai pu échanger qq phrases avec lui) que la question était l'humanité. Alors en 1850, on en était bien à l'esclavage,- à l'expo de 1900, était bien montré dans cages un ou des calédoniens ?. Alors voilà, ..c'est Butor;

Hier s'achevait le Festival Voix de la Méditerranée à Lodève. Si l'an dernier, vous paraissiez avoir rencontré des contretemps, cette année, ses adeptes en parleront encore longtemps (bien aimé, le fleuve abreuvé d'affluents). petite confluence "à venir"

 


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