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« Dieu n'a plus 20 ans... » (Pierre Peuchmaurd)
A l'«oiseau nul» qui a passé de branche en branche tout le temps qui déborde depuis l'enfance, où seul l'amour du chant peut en découdre.
Avant la fin
Ce serait un souvenir d'enfance. On l'achèterait pour presque rien, on l'achèverait dans une impasse.
Ce serait le crépuscule, l'incendie de la fontaine.
Ce serait dix heures du soir et la pluie jusqu'aux os, jusqu'aux fleurs blanches des os.
Il ferait jour. Il ferait plus que jour.
Ce serait le faubourg, on dirait la lisière. L'air serait vert, les paroles jaunes.
Ce serait un cheval perdu là où on l'a trouvé, un cheval dans sa brume et qui lécherait tes bas,
un téléphone, près d'un mannequin.
Il ferait jour.
Ce serait un peu avant la fin.
Il ferait plus que jour.
Ce serait la ligne perdue d'un appel au long cours, un pêcheur d'or à marée basse.
Ce serait la route qui va là-bas, qui n'y va pas.
Ce serait la terre dans l'ombre, la cendre des cascades.
Et juste avant la fin,
il ferait jour.
Ce serait toujours ça de vu.
Pierre Peuchmaurd (26 juillet 1948-12 avril 2009).
(Poème extrait du recueil Le Tigre et la chose signifiée, L'Escampette, 2006.)

Tous les commentaires
J'irai à sa découverte alors. Après coup
Eh oh Bérangère, que sont nos amis devenus...
J'ai marché 4 heures dans Paris aujourd'hui à leur recherche.. Bérangère
Merci, Patrice, de lui consacrer ce billet. Je l'ai découvert le 13 avril: juste une photo, deux dates (celles que tu donnes) et trois mots Père et poète, sur le blog de son fils Antoine que je vais lire une ou deux fois par semaine.
J'ai lu tous les jours, depuis, l'un des poèmes de Pierre...
Tony, tu es un sacré découvreur...
Tu ne pourrais pas donner le lien, Tony ? Merci d'avance !
http://www.antoine-p.blogspot.com/
Merci Patrice !
Merci pour la découverte. Ainsi que celle de remue.net Trouvé sur le lien quelque chose qui me marque: « Que, mort, l’homme monte au ciel n’est pas très certain. Que l’oiseau tombe à terre, oui. » (Pierre Peuchmaurd)
Ils emportent nos mots, nos visages avec eux, et nous vivons avec leurs mots et leurs visages, qui font qu'il ferait jour, plus que jour.
"Et juste avant la fin il ferait jour"...
Lu sur plusieurs sites dont Poezibao depuis tout à l'heure, en attendant de toucher les vrais livres-amis. C'est très beau - et si étrange d'être heureuse de gagner en un instant, une rencontre quand pour l'autre, au même moment, il ne peut y avoir de consolation. Villon, oui.
Merci, Patrice, de lui rendre hommage. Et laissons le souffle de ses mots nous accompagner.
"Il ferait jour. Ce serait un peu avant la fin. Il ferait plus que jour." Merci, Patrice ! Si tant merci !!!!!
Oui Vanc, Poezibao est à recommander chaudement. Cette route qui "va là bas, qui n'y va pas", voilà. Patrice, savez-vous s'il y a d'autres blogs qui en pincent pour le poézi ?
kairos Savez-vous qu'il a jadis publié un petit ouvrage à "L'atelier de l'Agneau" de commune mémoire? "Allez les chiens, les loups, les pieuvres du regard, allez métaux et forêts blanches, et vieilles musiques et vents violets! ça passe."... Et l'essai sur Maurice Blanchard dans feue la collection "Poètes d'aujourd'hui"...
Marielle, vous voulez dire ailleurs qu'ici, à Mediapart ? (Il faut peser ses mots, "ailleurs", "ici", dans la blogosphère, deviennent un tantinet futuristes.) Je me sens encore très néophyte dans l'exploration des sites internet (et, d'une certaine façon, j'aimerais bien le rester). Dernièrement, Anne (G.-C.) avait retracé L'Art d'aimer à propos de Jean-Pierre Duprey (un lieu plutôt "analytique", qui vaut le détour). Sinon, Jean-Michel Maulpoix (de la revue Le Nouveau Recueil) a construit depuis pas mal d'années un site "personnel", centré sur sa préoccupation essentiellement "lyrique", néanmoins très informé. Plus récemment, la revue Po&sie de Michel Deguy a créé son site. Nul doute que des revues indépendantes en ligne émettent (par "indépendantes", j'entends qui ne dépendent pas nommément et matériellement d'un éditeur, comme on dit pour les publications revues papier). Il faudrait faire des recherches interstellaires. Par chance, certains sites fonctionnent comme des observatoires. Celui de Dominique Autié, par exemple, clos, mais qui demeure une formidable mine (se rapporter en particulier à son "index général"). Je vous propose de nous tenir au courant, les uns les autres, de nos découvertes.
Oh ! j'aurais dû préciser, ici, c'est à dire au coeur de Médaipart ? Dans la vaste monde, je vais un peu chez Maulpoix, surtout à Poezibao ; et j'ai découvert il y a peu le blog de Alain Freixe (chroniqueur poésie à L'huma) http://lapoesieetsesentours.blogspirit.com/archive/2009/04/22/balise-39-et-qu-on-se-le-dise.html
Merci Marielle pour le lien. Non, vous n'avez rien à préciser. Ce sont mes idées que je remettais en ordre de... bataille.
Patrice, j'insiste ... je voulais savoir si vous connaissez d'autres blogs de MDP qui s'occupent de poésie ???
Pardon, Marielle, j'avais décidément mal compris. "Qui s'occupent de poésie", en particulier (auteur, oeuvre) ? Je dirais les billets de kairos (articles d'édition), Stéphane Vallet (blog). Mais ce fantôme s'invite, et non l'inverse. Chez tous (enfin...).
Cher Kairos, de 1984 à 92, j'ai animé avec des amis une revue, Delta station blanche de la nuit. Pierre Peuchmaurd en fut, je crois bien, l'auteur le plus publié. Marqué très profondément par l'aventure surréaliste, et au-delà d'un cercle d'influences qui irait d'Eluard (le "gentil" Eluard dont les colères faisaient frémir jusqu'à ses amis intimes, comme aimait à le rappeler Pierre) à Jehan Mayoux (ce chant des oiseaux), Pierre Peuchmaurd a inventé une manière très personnelle de poème. Des poèmes qui auraient gardé de la fable comme le sens de la "morale d'une histoire", pétris d'aphorismes à peine cachés, aimantés par une soif insatiable de réalité, révélée par éclairs de pensée, d'écriture.
Son "Blanchard"? Je fais plus que recommander. Et puis il faut lire Maurice Blanchard (Poésie/Gallimard) : "Tout ce que je sais, ce que dit le nuage, ce que dit le vent, ce que dit le cristal de la source, c'est le serpent qui me l'a enseigné."
Encore une " lacune dans mon existence".. je n'ai jamais lu Maurice Blanchard. Merci . ( Mais j'ai lu sur lui, dans la revue "le matricule des anges"). Par quel recueil commencer ? Tu dis chez Gallimard.
Ce n'est pas une lacune, Bérangère (pas même dans ton existence). Ami de Char, Eluard, Maurice Blanchard n'en est pas moins resté méconnu. Comme Fondane, il a été réédité par Plasma (fin des années 70-début 80). Mais c'est par le plus grand des hasards qu'il s'est retrouvé dans la coll. "Poésie/Gallimard". Pierre Peuchmaurd a établi en 1994 l'édition de son "Journal 42-46", Danser sur la corde chez notre ami commun Patrice Thierry (un témoignage de premier main, féroce, lucide, d'un résistant de l'intérieur). Evidemment, le plus simple est de se reporter à l'édition en poche de Gallimard (un peu expurgée). Et surtout de guetter les rééditions, sans oublier les bouquinistes...
C'est bon de savoir que le cadavre exquis bouge encore et en corps et toujours et tout jour... Merci à vous tous, qui n'avaient pas peur des mots et de leurs ombres portées...
Merci, cher Patrice, de la douceur de votre Blog,où il fait bon se réfugier pour voir l'oiseau pas si nul que cela passer de branche en branche, et les anges déployer leurs ailes.. Et juste avant la fin, il ferait jour.Ce serait toujours ça de vu.
J'ai l'impression que ce qui me bouleverse dans ce poème, c'est que je ne sais si c'est celui qui meurt qui dit cette dernière phrase, ou celui, celle, qui le regarde mourir et qui voit pointer l'aube
Ou les deux, voire les trois, même, puisque la nuit meurt quand l'aube point.... En tous cas, ce poème me fait mourir. Je vais m'offrir le recueil d'urgence. Merci encore Patrice !
Je te conseille aussi Le Bel Endroit (éd. le Dé Bleu), belle... qui vient à "point nommé".
Quelques "liens" http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be/ http://pierre.campion2.free.fr/albarracin_peuchmaurd.htm#_ednref4
Un autre que j'avais omis (tout nouvellement créé) : Patrice Thierry
De retour sur ce billet plus d'un mois après, pour te dire ici, Patrice, que grâce à toi, je suis actuellement plongée-immergée-quasi-noyée dans Peuchmaurd (le Tigre et la Chose signifiée). C'est à couper le souffle tant ça réveille d'échos. Prochaine étape: le Bel Endroit. Et peut-être après d'autres, certains autres, voire si c'est possible tous les autres.... Donc, vraiment, te remercier de cette découverte, ou plutôt devrais-je dire de ce véritable cadeau. Le métier de passeur...
"Sur la table, il y a les reliefs d'une étoile, des gâteaux secs, une carabine et la métaphysique des mœurs qui bouge encore les jours de vent. J'entends rire dans l'écurie, j'entends les rochers qu'on égorge et qui ont un dernier sursaut de rochers. J'entends la plaine marcher sur la plaine et d'importants soleils. J'entends la nuit entrer par une oreille, l'amour sortir par l'autre..."
Très heureux que tu poursuives cette aventure des mots. Pierre est un poète très fin, à la fois simple et profond, saisissant. Beaucoup de tendresse et de révolte aussi, intactes.
Grâce à ton commentaire, Grain, qui m'a fait passer une petite visite chez vous, Patrice Beray, je vais filer lire Pierre Peuchmaurd. Y trouver à l'évidence une grande consolation et beaucoup des espaces dont j'ai soif. Plein de mercis à vous. Claire
Soyez la bienvenue...
"Ce serait un cheval perdu là où on l'a trouvé, un cheval dans sa brume et qui lécherait tes bas," Merci pour cette découverte qui me fait penser à ce magnifique poème de Pablo Neruda avec le côté moins félin et plus juvénile lié au "Ce serait...." , c'est ainsi que commencent les scénarios des enfants qui jouent. LE TIGRE Je suis le tigre. Je te guette parmi les feuilles aussi grandes que des lingots de minerai mouillé. Le fleuve blanc grandit sous la brume.Te voici. Tu plonges nue. J'attends. Alors d'un bond, feu,sang, et dents ma griffe abat ta poitrine, tes hanches. Je bois ton sang, je brise tes membres,un à un. Et je reste dans la forêt à veiller durant des années tes os, ta cendre, immobile,à l'écart de la haine et de la colère, désarmé par ta mort, traversé par les lianes, immobile sous la pluie, sentinelle implacable de mon amour, cet assassin.
Les scénarios d'enfants qui jouent.... Marrant que vous parliez de ça, Nadja ! J'ai un billet en préparation (depuis un moment) pour l'édition "Je me souviens" qui commence par "Alors, on dirait qu'on serait....." Merci pour le tigre ! Neruda, c'est magnifique... Mais Patrice a raison, il faut absolument découvrir Peuchmaurd !
Un amour orphique, en vrai, nadja...